Méditations diverses d'Etienne Lorant

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Richesse inépuisable de la Parole - St Ephrem

par etienne lorant » lun. 15 oct. 2012, 18:08

Ta Parole, une source inépuisable
d’aprés Saint Ephrem de Nisibe (IVè siècle)


"Qui donc est capable de comprendre toute la richesse d’une seule de tes paroles, Seigneur? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, comme des gens assoiffés qui boivent à une source.

Les perspectives de ta parole sont nombreuses, comme sont nombreuses les orientations de ceux qui l’étudient. Le Seigneur a coloré sa parole de multiples beautés, pour que chacun de ceux qui la scrutent puisse contempler ce qu’il aime. Et dans sa parole Il a caché tous les trésors, pour que chacun de nous trouve une richesse dans ce qu’il médite.

La parole de Dieu est un arbre de vie qui, de tous côtés, te présente des fruits bénis; elle est comme ce rocher qui s’est ouvert dans le désert pour offrir à tous les hommes une boisson spirituelle. Selon l’Apôtre,”ils ont mangé un aliment spirituel, ils ont bu à une source spirituelle.”

Celui qui obtient en partage une de ces richesses ne doit pas croire qu’il n'y a seulement, dans la parole de Dieu, ce qu’il y trouve. Il doit comprendre au contraire qu’il a été capable d’y découvrir une seule chose parmi bien d’autres. Enrichi par la parole, il ne doit pas croire que celle-ci est appauvrie ; incapable de l’épuiser, qu’il rende grâce pour sa richesse.

Réjouis-toi parce que tu es rassasié, mais ne t’attriste pas de ce qui te dépasse. Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de ne pouvoir épuiser la source. Que la source apaise donc ta soif, sans que ta soif épuise la source. Si ta soif est étanchée, sans que la source soit tarie, tu pourras y boire à nouveau, chaque fois que tu auras soif. Si, au contraire, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur.

Rends grâce pour ce que tu as reçu et ne regrette pas ce qui demeure inutilisé. Ce que tu as pris et emporté est ta part ; mais ce qui reste est aussi ton héritage. Ce que tu n’as pas pu recevoir aussitôt, à cause de ta faiblesse, tu le recevras une autre fois, si tu persévères. N’aie donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d’un seul trait ce qui ne peut être pris en une seule fois ; et ne renonce pas, par négligence, à ce que tu es capable d’absorber peu à peu.


Saint EPHREM

:coeur: :coeur: :coeur:

Père, que Ta volonté soit faite !

par etienne lorant » lun. 30 janv. 2012, 18:33

Tout ce que j'ai entendu ces derniers jours... jours de difficultés, jours de craintes de l'avenir, jours qui manquent d'amour ! Pour tout cela, j'ai envie de prier: "Père, que ta volonté soit faite". Les lectures de la liturgie m'y incitent. J'ai bien compris, par exemple, dans le premier livre de Samüel que les malheurs arrivent aux juifs du fait que ceux-ci ne laissent pas faire Dieu. Ce penchant qu'ont les hommes à "commander" à Dieu ce qu'Il devrait faire !

Voici ce qu'on lit dans le premier livre de Samuel :

Israël sortit pour aller combattre les Philistins. Israël campa près d"Ebène-Ezer, tandis que les Philistins étaient campés à Aphek. Les Philistins se déployèrent contre Israël, et le combat s'engagea. Dans cette bataille rangée en rase campagne, Israël fut battu par les Philistins, qui leur tuèrent environ quatre mille hommes, et le peuple revint au camp.Les anciens d'Israël dirent alors : « Pourquoi le Seigneur nous a-t-il fait battre aujourd'hui par les Philistins ? Faisons venir de Silo l'arche de l'Alliance du Seigneur ; qu'elle vienne au milieu de nous, et qu'elle nous sauve de la main de nos ennemis.

Somme toute, les juifs se disent : nous allons rapporter ici l'arche de l'Alliance, et Dieu sera bien forcé de combattre à nos côtés ! Mais aussi longtemps que nous pensons ainsi, cela ne pourra pas marcher:


Le peuple envoya chercher au sanctuaire de Silo l'arche de l'Alliance du Seigneur des armées, qui siège sur les Kéroubim. Les deux fils du prêtre Éli, Ophni et Phinéès, étaient auprès de l'arche de Dieu. Quand elle arriva au camp, tout Israël poussa une grande acclamation, qui fit résonner la terre. Les Philistins entendirent le bruit et dirent : « Que signifie cette grande acclamation dans le camp des Hébreux ? » Ils comprirent alors que l'arche du Seigneur était arrivée dans le camp.


Mais finalement :

Les Philistins livrèrent bataille, Israël fut battu et chacun s'enfuit dans sa tente. Ce fut un très grand désastre : en Israël trente mille soldats tombèrent.
L'arche de Dieu fut prise, et les deux fils d'Éli furent tués.


Dieu avait bien promis la terre aux juifs, et les philistins ont bien été battus - mais il n'était pas nécessaire qu'autant d'hommes mourussent ainsi, car David, avec un seul caillou bien rond et sa fronde, vint à bout de Goliath et les philistins quittèrent le pays.

Il se passe dans nos vies les mêmes choses quand nous invoquons le nom du Seigneur en nous disant: "C'est ainsi que les choses devraient aller !"... Je me le dis à moi-même : mais quand donc apprendras-tu à te réjouir de chaque jour ! Quand donc abandonneras-tu VRAIMENT tes soucis !!!

