par FMD » mer. 17 juin 2009, 11:15
Bonjour,
J'avoue avoir été au premier abord surpris par l'ampleur de la victoire du président sortant. Son bilan économique pour le moins déplorable, son populisme grossier et les innombrables petites contrariétés introduites dans la vie quotidienne des Iraniens au cours de ces dernières années devaient le mener à une défaite cinglante. Il n'en a rien été mais je ne crois pas, après réflexion, à un trucage massif des élections. Je ne peux bien évidemment ni exclure ni confirmer l'existence de fraudes mais plusieurs facteurs me poussent à ne pas exagérer l'importance de ce phénomène :

Il apparaît tout d'abord que les institutions de la République islamique d'Iran sont protéiformes et souvent dédoublées et que les pouvoirs du président sont de fait limités (1) sur des questions telles que la politique étrangère ou certaines questions sociales sensibles. L'accession de Moussavi à la présidence ne représentait aucun danger dans la mesure où les candidats sont effectivement présélectionnes et où Moussavi peut se targuer de posséder un passé d'authentique révolutionnaire, comme l'a rappelé Charles. À quoi bon dès lors prendre le risque de truquer les élections et de nourrir la colère populaire si les deux candidats assurent la pérennité du régime islamique ?

Les manifestants que l'on voit dans les rues de Téhéran sont certes déterminés et résolument hostiles à Ahmadinejad, mais qui sont-ils réellement ? Leurs habits trahissent leur sociologie : il s'agit tout au plus de jeunes Téhéranais issus de milieux bourgeois. Ce sont des individus respectables et l'Iran gagnerait à les suivre, toutefois ils sont loin d'être majoritaires. Ils peuvent encore faire illusion dans des villes telles que Téhéran, Ispahan ou encore Shiraz mais on ne saurait négliger les campagnes iraniennes et leurs dizaines de millions d'habitants, a priori acquis au président sortant du fait de ses largesses et de ses multiples égards. Ceci étant, nous n'en sommes même pas encore là, les autres grandes villes sont relativement calmes.

