par Jean Dendor » lun. 07 juil. 2008, 19:24
Le suite de la lettre 118 du 7 juillet 2008 :
"Commentaires de Paix Liturgique
Ces informations illustrent une fois encore le sérieux des déclarations officielles au terme desquelles "il n'y a pas de problème liturgique en France, nous avons le soutien du Pape..." que servent - non sans arrogance - les détracteurs du Motu Proprio aux fidèles qui en demandent la mise en oeuvre.
Il y aura certainement des esprits mal intentionnés qui prétendront que ces informations sont erronées. Tant pis, il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut voir... Quoi qu'il en soit, tout ceci est bien réel. Nous remercions vivement Monsieur Henri Tincq, qui dans son article publié le 2 juillet dernier dans le Monde, répond directement au document sur lequel se fondent nos informations et partant, en confirme l'existence.
Si nous devions néanmoins ne relever qu’un point de tout cela, ce serait la constatation du fait que nous ne sommes pas les seuls à remarquer à quel point nos pasteurs ont perdu le contact avec la réalité. Ce n’est d’ailleurs pas faute d’avoir tenté de les aider à ouvrir les yeux (Sondages Ipsos de 2001 et CSA de 2006) mais il n’y a pas plus aveugles que ceux qui ne veulent pas voir... Dans les deux cas, plus de 15 % des catholiques souhaitent vivre au rythme de la liturgie traditionnelle (alors que beaucoup répétaient incantatoirement que cela était interdit) et moins de 5 % « refusaient » que cette messe soient célébrée… pour les autres ! Et encore, ces chiffres ont-ils été donnés avant la publication du Motu Proprio, à une époque où le Saint Père n'avait pas concrètement réhabilité la messe traditionnelle.
Comment comprendre qu’au nom de l’unité l’on continue de s’appuyer sur une minorité, pour continuer à exclure les milliers de familles qui souhaitent vivre leur foi au rythme de la forme extraordinaire du rite romain ou faire croire qu’il n’y a que peu de demandes, alors qu’actuellement l’ensemble de celles-ci dépasse les 900 !
Comment ne pas voir que toutes les turbulences qui se poursuivent aujourd’hui n’auraient pas eu lieu si le dialogue et la charité avaient toujours été la juste règle ! Juste un souvenir d’il y a un peu plus de 30 ans : celui où, jeunes chefs de troupe Scouts d’Europe, nous nous sommes vu refuser la communion à Saint Pierre de Montrouge... car nous voulions communier à genoux !
Rappelons que nous ne demandons rien d’autre que de pouvoir vivre notre foi catholique comme l’église l’a toujours permis (Motu proprio Summorum pontificum, Article 2 « Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé...») et que notre souhait est de participer dans nos paroisses et nos diocèses à la vie de notre église, comme tous les autres catholiques.
Sylvie Mimpontel
Présidente du mouvement pour la Paix Liturgique et la Réconciliation dans l’Église.
L’article d’Henri Tincq paru dans le Monde du 2 juillet 2008 :
Le pape Benoît XVI et ses intégristes
Il y a vingt ans, Marcel Lefebvre, évêque français insoumis, esprit borné, bafouait l'autorité du pape Jean Paul II, le 30 juin 1988. Dans son séminaire d'Ecône, en Suisse, bastion de l'intégrisme catholique, il consacrait quatre évêques pour assurer la postérité de la " tradition " contre le concile " hérétique " Vatican II. Des années de tractations avec la Curie romaine (surtout Josef Ratzinger) ou avec des " amis " comme le philosophe Jean Guitton étaient anéanties. Il faisait soleil, ce matin-là sur Ecône. L'huile sainte luisait sur le front des jeunes prélats. Les fidèles s'agenouillaient devant leur crosse, baisaient leur anneau. Au même moment, un décret fulminé par Rome excommuniait Mgr Lefebvre (mort en 1991) et ces nouveaux évêques devenus " schismatiques ".