Je vais piocher un petit pain biblique sur http://www.adlumen.net/pains/index.html

Voyons :

"En Toi est la source de vie, par Ta lumière, nous voyons la lumière" (Ps 36:10)


C'est donc seulement avec la lumière qui vient de Dieu que je puis voir où je dois aller. Si les juifs avaient regardé vers Dieu, ils se seraient épargnés de cuisantes défaites et des larmes et du sang versé... et pour moi, tout ira bien si en toute chose je cherche d'abord ce que le Seigneur attend de moi.

La dimension de l'Amour

par etienne lorant » mer. 17 sept. 2008, 9:37

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 7,31-35.

A qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération ? A qui ressemblent-ils ?
Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s'interpellent entre eux :'Nous avons joué de la flûte, et vous n'avez pas dansé. Nous avons entonné des chants de deuil, et vous n'avez pas pleuré.'
Jean Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : 'C'est un possédé !'
Le Fils de l'homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : 'C'est un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.'
Mais la sagesse de Dieu se révèle juste auprès de tous ses enfants. »

Jésus est toujours en butte aux jugements, aux idées bien établies, aux normes de la société de son temps, et même à l'image de Dieu que préservent jalousement ses contemporains. Et donc, un homme qui, comme Jean Baptiste part vivre au désert, ne mangeant ni ne buvant, et qui apparaît ici et là pour proférer des menaces en citant d'obscurs passages de l'Ecriture, c'est forcément un possédé; quant à Jésus, qui mange et boit avec ceux qui le suivent et n'hésite pas à entrer dans ces maisons où vivent des païens, des publicains et des pécheurs, c'est un dévoyé, un ivrogne, un "moins-que-rien".

Les gamins qui ont entonné des chants de deuil pour représentent Jean Baptiste lui-même, car il est le tout dernier des prophètes; quant à ceux qui ont joué de la flûte, c'était pour annoncer le Messager du Royaume, Jésus Lui-même, l'Epoux. Et la sagesse de Dieu, à cause de cette dimension nouvelle de l'Amour miséricordieux, apportée par Jésus aux Ecritures et la Loi, et confirmée par les signes, se révèle juste à tous ceux qui constituent ses enfants, car seuls ceux-ci peuvent sont aptes à la déclarer juste !

Quel est cette dimension nouvelle ? Quel est est cette nouveauté ? Dans sa première épître au Corinthiens, première lecture de ce jour, c'est l'apôtre Paul qui le dit le mieux, lui, l'enfant de la Sagesse de Dieu - sagesse qui est folie pour l'homme mais merveille à nos yeux:

"L'amour prend patience, l'amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s'enfle pas d'orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'irrite pas, il n'entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L'amour ne disparaît jamais."

Ciel et terre peuvent passer, l'Amour demeurera.

Les morts-vivants

par etienne lorant » mer. 27 août 2008, 11:16

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 23,27-32.

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis à la chaux : à l'extérieur ils ont une belle apparence, mais l'intérieur est rempli d'ossements et de toutes sortes de choses impures.

Cette tirade est une des plus mordantes et accusatrices de la part du Seigneur et, si je pouvais me mettre un tant soit peu à la place des pharisiens, j'en resterais stupéfait, abasourdi. C'est surtout cette image - de n'être humain qu'en apparence, mais en réalité, sous les vêtements, être en réalité une sorte de cadavre en état de putréfaction et déjà rongé par les vers, bon sang ! Mais c'est bien ce que déclare Jésus ici.

Or, je n'oublie pas que s'il hait le péché, Dieu ne cesse pas d'aimer le pécheur. De ce fait, cette image, toute choquante ou exagérée qu'elle paraisse, n'est pas comme une injure, mais il s'agit d'un ultime appel à revenir.

Revenir ! C'est le mot que j'ai trouvé dans le Journal de Julien Green, quand il site Jacques Maritain, grand converti du XXième siècle: "Dieu est très vulnérable. Mais Il est toujours là, demandant qu'on revienne à lui. "Reviens", ce mot traverse la bible comme un long cri d'amour. "Reviens à moi qui t'aime"... c'est ce que Dieu ne cesse de dire à l'âme."

Jésus est donc en train de dire, dans un langage d'une force exceptionnelle - je dirais : vu l'urgence: "Revenez, revenez avant de devenir comme des cadavres en pleine vie !"

Et en relisant ce discours, j'ai songé à certaines personnes que je croise, qui ont tant de superbe qu'elles ignorent complètement les autres qu'elles rencontrent. Quand elles vous adressent la parole, vous avez aussitôt le pénible sentiment d'être un "rien", une quantité négligeable, un moins qu'humain. Les rares fois où cela m'est arrivé, émotif comme je suis, j'ai réagi d'abord de manière très ironique, mais ensuite j'ai désiré leur départ rapide, tant ils me semblaient bizarres. Car rencontrer un prochain qui a cette attitude, en définitive, c'est aussi effrayant que si l'on croiserait un mort-vivant dans un film d'horreur.

Au fait, sur une seule journée, combien croisons-nous chaque semaine de ces hommes et de ces femmes qui ont tout de l'apparence humaine et de la vie, et qui son complètement morts aux yeux de Dieu ? Mais ils demeurent notre prochain, et nous devons les aimer. C'est par notre intercession qu'ils peuvent encore être sauvés. Ne nous voilons donc pas les yeux, ni sur nous-mêmes ni sur autrui et soyons de vrais serviteurs !

