Impôts et désobéissance civile ?

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Re: Impôts et désobéissance civile ?

par Christian » jeu. 02 avr. 2009, 8:16

Bonjour à tous,

Voici un peu plus de 10 ans, j’avais confié à un quotidien genevois l’article suivant. Il n’a pas pris un cheveu blanc. Aujourd’hui même, à deux encablures de chez moi, notre président va demander à 19 de ses homologues de sabrer dans nos libertés. De ma petite voix, je lui dis ‘non’


LE COMPTE EN SUISSE
Les institutions à elles seules ne sauraient garantir notre liberté. Ce qu'une institution octroie, elle peut trop facilement le reprendre. L'histoire nous enseigne que les gouvernements qui n'ont jamais violé les droits constitutionnels de leurs citoyens sont ceux qui n'en ont jamais accordés. De tous temps, pour protéger leur liberté, les hommes ont eu besoin de sanctuaires où abriter leurs familles et leurs biens, hors de portée de la justice capricieuse de leur pays et des sombres agissements de sa police. La Suisse a été l'un de ces refuges. Pendant près d’un siècle, l’honneur de ce petit pays a été de donner asile à des proscrits que les puissances voisines - y compris celle-là qui en appelle si éloquemment aux « droits de l'homme » aujourd’hui - refoulaient sans états d’âme au nom de quelconques intérêts nationaux. Des juifs, interdits d'enseignement en Russie, ont enseigné dans la Genève calviniste ; des communistes et des anarchistes, interdits partout ailleurs de publication et de séjour, ont vécu et publié dans la Zurich capitaliste ; des hommes d'affaires, chassés de leurs pays, spoliés, déshonorés, ont rétabli leur fortune et leur honneur dans ces places financières suisses réputées si conservatrices…

Le « compte en Suisse » était comme l’enseigne posée au dessus de ce refuge. Pour le monde entier, il symbolisait le respect de la vie privée, c’est-à-dire, tout simplement, la primauté de la personne humaine face à la bureaucratie d’État. Pouvoir ouvrir un judas à tout moment sur notre vie privée est l’exigence des matons de prison, des procureurs, des maîtres des sectes… Ils réclament (sauf pour eux-mêmes) la transparence totale. « Tu n’as rien à nous cacher, susurrent-ils. Nous voulons tout savoir sur toi. Si tu n’es pas coupable, pourquoi les questions te gêneraient-elles ? ». Or nous avons une vie privée qui ne regarde que nous-mêmes. Nous n’avons de comptes à rendre qu’à notre conscience (ce qui est la vie morale) ou qu’à une personne que nous aurions agressée dans son corps et dans ses biens et qui serait en droit de nous réclamer une réparation (ce qui est l’essence du droit).

Avoir un compte en Suisse, que personne ne pourrait connaître, et surtout pas les autorités de leur pays, était l’ultime sécurité de bien des familles face à l’arbitraire. A tous les petits nervis xénophobes, trop heureux de leur jeter à la face : « Votre pays, take it or leave it », ces persécutés pouvaient répondre : « je pars » ; sous-entendu : j’ai un compte en Suisse, et si douloureux que soit l’exil, grâce cette épargne accumulée, je peux refaire ma vie ailleurs.

Fonds en déshérence, fonds de fraudeurs


Une affaire récente, celle des « fonds en déshérence », a fait ressortir l’ambiguïté des attaques portées contre le « compte en Suisse ». On sait que l’origine de ces comptes numériques confidentiels est admirable. La Loi fédérale sur les Banques leur conférant un caractère légal et punissant de prison quiconque violerait le secret bancaire date de 1934. Ce texte avait été voté pour protéger les victimes des dictatures installées un peu partout en Europe à l’époque, notamment en Allemagne.

Par définition, la question que posent ces fonds en déshérence est de savoir à qui ils appartiennent. Or, ceux qui les ont placés en Suisse l’ont fait illégalement. Tous les pays d’Europe dans les années 30, en pleine Grande Dépression, avaient imposé le contrôle des changes et après le début de la guerre, l’exportation de capitaux était évidemment assimilée à un acte de trahison. C’est précisément à cause du danger que couraient ces fraudeurs du fisc et des douanes que le secret bancaire devait être inviolable.

