par Colas » il y a 4 minutes
ThéophileduSegala a écrit : ↑Aujourd’hui, 13:50
Une chose, en revanche, demeure mon espérance : que le Christ fasse enfin toutes choses nouvelles, qu’il mette définitivement un terme au mal, à la souffrance et à la mort. C’est cette victoire-là que j’attends avec impatience.
Bien à vous, cher ami.
Cher Théophile,
Je ne peux que saluer vos paroles dont j’apprécie, une fois encore, la droiture et l’honnêteté. Je vous donne raison sur un point : j’ai présenté certains passages de l’Écriture comme des vérités acceptées de tous, alors qu’elles sont encore sujettes à débat. La preuve, nous n’avons cessé d’en débattre tous les deux. À ma décharge, certains passages universalistes s’imposent à moi avec tellement de force qu’il m’est difficile de comprendre comment ils ne sont pas reçus de tous pour ce qu’ils sont. J’aurais donc dû formuler ma pensée ainsi : « au vu des progrès de la connaissance en matière de critique textuelle ou de documentation historique, il est invraisemblable que des érudits chrétiens s’opposent encore à l’idée selon laquelle l’universalisme a prévalu durant les cinq premiers siècles de notre ère ». Semblable assertion, nettement plus mesurée, aurait été plus conforme à la vérité.
En ce qui concerne la doctrine traditionnelle de l’Église sur l’enfer, j’ai peur que vous m’ayez mal compris. Je fais en effet la distinction entre deux doctrines : d’une part, celle du pape François, du pape Benoît XVI ou encore d’Urs Von Balthasar selon laquelle nous pouvons raisonnablement espérer que l’enfer sera vide même s’il nous ne pouvons l’affirmer avec certitude (car cela reviendrait à nier la liberté de l’homme) ; d’autre part, celle qui a prévalu dans l’Église du Ve siècle jusqu’au concile Vatican II et selon laquelle une majorité d’hommes seront inévitablement damnés (Dieu sachant à l’avance qu’ils rejetteront librement son offre de salut selon qu’il est écrit : «
il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus »).
La première doctrine, celle défendue par l’actuelle papauté, me paraît infiniment respectable (quoique je n’y souscrive pas personnellement, bien entendu). La seconde, celle de Tertullien ou d’Augustin (et qui n’est plus guère en vogue chez les catholiques si ce n’est parmi les membres de la Fraternité Saint Pie X et autres groupuscules semblables), me paraît au contraire absolument odieuse. C’est cette doctrine qui a fait écrire à Thomas d’Aquin : «
pour que la béatitude soit plus douce aux élus et qu'ils en rendent de plus copieuses actions de grâce à Dieu, il leur est permis de voir parfaitement les peines des damnés". Et encore : "
dans l'état futur, il sera impossible aux damnés d'être soustraits à leur malheur ; par conséquent, il ne sera pas possible d'avoir de la pitié pour leurs souffrances selon la droite raison. C'est pourquoi les bienheureux dans la gloire n'auront aucune pitié des damnés" (somme théologique, Supplément à la troisième partie, Question 94, Article 2). Et c’est aussi cette doctrine que j’ai qualifié sans réserve – et que je qualifie toujours – d’invention satanique. Notez bien qu’elle n’a pour ainsi dire rien à voir avec la vision de Benoît ou de François, celle-là même à laquelle vous semblez adhérer.
J’ai beaucoup d’empathie pour les souffrances qui ont été les vôtres et qui, semble-t-il, ont culminé lors de votre excommunication des Témoins de Jéhovah. J’ai moi-même été excommunié de mon église presbytérienne fondamentaliste en raison de mes vues universalistes. On a interdit à mes coreligionnaires de me rendre visite. On m’a menacé des flammes de l’enfer si je ne regagnais pas les rangs. Je peux donc imaginer l’épreuve que vous avez subie. Moi aussi, j’ai pu sonder les profondeurs de Satan au sein de mon ancienne église réformée. Car la doctrine de la prédestination est une bonne chose, et même une chose excellente. Mais c’est aussi une épée à double tranchant ; en effet, lorsqu’elle est associée à la doctrine des tourments éternels, elle crée un faux dieu (un véritable Antichrist) qui prédestine la majorité de ses enfants aux flammes de l’enfer ; elle donne naissance à un monstre qui n’a rien à envier à Moloch, l’abomination des fils d’Ammon. Croyez-moi, j’ai pu expérimenter dans ma chair tout l’impact que produisent les sermons endiablés plein de soufre et de braises sur la psyché humaine, à commencer par la mienne. La lutte contre la doctrine des tourments éternels est le combat de ma vie, et je le continuerai jusqu’à ce que Dieu me rappelle à lui.
J’ai beaucoup apprécié ces discussions que nous avons eues ensemble. Elles m’ont ouvert de nouveaux horizons et fait comprendre l’Écriture sous un nouvel angle. De cela, je vous suis infiniment reconnaissant.