Jésus et le chômage, Jésus et le droit, Jésus et la justice

par etienne lorant » mer. 20 août 2008, 11:51

20 août 2008.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 20,1-16.

« En effet, le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d'accord avec eux sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne.
Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail.
Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.'
Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?'
Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.'
Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent.
Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent.
En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !'
Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ?
Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi :
n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un oeil mauvais parce que moi, je suis bon ?'
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »

Quand je retrouve ce texte, je suis toujours émerveillé de la l'attention et de la délicatesse du Seigneur qui aurait pu raconter une toute autre parabole pour transmettre son enseignement, mais qui a choisi de mettre en scène les questions du travail et du chômage, ainsi que des salaires et de la juste rétribution du travail. Qui osera dire que Jésus s'est désintéressé de la question sociale ? Ici, il s'y plonge en plein ! Sa délicatesse est très sensible dans ce paragraphe où le maître du domaine s'adresse aux ouvriers de
la cinquième heure. Il leur dit sur un ton que je conçois bourru mais paternel " 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?' Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'

Quant à la rétribution du travail, le Seigneur montre que quiconque aura travaillé à l'avènement du Royaume, même si c'est à sa dernière heure, fut-ce même dans les derniers instants de sa vie (par un repentir sincère), n'aura pas démérité. Puis il se retourne contre les jaloux, qui non contents d'avoir touché leur part, regardent encore avec envie sur le salaire des autres. C'est qu'ils sont là, les mauvais riches, mauvais riches par leurs cœurs, pour qui l'argent des autres est toujours plus intéressant celui qu'ils ont dans leur poche : "Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?"

Il y aurait à nouveau de multiples choses à dire. Je note d'abord une remarque que fait Julien Green à propos de riches catholiques qui confessent ne tricher qu'aux impôts: "Ils ne se rendent pas compte (ou font semblant d'ignorer, c'est pire), que l'impôt qu'ils réussissent à éluder sera payé de toute manière par les moins nantis". Ensuite, sur un plan plus personnel, je réalise, chaque jour un peu plus, combien l'argent est lié à "l'imagination trompeuse" : ou, autrement dit: combien le gain d'argent devient facilement un substitut absurde aux choses qu'on aurait dû faire, qui nous auraient apporté un bonheur authentique, mais qu'on n'a pas entreprise, car on n'a pas osé. Avec l'argent, je voudrais, comme en tout, poser des actes "hors du temps" - un acte posé à temps, c'est un acte qu'on accomplit au moment où il s'impose à l'esprit. Ainsi, la semaine dernière, mon imprimante est tombée en panne le matin, l'après-midi elle était remplacée... l'argent n'a servi que d'outil et c'est bien. A l'extrême opposé, j'ai vu un homme très âgé, tout courbé, tout ride et jaune de figure, miser d'un coup plus de trois cents euros à la loterie européenne : à quoi cela peut-il servir ?!?

Mais peu importe. Comme je me replonge dans l'Evangile du jour, je remarque l'excuse un peu "boiteuse" donnée par les chômeurs de la cinquième heure :nous sommes restés à ne rien faire... parce que personne ne nous a embauchés. Rester à ne rien faire, pour un homme entre vingt et trente ans, qui a toute son énergie, c'est toujours destructeur. Qui se souvient de "l'énergie de Tanatos" ? C'est l'énergie positive qui devait servir à l'extérieur de soi, mais qui se transforme en énergie de mort, c'est-à-dire suicidaire, quand elle reste inemployée...Et depuis des semaines, je traîne avec une parole en moi-même que j'adresse tout spécialement aux jeunes chômeurs. Moi qui suis devenu bouquiniste "par l'erreur", à l'âge de vingt-sept ans, comme à défaut de trouver ce qui m'aurait convenu comme salarié, je n'avais qu'une chance sur cent de réussir (selon certains en tout cas). Voici donc mon message: "N'attendez plus ! Ayez confiance ! Faîtes bien ce que vous savez faire de bien, et cherchez mieux encore, car l'argent finira par suivre ! Et quant au statut, ne vous inquiétez pas, travaillez d'abord, c'est à la société de s'adapter ensuite à votre œuvre !"

Le déracinement pour suivre Jésus

par etienne lorant » mar. 19 août 2008, 17:27

19/8/2008
« Et Jésus dit à ses disciples : « Amen, je vous le dis : un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux.
Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer par un trou d'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume des cieux. »
Entendant ces paroles, les disciples furent profondément déconcertés, et ils disaient : « Qui donc peut être sauvé ? »
Jésus les regarda et dit : « Pour les hommes, c'est impossible, mais pour Dieu tout est possible. »
Alors Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre : alors, qu'est-ce qu'il y aura pour nous ? »
Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : quand viendra le monde nouveau, et que le Fils de l'homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m'avez suivi, vous siégerez vous-mêmes sur douze trônes pour juger les douze tribus d'lsraël.
Et tout homme qui aura quitté à cause de mon nom des maisons, des frères, des soeurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra beaucoup plus, et il aura en héritage la vie éternelle.
Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers. »

De l'ensemble de ce texte, aujourd'hui, je ne retiendrai que ce trait: "Pour les hommes c'est impossible, mais tout est possible à Dieu".