Deux conceptions irréconciliables de la personne humaine et de la collectivité s’affrontent ici. Si toute somme d’argent appartient à celui qui l’a gagnée dans le commerce et l’industrie ou l’a reçue par don ou héritage, il est juste de donner ces fonds en déshérence aux ayants-droit de ceux qui les ont placés en Suisse. Mais ceux qui réclament le plus fort que les banques suisses rendent aux héritiers ces fonds en déshérence ne croient pas du tout que l’argent doive appartenir à ceux qui l’ont gagné. Ils prétendent, ces politiciens et ces procureurs auto-proclamés, que la collectivité a le droit de confisquer (par l’impôt, la nationalisation..) tout ou partie des biens d’une personne et a le droit d’en interdire l’exportation. Le sénateur américain Alfonse D’Amato partage la même opinion sur cette question que le Dr Hjalmar Schacht, le Ministre de l’Économie et des Finances de Hitler. Si un citoyen des États Unis (ou de France ou d’ailleurs) est découvert aujourd’hui avec un compte suisse non déclaré, le fisc confisque la somme sur le compte, avec en plus une amende et en prime une plainte pénale. Monsieur D’Amato et ses amis applaudissent à de telles sanctions.

Mais alors par quelle logique M. D’Amato et les politiciens qui hurlent avec lui réclament-ils que les fonds en déshérence arrivés en Suisse en contrebande soient rendus aux héritiers des fraudeurs et non pas aux États dont les lois ont été bafouées ? L’Allemagne, l’Autriche (avant qu’elle ne soit annexée par l’Allemagne), la Pologne, la Hongrie, la France.., d’où proviennent, semble-t-il, la plupart des fonds en déshérence, étaient des pays reconnus par la communauté internationale. La loi interdisant l’exportation de capitaux avait même été votée très démocratiquement en Allemagne et en France avant l’arrivée de Hitler et de Pétain au pouvoir. De toutes façons, ces comptes en Suisse ne figuraient pas dans les déclarations d'impôts des titulaires. Si M. D’Amato et ses amis politiciens étaient cohérents avec les positions qu’ils prennent aujourd’hui contre leurs compatriotes fraudeurs du fisc, ils réclameraient que les fonds en déshérence soient rendus aux administrations des pays d’où ils ont été soustraits.

La position des vrais libéraux (que je revendique) est sans ambiguïté sur cette question. Ce n’est pas parce que les propriétaires étaient juifs qu’il ne faut pas rendre les fonds en déshérence aux États. Être juif ne doit pas être une considération juridique. Les fonds en déshérence doivent être rendus à ceux qui les ont déposés illégalement en Suisse (ou à leurs ayants-droit) parce que chaque franc que nous gagnons dans des échanges volontaires avec nos semblables est un franc qui n’appartient qu’à nous, dont nous pouvons légitimement faire ce que nous voulons, y compris le déposer secrètement en Suisse, et aucun fisc, aucune douane au monde, ne peut avoir de prétention légitime à confisquer un centime de ce franc.

De nouvelles barricades

Il a pris différentes formes au cours des siècles, mais le combat pour la liberté est toujours un combat contre les hommes de l’État : contre la police et la torture des suspects, la magistrature et ses arrestations arbitraires, l’administration coloniale et l’esclavage, l’administration centrale et la censure… A chaque coup porté à nos libertés, il a fallu trouver une réponse appropriée : la grève, les barricades, la diffusion clandestine des idées, le maquis.. La violation des libertés dans les sociétés modernes est plus insidieuse. Elle prend le masque anonyme et omniprésent de la bureaucratie, « le prince aux mille visages ». Enquêtes, fichage, contrôles, règlements… Sous le régime actuel de la pensée unique démocrate sociale, de Clinton à Chirac, de Blair à Schröder, le Souverain « ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d'agir, mais il s'oppose sans cesse à ce qu'on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n'être plus qu'un troupeau d'animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ».

Dans sa clairvoyance, Tocqueville annonce l’avatar nouveau du totalitarisme, quand la citoyenneté devient une activité nationale subventionnée.

Le combat pour la liberté prend donc de nouvelles formes. Les barricades d’aujourd’hui sont financières. C’est en asséchant les ressources des hommes de l’État, en dévitalisant le nerf de la guerre soft qu’ils mènent contre nous, que nous protégerons nos libertés. Le refus de l’impôt est l’expression moderne du civisme. Sans impôt, pas de dépenses pharaoniques, d’aventures militaires, pas de moyens policiers pléthoriques, de contrôles aux frontières, moins d’embastillements, moins de bureaucrates… Si l’on parle d’évasion fiscale, c’est bien qu’il y a des prisons fiscales. De ces prisons-là, il est temps pour nous de briser les verrous.

