par Pneumatis » jeu. 20 août 2009, 16:47
Bonjour,
Je crois qu'il ne faut surtout pas opposer le sens symbolique et le réel : ce n'est pas parce que le glaive a un sens symbolique qu'il ne faut pas porter un vrai glaive à la ceinture pour traverser la nuit précédent l'accomplissement de toute la révélation. C'est pour la même raison que nous posons des actes liturgiques : leur sens a une valeur essentielle, et ils engagent notre corps dans la même démarche que notre esprit.
Dire que les apôtres n'auraient pas compris, c'est malheureusement les prendre bien trop pour des imbéciles : ils étaient trop familiers des écritures, et bien plus encore de l'art du midrash (puisqu'à leur tour ils composèrent les évangiles), pour ignorer le sens de symboles aussi fort que le glaive ou pour ne pas savoir distinguer quand Jésus parle par analogie ou donne une instruction pratique concrète.
En réalité, se convaincre intellectuellement qu'il faudra une capacité de jugement acéré (discernement) n'a rien de suffisant. De même que la foi ne peut pas qu'être une spéculation intellectuelle. Là de même, il faut encore porter à sa ceinture le glaive pour être corps et esprit engagé dans cette démarche de préparation au jugement divin.
Après j'avoue ne pas bien saisir le rapport entre les glaives et la parole d'Isaïe, 53 : "
et il a été compté parmi les malfaiteurs", si ce n'est que dans ce chapitre d'Isaïe on trouve aussi "
Par contrainte et jugement il a été saisi" : on voit bien ici les bâtons (contrainte) et les glaives (jugement) dont sont munis les hommes qui viennent arrêter Jésus, accomplissant donc les paroles d'Isaïe. Mais ça ne dit rien des deux glaives des apôtres. Je retiens, sans bien savoir à quoi cela peut me mener, l'idée qu'en ayant deux glaives, un glaive a frappé et l'autre est resté au fourreau.
J'ajoute qu'il est important que Pierre frappe le serviteur du Grand Prêtre. D'abord parce qu'il y a un effet miroir : Pierre d'une certaine manière est le VRAI serviteur du VRAI grand-prêtre. C'est donc d'abord à lui-même qu'il applique ce glaive (discernement). Mais aussi c'est cet acte du discernement qui bouleverse l'entendement (coupe l'oreille) de celui qui est d'abord rebelle aux enseignements divins qui permet immédiatement l'action de grâce du Seigneur rétablissant l'impie dans une intelligence purifiée. Si Pierre est la figure de l'Eglise alors on voit bien combien la collaboration avec le Seigneur est étroite dans l'ordre du discernement. L'Eglise n'éclaire pas seule notre intelligence : elle tranche pour qu'ensuite la grâce du Seigneur puisse venir nous rétablir dans cette intelligence, et ce faisant n'est pas notre ennemi de qui le Seigneur viendrait nous sauver, mais la collaboratrice du Seigneur dans l'ordre du discernement.
Après ce que dit Gerardh a du sens aussi, bien évidemment. Tellement que c'est d'ailleurs en substance ce que dit Saint Thomas d'Aquin :
S. Jean Chrysostome (sur ces par. de Rm 16, 3: Saluez Priscille et Aquilée) : Celui qui enseigne l'art de la natation, commence par soutenir avec grande attention ses élèves de la main, mais ensuite il retire de temps en temps la main, et leur commande de s'aider eux-mêmes, il les laisse même s'enfoncer quelque peu. Notre-Seigneur tient cette conduite à l'égard de ses disciples. Dans les commencements il était attentif à tous leurs besoins, et leur préparait toutes choses avec une extrême abondance: «Et ils lui dirent: Nous n'avons manqué de rien». Mais lorsque le moment fut venu pour eux de montrer leurs propres forces, il leur retira une partie de son secours et voulut qu'ils agissent un peu par eux-mêmes. Il leur dit donc: «Mais maintenant que celui qui a une bourse (pour mettre son argent), la prenne, qu'il prenne de même son sac qui porte ses vivres». Or, lorsqu'ils n'avaient ni chaussures, ni ceinture, ni bâton, ni argent, ils n'ont manqué absolument de rien; au contraire, dès que le Sauveur leur eut permis d'avoir une bourse et un sac, ils furent exposés à souffrir la faim, la soif, la nudité; comme s'il leur disait: Jusqu'à présent vous avez eu tout en abondance, maintenant je veux que vous éprouviez la pauvreté; aussi je ne vous oblige plus d'observer la loi que je vous ai donnée en premier lieu (Mt 10, 18; Mc 6, 8; Lc 9, 3), et je vous permets de porter une bourse et un sac. Dieu aurait pu sans doute les maintenir dans cette même abondance, il ne le voulut pas pour plusieurs raisons: premièrement, afin que ses disciples, loin de rien s'attribuer, fussent obligés de reconnaître que tout ce qu'ils avaient venait de Dieu; secondement, pour leur apprendre à se conduire eux-mêmes; troisièmement pour prévenir l'idée trop avantageuse qu'ils auraient eue d'eux-mêmes. Ainsi, comme il permet que ses disciples soient exposés à des épreuves imprévues, il adoucit la sévérité de la première loi qu'il leur avait imposée, pour que la vie ne fût pas pour eux trop dure et trop accablante.
