par coeurderoy » lun. 29 juin 2009, 1:49
J'ai songé à ce fil en visitant, avant-hier, le Chemin des Dames...Mes grands-pères étaient de Reims et Cumières (près d'Epernay) et se battirent à une trentaine de kilomètres de la ville où vivaient les leurs...En 1918 certaines zones étaient méconnaissables : plus de végétation ni de routes, villages détruits, tout le décor de leur enfance ou jeunesse avait disparu par endroits... Le grand-père d'une amie, de Tahure ou Mesnil-lès-Hurlus (deux villages rayés de la carte, dans l'actuel camp militaire de Mourmelon) ne put jamais remettre les pieds sur les lieux où il était né, avait été baptisé, s'était marié...
Certains se battirent bien loin de leurs villages : le Monument des Basques est étrange et inhabituel : érigé grâce à un don privé, il est le seul qui représente, en ces terres guerrières, un civil : debout, un Basque reconnaissable à son béret, regarde, non pas la crête où se trouvait l'ennemi, mais la direction du Sud-Ouest et des Pyrénées, tournant ainsi le dos au champ de bataille !
J'avais lu "Orages d'Acier" d'Ernst Junger, il y a quelques années et, malgré toute l'admiration que j'ai pour cet écrivain, militaire de métier, j'ai trouvé son regard d'entomologiste détaché, froid, presqu'inhumain quand il conte par le détail l'horreur des tranchées.
Lui a tenu quatre ans ainsi (!) parce qu'il avait, outre du courage, des nerfs d'acier, une santé sans doute robuste, mais les autres...
Dans "Routes et Jardins" (parfois traduit "Jardins et routes"), le récit de l'invasion de juin 40, vue par un Allemand non nazi, est fascinant et porte à bien des réflexions et méditations profondes chez un chrétien (ce que Junger n'était pas). Et puis sa description fine et sensible des paysages et sites picards ou champenois ne me laisse évidemment pas indifférent. Ernst était un homme de culture, sensible à l'art et qui tentait de faire respecter les lois de la guerre. A Laon il avait fait prendre des mesures conservatoires pour empêcher le bombardement de la cathédrale : après la guerre la ville l'avait fait citoyen d'honneur...
Et comment ne pas songer à cette autre guerre alors qu'entre Compiègne et Soissons la route Nationale ne cesse de longer la voie ferrée qui emportait vers l'Est inconnu les détenus de Royallieu...
Autant ces souvenirs des deux guerres mondiales m'agaçaient lorsque, adolescent je vivais à Reims ou Châlons, autant j'apprécie aujourd'hui ces espaces du Soissonnais, Valois, Tardenois, pourtant parsemés de cimetières militaires.
La beauté des paysages, les forêts,les vignobles, les souvenirs de Racine, Claudel, Nerval, les horizons peints entre Laon et Soissons par Le Nain ou Corot m'attachent infiniment à ce sol (ce qui m'aurait surpris beaucoup à l'âge de vingt ans !).
Je n'aime pas le mot patrie, même si je vénère et aime mon pays et son histoire : il fleure trop la Révolution et me rappelle ceux qu'on dénonçait comme "traîtres à la Patrie" parce que contraints à l'exil..
Relisant les témoignages de l'art de vivre sur ce sol vers 1780 ou 1830, contemplant ce que furent des villes d'Art et de haute culture telles que Soissons, Laon ou Reims et voyant ce que les guerres et les aménagements en ont fait, je comprends combien nos grands parents formatés par la religion patriotarde de l'école communale ont été victimes de la bêtise et de la laideur des idéologies de la Troisième République.
Mais le doux Corot, Nerval le mélancolique, le joyeux La Fontaine, né sur les bords de Marne, me disent que c'est bien là "ma" terre, celle de mes rêves, de mes amours, de mes émotions...Et j'éprouve de la gratitude pour ceux qui furent contraints de souffrir en ces guerres atroces afin que leurs arrière-petits-enfants puissent jouer à cache-cache ou aux indiens sur un sol trop souvent abreuvé de sang humain...
