par papillon » lun. 21 sept. 2009, 19:05
Bonjour,
mon dernier geste de miséricorde, peut-être peut-on le qualifier de 'demi-geste' de miséricorde, m'a encore appris quelque chose sur moi-même.
C'était lors d'une escapade-vélo avec ma belle-soeur, fin août. Un soir, on laisse nos bécanes au gîte pour aller en ville (Québec). Après un bon repas, on déambule dans la vieille ville. C'était une soirée magnifique, il y avait foule, les gens avaient l'air heureux, l'ambiance générale était à la fête. Ma belle-soeur me fait remarquer alors une femme qui transporte avec peine un petit garçon de 4 ou 5 ans . Elle porte un sac à dos et semble être en visite comme nous. Une petite fille plus âgée la suit. Elle se dirige vers le coin de la rue et s'assoit sur le rebord d'un bac à fleurs en regardant à gauche et à droite, le regard angoissé. Sa détresse détonne de façon bouleversante avec toute la nonchalance et le bonheur qui l'entoure. La solitude dans une foule. Je vais la voir et lui demande "Madame, avez-vous besoin d'aide?" Alors elle nous raconte que son enfant a ressenti subitement une violente douleur à l'abdomen, qui l'a fait se plier en deux, et qu'il ne peut plus marcher. Son mari est allé chercher la voiture laissée quelque part dans un stationnement, et il tarde à arriver. Problème de circulation? Elle ne sait plus quoi faire. Ma belle-soeur fait remarquer que l'hôpital est tout près et que c'est beaucoup plus simple de s'y rendre à pied que d'attendre un taxi ou le mari. On pourrait l'aider à porter l'enfant. Je demande alors à la dame si elle ne préfère pas qu'on attende son mari sur place avec elle. Non, elle veut aller tout de suite à l'hôpital. Il va comprendre qu'elle s'y est rendue et ils pourront de toute manière se rejoindre.
Alors, on est parti tous ensemble. Elle n'a pas voulu qu'on porte son enfant. On s'est occupé de son sac à dos, et on l'a guidée jusqu'à l'urgence de l'hôpital, en arrêtant de temps en temps pour la laisser souffler, et là on a pu lui trouver un fauteuil roulant. Elle avait l'air très soulagée.
J'en ai gardé un regret, celui de ne pas être restée plus longtemps pour m'assurer qu'elle retrouve son mari. C'était la chose à faire. Mon erreur n'a pas été de ne pas y penser. En fait, c'était exactement ce que je voulais faire, rester. Mon erreur a été de ne pas avoir su le faire en dépit de ma belle-soeur qui elle, voulait qu'on parte (on devait voir un spectacle...). Comme quoi on a toujours du travail à faire sur soi-même.
J'ai toujours pensé qu'à n'être franc qu'à moitié, on ne l'est pas du tout. De même, je me suis demandée ce que vaut une demi-compassion.
Je sais le bien que ça m'a fait d'aller vers cette femme. J'imagine celui que ça m'aurait fait si j'étais allée au bout de ce que j'avais commencé.
Bonjour,
mon dernier geste de miséricorde, peut-être peut-on le qualifier de 'demi-geste' de miséricorde, m'a encore appris quelque chose sur moi-même.
C'était lors d'une escapade-vélo avec ma belle-soeur, fin août. Un soir, on laisse nos bécanes au gîte pour aller en ville (Québec). Après un bon repas, on déambule dans la vieille ville. C'était une soirée magnifique, il y avait foule, les gens avaient l'air heureux, l'ambiance générale était à la fête. Ma belle-soeur me fait remarquer alors une femme qui transporte avec peine un petit garçon de 4 ou 5 ans . Elle porte un sac à dos et semble être en visite comme nous. Une petite fille plus âgée la suit. Elle se dirige vers le coin de la rue et s'assoit sur le rebord d'un bac à fleurs en regardant à gauche et à droite, le regard angoissé. Sa détresse détonne de façon bouleversante avec toute la nonchalance et le bonheur qui l'entoure. La solitude dans une foule. Je vais la voir et lui demande "Madame, avez-vous besoin d'aide?" Alors elle nous raconte que son enfant a ressenti subitement une violente douleur à l'abdomen, qui l'a fait se plier en deux, et qu'il ne peut plus marcher. Son mari est allé chercher la voiture laissée quelque part dans un stationnement, et il tarde à arriver. Problème de circulation? Elle ne sait plus quoi faire. Ma belle-soeur fait remarquer que l'hôpital est tout près et que c'est beaucoup plus simple de s'y rendre à pied que d'attendre un taxi ou le mari. On pourrait l'aider à porter l'enfant. Je demande alors à la dame si elle ne préfère pas qu'on attende son mari sur place avec elle. Non, elle veut aller tout de suite à l'hôpital. Il va comprendre qu'elle s'y est rendue et ils pourront de toute manière se rejoindre.
Alors, on est parti tous ensemble. Elle n'a pas voulu qu'on porte son enfant. On s'est occupé de son sac à dos, et on l'a guidée jusqu'à l'urgence de l'hôpital, en arrêtant de temps en temps pour la laisser souffler, et là on a pu lui trouver un fauteuil roulant. Elle avait l'air très soulagée.
J'en ai gardé un regret, celui de ne pas être restée plus longtemps pour m'assurer qu'elle retrouve son mari. C'était la chose à faire. Mon erreur n'a pas été de ne pas y penser. En fait, c'était exactement ce que je voulais faire, rester. Mon erreur a été de ne pas avoir su le faire en dépit de ma belle-soeur qui elle, voulait qu'on parte (on devait voir un spectacle...). Comme quoi on a toujours du travail à faire sur soi-même.
J'ai toujours pensé qu'à n'être franc qu'à moitié, on ne l'est pas du tout. De même, je me suis demandée ce que vaut une demi-compassion.
Je sais le bien que ça m'a fait d'aller vers cette femme. J'imagine celui que ça m'aurait fait si j'étais allée au bout de ce que j'avais commencé.