- Bède le Vénérable : Le Sauveur ne prescrit pas à ses disciples la même règle de vie pour les temps de persécution et pour les temps de paix. Lorsqu'il envoie ses disciples prêcher l'Évangile, il leur défend de rien emporter avec eux, il veut que celui qui annonce l'Évangile, vive de l'Évangile, mais quand l'heure de sa mort approche, et que le peuple juif tout entier est sur le point de persécuter à la fois le pasteur et le troupeau, il leur donne, une règle appropriée aux circonstances, et leur permet d'emporter les choses nécessaires à la vie, jusqu'à ce que la fureur des persécuteurs soit apaisée, et que le temps d'annoncer l'Évangile soit revenu. Il nous donne en même temps l'exemple de nous relâcher un peu pour une cause juste et pressante des règles sévères que nous nous sommes prescrites.
- S. Augustin (cont. Faust., 12, 77) : Le Sauveur n'agit donc point ici par inconstance, mais par une sage économie, il modifie suivant la diversité de temps, ses préceptes, ses conseils ou ses permissions.
Bonjour,
Je crois qu'il ne faut surtout pas opposer le sens symbolique et le réel : ce n'est pas parce que le glaive a un sens symbolique qu'il ne faut pas porter un vrai glaive à la ceinture pour traverser la nuit précédent l'accomplissement de toute la révélation. C'est pour la même raison que nous posons des actes liturgiques : leur sens a une valeur essentielle, et ils engagent notre corps dans la même démarche que notre esprit.
Dire que les apôtres n'auraient pas compris, c'est malheureusement les prendre bien trop pour des imbéciles : ils étaient trop familiers des écritures, et bien plus encore de l'art du midrash (puisqu'à leur tour ils composèrent les évangiles), pour ignorer le sens de symboles aussi fort que le glaive ou pour ne pas savoir distinguer quand Jésus parle par analogie ou donne une instruction pratique concrète.
En réalité, se convaincre intellectuellement qu'il faudra une capacité de jugement acéré (discernement) n'a rien de suffisant. De même que la foi ne peut pas qu'être une spéculation intellectuelle. Là de même, il faut encore porter à sa ceinture le glaive pour être corps et esprit engagé dans cette démarche de préparation au jugement divin.
Après j'avoue ne pas bien saisir le rapport entre les glaives et la parole d'Isaïe, 53 : "[i]et il a été compté parmi les malfaiteurs[/i]", si ce n'est que dans ce chapitre d'Isaïe on trouve aussi "[i]Par contrainte et jugement il a été saisi[/i]" : on voit bien ici les bâtons (contrainte) et les glaives (jugement) dont sont munis les hommes qui viennent arrêter Jésus, accomplissant donc les paroles d'Isaïe. Mais ça ne dit rien des deux glaives des apôtres. Je retiens, sans bien savoir à quoi cela peut me mener, l'idée qu'en ayant deux glaives, un glaive a frappé et l'autre est resté au fourreau.
