"Ne nous soumets pas à la tentation"

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Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Raistlin » mar. 29 juil. 2008, 15:03

Philon a écrit :Notre époque a tendance à valoriser non pas l'amour que l'on donne selon la volonté de Dieu mais celui que l'on extorque aux autres en les séduisant.
J'ai lu quelque part - je ne sais plus où - que la séduction est une forme de domination : on exerce du pouvoir sur l'autre par le désir qu'on éveille en lui.
On est bien loin du don de soi que Dieu attend de nous.

En Christ,

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Olivier JC » mar. 29 juil. 2008, 14:56

Bonjour,

Très juste et pertinent. Merci pour cette belle analyse.

+

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Philon » mar. 29 juil. 2008, 0:47

Bonsoir aux frères et soeurs qui ont répondu et merci pour toutes ces riches réponses auxquelles j'ajouterais une pensée qui m'est venue à propos de l'adultère :
ne fais pas aux autres ce que tu n'aimes pas que l'on te fasse.
L'imagination peut être utilisée pour nous mettre à la place de la personne qui souffrira de l'adultère. On peut imaginer ce que nous ressentirions si notre mère, notre père ou notre conjoint avait commis ou commettait l'adultère avec les conséquences que cela entraine. Dans une famille, nous sommes responsables des autres. Le pédiatre Aldo Naouri qui est formé à la psychanalyse affirme n'avoir jamais vu d'adultère qui n'ait causé de dégats considérables sur les enfants.

Notre époque a tendance à valoriser non pas l'amour que l'on donne selon la volonté de Dieu mais celui que l'on extorque aux autres en les séduisant. Cela va très loin : on va jusqu'à se désespérer de ne pas pouvoir séduire assez alors que c'est au contraire notre capacité à discerner l'amour authentique de la séduction qui devrait nous réjouir.
Le marché exploite ces tendances égoistes en les devançant et les transforme en normes : des images de plus en plus sophistiquées exposent des femmes fatales d'une beauté parfaite, des films et des récits font l'éloge de la liberté sexuelle et de sentiments qui, comme l'a souligné Boris dans un autre fil, ne sont pas solides.
Dans ce contexte hostiles aux valeurs telles que le mariage et l'amour fondé sur le respect, sur un projet commun, celui ou celle qui ne participe pas à la "libre circulation des capitaux" en matière de relation passe aux yeux de la majorité pour un inhibé ou une mocheté. C'est ainsi que l'on voit des gens "bien" complexés parce qu'ils ne correspondent pas à cet idéal narcissique alors qu'ils ont toutes les qualités pour rendre quelqu'un heureux et fonder une famille.
Ce développement un peu simpliste introduira l'idée qu'il est d'autant plus difficile de résister à la tentation que la "laideur" ( réelle ou imaginaire) est aujourd'hui devenue un péché selon la religion du marché : on craint non plus de fauter mais au contraire de ne pas séduire. Cela complique encore plus les choses.
Les injonctions modernes à "plus de confiance en soi" n'aident pas vraiment parce qu'elles n'approfondissent pas la question à la volonté de Dieu. En effet, se contenter d'être qui l'on est avec ses défauts c'est accepter le projet de Dieu, c'est aimer la créature qu'il a faite telle qu'elle est et cela ouvre à un amour serein envers l'autre : on n'aime non plus une image inaccessible et idéal, un censeur cruel, mais la personne avec ses failles, on accepte l'idée qu'elle va vieillir, on va au-dela dela beauté pour ce qui concerne le futur en s'engageant avec elle : c'est un acte de volonté et non plus une passion qui vous détruit.

Je crois que l'amour de Dieu nous aide à résister au désir de remplir les normes modernes de la beauté et à en récolter les preuves en faisant des conquêtes. Je l'ai compris en lisant dernièrement un auteur moderne qui fait le récit de ses nombreuses conquêtes. On a l'impression en le lisant qu'il cherche désespéremment ce qui lui a manqué là où il risque le moins de le trouver.
En effet, cette course vers un idéal narcissique nous rend malheureux parce que nous avons le sentiment de ne pas être à la hauteur et parce que c'est une image qui est aimée, pas une personne. Il y a toujours chez les séducteurs de la haine pour les femmes qu'ils ont conquises ( le Vicomte de Valmont, Dom Juan, le séducteur de Kierkegaard) parce que le moyen employé ( l'illusion, l'image, le blabla...) ne leur donne pas l'amour sincère qu'ils cherchent : ils trompent et sont trompés en retour.