Tout abandonner pour suivre Jésus, ce fut certainement beaucoup moins difficile aux douze premiers disciples que dans la suite des temps, c'est l'idée qui me vient à première lecture. Je suis vraiment ébahi par l'image de Matthieu, alors Lévi, qui a quitté tout simplement le siège où il était assis et a suivi Jésus dans l'instant. Je me dis: n'existait-il pas, même à cette époque, une démarche officielle à remplir, pour quitter une charge publique ?)

Car dans les jours qui ont suivi ma conversion, lorsque je me suis présenté chez les Franciscains, un poste m'a été proposé ("dans six mois") chez un frère qui était à la tête d'une petite entreprise de nettoyage, laquelle subvenait aux besoins d'une petite communauté installée au coeur d'une grande ville. Et je suis rentré chez moi pour commencer à liquider mes affaires.

Une semaine plus tard, j'aperçois ce frère en question (qui était prêtre aussi), déclarer devant les chaînes de la TV nationale... qu'il s'était inscrit comme militant au parti communiste et qu'il vit avec une femme, car "on n'en est pas moins homme"... Cela m'a choqué, mais fondamentalement, cela ne m'aurait pas rebuté pour venir à bout de la liquidation de ma propre affaire.

Ce qui a manqué - et cela dès le jour de ma démarche chez les Franciscains, c'est un accompagnement d'abord spirituel, mais aussi matériel. Je crois qu'il m'aurait fallu, d'emblée, dès le premier jour, loin de tout mon environnement habituel (famille, amis, relations), une retraite de discernement à la manière de saint Ignace - mais à cet époque, bien sûr, je ne savais pas du tout qui était saint Ignace. Le reste, tout le reste, et il y avait au moins une dette de trois mille euros d'aujourd'hui à rembourser à une institution financière, eût été possible à partir d'un choix ancré profondément par un discernement.

Je dois dire qu'en dépit des grâces multiples obtenues par la suite, il m'est resté de cet épisode... un sentiment mitigé d'incompréhension. A posteriori, je me suis dit souvent: "Si j'avais rencontré saint François d'Assise, lui ne m'aurait certainement pas renvoyé le jour même "dans mes foyers". Tout c'est joué en un quart d'heure et c'est trop peu".

... pour l'homme c'est impossible.

Il faut dire à présent que j'avais déjà vingt neuf ans au moment de cet engagement que je cherchais hors du monde. A partir de cette démarche manquée, toutes les autres, ont mystérieusement "buté" sur la question de l'âge. Et finalement, à l'âge de quarante-cinq ans, en février 2001, ma "présentation" au Séminaire de mon diocèse n'a pas non plus donné lieu à un discernement : je me suis retrouvé dans la rue quinze minutes après avoir franchi la porte du bureau du Président du Séminaire, ce qui tient du record !

Peu importe, puisque deux ans plus tard, j'ai découvert la théologie de la Miséricorde, que j'ai suivie pendant quatre années. Peu importe, puisque c'est mon désir de vie religieuse, constamment contrarié, qui m'a évité de tomber dans les pièges de la chair, de l'argent, du pouvoir, du succès... qui m'attendaient sur mon chemin. Peu importe, puisque je suis devenu le "bâton de vieillesse" de mes parents, un rôle qu'il est impossible - réellement !, d'assumer comme je l'ai fait sans obtenir continuellement des grâces de toutes sortes (alliant l'abandon de foi au renoncement à toute vie privée, pour ne citer que ces deux-là). Peu importe car à chaque étape, le Seigneur s'est arrangé pour m'expliquer tout ce que j'étais en train de vivre. Peu importe, car la prière à la Vierge Marie m'a toujours maintenu debout.

... car pour Dieu, tout est possible.

La patience du Juge

par etienne lorant » jeu. 14 août 2008, 15:00

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,21-35.19,1.

Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? »
Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois." (Suit la parabole des Talents).

C'est-à-dire: un nombre incalculable de fois, et Jésus a pardonné à tous alors même qu'Il était sur la Croix. Je me dis ici que ce précepte du pardon multiplié par sept, est très semblable au commandement d'aimer son prochain comme soi-même. Car il ne nous sera pas donné à tous de faire comme le Bon Samaritain, qui recueillit le voyageur abandonné pour mort, le conduisit jusqu'à une hôtellerie et s'engagea par avance à payer pour tous les soins qui lui seraient prodigués. (Ou bien: qui d'entre nous, tout croyant sincères - et je dis même "authentiques" que nous sommes, recueillera chez lui un sans-abri pour l'hiver ? Pour faire cela, il faut un caractère tout particulier, une bonne organisation et être "bien établi" dans sa société). Tandis que pour pardonner, cela nous est offert chaque jour - c'est beaucoup plus anodin, mais c'est tout aussi difficile. Cela nous oblige à nous oublier nous-mêmes, et nous oublier nous-mêmes, c'est un effort de chaque jour qui exige une grande foi...

Je me souviens : comme il m'a été difficile de pardonner à une personne proche, qui m'avait promis de m'accompagner à l'hôpital, le jour où je devais subir une petite opération ! Nous attendions le coup de téléphone du service de chirurgie, mais l'autre vers 15h00 en a eu assez d'attendre: "Je vais faire un tour en voiture, j'en ai pour quinze minutes". Il n'avait même pas démarré que l'hôpital appelait, et je suis parti en taxi. Pour dire à quel point ce fut difficile de pardonner: cela se passait le 9 septembre 2001. J'ai retenu la date jusqu'à aujourd'hui, ce qui ne me sert vraiment pas en vue d'un pardon complet !

