par Invité » mar. 12 janv. 2010, 13:17
Bonjour à tous, c'est un sujet passionnant,
J'ai toujours penser (depuis que j'y pense) que le pardon, s'il doit être inconditionnel, ne l'est véritablement que s'il vient du Seigneur. Le pardon, c'est comme un miracle, c'est comme l'interruption infinie du cours des choses (dette, contre-dette...), c'est "l'exception qui confirme la règle". Il ne doit donc pas s'inscrire dans une économie. Dire je me suis véritablement pardonné, je suis prêt à recevoir le pardon, cela doit toujours vouloir dire avoir changé, s'être transformé, être un autre que le soi d'avant et d'une façon qui excède le seul écoulement du temps, le seul "devenir" prévisible. C'est toujours l'autre qui me pardonne, rétroactivement depuis l'avenir et en direction du passé, et ce n'est donc que l'Autre qui possède l'idée vrai du pardon dont nous devons seulement copier pâlement les effets. Je ne puis savoir si je suis pardonné, car je ne peut parfaitement ni prévoir l'avenir ni changer le passé.
Dès lors que le pardon temporel est toujours face à l'autre, donc conditionné et limité dès l'origine par l'Autre (limites vertueuses, logiques et même psychologiques : pardon intérieur et sincérité de la demande en pardon), il est précisément reconnu institutionnellement comme pardon. Reconnaitre le pardon comme pardon, avoir conscience du pardon, devoir maitriser le pardon, sa vraie forme, par le langage et l'institution, devoir maitriser ce qui est comme Dieu sur terre, c'est déjà, avant tout, perdre toute inconditionnalité dans l'élévation. Il y a un retour, des moyens au service de fins. C'est éventuellement sacraliser le monde, mais ce n'est pas le faire de façon désintéressé, ce n'est donc pas pur de toute immanence.
Car Dieu pardonne en dernier ressort, son ordre prime le mien de toute éternité, je ne dois pas prétendre savoir que je suis pardonné, je dois seulement y croire : c'est donc un effort qui est requis. Voila ce en quoi consiste l'acte moral au nom du christ nous ayant déjà pardonné, il consiste à penser une suspension de toute ingérence du Seigneur à l'instant du choix appliqué. Penser pouvoir être (se faire...) pardonner en étant simplement "sincère envers soi" (et toutes les contradictions qui vont avec cette expression...), prétendre l'adéquation de soi à soi et à Dieu, c'est lui obéir et rentrer dans la voie du pardon, mais c'est aussi être condamné à ne pas savoir parfaitement distinguer entre un pardon réclamé, quémandé, et un pardon pieusement, modestement demandé comme simple appel au pardon. Et cette différence est décisive.
En pardonnant, j'estime que la faute, le péché, la capacité à rompre avec l'institution, la désacralisation donc la désindemnisation, qui est de l'ordre du temporel, du préjudiciable, du calculable, doivent être jugés à l'aune de l'incalculable pardon indemnisateur de Dieu, excèdant la vie biologique, seule véritable source de pardon, témoin privilégié d'un pardon qui doit indemniser au delà de la vie biologique, vers une autre valeur de la vie. C'est un devoir moral. Dès lors, n'affirmer que l'inconditionnalité du pardon, en oubliant que cette affirmation est, précisément, une condition, et donc une limite, me semble, du moins en fait, appartenir à une sorte de mysticisme, que j'ai tendance à suspecter.
Je pense donc que s'il faut s'efforcer inconditionnellement de chercher le pardon, il ne faut pas penser pouvoir pardonner si l'on ne croit pas en la sincérité du sujet "à pardonner", cette croyance est paix et inquiétude car elle est assurée, elle ne doit souffrir la contradiction tout en éliminant les contradictions en son sein. Là le pardon devient exceptionnel, mais selon une autre tournure, il devient aussi automatique ; il pourrait donc alors être fécond. Et si je pardonne, je dois me dire que c'est un choix en pure liberté, en pure responsabilité, car dès lors je reflète Dieu, je le représente au sens strict, il n'intervient pas. Et l'Autre, c'est précisément celui qui échappe à mon pouvoir, c'est donc celui qui doit en chaque instant transformer (donc affaiblir) mon pouvoir de pardonner, pour le concilier avec cette condition d'inconditionnalité qui fait signe vers toute la problématique de la maitrise de soi. Le pardon n'a pas de lieu sur terre, il n'y a pas un temps du pardon, seule une victime ou/et Dieu peuvent véritablement pardonner, à une distance incommensurable de la faute et du préjudice, pour nous sauver.