Devant toute résistance à leur pouvoir, les hommes de l’État deviennent haineux. L’offensive qu’ils mènent contre le compte en Suisse vise à l’assimiler à une entreprise criminelle. « Les canaux du blanchiment d’argent sont ceux de l’évasion fiscale » martèlent les procureurs et les agents du fisc. Et alors ? Les routes empruntées par les honnêtes gens sont celles où roulent aussi les criminels. Le problème même du blanchiment de l’argent de la drogue est une invention des hommes de l’État. Que je sache, la SEITA et R.J. Reynolds, Martini Rossi et Pernod Ricard, n’emploient pas de tueurs, ne blanchissent pas d’argent et ne sont pas des entreprises criminelles. Si les drogues étaient en vente libre, elles seraient proposées par des firmes réputées, comme le sont l’alcool et le tabac, se portant fort des contrôles de qualité et de la régularité des approvisionnements. L’activité mafieuse liée à la drogue (des dizaines de milliards de dollars, dit-on, la plus grande industrie mondiale après l’automobile et le pétrole) disparaîtrait instantanément.

Mais voilà, après cette disparition des mafias, les canaux de l’évasion fiscale ne seraient plus ceux du blanchiment d’argent. Comment justifier alors devant l’opinion publique l’arsenal de mesures policières que réclament ministres et magistrats ? L’opinion publique risquerait de trouver bien abusif que l’on procédât à des écoutes téléphoniques, des perquisitions sans mandat, à l’intimidation des témoins, à l’obligation de délation imposée aux banquiers, à la mise de la population en fiches, à la violation de la correspondance… Quoi, toutes ces mesures de temps de guerre seulement pour traquer des contribuables distraits ?

C’est pourquoi, guerre il doit y avoir. Il faut des ennemis aux hommes de l’État, c’est l’exigence fondatrice de la politique, et si un ennemi ne se présente pas, il est nécessaire de l’inventer. Car rien ne soumet plus docilement le peuple à l’autorité de ses chefs que la présence d’un ennemi. La guerre froide est donc à peine morte que, hop, voici la guerre à la drogue.

Hors du champ des judas


La volonté d’ouvrir un judas sur l’intimité de chaque vie humaine est clairement manifestée par la puissance publique. Déjà, l’espace européen est quadrillé ; politiciens et magistrats parlent maintenant d’instituer un « espace judiciaire mondial ». Platon, dans son utopie totalitaire, imagine un tel pouvoir panoptique, qui voit tout. Si cette Europe des juges avaient existé à l’époque, Descartes eut été extradé de Hollande ; Voltaire, l’abbé Prévost, Rousseau, Chateaubriand, Vallès, Zola.., d’Angleterre ; Hugo de Belgique et de Jersey… Il suffit de déplaire aux puissants du moment pour être incarcéré. Plus de la moitié des inculpés en France n’ont pas lésé une seule victime. Pas tué, pas violé, pas volé. Ils ont « abusé des biens sociaux », mais aucun actionnaire ne s’est plaint. Ils ont donné du travail sans respecter les règlements, mais aucun travailleur ne s’est plaint. Ils sont venus dans notre pays sans s’annoncer à la douane, mais ils n’ont causé de tort à aucun employeur ni voisin. Ils ont cultivé dans leur jardin des plantes interdites, mais les consommateurs se pressaient pour les acheter. Ils ont déplu à l’administration. Ils iront en prison.

Comment alors ne pas préparer son salut dans l’exil ? Quand on voit des procureurs et des juges, au nom de leur idéologie personnelle, bafouer sans vergogne la loi qu’ils ont pour seule fonction de faire respecter, l’élémentaire devoir de chaque père de famille qui en a les moyens n’est-il pas d’avoir un compte secret hors d'atteinte des barbouzes de son gouvernement ?

La fin du compte en Suisse

Malheureusement, cette belle vocation de terre d'accueil n’est plus celle de la Suisse. Les héros se fatiguent aussi. Après avoir fait briller pendant un siècle une petite lampe que les persécutés du monde se montraient du doigt, la Suisse a pris le parti des persécuteurs. Oh, certes, des persécuteurs relookés ! Le KGB s’appelle désormais CFB, la CIA a promis de ne plus commettre d’assassinats... C’est donc avec bonne conscience que magistrats et policiers helvétiques peuvent répondre aux fax des sbires et des inquisiteurs de tous les pays.

La liberté trouve toujours un chemin. Déjà d’autres juridictions remplacent la Suisse. Les proscrits rejoignent d'autres asiles. La Suisse n'est plus le pays où l'on imprime des ouvrages séditieux, mais heureusement il y a Internet. Heureusement l'industrie de la délocalisation est en pleine croissance. S'il se crée maintenant tant de « paradis fiscaux », n’est-ce pas parce qu'il subsiste tant d' « enfers fiscaux » ?