Pardonner au jeune voleur qui a subtilisé l'an dernier, sur le comptoir de mon bureau, pratiquement sous mon nez, un lot de jeux électroniques que je venais de payer (cher !)... ce fut vraiment très difficile. L'envie ne pas manqué de lui rendre une petite visite à son domicile... accompagné de quelques copains musclés - car la police locale n'intervient plus dans les vols à l'étalage. Mais au moment de décider, j'ai été saisi dans ma conscience par une brusque réprobation intérieure: "A présent, tu réponds au vol par la violence ?" Il m'a semblé que cette interrogation venait de Jésus lui-même, et çà m'a désarmé complètement. Quant à oublier... le voleur a essayé de revenir deux fois ensuite, mais sous la menace, je l'ai fait repartir.

Mais le plus difficile, c'est encore et toujours le pardon envers qui nous a trahi. Car pour être trahi, pour qu'il y ait vraiment trahison, il faut qu'il y ait existé une relation profonde d'estime et de confiance réciproques... Autrement dit: on n'est jamais si bien trahi que par ceux qu'on a le plus aimé. "O, Judas, Judas ! C'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme ?" Si vous ne l'aviez pas remarqué, ceux et celles à qui nous avons souvent des pardons difficiles à offrir... ils sont dans nos familles !

La patience du Médecin

par etienne lorant » mer. 13 août 2008, 11:42

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,15-20.
"Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère."

C'est ainsi que Jésus a traité chacun de nous, en lui expliquant dans l'intimité du coeur à coeur quel où est sa blessure... car le péché est vu par Dieu comme une blessure, une blessure qui est une entrave à l'Amour, et qu'Il vient guérir. Cette façon de procéder, toute en délicatesse, est la seule qui convient et qu'importe si cela prend du temps.

A l'opposé, à quoi sert-il de montrer un malade du doigt et de le traiter d'homme mauvais ? Je connais un homme dont la violence, la tentative de suicide, l'alcoolisme, l'athéisme et le désespoir ont une seule et unique origine, qui plonge dans son passé, au moment même de sa naissance. Pendant plus de dix ans, il est venu me raconter une foule de choses, il tenait un discours tantôt basé sur la lecture de revues scientifiques, tantôt sur ce qu'il appelait sa "philosophie existentielle". Je ne répondais pas beaucoup, sauf quand il exagérait, mais je savais qu'il me savait chrétien et que c'est pour cela qu'il venait "agacer" ma foi - ainsi font ce qui se cherchent.

Et puis un jour, tout est sorti, d'un coup: Christophe a été rejeté par sa mère à la naissance. Elle désirait une fille et lui est arrivé - en plus que sa sœur... en trop pour sa mère qui a beaucoup souffert dans l'accouchement. Ce rejet de la part de sa mère, il ne l'a ressenti que petit à petit, jusqu'au jour de colère où elle lui a tout envoyé à la figure.

Alors, après trois tentatives de suicide, à l'âge de treize ans, il s'est endurci, est devenu un mauvais garçon, puis a connu les déboires de la perte d'emploi, d'un divorce houleux, d'un acte de violence envers l'amant de sa femme, puis la prison... Mais, fondamentalement, Christophe est toujours l'enfant rejeté, il en est toujours à ce point de souffrance, et je suis convaincu que Jésus ira le rencontrer là, pour le réconcilier en lui-même, le soigner, le guérir. Car tout le mal qu'il a pu faire (surtout se faire) vient de là...

Pour moi, je ne lui ai répondu qu'une fois: "Tu laisses trop parler ta raison; tu as comme un gros coeur tout rond coincé dans une intelligence toute carrée - un jour, il faudra bien laisser le coeur l'emporter !" Je ne sais pas si ce jour-là, j'ai gagné mon frère (car Christophe boit toujours et son corps a atteint ses limites), mais pour le reste, il est doux comme un agneau, avec des accès de profonde tristesse. La dernière fois que je l'ai vu, j'ai trouvé sur un meuble une petite statuette de Notre-Dame de Lourdes, et je lui ai dit: "Tiens, tu as changé de décor ?" - Et lui: "C'est ma petite fille, elle est toute emballée par son cour de religion et veut devenir médecin pour aider les gens. Elle m'a apporté la statue en me disant qu'elle me protègera, alors je l'ai gardée"... et pour l'instant, on en est là.

Jésus et l'impôt du Temple

par etienne lorant » lun. 11 août 2008, 10:50

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 17,22-27.

Comme ils arrivaient à Capharnaüm, ceux qui perçoivent les deux drachmes pour le Temple vinrent trouver Pierre et lui dirent : « Votre maître paye bien les deux drachmes, n'est-ce pas ? »
Il répondit : « Oui. » Quand Pierre entra dans la maison, Jésus prit la parole le premier : « Simon, quel est ton avis ? Les rois de la terre, sur qui perçoivent-ils les taxes ou l'impôt ? Sur leurs fils, ou sur les autres personnes ? »
Pierre lui répondit : « Sur les autres. » Et Jésus reprit : « Donc, les fils sont libres.

