Hello Pneumatis,
Je suppose que vous devez avoir autant de possibilités que moi dans l’aménagement de votre temps de travail et que vos loisirs autant que vos repos sont fort réduits par tous les sujets passionnants de ce forum.
Pneumatis a écrit : Je crois qu'on ne peut pas parler de "avant le péché originel" parce que ça n'a aucun sens.
J’espère que vous ne pensez pas que je suis insensé…
Pneumatis a écrit : Le péché originel est une réalité spirituelle qui impacte profondément l'Homme faisant en sorte que son esprit ne soit plus maitre de la chair, au diapason avec Dieu. Dans la résurrection, au moment de notre salut, nous redevenons cet être d'éternité à qui sa chair est soumise.
Tout à fait d’accord, bien sûr.
Pneumatis a écrit : Dans l'éternité il n'y a pas d'avant et pas d'après.
Ceci est effectivement la base de votre réflexion et de notre divergence.
Je ne pense pas que votre opinion n’a pas de sens, mais il me semble qu’elle réintroduit la tentation fondamentale de l’homme, depuis l’arbre de la Genèse, de vouloir maîtriser la connaissance à partir de son point de vue terrestre.
Je vais essayer de reprendre brièvement en d’autres mots ce que j’ai déjà développé dans des messages précédents.
Au centre de ma réflexion, je pense à la Bonne Nouvelle du Christ qu’il proclamait et faisait proclamer par ses disciples : Le Royaume des Cieux (ou de Dieu) est tout proche. Il est parmi nous.
Je pense aussi aux guérisons, aux résurrections, au vin de Cana et à la pièce d’argent dans la bouche d’un poisson, aux multiplications des pains…
Je pense, bien sûr, à tous ceux que nous aimons et qui sont déjà dans la communion invisible (pour notre regard terrestre) des saints, ainsi qu’aux saints anges, à leur action puissante parmi nous. Je pense à notre propre passage par la mort dans une réalité que nous ne pouvons guère imaginer.
Cela me convainc de quoi ? Mais du fait que le monde spirituel est présent ici et maintenant, dans le temps et dans l’histoire, depuis toujours, et que, par le miracle de la création, Adam et Eve ont pu vivre simultanément et pleinement dans la chair ET dans la réalité spirituelle de Dieu. Vous le dites très bien, à l’origine, l’humain est « maître de la chair, au diapason avec Dieu… » en étant un être d’éternité « à qui sa chair est soumise ».
Même si cela nous dépasse, ce n’est pas seulement la chair matérielle qui est soumise à l’homme créé comme à Dieu, mais toute la réalité terrestre, y compris le temps et l’espace.
Toute la Bible nous relate l’action de Dieu dans le temps et dans l’histoire. Pourquoi la Genèse ferait-elle exception ? Pourquoi la Parole de Dieu renoncerait-elle à nous parler de nos origines réelles, dans leur double réalité tant terrestre que spirituelle. Le monde spirituel, le Royaume des cieux n’est pas ailleurs. Il est présent dans notre monde terrestre mais il n’y est pas limité. Les réalités terrestres lui sont soumises.
Bien sûr, si la Genèse nous en parle, ce n’est pas pour nous faire un peu de science ou d’histoire, mais pour nourrir notre foi, notre vie et notre salut, avec un langage rempli d’images et de symboles mais qui peut être entendu à chaque génération selon ses connaissances humaines, pour nous parler en vérité tant de la réalité terrestre que de la réalité spirituelle qui la transcende.
Pneumatis a écrit :Je maintiens, bien que je sache que c'est un point de désaccord fondamental entre nous, que le péché originel n'est pas une réalité temporelle. L'Eden non plus. Rien d'ailleurs dans la Bible ne le laisse entendre.
Vraiment ? Il me semble que le contraire a été évident pour la majorité des croyants depuis 2000 ans et n’est mis en cause parmi eux que depuis peu de temps, principalement à cause des découvertes scientifiques.
Pneumatis a écrit : En revanche certaines choses laissent entendre le contraire.
En effet.
J’ai beaucoup lu et discuté lorsque j’étais étudiant des trois temps et demi du prophète Daniel qui font l’objet de beaucoup d’interprétations. Je me souviens même d’un calcul très précis qui conduisait exactement à la date de la passion du Christ, bref des interprétations avec les deux pieds dans l’histoire bien concrète.
Vos réflexions à ce sujet sont fort bien développées et je n’ai pas d’observations à cet égard.
J’apprécie votre approche lorsqu’elle relève que « C'est à cette sortie du temps que nous prépare la liturgie, et c'est en particulier à cette sortie du temps que la nature humaine est appelée en connaissant la mort et la résurrection », mais pour autant que le mot sortie signifie dépassement et ouverture, mais non si ces propos signifient que Dieu est étranger au temps ou que le temps ne sera pas pleinement maîtrisé, transcendé, dans la réalité spirituelle ou que le temps ne peut être déjà pénétré de cette réalité spirituelle ou qu’il n’aura pas de prolongement dans cette réalité spirituelle après notre mort.