La Suisse s’est déchargée de la mission d’être le petit pays singulier. Sans doute ce rôle était-il trop lourd pour elle. Voilà des années qu'elle aspirait à rentrer dans le rang des « troupeaux d'animaux timides et industrieux ». L'ambition de la Suisse est désormais de participer au projet démocrate social de choucroute universelle. Partie après ses voisins, on peut penser que la Suisse, encore riche et bien organisée, réalisera le projet avant eux : livrer tous les matins à chaque foyer obéissant la choucroute et les médicaments de la journée.

Voici venue l'heure de fermer le compte en Suisse.


Genève, le 22 février 1999

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par Christian » sam. 28 mars 2009, 19:09

Bonjour Franck,
J'aurais tendance à croire, sans doute naïvement, que les impôts font partie des dettes et obligations de sujétion à l’égard d'Élisabeth
Je ne vois rien de naïf dans votre lecture du texte. Pie V libère tous les sujets d’Elisabeth de leurs devoirs d’obéissance. Cela inclut les proceres, les nobles, qui ne payaient pas l’impôt direct, le tributum. Donc le pape use d’un terme plus générique, debitum dominii, qui inclut tous les versements dus au souverain, dettes, impôts et autres réquisitions.

Je ne saurais rien vous dire de plus, malheureusement, sur ce tragique épisode de notre histoire.

Christian


Qu’est-ce donc que je possède qui appartient à César que je devrais lui rendre ?
Un naïf

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par FMD » sam. 28 mars 2009, 14:12

Bonjour Christian,



Je ne sais (toujours) pas s'il existe des déclarations ecclésiastiques appelant à la désobéissance civile au sens moderne du terme mais je me suis toutefois souvenu de la réaction de l'Église au second Act of Supremacy, celui édicté par la reine Élisabeth Ire d'Angleterre en 1559 :
Saint Pie V, Regnans in Excelsis a écrit :
Quin etiam ipsam praetenso regni praedicti iure, necnon omni et quocunque dominio, dignitate, privilegioque privatam; et item proceres, subditos, et populos dicti regni, ac caeteros omnes, qui illi quomodocunque iuraverunt, a iuramento huiusmodi, ac omni prorsus dominii, fidelitatis, et obsequii debito, perpetuo absolutos, prout nos illos praesentium auctoritate absolvimus; et privamus eandem Elizabetham praetenso iure regni, aliisque omnibus supradictis. Praecipimusque et interdicimus universis et singulis proceribus, subditis, populis, et aliis praedictis, ne illi eiusve monitis, mandatis et legibus audeant obedire.


J'aurais tendance à croire, sans doute naïvement, que les impôts font partie des dettes et obligations de sujétion à l’égard d'Élisabeth auxquelles saint Pie V fait ici allusion. Quelqu'un en sait-il davantage sur cet épisode ?

En Christ,

Franck

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par Christian » mer. 25 mars 2009, 23:09

Je viens m’offrir comme maillon de cette chaine que vous voulez tendre fraternellement entre ces pays tant décriés et tant nécessaires

Belle conclusion à un plaisant échange
Christian

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par camino » mer. 25 mars 2009, 20:30

Christian a écrit :
Camino
je vous propose la création d'une petite société off-shore sur un bateau où nous pourrons solidairement nous épauler, sorte "d'arche de Noë" où nous pourrons expérimenter d'autres voies


Et puis la solidarité, n’est-ce pas, n’est pas de fuir égoïstement, mais de faire prendre conscience aux victimes de l’oppression qu’elles subissent et de combattre avec elles.
Bonsoir Christian,

je ne parlais pas de fuir ! Je parlais de créer une grande chaîne de fraternité et d'amour en partageant notre dynamisme économique avec nos frères de Genève, Luxembourg, Gibraltar, Deleware, Hong Kong, Andorre, les Iles Caïmans... Nuance !

j s i c n t n d v i r u c t c n e s t o a e v u !
(en hommage à la solidarité obligatoire, j'ampute la phrase ci-dessus de 50% de son contenu pour vous confirmer que "je suis content d'avoir eu cette conversation avec vous").

(j'aime beaucoup le petit Don Quichotte)

Camino

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par Christian » mer. 25 mars 2009, 20:15

Camino
je vous propose la création d'une petite société off-shore sur un bateau où nous pourrons solidairement nous épauler, sorte "d'arche de Noë" où nous pourrons expérimenter d'autres voies
:sos:
Quelle horreur ! moi qui ai le mal de mer sur la Tamise :mal:

Et puis la solidarité, n’est-ce pas, n’est pas de fuir égoïstement, mais de faire prendre conscience aux victimes de l’oppression qu’elles subissent et de combattre avec elles.