Deux décennies plus tard, et malgré les échecs successifs des tentatives de " réconciliation " menées par Jean Paul II et surtout Benoît XVI, le traditionalisme, s'il n'a pas gagné dans les textes, a gagné dans les têtes. Ceux qui avaient confondu - et ils étaient alors nombreux - cet épisode des sacres d'Ecône, il y a vingt ans, avec l'expression d'un folklore désuet promis aux poubelles de l'histoire, d'une nostalgie béate pour l'encens, la soutane et la messe en latin, se sont trompés.
Les " tradis " sont toujours là. Largement français à ses débuts - en raison de la nationalité de Mgr Lefebvre et des crispations dans l'Hexagone sur la liturgie moderne - le phénomène s'est mondialisé. La frontière est de plus en plus poreuse, avec des manifestations de foi et de dévotion encouragées par un Benoît XVI, par un jeune clergé et des communautés dites " nouvelles " qui prônent le retour à la tradition comme mode de résistance à la sécularisation moderne.
Les séminaires de la Fraternité saint Pie X, noyau dur du schisme, ont essaimé en Allemagne, en Australie, aux Etats-Unis dans le Minnesota, en Amérique latine. Les générations de prêtres (près de 500) qui en sortent et de fidèles (600 000, de source vaticane) héritiers de cette dissidence se sont renouvelées. Elles sont installées dans plus de trente pays. Typiquement européen, ce modèle d'une Eglise autoritaire, intransigeante, anti-oecuménique et anti-moderne, dominée par la figure du saint prêtre en charge du sacré, s'est exporté. Il est, pour les traditionalistes, le garant de cette part de mystère, d'émotion et de beauté propre à toute tradition et que la " nouvelle messe " aurait sacrifiée. Dans un monde éclaté, le latin y retrouverait un statut de langue universelle et les emprunts aux traditions culturelles, en Inde ou en Afrique, pousseraient vers la " tradition " les fidèles attachés à une liturgie et à un catéchisme uniques.
Les traditionalistes ont trouvé un allié avec le pape allemand. Les fidèles s'étonnent des audaces que prend Benoît XVI en matière liturgique, à rebours de toute une évolution enregistrée depuis Vatican II. Le maître des cérémonies de Jean Paul II a été remplacé. Benoît XVI a rétabli le trône pourpre bordé d'or des papes préconciliaires, renoncé au " bâton pastoral " de ses prédécesseurs, symbole d'une Eglise plus humble, et ressorti la " férule " en forme de croix grecque du pape le plus réactionnaire du XIXe siècle (Pie IX). Il a restauré l'usage de la distribution de la communion à genoux et par la bouche, " destinée à devenir la pratique habituelle des célébrations pontificales ", a déclaré dans L'Osservatore romano Mgr Guido Marini, son cérémoniaire. La France risque d'être stupéfaite lors de la visite de Benoît XVI en septembre.
LA ROME DU XIXE SIÈCLE
Un an après, le motu proprio (décret du pape) de juillet 2007 libéralisant l'ancien rite en latin n'a certes pas déchaîné les passions. En France, le ralliement à l'" ancienne messe " n'aurait touché que... 0,1 % de fidèles. Le nombre de paroisses où elle est célébrée depuis un an n'est que de 40, s'ajoutant aux 132 qui la proposaient déjà. Mais les traditionalistes n'ont pas renoncé à leur guerre d'usure contre les évêques, les prêtres et la Curie " modernistes ". Ils ont rejeté le protocole d'accord proposé par Rome en vue de régler le schisme, qui ne leur demandait que de s'engager à respecter l'autorité et la personne du pape. Victime d'un jeu de surenchères sans fin, Benoît XVI se voit sommé de lever les excommunications de juin 1988 et d'attribuer aux prêtres traditionalistes un statut sur mesure de " prélature nullius ", qui leur offrirait le double avantage d'être reconnus par Rome et de rester indépendants des évêques.
