par etienne lorant » mar. 14 avr. 2009, 19:14
Dans sa recherche de vérité, Simone Weil a croisé la beauté. N'est-il pas surprenant que toutes ces forces en présence, qui interagissent ensemble pour contraindre, obliger, détruire - un tremblement de terre pouvant suivre le passage d'un cyclone, n'empêchent cependant pas la beauté d'un paysage ? La voici qui cite le Christ: "Dieu fait se lever le soleil et tomber la pluie sur les justes comme sur les méchants". Cependant, quand elle cite ces mots, elle ne se rend pas compte que la prière et la conversion des cœurs ont un impact direct sur les forces en œuvre, lesquelles semblent totalement "aveugles" pour tout un chacun.
Bref, comment se peut-il que toutes les forces en présence et en interaction sur la face de la terre, finissent tout de même par produire un paysage ? Si l'homme est anéanti sous la nature, comment se fait-il qu'il soit capable de la contempler - plutôt que de la maudire ?
Il y a donc une faille dans l'absolu de la Pesanteur.
Je n'ai pas envie de m'étendre plus avant sur le thème, mais je voudrais citer encore ce passage merveilleux, qu'elle a écrit à propos de la poésie. Lorsque j'ai lu ce passage, c'était devant mon amie Lise-M., qui a ri beaucoup, et moi aussi. Comment faire "rendre gorge" à Baudelaire, Rimbaud, Gerard de Nerval, pour n'en citer que trois ?
Lorsqu'on a tenté, un tant soit peu d'être poète, on comprend tout à fait ce discours :
"Dans un poème, si l'on demande pourquoi tel mot est à tel endroit, et s'il y a une réponse, ou bien le poème n'est pas de premier ordre, ou bien le lecteur n'a rien compris. (...) Pour un poème vraiment beau, la seule réponse est que le mot est là parce qu'il convenait qu'il y fût. La preuve de cette convenance, c'est qu'il est là et que le poème est beau".
Petite Digression
Je n'ai pas fini mon ouvrage bien sûr, mais l'heure, c'est l'heure. Pour achever, je veux citer ce soir le poème préféré de mon vieil ami Didier (voir "Prière pour Didier), je cite son poème préféré qui est aussi "Ma bohème":
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !
Amis des arts bonsoir !
Etienne
Dans sa recherche de vérité, Simone Weil a croisé la beauté. N'est-il pas surprenant que toutes ces forces en présence, qui interagissent ensemble pour contraindre, obliger, détruire - un tremblement de terre pouvant suivre le passage d'un cyclone, n'empêchent cependant pas la beauté d'un paysage ? La voici qui cite le Christ: "Dieu fait se lever le soleil et tomber la pluie sur les justes comme sur les méchants". Cependant, quand elle cite ces mots, elle ne se rend pas compte que la prière et la conversion des cœurs ont un impact direct sur les forces en œuvre, lesquelles semblent totalement "aveugles" pour tout un chacun.
Bref, comment se peut-il que toutes les forces en présence et en interaction sur la face de la terre, finissent tout de même par produire un paysage ? Si l'homme est anéanti sous la nature, comment se fait-il qu'il soit capable de la contempler - plutôt que de la maudire ?
Il y a donc une faille dans l'absolu de la Pesanteur.
Je n'ai pas envie de m'étendre plus avant sur le thème, mais je voudrais citer encore ce passage merveilleux, qu'elle a écrit à propos de la poésie. Lorsque j'ai lu ce passage, c'était devant mon amie Lise-M., qui a ri beaucoup, et moi aussi. Comment faire "rendre gorge" à Baudelaire, Rimbaud, Gerard de Nerval, pour n'en citer que trois ?
Lorsqu'on a tenté, un tant soit peu d'être poète, on comprend tout à fait ce discours :
[centrer]"Dans un poème, si l'on demande pourquoi tel mot est à tel endroit, et s'il y a une réponse, ou bien le poème n'est pas de premier ordre, ou bien le lecteur n'a rien compris. (...) Pour un poème vraiment beau, la seule réponse est que le mot est là parce qu'il convenait qu'il y fût. La preuve de cette convenance, c'est qu'il est là et que le poème est beau".[/centrer]
Petite Digression
Je n'ai pas fini mon ouvrage bien sûr, mais l'heure, c'est l'heure. Pour achever, je veux citer ce soir le poème préféré de mon vieil ami Didier (voir "Prière pour Didier), je cite son poème préféré qui est aussi "Ma bohème":
[centrer][b]Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur ![/b][/centrer]
Amis des arts bonsoir !
Etienne