Mais il faut éviter d'être pour les gens une occasion de chute : va donc jusqu'au lac, jette l'hameçon, et saisis le premier poisson qui mordra ; ouvre-lui la bouche, et tu y trouveras une pièce de quatre drachmes. Prends-la, tu la donneras pour toi et pour moi. »

Si Jésus et ses disciples se déclarent exempts de l'impôt, ils ne manqueront pas d'inciter d'autres à faire de même. Alors, simplement pour ne pas devenir pour les autres une occasion de chute, ils paieront les drachmes demandées.
Ce qui m'étonnent, c'est la manière toute particulière de se procurer la somme: puisque c'est ton métier,dit Jésus, va, jette un hameçon et le premier poisson que tu prendras suffira.

Jésus n'incite pas à considérer à la légère les prescriptions de la société civile, mais en ceci comme en tout, il suffit de s'en remettre à Dieu. Le fardeau du Seigneur n'est-il pas léger; comme Jésus leur avait promis ?

La marche en avant !

par etienne lorant » ven. 08 août 2008, 9:33

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16,24-28.

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ? Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite.
Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le Fils de l'homme venir dans son Règne. »

A partir du moment de la conversion, une marche commence, que rien n'arrête. Or, celui qui s'est mis à marcher ne remarque rien sur le moment. Car le renoncement qui lui est demandé est totalement compensé par la joie éprouvée; et qu'est-ce que prendre sa croix, sinon assumer sa nature chaque jour, avec l'adhésion de foi qui permet sa lente spiritualisation ? Le converti, l'homme qui s'est rendu compte de la valeur du trésor découvert dans le champ, sait très bien que tout est bouleversé, que le temps est court, et il a hâte d'ajuster sa conduite non plus en fonction des consensus du monde mais de la Vérité qui demeure. Dans ce passage, aujourd'hui, au lieu de trouver un avertissement du Seigneur concernant la caractère radical du choix à effectuer, je vois... comme l'homme à qui Jésus remis les péchés - ce qui a scandalisé les Pharisiens, mais qui aussitôt ensuite à entendu: "Lève-toi, prends ta croix (ton grabat de chair) et marche !" Et il ne l'aurait pas fait ???

L'annonce qui suit la Transfiguration

par etienne lorant » jeu. 07 août 2008, 14:31

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16,13-23.

A partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t'en garde, Seigneur ! cela ne t'arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Comme chaque jour, l’Evangile répond aussi bien au choix des lectures de la liturgie de la veille, tout comme il répond à mon interrogation personnelle. Qu’est-ce que je découvre en fait ? Après l’épisode merveilleux de la Transfiguration, durant lequel Jésus s’est entretenu autant avec trois de ses disciples, autant qu’avec deux prophètes de l’ Ancien Testament – après la voix du Père qui s’est fait entendre pour dire : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le ! »… voici une autre Parole qui n’annonce que peine, trahison, souffrance, présence de Satan, Passion, mort et Résurrection.

Or, j’ai moi aussi quelque chose à dire qui ressemble beaucoup à « peine, trahison, souffrance, présence de Satan, passion… » Car depuis le 9 avril de cette année, date du décès de mon père, je suis demeuré comme le second du navire qui remplace le capitaine, et bon gré mal gré, j’ai rempli ma tâche. Ma mère a commencé à souffrir en mai, cependant elle n’a rien osé dire jusqu’à mi-juin. A ce moment, mes sœurs ayant programmé de partir à deux pour visiter les lacs entre l’Italie, la France et la Suisse, n’ont pas voulu ni reporter, ni annuler, ni simplifier leur projet. Maman a donc attendu seule (si ce n’est la présence de son fils désolé et très songeur) l’opération du le 31 juillet – laquelle était frappée d’un « petit 50/50 ».

Pour répondre à une demande de ma mère Je suis parti en pèlerinage à saint Mutien-Marie, , et j’ai passé des nuits en prière. L’opération a pleinement réussi, mais ce succès, à raison même qu’il était surprenant, a retiré toute crédibilité à mes sœurs. Et tout ce qui s’est passé ensuite, je le savais par avance, ayant recouvré d’un seul coup mon esprit pointu d’avant ma conversion. Je les ai revues toutes deux à la boutique exactement à l’heure où il était prévisible qu’elles arrivent.

Contre toute logique, mais avec la grande assurance que donnent les mensonges longuement mûris : « Nous sommes toujours disponibles pour vous, ayez confiance ! » C’était plus de huit heures après que ma mère soit sortie de la salle de réveil. Depuis, chacune des deux est repartie de son côté, l’une à la frontière allemande, injoignable, portable coupé du matin au soir et l’autre… je ne sais où. Dans la journée d’hier, sous 30° à l’ombre, j’ai veillé que le retour de ma mère à la maison de repos, soit le plus paisible possible, j’ai reçu les félicitations de la part de ses voisines de chambre pour ma délicatesse et j’ai souri, en pleine béatitude, et rendant grâce à Dieu…

Tout de même, comme je passais, à la gauche de mon champ de vision, le sourire ironique du directeur de la maison de repos ne m’a pas échappé et ce matin, j’ai entrepris une recherche administrative sur sa formation et son passé professionnel. Déjà, lors d’une précédente visite, mon oreille avait perçu, de la part d’un de ses collaborateurs : « Bouge-toi ! Nous avons de l’argent à faire ! » De l’argent à faire ? Sur le dos de qui ? Et depuis, je joue de nouveau au petit bienheureux béat – l’idiot du village à leurs yeux, ce qui m’a profité énormément dans mes affaires, car derrière le masque du faible d’esprit, j’ai toujours calculé à froid mes chances devant un péril possible.