Benoît XVI peut-il aller jusque-là ? Serait-il vraiment ce pape qui n'aurait jamais réussi à s'affranchir de son modèle bavarois où la messe, la famille, l'angélus des champs et la musique des villes étaient au cœur du quotidien ? D'un passé de théologien épouvanté par l'ampleur des dérives qui ont suivi le dernier concile, par le " nihilisme " de Mai 68 et par l'inexorable montée du " relativisme " des moeurs et des opinions, y compris religieuses ? On peine à penser que ce philosophe, qui a dialogué avec des figures de la pensée laïque (Florès d'Arçais en Italie, Habermas en Allemagne), renoué avec Hans Küng, son ancien collègue théologien devenu son meilleur ennemi, prié dans une mosquée (Istanbul), visité des synagogues, écrit des encycliques au ton moderne sur l'amour et l'espérance, puisse demain ouvrir la porte aux schismatiques de 1988, arc-boutés sur la Rome du XIXe siècle. Celle qui combattait les idées de liberté et de droits de l'homme, qui était le bastion du dogme le plus figé, la citadelle de la seule foi catholique légitime, hostile à tout dialogue avec les chrétiens séparés et les confessions non chrétiennes.
Son goût pour la liturgie traditionnelle était connu, ceux qui s'en scandalisent devraient relire les ouvrages qu'il y a consacrés. De même sa mission de pape, gardien de l'unité, l'oblige-t-elle à renouer, avec les traditionalistes, une négociation dans laquelle, comme responsable de la doctrine à Rome, il avait mis le prix, il y a vingt ans, mais dont il vit encore comme un échec personnel la rupture. Dans toutes les religions, la liturgie est toujours l'expression d'une foi. Elle ne peut être dissociée de la doctrine. Or le cap a été fixé, il y a plus de quatre décennies, lors de Vatican II, maintenu par Paul VI et Jean Paul II. Aujourd'hui, un néoconservatisme règne à Rome, encouragé moins par le pape que par des groupes qui n'ont jamais fait leur deuil de l'Eglise autoritaire et repliée de jadis. Le retour à une liturgie plus traditionnelle, la réintégration des schismatiques risquent de se faire au prix d'un grignotage des acquis de quarante ans. Ce serait le triomphe posthume de Mgr Lefebvre.
Henri Tincq
tincq@lemonde.fr "
Le suite de la lettre 118 du 7 juillet 2008 :
"Commentaires de Paix Liturgique
Ces informations illustrent une fois encore le sérieux des déclarations officielles au terme desquelles "il n'y a pas de problème liturgique en France, nous avons le soutien du Pape..." que servent - non sans arrogance - les détracteurs du Motu Proprio aux fidèles qui en demandent la mise en oeuvre.
Il y aura certainement des esprits mal intentionnés qui prétendront que ces informations sont erronées. Tant pis, il n'y a pire aveugle que celui qui ne veut voir... Quoi qu'il en soit, tout ceci est bien réel. Nous remercions vivement Monsieur Henri Tincq, qui dans son article publié le 2 juillet dernier dans le Monde, répond directement au document sur lequel se fondent nos informations et partant, en confirme l'existence.
Si nous devions néanmoins ne relever qu’un point de tout cela, ce serait la constatation du fait que nous ne sommes pas les seuls à remarquer à quel point nos pasteurs ont perdu le contact avec la réalité. Ce n’est d’ailleurs pas faute d’avoir tenté de les aider à ouvrir les yeux (Sondages Ipsos de 2001 et CSA de 2006) mais il n’y a pas plus aveugles que ceux qui ne veulent pas voir... Dans les deux cas, plus de 15 % des catholiques souhaitent vivre au rythme de la liturgie traditionnelle (alors que beaucoup répétaient incantatoirement que cela était interdit) et moins de 5 % « refusaient » que cette messe soient célébrée… pour les autres ! Et encore, ces chiffres ont-ils été donnés avant la publication du Motu Proprio, à une époque où le Saint Père n'avait pas concrètement réhabilité la messe traditionnelle.
Comment comprendre qu’au nom de l’unité l’on continue de s’appuyer sur une minorité, pour continuer à exclure les milliers de familles qui souhaitent vivre leur foi au rythme de la forme extraordinaire du rite romain ou faire croire qu’il n’y a que peu de demandes, alors qu’actuellement l’ensemble de celles-ci dépasse les 900 !