Dans l'amour solide qui est le projet de Dieu, nous sommes heureux parce que nous aimons avec sincérité et tel que nous sommes. Personne ne nous demande de ressembler à Carla Bruni ou d'avoir le prix Nobel de littérature. Dieu aime les petits, les humbles, les déshérités. Nous aimons notre conjoint avec sa mauvaise humeur, des manies, ses chaussettes, etc, il accepte nos tubes de dentifrices mal refermés, nos salaires pas mirobolants.

Trahir cet amour serein c'est passer du côté du manche de ceux qui nous ont peut-être aussi fait du mal. Au fond je crois qu'il y a quelque chose de faustien dans l'adultère : c'est la promesse trompeuse d'une éternelle jeunsesse mais on vend son âme au diable.
Et je crois que le diable est beau. Il s'habille même en Prada.

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Olivier JC » mar. 22 juil. 2008, 13:26

Bonjour,

Je faisais effectivement référence à S. Thomas d'Aquin et à ses développements relatifs aux anges que l'on peut trouver dans la Somme Théologique.

Quant à la théologie professée par Arnaud Dumouch, si je reconnais sans peine les insuffisances de fond comme de forme qui la caractérise, j'attends toujours des arguments suffisamment sérieux pour en ébranler l'intuition centrale (par sérieux, j'entends autres que attaques ad hominem et les critiques - fondées au demeurant - portant sur l'utilisation des EMI).

+

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Christophe » mar. 22 juil. 2008, 7:12

A moins que par "théologie du Docteur Angélique", Olivier JC n'ait voulu entendre la théologie professée sur le site du Docteur Angélique, par des théologiens de l'école d'Arnaud Dumouch ? :incertain:

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Hélène » mar. 22 juil. 2008, 2:33

AnneT a écrit :Le Dr Angélique...

Qui est-il? Que fait-il? Ou, comme on dit ici: que mange-t-il en hiver? ;)

Sérieusement, j'aimerais en savoir plus!
Dr Angélique = Saint Thomas d'Aquin. :)

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Anne » lun. 21 juil. 2008, 23:47

Olivier JC a écrit :
Et plus encore, si l'on accepte - ce qui est mon cas - la théologie du Docteur Angélique, et plus particulièrement ce qui concerne le mode de connaissance des créatures spirituelles...
Le Dr Angélique...

Qui est-il? Que fait-il? Ou, comme on dit ici: que mange-t-il en hiver? ;)

Sérieusement, j'aimerais en savoir plus!

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Olivier JC » lun. 21 juil. 2008, 21:11

Christophe a écrit :
Olivier JC a écrit :Or, si Dieu nous tente, ce n'est pas pour que nous nous en sortions tout seul, c'est pour que nous nous tournions vers lui.
Dieu ne tente pas, Il éprouve. C'est le tentateur qui tente... :diable:
Certes. Mais je ne sache pas que le tentateur puisse tenter quiconque si Dieu ne le laisse pas faire.
Et plus encore, si l'on accepte - ce qui est mon cas - la théologie du Docteur Angélique, et plus particulièrement ce qui concerne le mode de connaissance des créatures spirituelles... bien forcé de conclure que ce que le tentateur sait et va utiliser pour nous tenter, il le sait... parce que Dieu lui a donné de le savoir.

Alors bon... tenter ou éprouver, c'est une question de vocabulaire... Dans un cas, on s'arrête à la cause seconde, dans l'autre on remonte à la cause première. Mais dans les deux cas, c'est kif kif.