Courage, Camino, nous voyons le bout du long chemin
:cheval2:



Si l'on n'espère pas l'inespérable, eh bien, on ne le reconnaîtra pas
Héraclite

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par camino » mer. 25 mars 2009, 17:19

Bonjour Christian,

Vous avez raison : ce mode de fonctionnement n'est pas une fatalité mais la conséquence de choix dont nous ne sommes pas forcément les auteurs (il suffit de voir à qui le "crime profite"). C'est dur à croire, et pourtant si vrai : le fric, le fisc, la société dans son organisation n'est pas une obligation dans le sens "un principe naturel". Donc je suis parfaitement d'accord avec vous sur ce point, et pour préciser également ma pensée je ne suis pas du tout content de me faire saigner par cette administration. Tout comme je ne suis guère ravi d'appartenir à un Pays, tout comme je déplore le droit du sol, la présence à Calais et ailleurs d'innocents qu'on persécute, d'enfants que l'on poursuit "au nom du peuple français", de cette richesse si mal répartie qu'il faut comme vous le dites réfléchir au système mis en place par nos anciens.

Et oui croire en l'homme jusqu'au bout doit revenir à envisager les choses sous un angle différent et à vouloir un monde meilleur, sans même en appeler au divin : juste à nos capacités humaines de "faire mieux".

Du haut de ce constat....................... Il reste à accepter ou à prendre nos responsabilités : je vous propose la création d'une petite société off-shore sur un bateau où nous pourrons solidairement nous épauler, sorte "d'arche de Noë" où nous pourrons expérimenter d'autres voies :siffle:

N'oubliez pas la crème solaire :hypocrite:

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par Christian » mer. 25 mars 2009, 16:04

Bonjour Camino,

En voyage avec de sporadiques accès à internet, je découvre maintenant votre contribution d’hier et vous m’avez mal compris. Sans doute que la citation de Tocqueville en bas de mon article ne reflétait pas mon propos. Dans l’impôt, il ne s’agit pas d’injustice. Encore moins d’égoïsme. Ou d’envie.

Il s’agit de savoir si nous acceptons une société fondée sur la contrainte policière, ou si nous préférons des relations librement consenties. Voilà l’enjeu. Ni plus, ni moins. La violence envers des innocents est-elle légitime ? Sommes-nous condamnés jusqu’à la fin des temps à vivre sous le régime du fisc, du flic et de la trique ?

Voulez-vous faire le pari que non ; une société plus chrétienne (c’est-à-dire, une société plus humaine) n’a pas besoin de ces instruments de coercition. Vous n’êtes pas le seul à travailler volontiers six mois de l’an au profit d’inconnus moins bien lotis que vous. Peu vous importe que des égoïstes contribuent peu ou prou à aider les plus démunis. On n’est pas généreux à la seule condition que les autres le soient. Ce ne serait plus de la vertu. Ceux qui ont vraiment besoin de nous (et nous pourrions un jour être de ceux-là) sont une toute petite minorité ; il suffit d’une autre minorité, solidaire, pour les aider.

La bureaucratie change les comptes en banque ; elle ponctionne ; elle harasse. Elle ne rend pas généreux. Elle ne crée pas de compassion. Elle déresponsabilise tout un chacun du sort des autres. Elle atomise. Chacun pour soi, l’Etat pour tous. Je paie des impôts, alors je ne veux pas entendre geindre. Pour mon voisin chômeur, il y a l’ANPE. Il y a les aides sociales pour ma tante impotente. Solidaires, nous le sommes, malgré nous, pas face-à-face, pas d’homme à homme, ni au sein d’assoc’ librement constituées, mais dans des relations dépersonnalisées, anonymes, grises, médiatisées par les administrations : la solidarité forcée que le parasite entretient avec son hôte.

Dites-moi, est-ce ce type de société que vous encouragez ? est-ce dans ce type de société que nous voulons vivre ?

Solidaires en Christ
Christian

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par camino » mar. 24 mars 2009, 15:12

Bonjour à tous,

Pneumatis a "partiellement raison" à l'endroit de la dédudctibilité du don, mais de tête dans la limite de 60% et avec des plafonds assez bas. Dans le cas des hautes tranches d'imposition, autant dire que "si vous donnez tout on ne vous prend plus rien" :-)

cher Christian, je comprends votre colère. Elle me blesse fraternellement plus qu'elle ne me choque citoyennement.

