par Colas » Hier, 13:51
patatedouce a écrit : ↑lun. 22 juin 2026, 11:49
Je pense sincèrement qu’il serait intéressant que vous répondiez aux questions que je vous posais initialement :
- À quoi sert Jésus si l’homme ne dispose d’aucun libre-arbitre ?
- À quoi sert la théologie si le salut est assuré ?
- Si le libre-arbitre n'existe pas pour les choix fondamentaux du Salut, quelle est son utilité réelle ? Ne servirait-il qu'à des anecdotes quotidiennes, comme le fait de choisir telle ou telle profession ?
Cher ami,
Je vais répondre à vos questions. Mais avant cela, vous vous interrogez sur la place du mal dans la théologie réformée. En ce qui me concerne, je suis convaincu que le mal est nécessaire au bien. En effet, il est rigoureusement impossible d'aimer le bien sans haïr le mal de tout son cœur. C'est pourquoi, si l'homme n'avait pas goûté à l'erreur dans ce qu'elle a de plus vile et de plus sordide, il eût été bien en peine de la rejeter. Le but de la loi mosaïque, aussi déroutant que cela puisse paraître, fut ainsi de faire fructifier le mal afin que le péché pût être anéanti par le bien. Cela, ce n'est pas moi qui le dit, mais Saint Paul. Jugez vous-même : "
la loi est intervenue pour que l'offense abondât, mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé" (Romains 5:20). Et encore : "
Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous" (Romains 11:32).
Les vérités de l'Écriture sont ainsi comme des étoiles au firmament ; leur éclat est magnifié par l'obscurité de la nuit et éclipsé par la clarté du jour. La lumière de la vérité est donc pareille à un opalescent diamant qu'un écrin sombre met en valeur ; elle resplendit d'autant mieux qu'elle est cernée par les ténèbres.
Le récit biblique, à bien y réfléchir, est semblable à un conte féerique comme celui de Blanche Neige ou de Cendrillon. Au début, tout va bien ; au milieu, tout va mal ; à la fin, tout va encore mieux qu'au début. Il en va ainsi de l'histoire de la création, de la chute et de l'apocatastase. Au début, dans le jardin d'Éden, tout va bien ; au milieu, entre la chute et la restauration, tout va mal ; à la fin, dans la Jérusalem céleste, tout va encore mieux qu'au début. Si l'on ôtait les méchants de récits comme Blanche Neige ou Cendrillon (la reine maléfique et la marâtre cruelle), ces contes en perdraient toute leur saveur et leur piment. Le mal est ainsi nécessaire au bien. D'où ces paroles de Jésus : "
il est nécessaire qu'il arrive des scandales" (Matthieu 18:7). Les méchants sont indispensables à la trame de toute bonne intrigue. Voilà pourquoi "
l'Écriture dit à Pharaon : Je t'ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre" (Romains 9:17). La chose peut paraître troublante, je le concède volontiers. Il n'empêche : "
l'Éternel a tout fait pour un but, même le méchant pour le jour du malheur" (Proverbes 16:4).
Par ailleurs, vous mentionnez Leibniz selon lequel nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, chaque mal étant justifié par un bien futur plus grand. Eh bien, sachez que cette thèse remarquable est aussi celle de Saint Paul. L'apôtre déclare ainsi : "
toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein" (Romains 8:28). Par "
toutes choses", il faut bien évidemment entendre le mal comme le bien. Les calvinistes et les jansénistes s'imaginent que le mal ne contribue qu'au bien des seuls élus. Mais ce n'est pas ce que dit le texte biblique ; car si tous les hommes ne sont pas élus (c'est-à-dire appelés dès la première heure), tous seront en revanche appelés selon son dessein (y compris à la onzième heure) et aimeront Dieu en temps utile.
Si nous pouvions voir le monde avec les yeux de Dieu, nous le verrions tel qu'il est : absolument parfait, non pas en dépit de ses défauts, mais en raison même de ses défauts.
La théologie de la prédestination absolue porte cinq fruits majeurs :
- Elle élimine radicalement la colère. Lorsque l'on comprend que celui qui nous fait du mal n'a pas la liberté d'agir autrement, on le pardonne entièrement.
- Elle élimine radicalement l'orgueil. Lorsque l'on comprend que l'on est pas responsable de ses bonnes œuvres, on n'a plus aucune base pour s'enorgueillir. Comme le dit l'Écriture : "qu'as-tu que tu n'aies reçu? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas reçu ?" (1 Corinthiens 4:7). Si l'homme coopérait à la grâce prévenante comme me le disent souvent mes amis catholiques, il aurait une raison de se glorifier.
