- Le rôle du prêtre :
Mais l'appréciation de la gravité des fautes avouées ne se pose pas. Ce n'est pas du tout ce que l'on demande au prêtre pour la confession.
Le prêtre n'est pas un psychiatre, ni un juge. Le prêtre, c'est une sorte de cabine téléphonique. En s'adressant à lui on s'adresse . L'exigence répétée et continuelle de l'égalité, de la reconnaissance de son égalité, le souci de ne voir personne se voir décerner quelque chose que l'on n'a pas, cela s'appelle de l'orgueil.
Oui, le prêtre est pécheur, oui, c'est un homme comme vous et moi, non, pour autant, il n'est pas équivalent à vous et moi. "égaux", nous le sommes devant la justice de Dieu. Et devant son amour.
Pour le reste, chacun son rôle. Je ne vais pas construire moi-même ma maison sous prétexte que les maçons et les architectes sont mes égaux.
(j'entends bien qu'il ne faut pas accuser, juger, voir des mauvaises intentions partout, etc. aussi mon propos n'est pas de dire : "a
rrière, vil pécheur bouffi d'orgueil !", mais juste : "
attention, ça c'est de l'orgueil" de la même manière que je dirais "
attention, t'as une guêpe sur l'épaule".
Oui, le prêtre est pécheur, et pourtant c'est lu que Dieu choisit. Dans le fait de vouloir à tout prix souligner cette égalité, et de justifier par là qu'on ne reconnaît au prêtre aucun rôle, il y a comme de l'envie et de la jalousie (encore une fois, je dis ça sur le ton : "
oh, attention, un frelon !").
Parce que, quelque part, cela veut dire "
pourquoi lui, et pas moi ? j'en vaux bien un autre !".
Et là je renvoie à la parabole du fils prodigue (l'attitude du fils aînés), entre autres, mais aussi aux Apôtres : ils sont pécheurs, pas moins que les autres hommes. Pourquoi eux, alors ? Jésus les choisit, réellement, eux, pour en faire ses amis de prédilection, et leur donner un rôle qu'il ne donne pas à d'autres.
Alors que, parmi eux, il y a un mec réputé détourner des fonds, un gros barbu sympathique mais un peu lâche et fanfaron, qui abandonne le rabbi dès que ça tourne mal, un incrédule, un traître, deux jeunots un peu tête à claque et imbus d'eux-mêmes (les fils de Zébédée, qui demandent mine de rien à être placés au paradis, l'un à la droite, l'autre à la gauche de Jésus, rien que ça), et j'en passe.
Pourquoi pas Lazare ? l'ami, le juste ? Ou Nicodème, plutôt bien placé ? Pourquoi pas d'autres ?
Ben c'est comme ça.
Et il est bien dit que Jésus leur donne un rôle particulier qu'il ne donne pas à d'autres : "tout ce que tu lieras sur la Terre sera lié dans les Cieux" et "Pierre tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon Eglise" et "je te donnerai les clés du Royaume des Cieux", rien que ça, et au mec qui s'est débiné dès que ça tournait au vinaigre.
Donc, pourquoi ?
- Le besoin humain de signes humains :
Et bien, se dire "
je parle à Dieu directement, je n'ai besoin de personne", c'est de l'orgueil. La relation à Dieu ce n'est pas moi tout seul devant mon petit Dieu à moi.
D'autre part, c'est dangereux : la tentation est grande de se tenir quitte, de se construire peu à peu une représentation perso de Dieu bien pratique, en esprit (ce qui finalement constitue de l'idolâtrie bien plus sûrement que les représentations en statues !),
ou au contraire de devenir trop scrupuleux et sombrer dans le désespoir.
Nous humains avons donc besoin de ce lien physique, charnel, avec Dieu : un autre humain représentant Jésus ! Sinon, le risque est trop grand de tomber dans des abstractions ou des représentations mentales bien commodes.
La religion chrétienne est une religion
INCARNÉE.
- La nécessité de l'humilité :
Demander pardon à Dieu tout seul dans son coin, à un Dieu que l'on ne sent ni ne voit, qu'on se représente dans son esprit un peu comme on veut (donc comme ça nous arrange), à qui on dit ce qu'on veut et qu'on fait répondre comme on veut,
c'est pas très bon parce que ça ne nous pousse pas à grand-chose (à part de très grands saints, mais qui pourtant eux aussi allaient à confesse).
