par Libremax » mer. 02 déc. 2009, 13:40
bonjour Manoukun
vos questions touchent en plein dans le mille, me semble-t-il, de la limite entre le "mystère" de la foi et les données du dogme: Ce sont des questions particulièrement techniques, sur lesquelles a dû se prononcer le Magistère, sans doute, mais surtout pour éviter les polémiques stériles: Tout n'est pas dit dans les Evangiles. Ils nous invitent à rentrer dans la contemplation du Mystère divin, mais il ne nous est pas donné de le comprendre entièrement.
Pour aborder l'Incarnation, il s'agit de garder à l'esprit tout d'abord que Dieu s'est incarné pour transfigurer l'Humanité: pas seulement pour se "lier à notre nature", mais pour lier notre nature à la sienne: Dieu devenu pleinement homme, il a montré qu'il n'y avait pas d'incompatibilité valable entre le divin et l'humain.
Ceci signifie que Dieu ne s'est dépouillé d'aucun de ses attributs pour s'incarner. Si tel était le cas, alors, Il n'aurait plus été pleinement Dieu en Jésus. Dès lors, ce n'aurait plus été tout à fait Dieu qui aurait sauvé l'Homme, mais un dieu privé de certains de ces attributs, ce qui n'a pas de sens. En s'incarnant, Dieu se privait de ses attributs
à nos yeux, seulement. Il ne semblait plus tout-puissant, il ne semblait plus immuable, il ne semblait plus éternel, parce que la seule réalité accessible aux sens de celux qui ont pu observer Jésus était sa nature humaine. Mais le dogme est très clair sur ce point : En Jésus étaient les deux natures, liées mais ne se modifiant pas l'une l'autre, humaine, et divine.
L'omniscience de Jésus a toujours été un débat inextricable, parce qu'il touche précisément à la manière, au comment, les deux natures divine et humaine coexistaient en lui. La réponse ne peut être qu'obscure. Une piste serait de prendre en compte que les natures humaine et divine en Jésus ne se "mélangeaient" pas, ou si on veut, se "respectaient" réciproquement. Jésus était un homme d'une époque bien précise, et en tant que tel, avait le savoir de ses contemporains. Mais il était le Verbe de Dieu, et en tant que tel, connaissait la Création. Très probablement nous faisons-nous des idées saugrenues de ce que "devait savoir" Jésus et de la manière dont il devait pouvoir en rendre compte.
On a envie d'imaginer un Jésus capable de sortir les équations d'Einstein. Mais n'est-ce pas une sorte d'orgueil qui veut faire de nos mathématiques et de leur mode de transcription les seuls valables? Ne reproduisons pas un peu ces fantasmagories apocryphes du petit Jésus créant des oiseaux pour son bon plaisir?
Savait-il qu'il était Dieu? Oui, indéniablement.
Dès l'enfance? Sans doute, c'est en tout cas ce que nous en disent les évangiles quant à ses 12 ans. Quant à se demander comment il l'a su auparavant, on peut peut-être se fier au fait que le petit enfant sait vite qui est son père, et prend peu à peu conscience de ce que ça signifie.
Comment comprendre « conçu du Saint-Esprit » ? Il y a eu intervention de la « personne » Esprit Saint pour l’Incarnation du Fils ?
C'est la foi de l'Eglise qu'il y ait eu effectivement "intervention de la Personne Esprit-Saint".
Pour les chrétiens, l'Esprit est Celui qui ouvre le coeur des hommes à la présence, à la parole et à l'action de Dieu, et par extension, c'est lui qui donne la Vie de Dieu.
Dans l'Ancien Testament, c'est d'abord le souffle ( = l'esprit) de Dieu qui plane sur le chaos avant que tout soit créé, Dieu "souffle" sur Adam pour lui donner vie.
Cette Vie de Dieu que les apôtres reçoivent à la Pentecôte, passe en la Vierge Marie avec une telle puissance qu'elle en est fécondée.
Le Christ avec son corps ressuscité et glorieux (mais corps bien matériel) monte au ciel … Très bien, mais il va où concrètement ? Est-ce qu’il va rejoindre la Trinité ? Est-ce-que ça veut dire que la Sainte Trinité est partiellement ... matérielle !? (sic). Et en plus est-ce-que ça veut dire que la Trinité a changé à ce moment-là ? (resic mais c’est pour souligner mes problèmes de compréhension

). Bref, de « qui » parle-t-on exactement quand on parle de Dieu le Fils ? De Jésus-Christ AVEC son corps d’homme ??
Attention : quand vous dites "corps ressuscité et glorieux mais corps bien matériel", ce n'est pas aussi simple que ça. Paul, par exemple, préférait parler d'un "corps spirituel".