Eh bien, ce que j’annonce de mon côté, c’est un engagement déterminé à souffrir autant qu’à sourire, à subir l’injustice tout en pratiquant la justice avec le même sourire, à me fondre dans la foule tout en la divisant, à pratiquer la vérité quand tous diront « Quel comédien celui-là ». En effet, ce que fera ma main droite, celle que tous regarde, ne saura pas elle-même le geste de miséricorde qu’aura accompli ma main gauche ». Il ne s’agit même pas de vivre caché, mais d’agir avec prudence.

La loi, la règle, la mesurette, la paille et la poutre !

par etienne lorant » mar. 05 août 2008, 18:25

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 15,1-2.10-14.

Alors des pharisiens et des scribes venus de Jérusalem s'approchent de Jésus et lui disent : « Pourquoi tes disciples désobéissent-ils à la tradition des anciens ? En effet ils ne se lavent pas les mains avant de prendre leur repas. » Jésus appela la foule et lui dit : « Écoutez et comprenez bien ! Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l'homme impur. Mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l'homme impur. »

Jésus a dit que pas un trait de la Loi ne passera avant que tout soit accompli, mais quant à la tradition des anciens, il ne s'agit que de la tradition, c'est-à-dire une pratique symbolique. S'il existe une tradition de se laver les mains avant de prendre un repas, elle signifie d'abord rendre grâce à Celui qui est à la source de tous les biens, et d'abord de la nourriture. Et celui qui rend grâce au Père qui lui donne le pain quotidien, s'est déjà lavé les mains, et aussi la tête. Quant à celui qui partage le pain avec son prochain, il a fait beaucoup plus encore.

Ainsi celui qui enseignera que la tradition est supérieure à la Loi, ne sert pas la Loi, mais se rend impur. Et l'impureté me paraît ainsi comme un désordre grave du regard devant la Loi.

J'ai connu beaucoup de gens que j'appellerais des "éplucheurs de l'Ecriture". Ils diront en se fondant sur un mot de saint Paul qu'il n'y a que la foi qui sauve, alors que saint Paul dit Lui-même : prenez-moi pour modèle, car mon modèle c'est le Christ. S'il n'y a que la foi qui sauve, comment expliquer qu'au jugement dernier, les bénis de Dieu sont ceux qui ont accompli des actes de miséricorde - alors même qu'ils admettront ne pas connaître le Seigneur ?

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Voici un bel exemple d'épluchage de l'Ecriture... armez-vous de patience, il en faut !

«La foi sans les œuvres est morte» (Jacques 2.28)
Ce verset est souvent mal compris et bien des personnes s’en servent pour proclamer qu’il faut faire des œuvres pour obtenir le salut. Remarquons d’abord que cette déclaration de Jacques ne signifie aucunement que les œuvres sauvent, autrement elle contredirait les enseignements de Paul tels que :
«Vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ; non pas sur le principe des œuvres, afin que personne ne se glorifie» [Eph.2.8]
«L’homme n’est pas justifié sur le principe des œuvres de loi, ni autrement que par la foi en Jésus Christ» (Galates 2.16)
«Dieu nous sauva, non sur la base d’œuvres accomplies en justice que nous, nous aurions faites, mais selon sa propre miséricorde…» (Tite 3.5)

Quand Jacques dit que la foi sans les œuvres est morte, il rejoint la pensée du Seigneur Jésus : «Vous les reconnaîtrez à leurs fruits… Tout bon arbre produit des bons fruits, mais l’arbre mauvais produit des mauvais fruits. Un bon arbre ne peut pas produire de mauvais fruits, ni un arbre mauvais produire de bons fruits» (Mat. 7, 15 à 20)

Les œuvres sont les fruits de la foi ainsi prouvée aux yeux des hommes, mais Dieu qui connaît nos cœurs jusque dans les moindres recoins, n’a pas besoin de voir nos œuvres pour savoir si nous avons la foi.

Imaginons que je me présente à un architecte en vue d’une embauche, lui déclarant que je suis un excellent dessinateur. L’architecte va me demander que je lui prouve mes talents en lui montrant ce que je sais faire. Dieu, lui, n’a pas besoin de preuve parce qu’il me connaît et sait si j’ai des talents de dessinateur ou non.

Quelles œuvres pourrions-nous d’ailleurs faire pour gagner la faveur du Dieu saint ? Toute œuvre aussi bonne, aussi grande, aussi sincère soit-elle ne peut rien ôter au fait que nous sommes pécheurs. Seule, l’Œuvre de Jésus Christ accomplie à la croix sauve le croyant à tout jamais. Il l’a accomplie parfaitement, il n’y a rien à ajouter. Vouloir faire des œuvres pour le salut de son âme, c’est vouloir ajouter à l’Œuvre de Christ, c’est donc considérer que son sacrifice n’est pas suffisant.

Le croyant doit faire des œuvres, non pas pour son salut, mais pour plaire à son Sauveur et par amour pour son prochain. Voilà le fruit de la foi.

Le martyre de Jean-Baptiste

par etienne lorant » sam. 02 août 2008, 19:33

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 14,1-12.
"Car Hérode avait fait arrêter Jean, l'avait fait enchaîner et mettre en prison, à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe. En effet, Jean lui avait dit : « Tu n'as pas le droit de vivre avec elle. »

Voici la faute que l'on porte. Et voici le remède. Or, le remède, plutôt que de le prendre en vue de guérir, on le met de côté - ici dans une prison (aujourd'hui au fond d'une armoire, ou derrière le dernier des livres d'une bibliothèque...)

