Ce matin, à la chapelle, nous avons fêté saint Ignace d'Antioche, l'homme qui plaidait pour "être moulu" sous les dents des lions, à Rome. Partout où il est passé sur le chemin du martyre, il a proclamé cette bonne nouvelle du supplice qui allait le mener directement à Dieu. Comme pour bien d'autres récits dans la même veine, je suis resté surpris. Je songe à ce chrétien qu'on avait fait périr en le faisant cuire comme une vulgaire grilllade. Il aurait remercié ses bourreaux au moment d'être retourné en lançant : "Merci, je suis déjà bien cuit de ce côté !"... Je me demande ce qu'il faut en penser. On peut bien croire à des récits arrangés, "colorisés", mais je me suis dit ceci: peut-être qu'à cette époque, la nouveaut de l'Evangile avait tant touché le coeur des païens qu'ils considéraient vraiment la mort comme une délivrance. Evidemment que cette délivrance est notre espérance, mais cette espérance ne m'empêche pas de redouter la maladie, de craindre ce temps où je me verrai dépouillé de tout, y compris de mes possibilités de choix... Subir des épreuves, à côté de la dernière, à côté de l'agonie, c'est finalement bien vivre !
Certains pourraient me resservir les paroles que j'avais dites au Seigneur le jour de ma conversion: "Laisse-moi mourir tout de suite, O Jésus, afin que je garde ma Joie !"... et je serais obligé d'admettre que je suis moins pressé maintenant !
Y a-t-il parmi vous quelqu'un qui pourrait m'expliquer, chez les premiers chrétiens, cet ardent désir, cet empressement d'en finir vite ? Il est possible que l'ambiance excessivement matérialiste dans laquelle je suis contraint de vivre - comment y échapper ? - ait eu une répercussion sur mon état d'âme du début.
Mais Il est possible également qu'au temps des premiers chrétiens, l'accueil de la Bonne Nouvelle ait été comme une "traînée de poudre" au travers des consciences humaines, en sorte qu'ils ne craignaient plus rien ?
BIOGRAPHIE
SAINT IGNACE
Patriarche d'Antioche, Martyr
Docteur de l'Eglise
(+ c.115)
Certains auteurs assurent qu'Ignace fut ce petit enfant que Notre-Seigneur plaça au milieu des Apôtres lorsque, pour leur donner une leçon d'humilité, Il leur dit: Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n'entrerez jamais dans le royaume des Cieux. Ce qui est certain, c'est qu'il était un familier des premiers disciples du Sauveur, disciple lui-même de saint Jean, l'Apôtre bien-aimé.
Ignace fut un grand évêque, un homme d'une rare sainteté; mais sa gloire est surtout son martyre. Conduit devant l'empereur Trajan, il subit un long interrogatoire:
"C'est donc toi, vilain démon, qui insultes nos dieux?
-- Nul autre que vous n'a jamais appelé Théophore un mauvais démon.
-- Qu'entends-tu par ce mot Théophore?
-- Celui qui porte Jésus-Christ dans son coeur.
-- Crois-tu donc que nous ne portons pas nos dieux dans notre coeur?
-- Vos dieux! Ce ne sont que des démons; il n'y a qu'un Dieu Créateur, un Jésus-Christ, Fils de Dieu, dont le règne est éternel.
-- Sacrifie aux dieux, je te ferai pontife de Jupiter et père du Sénat.
-- Tes honneurs ne sont rien pour un prêtre du Christ."
Trajan, irrité, le fait conduire en prison. "Quel honneur pour moi, Seigneur, s'écrie le martyr, d'être mis dans les fers pour l'amour de Vous!" et il présente ses mains aux chaînes en les baisant à genoux.
L'interrogatoire du lendemain se termina par ces belles paroles d'Ignace: "Je ne sacrifierai point; je ne crains ni les tourments, ni la mort, parce que j'ai hâte d'aller à Dieu."
Condamné aux bêtes, il fut conduit d'Antioche à Rome par Smyrne, Troade, Ostie. Son passage fut partout un triomphe; il fit couler partout des larmes de douleur et d'admiration:
"Je vais à la mort avec joie, pouvait-il dire. Laissez-moi servir de pâture aux lions et aux ours. Je suis le froment de Dieu; il faut que je sois moulu sous leurs dents pour devenir un pain digne de Jésus-Christ. Rien ne me touche, tout m'est indifférent, hors l'espérance de posséder mon Dieu. Que le feu me réduise en cendres, que j'expire sur le gibet d'une mort infâme; que sous la dent des tigres furieux et des lions affamés tout mon corps soit broyé; que les démons se réunissent pour épuiser sur moi leur rage: je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ."
Saint Ignace, dévoré par un lion, répéta le nom de Jésus jusqu'au dernier soupir. Il ne resta de son corps que quelques os qui furent transportés à Antioche.
