par François-Xavier » dim. 29 mars 2009, 13:02
C'est un sujet très intéressant.... La question du salut à l'autel est complexe, et effectivement, les rubriques du missel romain sont assez imprécises sur la question et parfois contradictoires avec le Ceremoniale Episcoparum. Ainsi la référence que vous donnez dans le CE est à regarder comme une norme mais avec quelques nuances. Il faut aussi comprendre qu'il y a eu une édition typique importante (2002) du Missale Romanum postérieure à celle du CE (1986) et que donc, il y a des choses qu'il faut réussir à régler dans un sens ou dans l'autre.
A quoi s'applique la génuflexion dans l'usage du rite romain ?
- Le TS Sacrement (il n'y a pas vraiment de débat sur cet usage, qui est avéré partout, ou plutôt devrait l'être).
- La Croix (elle est même explicitement "adorée" le vendredi saint).
- L'évêque célébrant pontificalement (cet usage a été remplacé explicitement dans le CE actuel par l'inclination profonde, il n'y a pas vraiment de débat). C'est à dire que là où un simple prêtre (célébrant / présidant) est salué par une inclination "médiocre" (i.e. de la tête), l'évêque (célébrant / présidant) est salué d'une inclination profonde, alors qu'il recevait auparavant une génuflexion. Je le précise parce qu'il faut avoir été acolyte ou cérémoniaire à une messe pontificale pour le savoir. C'est souvent ignoré.
Par contre, à l'autel l'usage actuel du rite romain requiert une inclination profonde, le CE est explicite.
A cela plusieurs remarques.
- le rang des ministres : il est un usage établi dans le rite romain que tous les ministres de pratiquent pas forcément toujours les mêmes révérences, notamment de part leurs fonctions. Il est tout à fait indiqué de demander à des acolytes portant les cierges de procession de génuflecter lorsque les autres ministres font une inclination profonde, parce qu'on ne fait pas d'inclination profonde en portant un cierge. De même, le porteur de la croix de procession ne génuflecte ni ne s'incline, en tant que porteur du "Vexillum regis" (cf. l'hymne des heures du temps de la passion).
- il est tout à fait indiqué à mon sens de considérer que les ministres occupant les fonctions supérieures (évêque, diacre, lecteur) fassent l'inclination profonde devant l'autel, tandis que les ministres inférieurs (servants, etc...) génuflectent.
- par ailleurs, il des des arrangements de choeur dans lesquels le tabernacle étant séparé de l'autel, on célèbre la Ste Messe avec le TS Sacrement présent. C'est je pense une faute de goût liturgique, mais il est de nombreux cas où il n'y a pas d'autre option.... Que faire dans ce cas, surtout si on célèbre face au peuple sur un autel avancé et que la Ste Réserve se trouve dans le dos du célébrant, sur l'ancien maître Autel ?
Les "liturges" expliquent que c'est évident, que lors de la Messe, c'est la révérence à l'autel qui est importante, et donc on se retrouve à devoir passer entre l'autel et le tabernacle pendant la messe, faire une inclination profonde à l'autel, tout en ignorant derrière soi le Tabernacle... Cela rend les choses extrêmement peu lisibles notamment pour l'assemblée qui ne comprend plus rien et ne sait plus ce qu'il est de coutume de faire devant le S. Sacrement, devant l'autel, etc... parce que évidemment, après la consécration, par contre il faut génuflecter devant l'autel parce qu'il y a la Ste Eucharistie. bref... Un sacré galimatias.
A cela s'ajoute le fait que avant la messe, celle ci n'étant pas commencée, le célébrant et ses ministres peuvent faire une génuflexion en référence au tabernacle avant d'entrer dans le sanctuaire, alors qu'ils ne feront plus que des inclinations devant l'autel une fois celui-ci vénéré, dans les rites d'entrée. De même à la fin de la Messe.
Pour un petit enfant de choeur, c'est déjà littéralement l'arrachage de cheveux. Il ne sait plus ce qu'il faut qu'il fasse quand.... Pourtant, il est directement en contact avec ces questions, et il subit même formations et répétitions pour cela..... Alors imaginez le simple fidèle. C'est la planète Mars. Les suggestions des "liturges" de faire tantôt une génuflexion, tantôt une inclination profonde pendant la messe et de toujours faire comme si il n'y avait pas de tabernacle pendant la messe, mais pas immédiatement avant ou immédiatement après, non seulement ne sont explicitées dans aucun livre officiel mais en plus sont inapplicables pratiquement.
Ce problème est important : il ne concerne pas seulement la question de l'obsession d'obscurs rubricistes. Il relève directement de notre capacité à "réincarner" notre prière, et celle de l'Église. Il faut trouver une (bonne solution), qui redonne sens aux gestes et aux coutumes.