- Elle détruit foncièrement la culpabilité, car l'homme n'est pas responsable du mal qu'il fait. Or la culpabilité s'oppose à la vraie repentance, celle qui reconnaît le péché pour ce qu'il est (un mal odieux dans lequel il ne faut pas s'engager, et non le fruit d'un acte libre). En éradiquant notre culpabilité, Dieu nous pardonne nos offenses "comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés" (Matthieu 6:12).
- Elle anéantit l'idolâtrie portée aux saints. Car les saints ne font rien d'autre que ce que Dieu a préordonné depuis la fondation du monde. Quand bien même ils le voudraient, ils n'auraient pas la latitude d'agir autrement.
- Elle supprime l'inquiétude. À quoi bon s'inquiéter du futur? Si la chose est écrite, elle se déroulera. Si elle n'est pas écrite, elle n'adviendra pas. Comme l'a dit Jésus : "qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?" (Matthieu 6:27). Nul ne peut en effet par ses pensées ou ses actions "rendre blanc ou noir un seul cheveu" (Matthieu 5:36).
À présent, permettez-moi de répondre à vos questions en toute simplicité.
À quoi sert Jésus si l’homme ne dispose d’aucun libre-arbitre ?
Mais à nous délivrer du malin, bien entendu ! Jésus est la véritable lumière qui en venant dans le monde éclaire tout homme. La lumière du Christ illumine les ténèbres, que celles-ci le veuillent ou non. Elle se passe donc fort bien de notre consentement et n'a besoin d'aucun libre-arbitre pour opérer. De cette lumière, Jean dit : "
à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu" (Jean 1:12-13). Ainsi donc, le salut "
ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde" (Romains 9:16).
Avant que le Saint-Esprit n'instille la foi en l'homme, celui-ci est mort dans ses péchés et ses transgressions. Or un mort ne peut rien faire de bon, et certainement pas naître à nouveau. Seul l'Esprit, qui comme le vent souffle où bon lui semble, est en mesure de le ressusciter. Et lorsque cela survient, le mort en question ne saurait ni s'opposer ni consentir à sa nouvelle naissance. De plus, comme la vie qui lui est donnée est éternelle, il ne saurait mourir à nouveau après avoir été régénéré. Voilà, c'est aussi simple que cela. Dieu nous a "
prédestinés dans son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté" (Éphésiens 1:5). Notre rédemption ne dépend pas de nous, elle n'a strictement rien à voir avec nos états d'âme.
À quoi sert la théologie si le salut est assuré ?
Eh bien, la théologie nous aide à approfondir notre relation avec Dieu et avec nos frères, afin que nous abondions toujours plus en charité.
Si le libre-arbitre n'existe pas pour les choix fondamentaux du Salut, quelle est son utilité réelle ? Ne servirait-il qu'à des anecdotes quotidiennes, comme le fait de choisir telle ou telle profession ?
Calvin faisait cette distinction entre les choix liés au salut (illusoires) et les choix ordinaires (bien réels). En ce qui me concerne, je ne la fais pas. Selon ma perspective, l'homme est certes libre de faire ce qu'il veut, mais il n'a pas la liberté de vouloir ce qu'il veut, qu'il s'agisse de concevoir des aspirations spirituelles ou des désirs parfaitement anecdotiques, comme celui qui nous pousse à ajouter une cuillère de sucre dans notre tasse de thé.
Bien à vous,
Colas.
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Je pense sincèrement qu’il serait intéressant que vous répondiez aux questions que je vous posais initialement :
- À quoi sert Jésus si l’homme ne dispose d’aucun libre-arbitre ?
- À quoi sert la théologie si le salut est assuré ?
- Si le libre-arbitre n'existe pas pour les choix fondamentaux du Salut, quelle est son utilité réelle ? Ne servirait-il qu'à des anecdotes quotidiennes, comme le fait de choisir telle ou telle profession ?
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Cher ami,
Je vais répondre à vos questions. Mais avant cela, vous vous interrogez sur la place du mal dans la théologie réformée. En ce qui me concerne, je suis convaincu que le mal est nécessaire au bien. En effet, il est rigoureusement impossible d'aimer le bien sans haïr le mal de tout son cœur. C'est pourquoi, si l'homme n'avait pas goûté à l'erreur dans ce qu'elle a de plus vile et de plus sordide, il eût été bien en peine de la rejeter. Le but de la loi mosaïque, aussi déroutant que cela puisse paraître, fut ainsi de faire fructifier le mal afin que le péché pût être anéanti par le bien. Cela, ce n'est pas moi qui le dit, mais Saint Paul. Jugez vous-même : "[i]la loi est intervenue pour que l'offense abondât, mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé[/i]" (Romains 5:20). Et encore : "[i]Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous[/i]" (Romains 11:32).