Hérode, en enfermant Jean dans un de ses cachots, songeait à se repentir, mais souvent le remède est amer et il faut l'avaler d'un trait. Alors il tarde, et plus il tarde, plus la guérison est compromise. Et dans le récit de la mort de Jean le Baptiste, je vois bien que c'est la tête qui est séparée du corps, ce qui me rappelle : ce qui est de la chair est chair, ce qui est de l'Esprit est esprit. Voici la lutte perpétuelle de l'homme avec lui-même, et ni la philosophie, ni la psychanalyse, ni les lois, ni les mouvements libertaires ne peuvent empêcher que ce combat ait lieu.

Jean est-il mort pour rien ? Hérode est-il maudit ? Moi, je ne l'affirmerais pas aussi catégoriquement. Car Jean n'a cessé de harceler Hérode sur la question de la fidélité et, qui sait si le roi ne s'est pas repenti avant de mourir ? Si le mouvement de repentir a suffi au "bon larron", crucifié avec Jésus, pour se retrouver en paradis, alors comment imaginer que le martyre de Jean n'ait pas servi à sauver son persécuteur ?

Et qu'en est-il de nous ? Nous, qui tenons-nous enfermé dans le cachot de nos cœurs ? Jusques à quand (Quosque tandem !) tarderons-nous à nous convertir !!!

Fin des paraboles sur le Royaume

par etienne lorant » jeu. 31 juil. 2008, 10:03

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,47-53.

Le Royaume des cieux est encore comparable à un filet qu'on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s'assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges viendront séparer les méchants des justes
et les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Avez-vous compris tout cela ? — Oui », lui répondent-ils.
Jésus ajouta : « C'est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien. »
Jésus acheva ainsi de proposer des paraboles, puis il s'éloigna de là.

Les paraboles sur le Royaume ont été dites et en désignant "tout scribe devenu disciple", je vois d'abord que Jésus me désigne moi aussi - puisque j'écrivais déjà beaucoup avant de devenir disciple. A cette époque, j'écrivais à la recherche de la Vérité, et quand je l'ai trouvée, la Vérité m'a rendue libre. Désormais, j'écris en vue du Royaume, je ne peux pas écrire pour moi-même, mais laisser l'Esprit écrire "en vue du Royaume".... La responsabilité est importante - puisqu'elle est comparable à celle d'un "maître de maison", pas moins ! Et ici, tiens, tiens, on retrouve l'homme de la parabole d'hier, qui a acheté le champ et qui désormais possède le trésor.

Et quoi encore : oh, il en retire du neuf et de l'ancien ! Ne serait-ce pas du fait que ce trésor, il est déjà tout entier dans l'Ancien et le Nouveau Testament ? Voyez comme la liturgie est adaptée: on y puise de l'Ancien - qui est la Loi, dont "pas un seul trait ne passera avant que tout ne soit accompli", et du Nouveau, qui est cette même Loi transcrite désormais dans nos cœurs. D'abord gravée dans la pierre au Mont Sinaï, Jésus, par son incarnation, par sa passion, et sa résurrection est venu écrire l'Alliance dans le coeur de ses disciples. Et il est logique de communier ensuite au Verbe de Dieu, à la Lumière qui éclaire "tout homme venant dans le monde". A chaque Eucharistie, sur toute la terre, la Parole ne cesse donc de se réactualiser et d'enrichir la vie. Quel profond et merveilleux mystère !

Je prie le Seigneur de me garder un coeur toujours ouvert à tout ce qu'Il voudra me montrer, et cela dans le temps de paix, comme dans le temps d'épreuve, car la Parole est de tous les temps. Loué soit le Seigneur, mon Dieu !

O, veiller constamment !

par etienne lorant » jeu. 24 juil. 2008, 19:03

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,10-17.
Le coeur de ce peuple s'est alourdi :i ls sont devenus durs d'oreille,ils se sont bouché les yeux,pour que leurs yeux ne voient pas,que leurs oreilles n'entendent pas,que leur coeur ne comprenne pas,et qu'ils ne se convertissent pas. Sinon, je les aurais guéris !
Mais vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent !


Si nos coeurs s'alourdisssent, alors nous devenons durs d'oreille et nous voilons les yeux. De ce temps-ci, je confesse que dans l'agrandissement de la solitude, et la montée des inquiétudes, mon propre coeur a tendance à s'alourdir: je prie bien toute une journée, et le lendemain, je me retrouve à m'apitoyer sur mon sort, à rechercher des distractions, et je retombe tout de suite.

Cependant, je témoigne encore que, pas une seule seconde, le Seigneur n'a cessé de me manifester, de multiples façons, qu'Il continue de m'aimer, et même qu'Il me dit: "Appuie-toi sur ma croix, je te relèverai..."

O doux Jésus, comme je Te fais souffrir par mes manques de foi, par la jalousie stupide qui m'a enflammé le coeur contre mes soeurs, par mon manque de vigilance ! Et ce soir, je me souviens de ce que tu avais dit à une de tes âmes élues: "Ce ne sont ni les âmes coupables, ni les âmes innocentes qui me sont le plus chères, mais celle qui m'aiment". Amen, Jésus, me voici, j'ai confiance en Toi !

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