Il y a enfin un facteur discriminant qui est peu abordé par les médias occidentaux, celui de l'ethnie des deux candidats. Moussavi n'est pas un Perse mais un Turc azéri, autant dire un candidat issu des minorités. Si cela lui a permis de réaliser de bons scores dans l'Azerbaïdjan iranien et même de l'emporter dans l'Azerbaïdjan occidental (2), cela a pu tout aussi bien le pénaliser dans de nombreuses régions à majorité persane. On pourra cependant toujours me faire remarquer que le Guide suprême a un père azéri...
Mon intuition est que l'ordre d'arrivée des candidats est le bon mais qu'un second tour, plus incertain, aurait sans doute été nécessaire. Nous ne connaîtrons cependant jamais les véritables chiffres et ces conjectures ne pourront donc pas être vérifiées.
J’espère surtout que l'Occident saura rester en dehors du processus de contestation interne. Les déclarations tonitruantes des Sarkozy (3), Biden et autres Kouchner sont autant de clous plantés dans le cercueil d'une contestation existante mais encore minoritaire car elles justifient d'éventuelles représailles de la part des autorités. J'espère également que les dirigeants occidentaux ne planifient pas, à moyen terme, une intervention militaire aérienne contre l'Iran. Ils restaureraient ainsi le climat de terreur, favorable au régime, qui sévissait durant la guerre contre l'Irak. La situation actuelle va enfin pousser l'Iran à nouer des alliances stratégiques pour résister aux pressions occidentales. Le renforcement de la coopération entre l'Iran et l'OTSC annoncé en avril dernier devrait être pris comme un premier avertissement. Il y a bien un pays qui cherche à s'implanter durablement en Iran, malgré la méfiance légitime du régime, et qui n'attend pour cela qu'un faux pas de l'Occident.
En Christ,
Franck
(1) C'est l'un des atouts majeurs du régime. Si la contestation dure, il sera toujours possible de la mater en cédant sur la forme, c'est-à-dire en lâchant Ahmadinejad, sans rien céder sur le fond, sur les structures du pouvoir réel.
(2) Sa défaite dans la région de Tabriz (Azerbaïdjan oriental) est plus surprenante, il faut le reconnaître. C'est l'un des résultats les plus problématiques.
(3) Mention spéciale pour ce dernier, qui se préoccupe de l'état de la démocratie en Iran alors même qu'il se trouve à Libreville pour rendre un dernier hommage à Omar Bongo. J'ai certes cité Biden mais il faut également reconnaître que la réaction américaine est pour l'instant bien plus constructive que la réaction française.
Bonjour,
J'avoue avoir été au premier abord surpris par l'ampleur de la victoire du président sortant. Son bilan économique pour le moins déplorable, son populisme grossier et les innombrables petites contrariétés introduites dans la vie quotidienne des Iraniens au cours de ces dernières années devaient le mener à une défaite cinglante. Il n'en a rien été mais je ne crois pas, après réflexion, à un trucage massif des élections. Je ne peux bien évidemment ni exclure ni confirmer l'existence de fraudes mais plusieurs facteurs me poussent à ne pas exagérer l'importance de ce phénomène :
:arrow: Il apparaît tout d'abord que les institutions de la République islamique d'Iran sont protéiformes et souvent dédoublées et que les pouvoirs du président sont de fait limités (1) sur des questions telles que la politique étrangère ou certaines questions sociales sensibles. L'accession de Moussavi à la présidence ne représentait aucun danger dans la mesure où les candidats sont effectivement présélectionnes et où Moussavi peut se targuer de posséder un passé d'authentique révolutionnaire, comme l'a rappelé Charles. À quoi bon dès lors prendre le risque de truquer les élections et de nourrir la colère populaire si les deux candidats assurent la pérennité du régime islamique ?
:arrow: Les manifestants que l'on voit dans les rues de Téhéran sont certes déterminés et résolument hostiles à Ahmadinejad, mais qui sont-ils réellement ? Leurs habits trahissent leur sociologie : il s'agit tout au plus de jeunes Téhéranais issus de milieux bourgeois. Ce sont des individus respectables et l'Iran gagnerait à les suivre, toutefois ils sont loin d'être majoritaires. Ils peuvent encore faire illusion dans des villes telles que Téhéran, Ispahan ou encore Shiraz mais on ne saurait négliger les campagnes iraniennes et leurs dizaines de millions d'habitants, a priori acquis au président sortant du fait de ses largesses et de ses multiples égards. Ceci étant, nous n'en sommes même pas encore là, les autres grandes villes sont relativement calmes.
:arrow: Il y a enfin un facteur discriminant qui est peu abordé par les médias occidentaux, celui de l'ethnie des deux candidats. Moussavi n'est pas un Perse mais un Turc azéri, autant dire un candidat issu des minorités. Si cela lui a permis de réaliser de bons scores dans l'Azerbaïdjan iranien et même de l'emporter dans l'Azerbaïdjan occidental (2), cela a pu tout aussi bien le pénaliser dans de nombreuses régions à majorité persane. On pourra cependant toujours me faire remarquer que le Guide suprême a un père azéri...
Mon intuition est que l'ordre d'arrivée des candidats est le bon mais qu'un second tour, plus incertain, aurait sans doute été nécessaire. Nous ne connaîtrons cependant jamais les véritables chiffres et ces conjectures ne pourront donc pas être vérifiées.
J’espère surtout que l'Occident saura rester en dehors du processus de contestation interne. Les déclarations tonitruantes des Sarkozy (3), Biden et autres Kouchner sont autant de clous plantés dans le cercueil d'une contestation existante mais encore minoritaire car elles justifient d'éventuelles représailles de la part des autorités. J'espère également que les dirigeants occidentaux ne planifient pas, à moyen terme, une intervention militaire aérienne contre l'Iran. Ils restaureraient ainsi le climat de terreur, favorable au régime, qui sévissait durant la guerre contre l'Irak. La situation actuelle va enfin pousser l'Iran à nouer des alliances stratégiques pour résister aux pressions occidentales. Le renforcement de la coopération entre l'Iran et l'OTSC annoncé en avril dernier devrait être pris comme un premier avertissement. Il y a bien un pays qui cherche à s'implanter durablement en Iran, malgré la méfiance légitime du régime, et qui n'attend pour cela qu'un faux pas de l'Occident.
En Christ,
Franck
(1) C'est l'un des atouts majeurs du régime. Si la contestation dure, il sera toujours possible de la mater en cédant sur la forme, c'est-à-dire en lâchant Ahmadinejad, sans rien céder sur le fond, sur les structures du pouvoir réel.
(2) Sa défaite dans la région de Tabriz (Azerbaïdjan oriental) est plus surprenante, il faut le reconnaître. C'est l'un des résultats les plus problématiques.
(3) Mention spéciale pour ce dernier, qui se préoccupe de l'état de la démocratie en Iran alors même qu'il se trouve à Libreville pour rendre un dernier hommage à Omar Bongo. J'ai certes cité Biden mais il faut également reconnaître que la réaction américaine est pour l'instant bien plus constructive que la réaction française.