Comment ne pas voir que toutes les turbulences qui se poursuivent aujourd’hui n’auraient pas eu lieu si le dialogue et la charité avaient toujours été la juste règle ! Juste un souvenir d’il y a un peu plus de 30 ans : celui où, jeunes chefs de troupe Scouts d’Europe, nous nous sommes vu refuser la communion à Saint Pierre de Montrouge... car nous voulions communier à genoux !
Rappelons que nous ne demandons rien d’autre que de pouvoir vivre notre foi catholique comme l’église l’a toujours permis (Motu proprio Summorum pontificum, Article 2 « Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé...») et que notre souhait est de participer dans nos paroisses et nos diocèses à la vie de notre église, comme tous les autres catholiques.
Sylvie Mimpontel
Présidente du mouvement pour la Paix Liturgique et la Réconciliation dans l’Église.
L’article d’Henri Tincq paru dans le Monde du 2 juillet 2008 :
Le pape Benoît XVI et ses intégristes
Il y a vingt ans, Marcel Lefebvre, évêque français insoumis, esprit borné, bafouait l'autorité du pape Jean Paul II, le 30 juin 1988. Dans son séminaire d'Ecône, en Suisse, bastion de l'intégrisme catholique, il consacrait quatre évêques pour assurer la postérité de la " tradition " contre le concile " hérétique " Vatican II. Des années de tractations avec la Curie romaine (surtout Josef Ratzinger) ou avec des " amis " comme le philosophe Jean Guitton étaient anéanties. Il faisait soleil, ce matin-là sur Ecône. L'huile sainte luisait sur le front des jeunes prélats. Les fidèles s'agenouillaient devant leur crosse, baisaient leur anneau. Au même moment, un décret fulminé par Rome excommuniait Mgr Lefebvre (mort en 1991) et ces nouveaux évêques devenus " schismatiques ".
Deux décennies plus tard, et malgré les échecs successifs des tentatives de " réconciliation " menées par Jean Paul II et surtout Benoît XVI, le traditionalisme, s'il n'a pas gagné dans les textes, a gagné dans les têtes. Ceux qui avaient confondu - et ils étaient alors nombreux - cet épisode des sacres d'Ecône, il y a vingt ans, avec l'expression d'un folklore désuet promis aux poubelles de l'histoire, d'une nostalgie béate pour l'encens, la soutane et la messe en latin, se sont trompés.
Les " tradis " sont toujours là. Largement français à ses débuts - en raison de la nationalité de Mgr Lefebvre et des crispations dans l'Hexagone sur la liturgie moderne - le phénomène s'est mondialisé. La frontière est de plus en plus poreuse, avec des manifestations de foi et de dévotion encouragées par un Benoît XVI, par un jeune clergé et des communautés dites " nouvelles " qui prônent le retour à la tradition comme mode de résistance à la sécularisation moderne.
Les séminaires de la Fraternité saint Pie X, noyau dur du schisme, ont essaimé en Allemagne, en Australie, aux Etats-Unis dans le Minnesota, en Amérique latine. Les générations de prêtres (près de 500) qui en sortent et de fidèles (600 000, de source vaticane) héritiers de cette dissidence se sont renouvelées. Elles sont installées dans plus de trente pays. Typiquement européen, ce modèle d'une Eglise autoritaire, intransigeante, anti-oecuménique et anti-moderne, dominée par la figure du saint prêtre en charge du sacré, s'est exporté. Il est, pour les traditionalistes, le garant de cette part de mystère, d'émotion et de beauté propre à toute tradition et que la " nouvelle messe " aurait sacrifiée. Dans un monde éclaté, le latin y retrouverait un statut de langue universelle et les emprunts aux traditions culturelles, en Inde ou en Afrique, pousseraient vers la " tradition " les fidèles attachés à une liturgie et à un catéchisme uniques.