D'accord, le corps ressuscité de Jésus est visible, il parle, il touche, il prend, il mange, il se laisse toucher. Autant Jésus ressuscité prend bien soin de montrer qu'il n'est pas un ectoplasme, autant nous nous tromperions en réduisant l'état de "glorieux" à celui de "matériel": On voit bien que Jésus ressuscité ne subit plus aucune contrainte matérielle dans les évangiles.
Il s'agit bien de "gloire", c'est à dire, là encore, de "puissance" de Dieu: En Jésus ressuscité, il n'y a plus de fracture entre l'esprit et la matière: Toute la personne est réconciliée en un nouvel état, si j'ose dire, qu'on pourrait appeler la "gloire", peut-être.
C'est cet état auquel nous sommes appelés. Comme Dieu a endossé notre condition matérielle, il endosse celle qui sera la nôtre, et il le révèle à ses apôtres.
Le jour de l'Ascension, la question "où va-t-il" n'a pas de réponse. Son corps n'a plus d'existence terrestre. Jésus rejoint la réalité de Dieu. (Mais en lui, la puissance de Dieu était telle que même son corps est parti de ce monde, transfiguré directement à l'état "glorieux".)
Une voix dira d'ailleurs aux apôtres qu'il est inutile de garder ses yeux vers le ciel. Le Christ reviendra comme il l'a promis; en attendant, il est parmi nous, comme il l'a promis aussi, dès que nous sommes réunis en son nom, dans son Eucharistie, dans sa Parole.
A aucun moment le Fils n'a quitté la Trinité. Le Fils, c'est à dire la deuxième Personne de la Trinité, co-éternelle avec le Père et le Saint-Esprit, Verbe de Dieu.
Il demeure sans doute un mystère quand nous tentons d'imaginer "où" est l'homme Jésus, si il s'est fondu dans la Trinité, si dès lors la Trinité s'est trouvée privée de l'homme Jésus durant sa présence sur Terre, si dès lors la Trinité n'est plus immuable... Toutes les réponses à nos demandes de représentation ne nous sont pas données.
En tut cas faut-il garder à l'esprit aussi que la réalité de Dieu est hors du temps. Nous n'avons dès lors guère de prise sur ce que rejoint l'homme Jésus après l'ascension.
bonjour Manoukun
vos questions touchent en plein dans le mille, me semble-t-il, de la limite entre le "mystère" de la foi et les données du dogme: Ce sont des questions particulièrement techniques, sur lesquelles a dû se prononcer le Magistère, sans doute, mais surtout pour éviter les polémiques stériles: Tout n'est pas dit dans les Evangiles. Ils nous invitent à rentrer dans la contemplation du Mystère divin, mais il ne nous est pas donné de le comprendre entièrement.
Pour aborder l'Incarnation, il s'agit de garder à l'esprit tout d'abord que Dieu s'est incarné pour transfigurer l'Humanité: pas seulement pour se "lier à notre nature", mais pour lier notre nature à la sienne: Dieu devenu pleinement homme, il a montré qu'il n'y avait pas d'incompatibilité valable entre le divin et l'humain.
Ceci signifie que Dieu ne s'est dépouillé d'aucun de ses attributs pour s'incarner. Si tel était le cas, alors, Il n'aurait plus été pleinement Dieu en Jésus. Dès lors, ce n'aurait plus été tout à fait Dieu qui aurait sauvé l'Homme, mais un dieu privé de certains de ces attributs, ce qui n'a pas de sens. En s'incarnant, Dieu se privait de ses attributs [i]à nos yeux[/i], seulement. Il ne semblait plus tout-puissant, il ne semblait plus immuable, il ne semblait plus éternel, parce que la seule réalité accessible aux sens de celux qui ont pu observer Jésus était sa nature humaine. Mais le dogme est très clair sur ce point : En Jésus étaient les deux natures, liées mais ne se modifiant pas l'une l'autre, humaine, et divine.
L'omniscience de Jésus a toujours été un débat inextricable, parce qu'il touche précisément à la manière, au comment, les deux natures divine et humaine coexistaient en lui. La réponse ne peut être qu'obscure. Une piste serait de prendre en compte que les natures humaine et divine en Jésus ne se "mélangeaient" pas, ou si on veut, se "respectaient" réciproquement. Jésus était un homme d'une époque bien précise, et en tant que tel, avait le savoir de ses contemporains. Mais il était le Verbe de Dieu, et en tant que tel, connaissait la Création. Très probablement nous faisons-nous des idées saugrenues de ce que "devait savoir" Jésus et de la manière dont il devait pouvoir en rendre compte.