+

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Christophe » lun. 21 juil. 2008, 19:20

Olivier JC a écrit :Or, si Dieu nous tente, ce n'est pas pour que nous nous en sortions tout seul, c'est pour que nous nous tournions vers lui.
Dieu ne tente pas, Il éprouve. C'est le tentateur qui tente... :diable:

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Olivier JC » lun. 21 juil. 2008, 15:34

Bonjour,

La parade proposée est certainement intéressante et efficace. Elle présente, me semble-t-il, un gros défaut : c'est qu'au final, on s'en sort tout seul.

Or, si Dieu nous tente, ce n'est pas pour que nous nous en sortions tout seul, c'est pour que nous nous tournions vers lui.

Ce qui n'enlève pas sa valeur et son efficacité à cette méthode. Mais si l'on s'en tient à cela, notre vertu d'en trouvera sans doute grandie, mais notre foi, notre espérance et notre charité n'en aurons tiré aucun profit.

D'autant qu'il est louable de se représenter les dégâts qui résulteraient du fait de céder à la tentation. Mais ce faisant, et ne faisant que cela, il s'ensuit que l'on en reste à la condition de l'esclave.

Ceci dit en référence à cet admirable mot de S. Basile le Grand, qui distinguait trois attitudes de l'esprit susceptibles de nous amener à faire le bien et à lutter contre le mal :
1) La peur des conséquences, de l'enfer > la disposition de l'esclave ;
2) L'attrait de la récompense, du gain résultant du fait de faire le bien > la disposition du mercenaire ;
3) L'amour pour Dieu > la disposition de l'enfant, du fils, de l'ami.

Inutile de préciser, je pense, à quelle disposition nous sommes appelés.

C'est un travers très actuel aujourd'hui dans l'Eglise, je trouve : la contamination de l'aspiration au développement personnel. Certes, suivre le Christ est la voie la plus haute et la plus parfaite pour parvenir au plein développement personnel. Mais si c'est là que gît la motivation, nous en restons à la disposition du mercenaire. Nous restons centrés sur nous même.

M'avais marqué cette simple phrase opposée par une fillette qui allait ensuite se faire violer et tuer, avant d'être canonisée : aux avances de son agresseur, elle répondit : "Non, Dieu ne veut pas". Tout est dans cette réponse admirable : Dieu ne veut pas, donc je ne veux pas. Non pas ma volonté, mais Ta volonté.

Ne l'oublions pas : la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ! Non pas, certes, avoir peur de Dieu, mais simplement avoir la crainte de déplaire à Dieu, pour une seule et unique raison (la seule qui vaille et qui ne passera jamais) : l'amour.

+

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par coeurderoy » jeu. 17 juil. 2008, 19:10

Bonsoir,
merci beaucoup Séraphin pour ce "tuyau" très pragmatique et réaliste : freiner (et parfois stopper net) les méfaits d'une imagination débordante en "visualisant" les conséquences m'a souvent évité des chûtes catastrophiques. Pour "dédramatiser" et oublier plus rapidement telle ou telle tentation de sensualité (s'attarder trop longtemps sur la grâce d'un visage, faute pas toujours si grave quand on est de nature à contempler la beauté) j'arrive pour ma part à "retourner la situation" par un "Merci Seigneur ! pour la splendeur
de tes créatures, tant de poésie répandue dans la lumière, les sourires, la grâce de tel geste, oui Merci mon Dieu !" j'évite ainsi de me renfrogner et de "faire la gueule" en soupirant un "que de tentations, c'est trop dur ce que Tu demandes !"
Je précise que ce type de louange me vient quand il n'y a pas de pensées à caractère érotique, là il faut être conscient du danger et éviter de...tenter le Diable en préférant la fuite !
Cordialement dans le Christ
La Beauté est un pressentiment du Ciel (Saint Odon de Cluny)

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Séraphin » mer. 16 juil. 2008, 18:43

Tout le monde a fort bien répondu, et fait le tour détaillé de toutes les "failles du système".

Toutefois, il reste une petite ouverture qui n'a pas été explorée. St Jean de la Croix disait pour une toute autre raison plus mystique, que "c'est en vain qu'on jette les rets au devant de ceux qui ont des ailes". Et dans les réponses, j'ai vu bien des choses interessantes, mais personne n'a indiqué clairement (à part par la prière et les sacrements) comment y échapper d'une "manière humaine". En d'autres termes , comment empêcher notre "imagination de vagabonder". Car si elle vagabonde, (même si nous en connaissons, ou croyons connaitre, les raisons profondes), notre raisonnement et nos bonnes résolutions ne pourront la freiner. "Savoir" n'est pas "pouvoir".

