par stephlorant » mar. 20 sept. 2011, 11:51
26 décembre 1973
Avant le déjeuner, seul et ayant fini mon travail, j'ai eu tout d'un coup une crise de neurasthénie comme cela m'arrive rarement. Présence du néant, désespoir absolu. C'est là le démon, car l'enfer c'est l'ennui dans une détresse perpétuelle.
Note: J'ai extrait ces quelques lignes car elles me disent deux ou trois choses intéressantes. Et, d'abord, la "neurasthénie," en 1973, c'était ce que l'on nomme aujourd'hui la dépression. Combien d'entre nous en souffrent aujourd'hui ? Il se vendrait quelques 65 millions de boîtes d’antidépresseurs par an en France (championne du monde de la consommation !) alors que l’efficacité de ces médicaments est régulièrement remise en question. (*) Le chiffre est énorme, mais je me pose une question que je crois importante : accepte-t-on encore de supporter une quelconque souffrance morale ?
Lorsque je suis sorti d'une dépression - consécutive à un régime très dur contre le cholestérol, ce fut pour découvrir le monastère des sœurs Clarisses; je voulais dire 'merci' pour ma guérison soudaine... et durant les quinze années qui ont suivi, j'ai participé chaque jour à tous les offices (sauf Vêpres). Un bonheur de chaque jour, durable et profond.
Or, le premier jour de ma dépression (état de panique au réveil, pouls à 140), à peine le médecin avait-il : "La dépression, c'est cela: on peut dire que c'est 'l'élan vital' qui est momentanément suspendu"..., j'ai compris que le Seigneur avait permis cela. Et bien que n'étant plus capable que de travailler cinq heures par jour, en me soutenant de divers cachets - dont le Prozac, j'avais écrit ma propre "prière dans la dépression" que je livre ici:
- Très haut, tout puissant et bon Seigneur,
C'est Toi qui chaque jour me donne le souffle de la vie.
Chaque jour, depuis ma naissance, Tu me l'as donné.
A ma dernière heure, tu me le reprendras,
Pour le bonheur parfait de demeurer éternellement auprès de Toi.
Alors, quand le médecin a dit:
"La dépression, c'est l'élan vital qui est suspendu",
Aussitôt j'ai reconnu que c'est Toi qui as permis cela.
Car si Tu donnes le souffle de la vie
Et si Tu as le pouvoir de le reprendre,
C'est que Tu peux aussi le suspendre
- et c'est cela qui m'est advenu.
Aujourd'hui, paralysé de peur,
Petit enfant prisonnier dans le noir,
Affligé d'une immense tristesse, vraie mélancolie des Cieux,
D'une langueur de tout l'être, d'un isolement du cœur jamais éprouvé,
C'est comme si Tu avais soudain suspendu Ton souffle en mon âme.
Mais Seigneur, j'ai foi que cette souffrance est grâce encore !
Grâce pour partager, très humblement, un tout petit instant,
L'immense agonie de Ton Fils.
Oui, cette souffrance est une grâce encore, pour aimer tous mes frères,
Tout spécialement ceux qui sont dans le refus de Ton amour
Ou qui croyaient que leurs forces propres suffiraient pour tout.
Mais, Seigneur, j'ai fois que cette souffrance est, tout autant,
Pour une guérison plus grande,
Pour le renouvellement de mon être,
Pour ma purification,
Pour la délivrance de mes peurs,
Pour un cœur toujours plus abandonné en Toi,
Et capable de tout entreprendre !
C'est pourquoi, du fond de ma détresse,
Je Te le dis, je Te le crie, je Te le chante,
Je T'adore et je T'aime, O mon Seigneur !
Malgré mon cœur blessé qui sue de désespoir,
Mon esprit torturé Te glorifie encore:
"Ma vie n'appartient qu'au Seigneur: la voici !
Pour vivre, pour aimer, pour souffrir, pour mourir,
Toujours le Seigneur demeure en moi et moi en Lui !"
Non comme je veux, mon Dieu, mais comme Toi, Tu veux !
Depuis lors, à chaque rencontre avec une personne dépressive, je commence par pointer du doigt les "anticipations négatives". Je dis : si c'est pour toi comme ce fut pour moi, alors tu as peur de te rendre dans une banque et d'être incapable de retirer de l'argent du distributeur. Et très souvent, je tombe "dans le mille". Je raconte ensuite que le dernier jour de ma dépression, je me suis relevé de mon lit, j'ai pris mon vélo et je suis parti. Au moment de monter sur l'engin, je me disais (anticipation négative): "Je n'arriverai même pas à parcourir trente mètres sans tomber" - mais au compteur kilométrique, en rentrant, j'avais parcouru quinze kilomètres !
Conclusion: il faut se battre contre ses idées noires et c'est d'autant plus difficiles qu'on les croit justes, naturelles, normales. Si beaucoup de personnes en dépression pouvaient lire ce témoignage, je suis certain que cela en aiderait efficacement une partie d'entre elles.