Qu'elle soit motivée par un déséquilibre entre ce qui semble juste et ce qui est : aucun doute.
Que d'autres systèmes existent qu'un niveau de vie moyen plus élevé, une discipline plus stricte, une propension à l'abus moins marquée permettent de rendre viables : aucun doute non plus.

Vous savez bien que dans le système libéral, si ma propre cotisation baisserait effectivement, c'est parce que je ne paierais plus la cotisation de ceux qui n'ont pas les moyens de s'en offrir une, tout simplement.

Notre système de "collectivité" a évidemment des soucis, qu'aggravent les mauvais choix de nos représentants souvent et une certaine culture de l'assistanat qui n'a plus grand chose à voir avec la charité chrétienne.

Il m'est arrivé récemment la même frustration, le même sentiment d'injustice, et j'en ai conçu la même colère pour ce système qui semble si mal récompenser l'effort et qui, voulant toujours mieux aider le faible, en est arrivé à aider le lâche, celui qui loin de tout devoir réclame toujours plus de droits, et la tentation est effectivement grande de garder ces sommes ou de les utiliser à des usages plus conformes à nos desseins.

Mais je ne crois pas qu'il soit ici le lieu pour parler de politique. En résumé, le message serait plutôt "allons : ce n'est QUE de l'argent". Bien sûr c'est notre travail, bien sûr nous sommes en colère, bien sûr il s'agit d'une obligation... Sans doute à coups d'engagements politiques, à coup de votes judicieux, à coup de revendications portée plus haut ou avec plus d'insistance, nous pouvons changer les choses. Hors ce cadre, il ne me semble pas que la "grève des impôts" soit une solution : vous savez bien qu'"ils" vous auront.

Et tant qu'à "changer les choses", j'utiliserais plutôt mon énergie à changer le problème à la base qu'à m'attaquer à des taux d'imposition. Pourquoi certains hommes gagnent-ils 10 fois, 100 fois, 1.000 fois ce que d'autres gagnent ? Pourquoi la moitié des français paient-ils trop d'impôts et que l'autre moitié n'en paie pas ? Pourquoi l'ouvrier a 10 ans d'espèrance de vie en moins que le cadre ? Pourquoi maintient-on une partie de la population dans un état d'assistanat alors que certains exemples nous montrent un chemin plus digne pour tous ? Pourquoi le racket financier des acteurs économiques est-il aussi systématique, virulent et aveugle que la stigmatisation de certaines catégories sociales ou ethniques ? Pourquoi au bout de toutes ces injustices, dont celles que vous dénoncez, qui peuvent paraître un peu plus "futiles" à tout le monde mais dont la véracité n'en est pas moins flagrante, le constat est toujours le même : nous ne nous supportons plus.

D'injustice en injustice, notre communauté se disloque, la "société" que nous formons se replie, les clans se forment ou se reforment. Vous savez bien que la méthode du "diviser pour mieux règner" (appelons un chat un chat) a fait ses preuves et que dans ce contexte, l'imposition et les prélèvements obligatoires peuvent être perçues comme une brimade supplémentaire, l'excitation efficace et indigne d'instincts qui ne figurent pas aux rangs des plus nobles.

C'est en cela (aussi) que je vous encourage, d'une manière militante presque, à payer ces impôts. A ne pas céder aux tentations de la sédition et du "chacun pour soi" qui semble être le but ultime de ce système sur le déclin.

J'avoue le dire sans plus de conviction que vous n'en mettrez à l'entendre, et plus pour me consoler qu'assurer à l'urssaf, la cipav et autre trésor public de ma cordiale contribution !

Bien à vous.

Camino.

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par Pneumatis » mar. 24 mars 2009, 13:56

Christian a écrit :Voilà la toxicité de l’impôt. Il rend le don impossible
Pas en France en tout cas : on peut faire des dons et déduire le don de ses impôts.

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par Christian » mar. 24 mars 2009, 13:42

Cher Camino,

Merci de votre contribution, judicieuse et bien développée. Mais sa logique n’est pas la mienne. Elle part d’un autre principe. Votre argumentation, si je l’ai bien comprise, repose sur l’idée que, oui, la fiscalité est dilapidée dans des dépenses ostentatoires, du gaspillage, et même des financements scandaleux, mais regardez, elle sert aussi à subventionner les dépenses de santé. Qui trouverait à y redire ?