J'ai en réserve une petite anecdote, presqu'une parabole, qui m'est survenue il y a une quinzaines d'années. J'avais monté à l'époque, un cheval fougueux au caractère assez sauvage qui refusait de se laisser maitriser par qui que ce soit. Après quelques rodéos presque humoristiques, ma monture est partie au triple galop dans les grandes prairies qui entouraient le vaste domaine. Constatant que frère cheval avait du " caractère", je l'ai laissé se dépenser sans compter, jusqu'au moment où...il a commencé à fatiguer. C'est là que je suis intervenu et l'ai forcé à galoper encore plus vite. Il devait lutter entre sa fatigue, et mon désir tenace de vitesse. Finalement, il s'est laissé faire, et lorsque j'ai compris qu'il devenait plus docile (et pour cause), nous sommes tranquilement rentré au pas.

Je pense qu'avec l'imagination nous pouvons agir de la sorte. S'emballe t'elle ? Ce n'est pas grave, laissons là courrir et voler librement. C'est en vain que nous lui jetterions les filets de notre raisonnement. Mais lorsqu'elle poursuit sa route jusqu'à son aboutissement, au contraire "poussons là" à aller plus loin, en contemplant intérieurement les scènes futures de nos responsabilités. L'imagination nous a t'elle portée à l'adultère ? sachons regarder le divorce qui suit, le mari détruit dans son âme et les enfants qui pleurent. Sachons regarder (toujours avec les yeux de l'imagination) les "ruines funestes " que nous aurions semés autour de nous, si nous passions à l'acte. Ainsi, les "conséquences" intègrent le fantasme qui s'annule de lui-même puisqu'il ne trouve plus d'objet de désir pour sa propre contemplation. Le Fantasme n'est pas refoulé, bien au contraire, il est sublimé, et par là même: "détruit" jusqu'à sa racine, nous laissant une odeur mentale de dégoût pour l'idée elle même.

Fraternellement

Séraphin

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par christelle » lun. 16 juin 2008, 20:36

J'ai trouvé la réponse de Charles très riche :oops:
La comparaison est souvent horrible à suporter.
Qu'est ce qu'elle a de mieux que moi, qu'est ce qu'il a de mieux que moi ? ce sont souvent des questions qu'on se pose, mais horrible à la fois.

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Philon » mar. 10 juin 2008, 22:46

Bonsoir aux frères et soeur dans le Christ,

merci pour vos réponses précises et complexes autant que sages.

La comparaison, je le sens, est impossible, entre un "rêve" qui est ma production (donc un acte d'autocontemplation) et la personne dont je partage l'existence, qui a choisi de vivre avec moi, envers qui je me suis engagée devant Dieu.
Bien sûr, nous avons tendance parfois à préférer nos "egos" et leurs fantaisies à la réalité, c'est humain. Nous savons cependant que c'est une erreur et que l'amour nous est donné par Dieu. C'est pourquoi nous avons besoin d'une éducation, d'une main tendue (celle de Dieu) et de sacrements qui nous élèvent au dessus de nos egocentrismes.
Je vais prier aussi beaucoup et demander l'aide d'un prêtre.
"Dieu ne nous tente pas au-dessus de nos forces",quelle belle phrase ! Elle me rend la confiance.

Bonne nuit à tous et encore merci.

Philon

Re: "Ne nous soumets pas à la tentation"

par Charles » mar. 10 juin 2008, 1:01

Jean Dendor a écrit :Est-ce qu'il y a une comparaison entre cette personne et le conjoint ou la conjointe ?
C'est peut-être le plus grave... car cela montre un manque d'amour envers le conjoint qui prend des racine assez profondes. Comparer le conjoint c'est, avant même de savoir avec qui on le compare, ignorer sa dimension de personne. Si l'on compare, c'est que l'on a pas encore compris que la personne est incomparable, que sa richesse est inépuisable.

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