Ce matin, à la chapelle, nous avons fêté saint Ignace d'Antioche, l'homme qui plaidait pour "être moulu" sous les dents des lions, à Rome. Partout où il est passé sur le chemin du martyre, il a proclamé cette bonne nouvelle du supplice qui allait le mener directement à Dieu. Comme pour bien d'autres récits dans la même veine, je suis resté surpris. Je songe à ce chrétien qu'on avait fait périr en le faisant cuire comme une vulgaire grilllade. Il aurait remercié ses bourreaux au moment d'être retourné en lançant : "Merci, je suis déjà bien cuit de ce côté !"... Je me demande ce qu'il faut en penser. On peut bien croire à des récits arrangés, "colorisés", mais je me suis dit ceci: peut-être qu'à cette époque, la nouveaut de l'Evangile avait tant touché le coeur des païens qu'ils considéraient vraiment la mort comme une délivrance. Evidemment que cette délivrance est notre espérance, mais cette espérance ne m'empêche pas de redouter la maladie, de craindre ce temps où je me verrai dépouillé de tout, y compris de mes possibilités de choix... Subir des épreuves, à côté de la dernière, à côté de l'agonie, c'est finalement bien vivre !
Certains pourraient me resservir les paroles que j'avais dites au Seigneur le jour de ma conversion: "Laisse-moi mourir tout de suite, O Jésus, afin que je garde ma Joie !"... et je serais obligé d'admettre que je suis moins pressé maintenant !
Y a-t-il parmi vous quelqu'un qui pourrait m'expliquer, chez les premiers chrétiens, cet ardent désir, cet empressement d'en finir vite ? Il est possible que l'ambiance excessivement matérialiste dans laquelle je suis contraint de vivre - comment y échapper ? - ait eu une répercussion sur mon état d'âme du début.
Mais Il est possible également qu'au temps des premiers chrétiens, l'accueil de la Bonne Nouvelle ait été comme une "traînée de poudre" au travers des consciences humaines, en sorte qu'ils ne craignaient plus rien ?
[centrer]BIOGRAPHIE[/centrer]
SAINT IGNACE
Patriarche d'Antioche, Martyr
Docteur de l'Eglise
(+ c.115)
Certains auteurs assurent qu'Ignace fut ce petit enfant que Notre-Seigneur plaça au milieu des Apôtres lorsque, pour leur donner une leçon d'humilité, Il leur dit: Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n'entrerez jamais dans le royaume des Cieux. Ce qui est certain, c'est qu'il était un familier des premiers disciples du Sauveur, disciple lui-même de saint Jean, l'Apôtre bien-aimé.
Ignace fut un grand évêque, un homme d'une rare sainteté; mais sa gloire est surtout son martyre. Conduit devant l'empereur Trajan, il subit un long interrogatoire:
"C'est donc toi, vilain démon, qui insultes nos dieux?
-- Nul autre que vous n'a jamais appelé Théophore un mauvais démon.
-- Qu'entends-tu par ce mot Théophore?
-- Celui qui porte Jésus-Christ dans son coeur.
-- Crois-tu donc que nous ne portons pas nos dieux dans notre coeur?
-- Vos dieux! Ce ne sont que des démons; il n'y a qu'un Dieu Créateur, un Jésus-Christ, Fils de Dieu, dont le règne est éternel.
-- Sacrifie aux dieux, je te ferai pontife de Jupiter et père du Sénat.
-- Tes honneurs ne sont rien pour un prêtre du Christ."
Trajan, irrité, le fait conduire en prison. "Quel honneur pour moi, Seigneur, s'écrie le martyr, d'être mis dans les fers pour l'amour de Vous!" et il présente ses mains aux chaînes en les baisant à genoux.
L'interrogatoire du lendemain se termina par ces belles paroles d'Ignace: "Je ne sacrifierai point; je ne crains ni les tourments, ni la mort, parce que j'ai hâte d'aller à Dieu."
Condamné aux bêtes, il fut conduit d'Antioche à Rome par Smyrne, Troade, Ostie. Son passage fut partout un triomphe; il fit couler partout des larmes de douleur et d'admiration:
"Je vais à la mort avec joie, pouvait-il dire. Laissez-moi servir de pâture aux lions et aux ours. Je suis le froment de Dieu; il faut que je sois moulu sous leurs dents pour devenir un pain digne de Jésus-Christ. Rien ne me touche, tout m'est indifférent, hors l'espérance de posséder mon Dieu. Que le feu me réduise en cendres, que j'expire sur le gibet d'une mort infâme; que sous la dent des tigres furieux et des lions affamés tout mon corps soit broyé; que les démons se réunissent pour épuiser sur moi leur rage: je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ."
Saint Ignace, dévoré par un lion, répéta le nom de Jésus jusqu'au dernier soupir. Il ne resta de son corps que quelques os qui furent transportés à Antioche.