Ce qu’est réellement le temps (et l’éternité), nous ne pouvons guère le savoir actuellement qu’avec nos connaissances terrestres. Il est comme le monde qu’un bébé pourrait imaginer à l’intérieur du sein de mère avant sa naissance.
Pneumatis a écrit : Le péché originel marque donc aussi cette modification profonde de la réalité du temps. Nous sommes coupés du jardin d'éternité qu'est l'Eden, dont la terre sacrée évoque essentiellement notre nature humaine pure de tout péché, pour entrer dans une réalité dont les lois sont différentes et soumise à la cyclicité du temps, à l'entropie et à la mort.
On est toujours devant la même difficulté.
Je pense qu’il n’y a pas de « modification » du temps, ni d’« entrée » dans « une réalité dont les lois sont différentes et soumise à la cyclicité du temps, à l'entropie et à la mort ».
Le temps est bien maîtrisé par Dieu tout comme l’espace. Il en est le créateur. La chute de l’homme n’a rien modifié. Tout subsiste inchangé depuis la chute, sauf que le péché nous a aveuglé, privé de la vie qui permettait à l’homme de maîtriser toutes choses avec Dieu, et privé la nature entière de l’ordre que l’homme avait vocation d’y mettre. Elle souffre avec nous des douleurs de l’enfantement.
Le jardin d’Eden est toujours là, mais nous ne le voyons plus, nous n’y entrons plus puisque son accès est spirituel. Il n’est pas ailleurs, pas plus que le Royaume des Cieux.
La Genèse nous montre que le monde de Dieu et le monde terrestre étaient présents ensemble pour l’homme, dans le temps et dans l’espace. Aux yeux de l’homme perdu par la faute originelle, il ne reste qu’un monde terrestre et une perception bien faible des réalités spirituelles.
Mais, ce n’est pas parce qu’il ne voit plus, ne touche plus, ne sent plus, n’entend plus, que rien d’autre n’existe à l’endroit et au moment même où il se trouve.
C’est dans l’histoire concrète que Dieu nous a créés et vient aujourd’hui nous rejoindre, même si cela dépasse notre entendement.
C’est pourquoi, je ne peux vous suivre dans votre réflexion hors du temps qui considère que « la réalité de l'univers tel que nous le connaissons démarre en même "temps" que l'Homme chute… », ni me limiter à observer dans la Genèse de simples similitudes sur les origines ontologiques de l'Homme, en dehors de toute « réalité temporelle qui inclurait dans son scénario un événement "péché originel", un événement "insuffle une âme" ou un autre "chute" », ce qui n’exclut pas de pouvoir observer de pertinentes analogies.
N’est-ce pas vous qui avez écrit des choses remarquables sur les sens multiples d’un même texte biblique ?
Je ne vais pas développer ici la question de la mort qui fait l’objet d’un nouveau sujet dans le Christianisme pour les Nuls où vous avez hésité à poster votre message.
Pneumatis a écrit : Voilà ma règle : c'est de regarder les correspondances symbolique entre le récit expérimental que décrit la science et le récit ontologique que décrit la Genèse. Les deux parlant de la même chose : d'où venons-nous ? Et j'ajoute que, tout comme nous devons réapprendre à soumettre la chair à l'esprit, dans cette épistémologie de l'anthropologie il nous faut aussi soumettre le récit expérimental au récit ontologique.
D’accord, mais cette approche de principe ne départage pas nos difficultés, comme le montre votre conclusion qui nous rapproche mais me paraît cependant exclure de manière injustifiée la réalité spirituelle dans notre monde concret et même contredire votre intention de « soumettre la chair à l’esprit » :
Pneumatis a écrit : Ainsi il ne faut pas lire la Genèse avec le questionnement de l'historien ou du paléontologue à la lumière de ses connaissances, mais lire l'histoire avec le questionnement du prophète à la lumière de la révélation.
D’accord, évidemment, pour lire l’histoire – la vraie, la concrète, la réelle, la terrestre – avec le questionnement du prophète à la lumière de la révélation. Pourquoi donc la Bible ne ferait-elle pas cela pour nous ? Pour reprendre vos propres mots, je pense que l’Ecriture Sainte nous lit l’histoire avec le questionnement du prophète à la lumière de la révélation. C’est exactement cela. Et c’est la vraie histoire. Vous me soufflez les mots les plus justes.
Mais, si c’est bien de l’histoire – la vraie, la concrète, la réelle, la terrestre – dont nous parlons, comment pouvons-nous échapper au questionnement de l'historien ou du paléontologue à la lumière de ses connaissances ?