par etienne lorant » mer. 20 août 2008, 11:51
20 août 2008.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 20,1-16.
« En effet, le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d'accord avec eux sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne.
Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail.
Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.'
Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?'
Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.'
Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent.
Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent.
En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !'
Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ?
Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi :
n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un oeil mauvais parce que moi, je suis bon ?'
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
Quand je retrouve ce texte, je suis toujours émerveillé de la l'attention et de la délicatesse du Seigneur qui aurait pu raconter une toute autre parabole pour transmettre son enseignement, mais qui a choisi de mettre en scène les questions du travail et du chômage, ainsi que des salaires et de la juste rétribution du travail. Qui osera dire que Jésus s'est désintéressé de la question sociale ? Ici, il s'y plonge en plein ! Sa délicatesse est très sensible dans ce paragraphe où le maître du domaine s'adresse aux ouvriers de
la cinquième heure. Il leur dit sur un ton que je conçois bourru mais paternel " 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?' Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Quant à la rétribution du travail, le Seigneur montre que quiconque aura travaillé à l'avènement du Royaume, même si c'est à sa dernière heure, fut-ce même dans les derniers instants de sa vie (par un repentir sincère), n'aura pas démérité. Puis il se retourne contre les jaloux, qui non contents d'avoir touché leur part, regardent encore avec envie sur le salaire des autres. C'est qu'ils sont là, les mauvais riches, mauvais riches par leurs cœurs, pour qui l'argent des autres est toujours plus intéressant celui qu'ils ont dans leur poche : "Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?"
Il y aurait à nouveau de multiples choses à dire. Je note d'abord une remarque que fait Julien Green à propos de riches catholiques qui confessent ne tricher qu'aux impôts: "Ils ne se rendent pas compte (ou font semblant d'ignorer, c'est pire), que l'impôt qu'ils réussissent à éluder sera payé de toute manière par les moins nantis". Ensuite, sur un plan plus personnel, je réalise, chaque jour un peu plus, combien l'argent est lié à "l'imagination trompeuse" : ou, autrement dit: combien le gain d'argent devient facilement un substitut absurde aux choses qu'on aurait dû faire, qui nous auraient apporté un bonheur authentique, mais qu'on n'a pas entreprise, car on n'a pas osé. Avec l'argent, je voudrais, comme en tout, poser des actes "hors du temps" - un acte posé à temps, c'est un acte qu'on accomplit au moment où il s'impose à l'esprit. Ainsi, la semaine dernière, mon imprimante est tombée en panne le matin, l'après-midi elle était remplacée... l'argent n'a servi que d'outil et c'est bien. A l'extrême opposé, j'ai vu un homme très âgé, tout courbé, tout ride et jaune de figure, miser d'un coup plus de trois cents euros à la loterie européenne : à quoi cela peut-il servir ?!?
Mais peu importe. Comme je me replonge dans l'Evangile du jour, je remarque l'excuse un peu "boiteuse" donnée par les chômeurs de la cinquième heure :nous sommes restés à ne rien faire... parce que personne ne nous a embauchés. Rester à ne rien faire, pour un homme entre vingt et trente ans, qui a toute son énergie, c'est toujours destructeur. Qui se souvient de "l'énergie de Tanatos" ? C'est l'énergie positive qui devait servir à l'extérieur de soi, mais qui se transforme en énergie de mort, c'est-à-dire suicidaire, quand elle reste inemployée...Et depuis des semaines, je traîne avec une parole en moi-même que j'adresse tout spécialement aux jeunes chômeurs. Moi qui suis devenu bouquiniste "par l'erreur", à l'âge de vingt-sept ans, comme à défaut de trouver ce qui m'aurait convenu comme salarié, je n'avais qu'une chance sur cent de réussir (selon certains en tout cas). Voici donc mon message: "N'attendez plus ! Ayez confiance ! Faîtes bien ce que vous savez faire de bien, et cherchez mieux encore, car l'argent finira par suivre ! Et quant au statut, ne vous inquiétez pas, travaillez d'abord, c'est à la société de s'adapter ensuite à votre œuvre !"
20 août 2008.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 20,1-16.
« En effet, le Royaume des cieux est comparable au maître d'un domaine qui sortit au petit jour afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d'accord avec eux sur un salaire d'une pièce d'argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne.