Voici mes suggestions :
- favoriser de façon systématique pour la célébration face au peuple un arrangement de l'autel "façon Benoît XVI", avec la Croix au centre de l'autel, et non pas excentrée, entourée comme il se doit du nombre de cierges correspondant au rang de la célébration (6 les dimanches et solennités, et si c'est l'ordinaire qui célèbre : 7, 4 les fêtes et mémoires, 2 les féries).
- Dans la mesure du possible, retirer la Ste Réserve du Sanctuaire pendant la célébration de la Ste Messe.
- L'évêque, les prêtres, diacres et lecteurs s'inclinent profondément devant l'autel, les autres génuflectent, de façon systématique. On réserve la question complexe de savoir s'il faut choisir la génuflexion ou l'inclination profonde à quel moment de la messe aux ministres supérieurs. Les autres ne se posent pas de question et génuflectent systématiquement. A la procession d'entrée (en l'absence du TS Sacrement dans le sanctuaire), on verra ainsi le célébrant et le diacre s'incliner profondément, tandis que et les servants d'autel génuflectent. C'est très conforme à l'usage du rite romain.
Une telle configuration a plusieurs avantages :
- elle est généralisable à beaucoup d'églises, parce que c'est une règle simple, qui peut entrer dans la constitution d'un coutumier diocésain.
- elle est pastorale, parce qu'elle redonne une lisibilité aux gestes. Elle est juste parce qu'elle est conforme au CE (qui demandent l'inclination profonde devant l'autel) et à d'autres rubriques (du missel notamment) qui demandent la génuflexion devant la croix.
- elle correspond à une usage de la liturgie actuelle en parfaite "herméneutique de continuité" avec les anciens ordos.
- elle est conforme à la vision de l'interprétation des rubriques du missel romain de 2002 qui demande explicitement de se conformer aux usages reçus du rite romain.
Reste un problème entier : l'attitude gestuelle des concélébrants à l'élévation. en toute logique, si on suit des règles de bon sens, ils devraient génuflecter. Or il est écrit dans les rubriques qu'ils font une inclination profonde, alors que tous les autres ministres sont à genoux, et que le célébrant génuflecte.... Pas très facile, encore, tout cela. Mais cela milite dans le sens que j'ai développé au paragraphe précédent : tous les ministres n'ont pas à faire toujours le même geste en même temps....
C'est un sujet très intéressant.... La question du salut à l'autel est complexe, et effectivement, les rubriques du missel romain sont assez imprécises sur la question et parfois contradictoires avec le Ceremoniale Episcoparum. Ainsi la référence que vous donnez dans le CE est à regarder comme une norme mais avec quelques nuances. Il faut aussi comprendre qu'il y a eu une édition typique importante (2002) du Missale Romanum postérieure à celle du CE (1986) et que donc, il y a des choses qu'il faut réussir à régler dans un sens ou dans l'autre.
A quoi s'applique la génuflexion dans l'usage du rite romain ?
- Le TS Sacrement (il n'y a pas vraiment de débat sur cet usage, qui est avéré partout, ou plutôt devrait l'être).
- La Croix (elle est même explicitement "adorée" le vendredi saint).
- L'évêque célébrant pontificalement (cet usage a été remplacé explicitement dans le CE actuel par l'inclination profonde, il n'y a pas vraiment de débat). C'est à dire que là où un simple prêtre (célébrant / présidant) est salué par une inclination "médiocre" (i.e. de la tête), l'évêque (célébrant / présidant) est salué d'une inclination profonde, alors qu'il recevait auparavant une génuflexion. Je le précise parce qu'il faut avoir été acolyte ou cérémoniaire à une messe pontificale pour le savoir. C'est souvent ignoré.
Par contre, à l'autel l'usage actuel du rite romain requiert une inclination profonde, le CE est explicite.
A cela plusieurs remarques.
- le rang des ministres : il est un usage établi dans le rite romain que tous les ministres de pratiquent pas forcément toujours les mêmes révérences, notamment de part leurs fonctions. Il est tout à fait indiqué de demander à des acolytes portant les cierges de procession de génuflecter lorsque les autres ministres font une inclination profonde, parce qu'on ne fait pas d'inclination profonde en portant un cierge. De même, le porteur de la croix de procession ne génuflecte ni ne s'incline, en tant que porteur du "Vexillum regis" (cf. l'hymne des heures du temps de la passion).
- il est tout à fait indiqué à mon sens de considérer que les ministres occupant les fonctions supérieures (évêque, diacre, lecteur) fassent l'inclination profonde devant l'autel, tandis que les ministres inférieurs (servants, etc...) génuflectent.