Bonjour à tous, c'est un sujet passionnant,
J'ai toujours penser (depuis que j'y pense) que le pardon, s'il [i]doit[/i] être inconditionnel, ne l'est véritablement que s'il vient du Seigneur. Le pardon, c'est comme un miracle, c'est comme l'interruption infinie du cours des choses (dette, contre-dette...), c'est "l'exception qui confirme la règle". Il ne doit donc pas s'inscrire dans une économie. Dire je me suis véritablement pardonné, je suis prêt à recevoir le pardon, cela doit toujours vouloir dire avoir changé, s'être transformé, être un autre que le soi d'avant et d'une façon qui excède le seul écoulement du temps, le seul "devenir" prévisible. C'est toujours l'autre qui me pardonne, rétroactivement depuis l'avenir et en direction du passé, et ce n'est donc que l'Autre qui possède l'idée vrai du pardon dont nous devons seulement copier pâlement les effets. Je ne puis savoir si je suis pardonné, car je ne peut parfaitement ni prévoir l'avenir ni changer le passé.
Dès lors que le pardon temporel est toujours face à l'autre, donc conditionné et limité dès l'origine par l'Autre (limites vertueuses, logiques et même psychologiques : pardon intérieur et sincérité de la demande en pardon), il est précisément reconnu institutionnellement comme pardon. Reconnaitre le pardon comme pardon, avoir conscience du pardon, devoir maitriser le pardon, sa vraie forme, par le langage et l'institution, devoir maitriser ce qui est comme Dieu sur terre, c'est déjà, avant tout, perdre toute inconditionnalité dans l'élévation. Il y a un retour, des moyens au service de fins. C'est éventuellement sacraliser le monde, mais ce n'est pas le faire de façon désintéressé, ce n'est donc pas pur de toute immanence.
Car Dieu pardonne en dernier ressort, son ordre prime le mien de toute éternité, je ne dois pas prétendre [i]savoir[/i] que je suis pardonné, je dois seulement y croire : c'est donc un [i]effort[/i] qui est requis. Voila ce en quoi consiste l'acte moral au nom du christ nous ayant déjà pardonné, il consiste à penser une suspension de toute ingérence du Seigneur à l'instant du choix appliqué. Penser pouvoir être (se faire...) pardonner en étant simplement "sincère envers soi" (et toutes les contradictions qui vont avec cette expression...), prétendre l'adéquation de soi à soi et à Dieu, c'est lui obéir et rentrer dans la voie du pardon, mais c'est aussi être condamné à ne pas savoir parfaitement distinguer entre un pardon réclamé, quémandé, et un pardon pieusement, modestement demandé comme simple appel au pardon. Et cette différence est décisive.
En pardonnant, j'estime que la faute, le péché, la capacité à rompre avec l'institution, la désacralisation donc la désindemnisation, qui est de l'ordre du temporel, du préjudiciable, du calculable, doivent être jugés à l'aune de l'incalculable pardon indemnisateur de Dieu, excèdant la vie biologique, seule véritable source de pardon, témoin privilégié d'un pardon qui doit indemniser au delà de la vie biologique, vers une autre valeur de la vie. C'est un devoir moral. Dès lors, n'affirmer [i]que[/i] l'inconditionnalité du pardon, en oubliant que cette affirmation est, précisément, une condition, et donc une limite, me semble, du moins en fait, appartenir à une sorte de mysticisme, que j'ai tendance à suspecter.
Je pense donc que s'il faut s'efforcer inconditionnellement de chercher le pardon, il ne faut pas penser pouvoir pardonner si l'on ne croit pas en la sincérité du sujet "à pardonner", cette croyance est paix [b]et[/b] inquiétude car elle est assurée, elle ne doit souffrir la contradiction tout en éliminant les contradictions en son sein. Là le pardon devient exceptionnel, mais selon une autre tournure, il devient aussi automatique ; il pourrait donc alors être fécond. Et si je pardonne, je dois me dire que c'est un choix en pure liberté, en pure responsabilité, car dès lors je [i]reflète[/i] Dieu, je le représente au sens strict, il n'intervient pas. Et l'Autre, c'est précisément celui qui échappe à mon pouvoir, c'est donc celui qui doit en chaque instant transformer (donc affaiblir) mon pouvoir de pardonner, pour le concilier avec cette condition d'inconditionnalité qui fait signe vers toute la problématique de la maitrise de soi. Le pardon n'a pas de lieu sur terre, il n'y a pas un temps du pardon, seule une victime ou/et Dieu peuvent véritablement pardonner, à une distance incommensurable de la faute et du préjudice, pour nous sauver.