J'ajoute qu'il est important que Pierre frappe le serviteur du Grand Prêtre. D'abord parce qu'il y a un effet miroir : Pierre d'une certaine manière est le VRAI serviteur du VRAI grand-prêtre. C'est donc d'abord à lui-même qu'il applique ce glaive (discernement). Mais aussi c'est cet acte du discernement qui bouleverse l'entendement (coupe l'oreille) de celui qui est d'abord rebelle aux enseignements divins qui permet immédiatement l'action de grâce du Seigneur rétablissant l'impie dans une intelligence purifiée. Si Pierre est la figure de l'Eglise alors on voit bien combien la collaboration avec le Seigneur est étroite dans l'ordre du discernement. L'Eglise n'éclaire pas seule notre intelligence : elle tranche pour qu'ensuite la grâce du Seigneur puisse venir nous rétablir dans cette intelligence, et ce faisant n'est pas notre ennemi de qui le Seigneur viendrait nous sauver, mais la collaboratrice du Seigneur dans l'ordre du discernement.
Après ce que dit Gerardh a du sens aussi, bien évidemment. Tellement que c'est d'ailleurs en substance ce que dit Saint Thomas d'Aquin :
[quote][b]S. Jean Chrysostome[/b] (sur ces [i]par. de Rm 16, 3: Saluez Priscille et Aquilée[/i]) : Celui qui enseigne l'art de la natation, commence par soutenir avec grande attention ses élèves de la main, mais ensuite il retire de temps en temps la main, et leur commande de s'aider eux-mêmes, il les laisse même s'enfoncer quelque peu. Notre-Seigneur tient cette conduite à l'égard de ses disciples. Dans les commencements il était attentif à tous leurs besoins, et leur préparait toutes choses avec une extrême abondance: «Et ils lui dirent: Nous n'avons manqué de rien». Mais lorsque le moment fut venu pour eux de montrer leurs propres forces, il leur retira une partie de son secours et voulut qu'ils agissent un peu par eux-mêmes. Il leur dit donc: «Mais maintenant que celui qui a une bourse (pour mettre son argent), la prenne, qu'il prenne de même son sac qui porte ses vivres». Or, lorsqu'ils n'avaient ni chaussures, ni ceinture, ni bâton, ni argent, ils n'ont manqué absolument de rien; au contraire, dès que le Sauveur leur eut permis d'avoir une bourse et un sac, ils furent exposés à souffrir la faim, la soif, la nudité; comme s'il leur disait: Jusqu'à présent vous avez eu tout en abondance, maintenant je veux que vous éprouviez la pauvreté; aussi je ne vous oblige plus d'observer la loi que je vous ai donnée en premier lieu ([i]Mt 10, 18; Mc 6, 8; Lc 9, 3[/i]), et je vous permets de porter une bourse et un sac. Dieu aurait pu sans doute les maintenir dans cette même abondance, il ne le voulut pas pour plusieurs raisons: premièrement, afin que ses disciples, loin de rien s'attribuer, fussent obligés de reconnaître que tout ce qu'ils avaient venait de Dieu; secondement, pour leur apprendre à se conduire eux-mêmes; troisièmement pour prévenir l'idée trop avantageuse qu'ils auraient eue d'eux-mêmes. Ainsi, comme il permet que ses disciples soient exposés à des épreuves imprévues, il adoucit la sévérité de la première loi qu'il leur avait imposée, pour que la vie ne fût pas pour eux trop dure et trop accablante.
[b]- Bède le Vénérable :[/b] Le Sauveur ne prescrit pas à ses disciples la même règle de vie pour les temps de persécution et pour les temps de paix. Lorsqu'il envoie ses disciples prêcher l'Évangile, il leur défend de rien emporter avec eux, il veut que celui qui annonce l'Évangile, vive de l'Évangile, mais quand l'heure de sa mort approche, et que le peuple juif tout entier est sur le point de persécuter à la fois le pasteur et le troupeau, il leur donne, une règle appropriée aux circonstances, et leur permet d'emporter les choses nécessaires à la vie, jusqu'à ce que la fureur des persécuteurs soit apaisée, et que le temps d'annoncer l'Évangile soit revenu. Il nous donne en même temps l'exemple de nous relâcher un peu pour une cause juste et pressante des règles sévères que nous nous sommes prescrites.
[b]- S. Augustin[/b] ([i]cont. Faust., 12, 77[/i]) : Le Sauveur n'agit donc point ici par inconstance, mais par une sage économie, il modifie suivant la diversité de temps, ses préceptes, ses conseils ou ses permissions.[/quote]