Sorti vers neuf heures, il en vit d'autres qui étaient là, sur la place, sans travail.
Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.'
Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d'autres qui étaient là et leur dit : 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?'
Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : 'Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.'
Ceux qui n'avaient commencé qu'à cinq heures s'avancèrent et reçurent chacun une pièce d'argent.
Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d'argent.
En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
'Ces derniers venus n'ont fait qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !'
Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ?
Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi :
n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un oeil mauvais parce que moi, je suis bon ?'
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
Quand je retrouve ce texte, je suis toujours émerveillé de la l'attention et de la délicatesse du Seigneur qui aurait pu raconter une toute autre parabole pour transmettre son enseignement, mais qui a choisi de mettre en scène les questions du travail et du chômage, ainsi que des salaires et de la juste rétribution du travail. Qui osera dire que Jésus s'est désintéressé de la question sociale ? Ici, il s'y plonge en plein ! Sa délicatesse est très sensible dans ce paragraphe où le maître du domaine s'adresse aux ouvriers de
la cinquième heure. Il leur dit sur un ton que je conçois bourru mais paternel " 'Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?' Ils lui répondirent : 'Parce que personne ne nous a embauchés.' Il leur dit : 'Allez, vous aussi, à ma vigne.'
Quant à la rétribution du travail, le Seigneur montre que quiconque aura travaillé à l'avènement du Royaume, même si c'est à sa dernière heure, fut-ce même dans les derniers instants de sa vie (par un repentir sincère), n'aura pas démérité. Puis il se retourne contre les jaloux, qui non contents d'avoir touché leur part, regardent encore avec envie sur le salaire des autres. C'est qu'ils sont là, les mauvais riches, mauvais riches par leurs cœurs, pour qui l'argent des autres est toujours plus intéressant celui qu'ils ont dans leur poche : "Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?"
Il y aurait à nouveau de multiples choses à dire. Je note d'abord une remarque que fait Julien Green à propos de riches catholiques qui confessent ne tricher qu'aux impôts: "Ils ne se rendent pas compte (ou font semblant d'ignorer, c'est pire), que l'impôt qu'ils réussissent à éluder sera payé de toute manière par les moins nantis". Ensuite, sur un plan plus personnel, je réalise, chaque jour un peu plus, combien l'argent est lié à "l'imagination trompeuse" : ou, autrement dit: combien le gain d'argent devient facilement un substitut absurde aux choses qu'on aurait dû faire, qui nous auraient apporté un bonheur authentique, mais qu'on n'a pas entreprise, car on n'a pas osé. Avec l'argent, je voudrais, comme en tout, poser des actes "hors du temps" - un acte posé à temps, c'est un acte qu'on accomplit au moment où il s'impose à l'esprit. Ainsi, la semaine dernière, mon imprimante est tombée en panne le matin, l'après-midi elle était remplacée... l'argent n'a servi que d'outil et c'est bien. A l'extrême opposé, j'ai vu un homme très âgé, tout courbé, tout ride et jaune de figure, miser d'un coup plus de trois cents euros à la loterie européenne : à quoi cela peut-il servir ?!?
Mais peu importe. Comme je me replonge dans l'Evangile du jour, je remarque l'excuse un peu "boiteuse" donnée par les chômeurs de la cinquième heure :nous sommes restés à ne rien faire... parce que personne ne nous a embauchés. Rester à ne rien faire, pour un homme entre vingt et trente ans, qui a toute son énergie, c'est toujours destructeur. Qui se souvient de "l'énergie de Tanatos" ? C'est l'énergie positive qui devait servir à l'extérieur de soi, mais qui se transforme en énergie de mort, c'est-à-dire suicidaire, quand elle reste inemployée...Et depuis des semaines, je traîne avec une parole en moi-même que j'adresse tout spécialement aux jeunes chômeurs. Moi qui suis devenu bouquiniste "par l'erreur", à l'âge de vingt-sept ans, comme à défaut de trouver ce qui m'aurait convenu comme salarié, je n'avais qu'une chance sur cent de réussir (selon certains en tout cas). Voici donc mon message: "N'attendez plus ! Ayez confiance ! Faîtes bien ce que vous savez faire de bien, et cherchez mieux encore, car l'argent finira par suivre ! Et quant au statut, ne vous inquiétez pas, travaillez d'abord, c'est à la société de s'adapter ensuite à votre œuvre !"