Devoir (et je dis bien
DEVOIR) entrer dans cette démarche de se déplacer, de sortir de chez soi, d'aller vers un autre, de se mettre à genou devant lui et de s'accuser de ses fautes... waou... le bénéfice en terme d'humilité est immense !

Ah parce que ça, tout de suite, on aime moins : heu, ouais, heu, mais non, mes fautes, ces petits trucs pas cool qui me donne de moi une image pas flatteuse, j'en parle à Dieu tout seul dans ma tête et ça suffit. Ah, non, pas aller les dire à QUELQU'UN, de réel, d'incarné, en chair et en os...!!!
Aaaaah, ben voilà. Mais nos fautes nous devons les dire au Christ, incarné, en chair et en os. Alors voilà. On va voir, si on est capable de se mettre à genou, de se montrer concrètement humble, d'avouer ORALEMENT ses fautes à QUELQU'UN que l'on VOIT et que l'on sent, devant soi, dire "
je m'accuse de...".
Tant qu'on en est pas passé par là, on ne sait pas ce qu'on vaut en terme d'humilité (et une fois qu'on y est passé, on sait ce qu'on vaut en terme d'humilité,...ce qui justement rend un peu plus humble, d'ailleurs...). Parce que tout seul dans sa tête, sans rien qui nous fasse sentir nos fautes et notre jugement, sans rien qui nous remette en cause notre petite personne directement, c'est bien commode de se croire humble.
(là je ne dis même plus "
attention, un essaim de guêpes !", je parle pour nous tous).
La dimension de devoir est également importante, parce que là encore elle m'invite à l'humilité, à accepter d'en passer par là où ça ne me plaît pas forcément, pour l'amour de demander pardon au Christ.
- l'humilité vécue dans le corps et dans l'esprit :
Nous sommes humains, corps et âme, ce qui agit sur nous et en nous doit donc passer par le corps, par les sens ; pas par la sentimentalité, la sensibilité, tout ça, mais par les sens : quand je m'agenouille devant le prêtre, que j'accuse mes fautes, que j'espère le pardon, que je suis prêt aux pénitences qu'il m'indiquera (bon, ça va, en général, c'est des prières, hein, pas de flagellation en public ou ce genre de choses), je SENS dans mas chair, en moi, ma condition de pécheur, mon agenouillement devant mon Seigneur, mon amour pour Jésus et en même temps ma crainte parce que, même si je sais qu'il est Miséricorde, je sais que je l'ai infiniment blessé et outragé.
Et ça, tout seul dans ma chambre en m'imaginant ce que je veux, je ne le sens pas réellement. Je peux l'imaginer, m'imaginer le ressentir, me dire "ah, si, houlà, là je sens, je suis humble et repentant", mais là je le VIS vraiment, et rien ne peut remplacer cela.
La confession au prêtre a donc :
- une justification et un fondement dans le Christ Lui-même. Ce n'est pas une invention.
- une importance capitale contre l'orgueil et la complaisance, pour l'humilité et le repentir.
- une qualité de fait incarné, que n'aura jamais de simples "discussions" avec Dieu dans mon esprit, plus ou moins du domaine de mon imagination et en tout cas très soumises à ma complaisance envers moi-même.
Ensuite seulement peuvent intervenir les qualités humaines du prêtre, pour :
- qu'il comprenne bien où sont vos faiblesses particulières (mais pour ça il faut faire une bonne confession, qui ne soit pas vague)
- qu'il sache vous donner des conseils pour raffermir votre foi et votre charité, pour lutter contre vos tendances dominantes.
Mais cela n'est, encore une fois, absolument pas nécessaire au pardon des fautes. C'est une sorte de "bonus" qu'on peut avoir ou ne pas avoir. Certains prêtres vous diront des platitudes, ou encore que "il ne faut pas faire une fixation là-dessus", ce qui est très irritant (et hop, tout le monde sait de quoi je me suis confessé...

mais cela n'enlève RIEN à la validité et la valeur du pardon reçu, qui lui vient directement de Dieu.
"Je te pardonne tous tes péchés" : c'est Jésus qui parle. Le reste, c'est Jean-Paul ou Pierre-Yves ou le père Champignon.