Les traditionalistes ont trouvé un allié avec le pape allemand. Les fidèles s'étonnent des audaces que prend Benoît XVI en matière liturgique, à rebours de toute une évolution enregistrée depuis Vatican II. Le maître des cérémonies de Jean Paul II a été remplacé. Benoît XVI a rétabli le trône pourpre bordé d'or des papes préconciliaires, renoncé au " bâton pastoral " de ses prédécesseurs, symbole d'une Eglise plus humble, et ressorti la " férule " en forme de croix grecque du pape le plus réactionnaire du XIXe siècle (Pie IX). Il a restauré l'usage de la distribution de la communion à genoux et par la bouche, " destinée à devenir la pratique habituelle des célébrations pontificales ", a déclaré dans L'Osservatore romano Mgr Guido Marini, son cérémoniaire. La France risque d'être stupéfaite lors de la visite de Benoît XVI en septembre.
LA ROME DU XIXE SIÈCLE
Un an après, le motu proprio (décret du pape) de juillet 2007 libéralisant l'ancien rite en latin n'a certes pas déchaîné les passions. En France, le ralliement à l'" ancienne messe " n'aurait touché que... 0,1 % de fidèles. Le nombre de paroisses où elle est célébrée depuis un an n'est que de 40, s'ajoutant aux 132 qui la proposaient déjà. Mais les traditionalistes n'ont pas renoncé à leur guerre d'usure contre les évêques, les prêtres et la Curie " modernistes ". Ils ont rejeté le protocole d'accord proposé par Rome en vue de régler le schisme, qui ne leur demandait que de s'engager à respecter l'autorité et la personne du pape. Victime d'un jeu de surenchères sans fin, Benoît XVI se voit sommé de lever les excommunications de juin 1988 et d'attribuer aux prêtres traditionalistes un statut sur mesure de " prélature nullius ", qui leur offrirait le double avantage d'être reconnus par Rome et de rester indépendants des évêques.
Benoît XVI peut-il aller jusque-là ? Serait-il vraiment ce pape qui n'aurait jamais réussi à s'affranchir de son modèle bavarois où la messe, la famille, l'angélus des champs et la musique des villes étaient au cœur du quotidien ? D'un passé de théologien épouvanté par l'ampleur des dérives qui ont suivi le dernier concile, par le " nihilisme " de Mai 68 et par l'inexorable montée du " relativisme " des moeurs et des opinions, y compris religieuses ? On peine à penser que ce philosophe, qui a dialogué avec des figures de la pensée laïque (Florès d'Arçais en Italie, Habermas en Allemagne), renoué avec Hans Küng, son ancien collègue théologien devenu son meilleur ennemi, prié dans une mosquée (Istanbul), visité des synagogues, écrit des encycliques au ton moderne sur l'amour et l'espérance, puisse demain ouvrir la porte aux schismatiques de 1988, arc-boutés sur la Rome du XIXe siècle. Celle qui combattait les idées de liberté et de droits de l'homme, qui était le bastion du dogme le plus figé, la citadelle de la seule foi catholique légitime, hostile à tout dialogue avec les chrétiens séparés et les confessions non chrétiennes.
Son goût pour la liturgie traditionnelle était connu, ceux qui s'en scandalisent devraient relire les ouvrages qu'il y a consacrés. De même sa mission de pape, gardien de l'unité, l'oblige-t-elle à renouer, avec les traditionalistes, une négociation dans laquelle, comme responsable de la doctrine à Rome, il avait mis le prix, il y a vingt ans, mais dont il vit encore comme un échec personnel la rupture. Dans toutes les religions, la liturgie est toujours l'expression d'une foi. Elle ne peut être dissociée de la doctrine. Or le cap a été fixé, il y a plus de quatre décennies, lors de Vatican II, maintenu par Paul VI et Jean Paul II. Aujourd'hui, un néoconservatisme règne à Rome, encouragé moins par le pape que par des groupes qui n'ont jamais fait leur deuil de l'Eglise autoritaire et repliée de jadis. Le retour à une liturgie plus traditionnelle, la réintégration des schismatiques risquent de se faire au prix d'un grignotage des acquis de quarante ans. Ce serait le triomphe posthume de Mgr Lefebvre.
Henri Tincq
tincq@lemonde.fr "