par VexillumRegis » ven. 06 mai 2005, 18:58
Je suis allé voir Kingdom of Heaven cette après-midi, histoire de me faire ma propre idée sur le film.
Comme je m'y attendais, il est très manichéen. Certes, certains chrétiens, et non des moindres, cherchent la paix et une entente paisible avec leur voisin musulman ; mais ils semblent singulièrement isolés face aux templiers, dépeints comme des brutes épaisses dont la seule ambition est de faire un grand carnage d'infidèles. Du côté musulman, au contraire, les "bons" sont au pouvoir en la personne du très civilisé Saladin, et les fanatiques du djihad sont quasiment inexistants, hormis un personnage quelque peu effacé. Le caractère manichéen du film est bien résumé lors de la rédition de Jérusalem : le magnanime Saladin épargne la population de la ville, alors qu'on nous rappelle explicitement le terrible sac de 1099 perpétré par les croisés...
Mais ce qui m'a frappé, c'est l'image détestable que le film donne de l'Eglise et, plus généralement, de la religion. Le film débute avec un curé cupide et fanatique ; il se termine au siège de Jérusalen avec un évêque lâche et non moins fanatique. Le pape n'est évoqué qu'une seule fois, mais à bon escient : on laisse sous-entendre qu'il approuve le massacre des infidèles (l'ordre des templiers devenant ainsi son bras armé) alors que Baudoin, le roi lépreux de Jérusalem, cherche au contraire à préserver l'harmonie entre chrétiens et musulmans. Bref, la religion, paradigme de l'intolérance, n'est invoquée que pour commettre les pires injustices, alors que les personnages bons et nobles se caractérisent tous par leur foi plus que vacillante... D'ailleurs on remarque très clairement une sorte de "laïcisation" des discours au fure et à mesure que les bons s'emparent du pouvoir, laïcisation qui culmine avec la pitoyable harangue que prononce Balian (joué par Orlando Bloom) devant les soldats (improvisés) chrétiens assiégés : il y dit en substance que Jérusalem n'appartient pas plus aux chrétiens qu'aux Juifs et aux musulmans, sans faire mention une seule fois à la religion - drôle de façon de motiver les troupes que de leur dire qu'il se battent pour une mauvaise cause...
Quoique je ne sois pas capable de faire un catalogue des erreurs historiques véhiculées par le film, elles sont sans aucun doute nombreuses, du fait même de son caractère simpliste et manichéen. C'est toujours la même image éculée d'un Moyen-âge obscurantiste qui est dépeinte, illustrée dès le début du film par une annonce écrite qui résume la France de 1184 à une terre "de répression et de misère" (sic).
Bref, on l'aura compris, ce film s'apparente à un pamphlet contre l'occident et le christianisme ; il simplifie voire falsifie volontairement les faits historiques pour les faire correspondre avec sa thèse de départ : le fanatisme religieux musulman actuel trouve son fondement sinon même sa justification dans le fanatisme des croisés.
- VR -
[justifier]Je suis allé voir [i]Kingdom of Heaven[/i] cette après-midi, histoire de me faire ma propre idée sur le film.
Comme je m'y attendais, il est très manichéen. Certes, certains chrétiens, et non des moindres, cherchent la paix et une entente paisible avec leur voisin musulman ; mais ils semblent singulièrement isolés face aux templiers, dépeints comme des brutes épaisses dont la seule ambition est de faire un grand carnage d'infidèles. Du côté musulman, au contraire, les "bons" sont au pouvoir en la personne du très civilisé Saladin, et les fanatiques du djihad sont quasiment inexistants, hormis un personnage quelque peu effacé. Le caractère manichéen du film est bien résumé lors de la rédition de Jérusalem : le magnanime Saladin épargne la population de la ville, alors qu'on nous rappelle explicitement le terrible sac de 1099 perpétré par les croisés...
Mais ce qui m'a frappé, c'est l'image détestable que le film donne de l'Eglise et, plus généralement, de la religion. Le film débute avec un curé cupide et fanatique ; il se termine au siège de Jérusalen avec un évêque lâche et non moins fanatique. Le pape n'est évoqué qu'une seule fois, mais à bon escient : on laisse sous-entendre qu'il approuve le massacre des infidèles (l'ordre des templiers devenant ainsi son bras armé) alors que Baudoin, le roi lépreux de Jérusalem, cherche au contraire à préserver l'harmonie entre chrétiens et musulmans. Bref, la religion, paradigme de l'intolérance, n'est invoquée que pour commettre les pires injustices, alors que les personnages bons et nobles se caractérisent tous par leur foi plus que vacillante... D'ailleurs on remarque très clairement une sorte de "laïcisation" des discours au fure et à mesure que les bons s'emparent du pouvoir, laïcisation qui culmine avec la pitoyable harangue que prononce Balian (joué par Orlando Bloom) devant les soldats (improvisés) chrétiens assiégés : il y dit en substance que Jérusalem n'appartient pas plus aux chrétiens qu'aux Juifs et aux musulmans, sans faire mention une seule fois à la religion - drôle de façon de motiver les troupes que de leur dire qu'il se battent pour une mauvaise cause...
Quoique je ne sois pas capable de faire un catalogue des erreurs historiques véhiculées par le film, elles sont sans aucun doute nombreuses, du fait même de son caractère simpliste et manichéen. C'est toujours la même image éculée d'un Moyen-âge obscurantiste qui est dépeinte, illustrée dès le début du film par une annonce écrite qui résume la France de 1184 à une terre "de répression et de misère" (sic).
Bref, on l'aura compris, ce film s'apparente à un pamphlet contre l'occident et le christianisme ; il simplifie voire falsifie volontairement les faits historiques pour les faire correspondre avec sa thèse de départ : le fanatisme religieux musulman actuel trouve son fondement sinon même sa justification dans le fanatisme des croisés.
- VR -[/justifier]