Moi. Et d’autres. Car la validité de votre argument implique que seul l’Etat puisse pourvoir à la santé de la population. Ce qui est manifestement faux. Pour une somme bien inférieure à votre cotisation Sécu, vous pourriez vous assurer auprès d’une compagnie privée. Je l’ai fait une grande partie de ma vie quand j’habitais en Suisse. Il n’y a pas de sécurité sociale dans ce pays, comme vous savez. On n’y meurt pas dans la rue pourtant, les services de santé y jouissent d’une réputation mondiale. Les cotisations d’assurances maladie sont modulées non pas en fonction du revenu, ce qui est absurde, mais du risque. Bon marché pour les jeunes, peu vulnérables, ce qui tombe bien puisqu’ils gagnent peu ; plus chères à mesure qu’on gagne de l’âge, mais aussi des augmentations de revenus. Plus chères pour les fumeurs, les drogués et les alcooliques, ce qui responsabilise.

Imaginez que vous ne payiez pas d’impôt. Votre revenu, vous venez de l’écrire, doublerait. N’auriez-vous pas les moyens alors de vous assurer, de payer l’école de vos enfants, de cotiser pour votre retraite ? La plupart des Français sont dans votre cas. Surtout les plus pauvres. Les charges sociales en France, paraît-il, sont plus importantes que le salaire effectivement perçu par les personnels les moins rémunérés. Si l’employeur versait la totalité du coût salarial à ses employés, ceux-ci pourraient choisir une assurance maladie qui leur convient, une école qui répond aux besoins de leurs enfants, une retraite adaptée à leur projet de vie.

---

Mais voilà des arguments bien utilitaristes. Ils m’indiffèrent. La vraie raison de militer contre l’impôt est ailleurs. Elle ne regarde pas l’économie du pays, mais la relation entre les êtres humains. Croyez-vous que forcer les gens à payer par crainte du gendarme les rende généreux ?

Je raconte souvent l’histoire suivante. St Martin, alors qu’il patrouillait avec ses légionnaires dans une campagne belge enneigée, croisa un mendiant grelottant. Pris de compassion, il trancha de son glaive la moitié de sa cape et enveloppa le malheureux. Beau geste. Maintenant imaginez que le général ait ordonné au centurion Martin de partager son manteau. Qui est généreux ? Pas le général, qui ne se découvre pas d’un poil. Pas Martin, qui ne peut qu’obéir. Et le mendiant reçoit un objet volé, qu’on ne voulait pas lui donner (si on l’avait voulu, l’ordre du général, ou l’impôt obligatoire, si vous préférez, eût été inutile).

Voilà la toxicité de l’impôt. Il rend le don impossible ; il interdit la reconnaissance. Il change le regard des êtres humains entre eux. Ils ne sont pas des hommes et des femmes, qui s’acceptent dans leur parcours de vie différents, les uns passant par une phase d’infortune, recevant des autres une assistance volontaire. Les plus pauvres sont devenus créanciers des moins pauvres, titulaires de faux droits attribués à raison de leur échec. Si je suis malade, chômeur, accidenté, et qu’un autrui m’aide alors qu’il n’a aucune obligation de le faire, ce doit être parce qu’il a vu en moi une valeur, un espoir, il m’a choisi. Voilà qui me réconforte. Mais l’aide que je reçois de l’Etat providence est bureaucratique, dépersonnalisée. Elle ne me vient pas de ma capacité de rebondir, mais au contraire de l’ampleur de mon échec. Ce n’est pas moi et le potentiel que je représente qu’on soutient, car n’importe qui dans la même situation d’échec serait pareillement aidé, et plus j’insiste sur mon échec, mieux je serai payé. Pas vraiment valorisant.

Le don et la reconnaissance qui éteint la dette me paraissent mieux préserver la dignité des êtres humains que la contrainte fiscale et policière et l’attribution de faux droits.

Bien à vous
Christian





Le goût des fonctions publiques et le désir de vivre de l'impôt n'est point chez nous une maladie particulière à un parti,
c'est la grande et permanente infirmité de la nation elle-même.

Alexis de Tocqueville

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par Christian » mar. 24 mars 2009, 13:38

jpeg
Est ce que dans l'AT ou meme dans le NT on trouve un gouvernement "juste"? De quel gouvernement parlait pierre et Paul dès lors?
Pierre le dit lui-même : le gouvernement qui punit les malfaiteurs et loue les gens de bien. C’est la seule fonction honnête que peut avoir un gouvernement

Christian

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par jpeg » mar. 24 mars 2009, 12:59

Christian a écrit : Je veux bien honorer le roi. J’ai beaucoup de respect pour la Reine d’Angleterre. Je veux bien être soumis au gouvernement, comme le demande St Pierre, ce gouvernement délégué par le Souverain ‘pour punir les malfaiteurs et louer les gens de bien’.