On a envie d'imaginer un Jésus capable de sortir les équations d'Einstein. Mais n'est-ce pas une sorte d'orgueil qui veut faire de nos mathématiques et de leur mode de transcription les seuls valables? Ne reproduisons pas un peu ces fantasmagories apocryphes du petit Jésus créant des oiseaux pour son bon plaisir?
Savait-il qu'il était Dieu? Oui, indéniablement.
Dès l'enfance? Sans doute, c'est en tout cas ce que nous en disent les évangiles quant à ses 12 ans. Quant à se demander comment il l'a su auparavant, on peut peut-être se fier au fait que le petit enfant sait vite qui est son père, et prend peu à peu conscience de ce que ça signifie.
[quote]Comment comprendre « conçu du Saint-Esprit » ? Il y a eu intervention de la « personne » Esprit Saint pour l’Incarnation du Fils ?[/quote]
C'est la foi de l'Eglise qu'il y ait eu effectivement "intervention de la Personne Esprit-Saint".
Pour les chrétiens, l'Esprit est Celui qui ouvre le coeur des hommes à la présence, à la parole et à l'action de Dieu, et par extension, c'est lui qui donne la Vie de Dieu.
Dans l'Ancien Testament, c'est d'abord le souffle ( = l'esprit) de Dieu qui plane sur le chaos avant que tout soit créé, Dieu "souffle" sur Adam pour lui donner vie.
Cette Vie de Dieu que les apôtres reçoivent à la Pentecôte, passe en la Vierge Marie avec une telle puissance qu'elle en est fécondée.
[quote]Le Christ avec son corps ressuscité et glorieux (mais corps bien matériel) monte au ciel … Très bien, mais il va où concrètement ? Est-ce qu’il va rejoindre la Trinité ? Est-ce-que ça veut dire que la Sainte Trinité est partiellement ... matérielle !? (sic). Et en plus est-ce-que ça veut dire que la Trinité a changé à ce moment-là ? (resic mais c’est pour souligner mes problèmes de compréhension ;) ). Bref, de « qui » parle-t-on exactement quand on parle de Dieu le Fils ? De Jésus-Christ AVEC son corps d’homme ??[/quote]
Attention : quand vous dites "corps ressuscité et glorieux mais corps bien matériel", ce n'est pas aussi simple que ça. Paul, par exemple, préférait parler d'un "corps spirituel".
D'accord, le corps ressuscité de Jésus est visible, il parle, il touche, il prend, il mange, il se laisse toucher. Autant Jésus ressuscité prend bien soin de montrer qu'il n'est pas un ectoplasme, autant nous nous tromperions en réduisant l'état de "glorieux" à celui de "matériel": On voit bien que Jésus ressuscité ne subit plus aucune contrainte matérielle dans les évangiles.
Il s'agit bien de "gloire", c'est à dire, là encore, de "puissance" de Dieu: En Jésus ressuscité, il n'y a plus de fracture entre l'esprit et la matière: Toute la personne est réconciliée en un nouvel état, si j'ose dire, qu'on pourrait appeler la "gloire", peut-être.
C'est cet état auquel nous sommes appelés. Comme Dieu a endossé notre condition matérielle, il endosse celle qui sera la nôtre, et il le révèle à ses apôtres.
Le jour de l'Ascension, la question "où va-t-il" n'a pas de réponse. Son corps n'a plus d'existence terrestre. Jésus rejoint la réalité de Dieu. (Mais en lui, la puissance de Dieu était telle que même son corps est parti de ce monde, transfiguré directement à l'état "glorieux".)
Une voix dira d'ailleurs aux apôtres qu'il est inutile de garder ses yeux vers le ciel. Le Christ reviendra comme il l'a promis; en attendant, il est parmi nous, comme il l'a promis aussi, dès que nous sommes réunis en son nom, dans son Eucharistie, dans sa Parole.
A aucun moment le Fils n'a quitté la Trinité. Le Fils, c'est à dire la deuxième Personne de la Trinité, co-éternelle avec le Père et le Saint-Esprit, Verbe de Dieu.
Il demeure sans doute un mystère quand nous tentons d'imaginer "où" est l'homme Jésus, si il s'est fondu dans la Trinité, si dès lors la Trinité s'est trouvée privée de l'homme Jésus durant sa présence sur Terre, si dès lors la Trinité n'est plus immuable... Toutes les réponses à nos demandes de représentation ne nous sont pas données.
En tut cas faut-il garder à l'esprit aussi que la réalité de Dieu est hors du temps. Nous n'avons dès lors guère de prise sur ce que rejoint l'homme Jésus après l'ascension.