J'ai songé à ce fil en visitant, avant-hier, le Chemin des Dames...Mes grands-pères étaient de Reims et Cumières (près d'Epernay) et se battirent à une trentaine de kilomètres de la ville où vivaient les leurs...En 1918 certaines zones étaient méconnaissables : plus de végétation ni de routes, villages détruits, tout le décor de leur enfance ou jeunesse avait disparu par endroits... Le grand-père d'une amie, de Tahure ou Mesnil-lès-Hurlus (deux villages rayés de la carte, dans l'actuel camp militaire de Mourmelon) ne put jamais remettre les pieds sur les lieux où il était né, avait été baptisé, s'était marié...
Certains se battirent bien loin de leurs villages : le Monument des Basques est étrange et inhabituel : érigé grâce à un don privé, il est le seul qui représente, en ces terres guerrières, un civil : debout, un Basque reconnaissable à son béret, regarde, non pas la crête où se trouvait l'ennemi, mais la direction du Sud-Ouest et des Pyrénées, tournant ainsi le dos au champ de bataille !
J'avais lu "Orages d'Acier" d'Ernst Junger, il y a quelques années et, malgré toute l'admiration que j'ai pour cet écrivain, militaire de métier, j'ai trouvé son regard d'entomologiste détaché, froid, presqu'inhumain quand il conte par le détail l'horreur des tranchées.
Lui a tenu quatre ans ainsi (!) parce qu'il avait, outre du courage, des nerfs d'acier, une santé sans doute robuste, mais les autres...
Dans "Routes et Jardins" (parfois traduit "Jardins et routes"), le récit de l'invasion de juin 40, vue par un Allemand non nazi, est fascinant et porte à bien des réflexions et méditations profondes chez un chrétien (ce que Junger n'était pas). Et puis sa description fine et sensible des paysages et sites picards ou champenois ne me laisse évidemment pas indifférent. Ernst était un homme de culture, sensible à l'art et qui tentait de faire respecter les lois de la guerre. A Laon il avait fait prendre des mesures conservatoires pour empêcher le bombardement de la cathédrale : après la guerre la ville l'avait fait citoyen d'honneur...
Et comment ne pas songer à cette autre guerre alors qu'entre Compiègne et Soissons la route Nationale ne cesse de longer la voie ferrée qui emportait vers l'Est inconnu les détenus de Royallieu...
Autant ces souvenirs des deux guerres mondiales m'agaçaient lorsque, adolescent je vivais à Reims ou Châlons, autant j'apprécie aujourd'hui ces espaces du Soissonnais, Valois, Tardenois, pourtant parsemés de cimetières militaires.
La beauté des paysages, les forêts,les vignobles, les souvenirs de Racine, Claudel, Nerval, les horizons peints entre Laon et Soissons par Le Nain ou Corot m'attachent infiniment à ce sol (ce qui m'aurait surpris beaucoup à l'âge de vingt ans !).
Je n'aime pas le mot patrie, même si je vénère et aime mon pays et son histoire : il fleure trop la Révolution et me rappelle ceux qu'on dénonçait comme "traîtres à la Patrie" parce que contraints à l'exil..
Relisant les témoignages de l'art de vivre sur ce sol vers 1780 ou 1830, contemplant ce que furent des villes d'Art et de haute culture telles que Soissons, Laon ou Reims et voyant ce que les guerres et les aménagements en ont fait, je comprends combien nos grands parents formatés par la religion patriotarde de l'école communale ont été victimes de la bêtise et de la laideur des idéologies de la Troisième République.
Mais le doux Corot, Nerval le mélancolique, le joyeux La Fontaine, né sur les bords de Marne, me disent que c'est bien là "ma" terre, celle de mes rêves, de mes amours, de mes émotions...Et j'éprouve de la gratitude pour ceux qui furent contraints de souffrir en ces guerres atroces afin que leurs arrière-petits-enfants puissent jouer à cache-cache ou aux indiens sur un sol trop souvent abreuvé de sang humain...