Mais les gouvernements ne se limitent pas aujourd’hui à ce programme. Comme le rappelle Petit Mathieu. L’exigence d’obéissance que réclame Pierre, comme Paul qui lui fait écho, n’est recevable que pour des gouvernements dont l’action serait constamment juste. Nous ne trouverons donc dans le NT aucune obligation d’obéir à nos gouvernements actuels.

Cordialement
Christian
Est ce que dans l'AT ou meme dans le NT on trouve un gouvernement "juste"? De quel gouvernement parlait pierre et Paul dès lors?

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par Pneumatis » mar. 24 mars 2009, 12:53

Il y a une façon très juste de ne pas payer d'impôt en France, c'est de faire des dons : vous déduisez ensuite une partie de vos impôts et pouvez facilement ne plus payer d'impôt. Après je ne sais pas si il y a une limite à ça. Mais en tout cas, ça donne la mesure du fait qu'on peut continuer de participer financièrement à la vie de la communauté sans financer les choses qui nous semblent injustes.

Re: Impôts et désobéissance civile ?

par camino » mar. 24 mars 2009, 11:16

Bonjour Christian,

En tant que travailleur indépendant, je suis comme vous soumis à des taux d'imposition absolument aberrants, qui sont certes, au regard du pourcentage des revenus, et donc de mon travail, pratiquement indécents.

Je comprends largement votre colère : mon comptable vient de m'indiquer que concrètement, je travaillais "de janvier à Août pour la collectivité" et le reste du temps "pour moi".

Qui plus est je note, comme vous, le gaspillage terrible qu'en font nos élites, l'utilisation de ces sommes à des fins qui choquent notre morale : armement, encouragement d'un assistanat mal placé, dépenses somptuaires dictées par le copinage bien plus que par l'intérêt collectif.

Pourtant, il faut l'accepter. Non pas aveuglément, vous avez raison, mais l'accepter tout de même. Ces "malheurs", nos malheurs, sont affaires de privilégiés que nous sommes, même si comme vous j'aurais beaucoup à discuter sur ce mot. Alors à la question que vous me posez, je répondrais "tout ce qu'il demande, il faut le leur donner". Eh quoi ? Libre à eux de décourager les travailleurs en s'appuyant sur des lois démocratiquement votées. Libre à eux - à nous, la collectivité - d'estimer que nous vivons en commun et que dès lors chacun doit verser au pot. Bien sûr que de "notre côté", cela peut sembler une injustice, bien sûr que nous aimerions egoïstement garder pour nous ce qui ne semble être dû qu'à la sueur de notre front.
En toute chose pourtant il faut considérer l'ensemble et, même en voulant être égoïste, personne n'est vraiment à l'abri de profiter demain d'une solidarité qui coûte si cher aujourd'hui.
Récemment, mon enfant a été hospitalisé pour une grave maladie : en afrique, il serait mort. Aux états unis, j'aurais vendu tout ce que j'avais et ça n'aurait sans doute pas suffit à le soigner. Qu'importe alors l'argent ? Qu'importe alors ma contribution ? Qu'importe mon statut ? J'ai vu s'exercer la solidarité publique et devant la maladie, nous sommes tous égaux, justement parce que nos inégalités sont lissés par un système qui, s'il peut toujours être amélioré, n'est pas si mauvais que vous le sous-entendez.

Finalement, votre question est double :
"y a-t-il une limite au don ?".
A cette question je répondrais : evidemment que non !!! Comment pourrait-il y en avoir une ?
"Y a-t-il une limite au caractère obligatoire de ce don".
A cette question je répondrais : la même limite que le caractère obligatoire des dépenses qu'il permet de couvrir.

Comme vous le dites, c'est dans la destination de l'argent qui est l'injustice. Trop d'humains souffrent, trop de guerres fabriquent trop de veuves et d'orphelins, trop de faim tenaille les estomacs de nos frères. L'injustice n'est pas dans les taux de prélèvement : ces taux seraient injustes s'ils vous faisaient plonger "statistiquement" dans le camp des pauvres qu'ils devraient permettre d'aider à l'echelle mondiale.
Je ne pense pas que ce soit le cas.

Je peux donc vous rejoindre dans l'indignation de l'usage de l'argent public, encore qu'il faut bien être conscient qu'en temps que collectivité "toutes les décisions ne peuvent plaire à tout le monde".

Je ne vous suivrais pas dans votre indignation sur les taux de prélèvement : je vous souhaite de ne jamais avoir à vous féliciter d'en tirer profit plutôt que perte.

Fraternellement (et douloureusement en ces temps où les régimes obligatoires réclament leur tribut !!!!)

Camino

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