Avec toute mon amitié,
Colas.
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Une chose, en revanche, demeure mon espérance : que le Christ fasse enfin toutes choses nouvelles, qu’il mette définitivement un terme au mal, à la souffrance et à la mort. C’est cette victoire-là que j’attends avec impatience.
Bien à vous, cher ami.
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Cher Théophile,
Je ne peux que saluer vos paroles dont j’apprécie, une fois encore, la droiture et l’honnêteté. Je vous donne raison sur un point : j’ai présenté certains passages de l’Écriture comme des vérités acceptées de tous, alors qu’elles sont encore sujettes à débat. La preuve, nous n’avons cessé d’en débattre tous les deux. À ma décharge, certains passages universalistes s’imposent à moi avec tellement de force qu’il m’est difficile de comprendre comment ils ne sont pas reçus de tous pour ce qu’ils sont. J’aurais donc dû formuler ma pensée ainsi : « au vu des progrès de la connaissance en matière de critique textuelle ou de documentation historique, il est invraisemblable que des érudits chrétiens s’opposent encore à l’idée selon laquelle l’universalisme a prévalu durant les cinq premiers siècles de notre ère ». Semblable assertion, nettement plus mesurée, aurait été plus conforme à la vérité.
En ce qui concerne la doctrine traditionnelle de l’Église sur l’enfer, j’ai peur que vous m’ayez mal compris. Je fais en effet la distinction entre deux doctrines : d’une part, celle du pape François, du pape Benoît XVI ou encore d’Urs Von Balthasar selon laquelle nous pouvons raisonnablement espérer que l’enfer sera vide même s’il nous ne pouvons l’affirmer avec certitude (car cela reviendrait à nier la liberté de l’homme) ; d’autre part, celle qui a prévalu dans l’Église du Ve siècle jusqu’au concile Vatican II et selon laquelle une majorité d’hommes seront inévitablement damnés (Dieu sachant à l’avance qu’ils rejetteront librement son offre de salut selon qu’il est écrit : « [i]il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus[/i] »).
La première doctrine, celle défendue par l’actuelle papauté, me paraît infiniment respectable (quoique je n’y souscrive pas personnellement, bien entendu). La seconde, celle de Tertullien ou d’Augustin (et qui n’est plus guère en vogue chez les catholiques si ce n’est parmi les membres de la Fraternité Saint Pie X et autres groupuscules semblables), me paraît au contraire absolument odieuse. C’est cette doctrine qui a fait écrire à Thomas d’Aquin : «[i] pour que la béatitude soit plus douce aux élus et qu'ils en rendent de plus copieuses actions de grâce à Dieu, il leur est permis de voir parfaitement les peines des damnés[/i]". Et encore : "[i]dans l'état futur, il sera impossible aux damnés d'être soustraits à leur malheur ; par conséquent, il ne sera pas possible d'avoir de la pitié pour leurs souffrances selon la droite raison. C'est pourquoi les bienheureux dans la gloire n'auront aucune pitié des damnés[/i]" (somme théologique, Supplément à la troisième partie, Question 94, Article 2). Et c’est aussi cette doctrine que j’ai qualifié sans réserve – et que je qualifie toujours – d’invention satanique. Notez bien qu’elle n’a pour ainsi dire rien à voir avec la vision de Benoît ou de François, celle-là même à laquelle vous semblez adhérer.
J’ai beaucoup d’empathie pour les souffrances qui ont été les vôtres et qui, semble-t-il, ont culminé lors de votre excommunication des Témoins de Jéhovah. J’ai moi-même été excommunié de mon église presbytérienne fondamentaliste en raison de mes vues universalistes. On a interdit à mes coreligionnaires de me rendre visite. On m’a menacé des flammes de l’enfer si je ne regagnais pas les rangs. Je peux donc imaginer l’épreuve que vous avez subie. Moi aussi, j’ai pu sonder les profondeurs de Satan au sein de mon ancienne église réformée. Car la doctrine de la prédestination est une bonne chose, et même une chose excellente. Mais c’est aussi une épée à double tranchant ; en effet, lorsqu’elle est associée à la doctrine des tourments éternels, elle crée un faux dieu (un véritable Antichrist) qui prédestine la majorité de ses enfants aux flammes de l’enfer ; elle donne naissance à un monstre qui n’a rien à envier à Moloch, l’abomination des fils d’Ammon. Croyez-moi, j’ai pu expérimenter dans ma chair tout l’impact que produisent les sermons endiablés plein de soufre et de braises sur la psyché humaine, à commencer par la mienne. La lutte contre la doctrine des tourments éternels est le combat de ma vie, et je le continuerai jusqu’à ce que Dieu me rappelle à lui.
J’ai beaucoup apprécié ces discussions que nous avons eues ensemble. Elles m’ont ouvert de nouveaux horizons et fait comprendre l’Écriture sous un nouvel angle. De cela, je vous suis infiniment reconnaissant.
Avec toute mon amitié,
Colas.