(*)Posté par Surf Prevention dans ACTUALITES, Etudes, Les Conseils du Docteur Surf, Point de vue, Prévention le 17 janvier 2010
[b]26 décembre 1973
Avant le déjeuner, seul et ayant fini mon travail, j'ai eu tout d'un coup une crise de neurasthénie comme cela m'arrive rarement. Présence du néant, désespoir absolu. C'est là le démon, car l'enfer c'est l'ennui dans une détresse perpétuelle.[/b]
[b]Note[/b]: [i]J'ai extrait ces quelques lignes car elles me disent deux ou trois choses intéressantes. Et, d'abord, la "neurasthénie," en 1973, c'était ce que l'on nomme aujourd'hui la dépression. Combien d'entre nous en souffrent aujourd'hui ? Il se vendrait quelques 65 millions de boîtes d’antidépresseurs par an en France (championne du monde de la consommation !) alors que l’efficacité de ces médicaments est régulièrement remise en question. (*) Le chiffre est énorme, mais je me pose une question que je crois importante : accepte-t-on encore de supporter une quelconque souffrance morale ?
Lorsque je suis sorti d'une dépression - consécutive à un régime très dur contre le cholestérol, ce fut pour découvrir le monastère des sœurs Clarisses; je voulais dire 'merci' pour ma guérison soudaine... et durant les quinze années qui ont suivi, j'ai participé [u]chaque jour[/u] à tous les offices (sauf Vêpres). Un bonheur de chaque jour, durable et profond.
Or, le premier jour de ma dépression (état de panique au réveil, pouls à 140), à peine le médecin avait-il : "La dépression, c'est cela: on peut dire que c'est 'l'élan vital' qui est momentanément suspendu"..., j'ai compris que le Seigneur avait permis cela. Et bien que n'étant plus capable que de travailler cinq heures par jour, en me soutenant de divers cachets - dont le Prozac, j'avais écrit ma propre "prière dans la dépression" que je livre ici[/i]:
- Très haut, tout puissant et bon Seigneur,
C'est Toi qui chaque jour me donne le souffle de la vie.
Chaque jour, depuis ma naissance, Tu me l'as donné.
A ma dernière heure, tu me le reprendras,
Pour le bonheur parfait de demeurer éternellement auprès de Toi.
Alors, quand le médecin a dit:
"La dépression, c'est l'élan vital qui est suspendu",
Aussitôt j'ai reconnu que c'est Toi qui as permis cela.
Car si Tu donnes le souffle de la vie
Et si Tu as le pouvoir de le reprendre,
C'est que Tu peux aussi le suspendre
- et c'est cela qui m'est advenu.
Aujourd'hui, paralysé de peur,
Petit enfant prisonnier dans le noir,
Affligé d'une immense tristesse, vraie mélancolie des Cieux,
D'une langueur de tout l'être, d'un isolement du cœur jamais éprouvé,
C'est comme si Tu avais soudain suspendu Ton souffle en mon âme.
Mais Seigneur, j'ai foi que cette souffrance est grâce encore !
Grâce pour partager, très humblement, un tout petit instant,
L'immense agonie de Ton Fils.
Oui, cette souffrance est une grâce encore, pour aimer tous mes frères,
Tout spécialement ceux qui sont dans le refus de Ton amour
Ou qui croyaient que leurs forces propres suffiraient pour tout.
Mais, Seigneur, j'ai fois que cette souffrance est, tout autant,
Pour une guérison plus grande,
Pour le renouvellement de mon être,
Pour ma purification,
Pour la délivrance de mes peurs,
Pour un cœur toujours plus abandonné en Toi,
Et capable de tout entreprendre !
C'est pourquoi, du fond de ma détresse,
Je Te le dis, je Te le crie, je Te le chante,
Je T'adore et je T'aime, O mon Seigneur !
Malgré mon cœur blessé qui sue de désespoir,
Mon esprit torturé Te glorifie encore:
"Ma vie n'appartient qu'au Seigneur: la voici !
Pour vivre, pour aimer, pour souffrir, pour mourir,
Toujours le Seigneur demeure en moi et moi en Lui !"
Non comme je veux, mon Dieu, mais comme Toi, Tu veux !
[i]Depuis lors, à chaque rencontre avec une personne dépressive, je commence par pointer du doigt les "anticipations négatives". Je dis : si c'est pour toi comme ce fut pour moi, alors tu as peur de te rendre dans une banque et d'être incapable de retirer de l'argent du distributeur. Et très souvent, je tombe "dans le mille". Je raconte ensuite que le dernier jour de ma dépression, je me suis relevé de mon lit, j'ai pris mon vélo et je suis parti. Au moment de monter sur l'engin, je me disais (anticipation négative): "Je n'arriverai même pas à parcourir trente mètres sans tomber" - mais au compteur kilométrique, en rentrant, j'avais parcouru quinze kilomètres !
Conclusion: il faut se battre contre ses idées noires et c'est d'autant plus difficiles qu'on les croit justes, naturelles, normales. Si beaucoup de personnes en dépression pouvaient lire ce témoignage, je suis certain que cela en aiderait efficacement une partie d'entre elles. [/i]
(*)Posté par Surf Prevention dans ACTUALITES, Etudes, Les Conseils du Docteur Surf, Point de vue, Prévention le 17 janvier 2010