- par ailleurs, il des des arrangements de choeur dans lesquels le tabernacle étant séparé de l'autel, on célèbre la Ste Messe avec le TS Sacrement présent. C'est je pense une faute de goût liturgique, mais il est de nombreux cas où il n'y a pas d'autre option.... Que faire dans ce cas, surtout si on célèbre face au peuple sur un autel avancé et que la Ste Réserve se trouve dans le dos du célébrant, sur l'ancien maître Autel ?
Les "liturges" expliquent que c'est évident, que lors de la Messe, c'est la révérence à l'autel qui est importante, et donc on se retrouve à devoir passer entre l'autel et le tabernacle pendant la messe, faire une inclination profonde à l'autel, tout en ignorant derrière soi le Tabernacle... Cela rend les choses extrêmement peu lisibles notamment pour l'assemblée qui ne comprend plus rien et ne sait plus ce qu'il est de coutume de faire devant le S. Sacrement, devant l'autel, etc... parce que évidemment, après la consécration, par contre il faut génuflecter devant l'autel parce qu'il y a la Ste Eucharistie. bref... Un sacré galimatias.
A cela s'ajoute le fait que avant la messe, celle ci n'étant pas commencée, le célébrant et ses ministres peuvent faire une génuflexion en référence au tabernacle avant d'entrer dans le sanctuaire, alors qu'ils ne feront plus que des inclinations devant l'autel une fois celui-ci vénéré, dans les rites d'entrée. De même à la fin de la Messe.
Pour un petit enfant de choeur, c'est déjà littéralement l'arrachage de cheveux. Il ne sait plus ce qu'il faut qu'il fasse quand.... Pourtant, il est directement en contact avec ces questions, et il subit même formations et répétitions pour cela..... Alors imaginez le simple fidèle. C'est la planète Mars. Les suggestions des "liturges" de faire tantôt une génuflexion, tantôt une inclination profonde pendant la messe et de toujours faire comme si il n'y avait pas de tabernacle pendant la messe, mais pas immédiatement avant ou immédiatement après, non seulement ne sont explicitées dans aucun livre officiel mais en plus sont inapplicables pratiquement.
Ce problème est important : il ne concerne pas seulement la question de l'obsession d'obscurs rubricistes. Il relève directement de notre capacité à "réincarner" notre prière, et celle de l'Église. Il faut trouver une (bonne solution), qui redonne sens aux gestes et aux coutumes.
Voici mes suggestions :
- favoriser de façon systématique pour la célébration face au peuple un arrangement de l'autel "façon Benoît XVI", avec la Croix au centre de l'autel, et non pas excentrée, entourée comme il se doit du nombre de cierges correspondant au rang de la célébration (6 les dimanches et solennités, et si c'est l'ordinaire qui célèbre : 7, 4 les fêtes et mémoires, 2 les féries).
- Dans la mesure du possible, retirer la Ste Réserve du Sanctuaire pendant la célébration de la Ste Messe.
- L'évêque, les prêtres, diacres et lecteurs s'inclinent profondément devant l'autel, les autres génuflectent, de façon systématique. On réserve la question complexe de savoir s'il faut choisir la génuflexion ou l'inclination profonde à quel moment de la messe aux ministres supérieurs. Les autres ne se posent pas de question et génuflectent systématiquement. A la procession d'entrée (en l'absence du TS Sacrement dans le sanctuaire), on verra ainsi le célébrant et le diacre s'incliner profondément, tandis que et les servants d'autel génuflectent. C'est très conforme à l'usage du rite romain.
Une telle configuration a plusieurs avantages :
- elle est généralisable à beaucoup d'églises, parce que c'est une règle simple, qui peut entrer dans la constitution d'un coutumier diocésain.
- elle est pastorale, parce qu'elle redonne une lisibilité aux gestes. Elle est juste parce qu'elle est conforme au CE (qui demandent l'inclination profonde devant l'autel) et à d'autres rubriques (du missel notamment) qui demandent la génuflexion devant la croix.
- elle correspond à une usage de la liturgie actuelle en parfaite "herméneutique de continuité" avec les anciens ordos.
- elle est conforme à la vision de l'interprétation des rubriques du missel romain de 2002 qui demande explicitement de se conformer aux usages reçus du rite romain.
Reste un problème entier : l'attitude gestuelle des concélébrants à l'élévation. en toute logique, si on suit des règles de bon sens, ils devraient génuflecter. Or il est écrit dans les rubriques qu'ils font une inclination profonde, alors que tous les autres ministres sont à genoux, et que le célébrant génuflecte.... Pas très facile, encore, tout cela. Mais cela milite dans le sens que j'ai développé au paragraphe précédent : tous les ministres n'ont pas à faire toujours le même geste en même temps....