Les vérités de l'Écriture sont ainsi comme des étoiles au firmament ; leur éclat est magnifié par l'obscurité de la nuit et éclipsé par la clarté du jour. La lumière de la vérité est donc pareille à un opalescent diamant qu'un écrin sombre met en valeur ; elle resplendit d'autant mieux qu'elle est cernée par les ténèbres.
Le récit biblique, à bien y réfléchir, est semblable à un conte féerique comme celui de Blanche Neige ou de Cendrillon. Au début, tout va bien ; au milieu, tout va mal ; à la fin, tout va encore mieux qu'au début. Il en va ainsi de l'histoire de la création, de la chute et de l'apocatastase. Au début, dans le jardin d'Éden, tout va bien ; au milieu, entre la chute et la restauration, tout va mal ; à la fin, dans la Jérusalem céleste, tout va encore mieux qu'au début. Si l'on ôtait les méchants de récits comme Blanche Neige ou Cendrillon (la reine maléfique et la marâtre cruelle), ces contes en perdraient toute leur saveur et leur piment. Le mal est ainsi nécessaire au bien. D'où ces paroles de Jésus : "[i]il est nécessaire qu'il arrive des scandales[/i]" (Matthieu 18:7). Les méchants sont indispensables à la trame de toute bonne intrigue. Voilà pourquoi "[i]l'Écriture dit à Pharaon : Je t'ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre[/i]" (Romains 9:17). La chose peut paraître troublante, je le concède volontiers. Il n'empêche : "[i]l'Éternel a tout fait pour un but, même le méchant pour le jour du malheur[/i]" (Proverbes 16:4).
Par ailleurs, vous mentionnez Leibniz selon lequel nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, chaque mal étant justifié par un bien futur plus grand. Eh bien, sachez que cette thèse remarquable est aussi celle de Saint Paul. L'apôtre déclare ainsi : "[i]toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein[/i]" (Romains 8:28). Par "[i]toutes choses[/i]", il faut bien évidemment entendre le mal comme le bien. Les calvinistes et les jansénistes s'imaginent que le mal ne contribue qu'au bien des seuls élus. Mais ce n'est pas ce que dit le texte biblique ; car si tous les hommes ne sont pas élus (c'est-à-dire appelés dès la première heure), tous seront en revanche appelés selon son dessein (y compris à la onzième heure) et aimeront Dieu en temps utile.
Si nous pouvions voir le monde avec les yeux de Dieu, nous le verrions tel qu'il est : absolument parfait, non pas en dépit de ses défauts, mais en raison même de ses défauts.
La théologie de la prédestination absolue porte cinq fruits majeurs :
[list=]Elle élimine radicalement la colère. Lorsque l'on comprend que celui qui nous fait du mal n'a pas la liberté d'agir autrement, on le pardonne entièrement.[/list]
[list=]Elle élimine radicalement l'orgueil. Lorsque l'on comprend que l'on est pas responsable de ses bonnes œuvres, on n'a plus aucune base pour s'enorgueillir. Comme le dit l'Écriture : "[i]qu'as-tu que tu n'aies reçu? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas reçu ?[/i]" (1 Corinthiens 4:7). Si l'homme coopérait à la grâce prévenante comme me le disent souvent mes amis catholiques, il aurait une raison de se glorifier. [/list]
[list=]Elle détruit foncièrement la culpabilité, car l'homme n'est pas responsable du mal qu'il fait. Or la culpabilité s'oppose à la vraie repentance, celle qui reconnaît le péché pour ce qu'il est (un mal odieux dans lequel il ne faut pas s'engager, et non le fruit d'un acte libre). En éradiquant notre culpabilité, Dieu nous pardonne nos offenses "[i]comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés[/i]" (Matthieu 6:12).[/list]
[list=]Elle anéantit l'idolâtrie portée aux saints. Car les saints ne font rien d'autre que ce que Dieu a préordonné depuis la fondation du monde. Quand bien même ils le voudraient, ils n'auraient pas la latitude d'agir autrement.[/list]
[list=]Elle supprime l'inquiétude. À quoi bon s'inquiéter du futur? Si la chose est écrite, elle se déroulera. Si elle n'est pas écrite, elle n'adviendra pas. Comme l'a dit Jésus : "[i]qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ?[/i]" (Matthieu 6:27). Nul ne peut en effet par ses pensées ou ses actions "[i]rendre blanc ou noir un seul cheveu[/i]" (Matthieu 5:36).[/list]
À présent, permettez-moi de répondre à vos questions en toute simplicité.
[quote]À quoi sert Jésus si l’homme ne dispose d’aucun libre-arbitre ?[/quote]
Mais à nous délivrer du malin, bien entendu ! Jésus est la véritable lumière qui en venant dans le monde éclaire tout homme. La lumière du Christ illumine les ténèbres, que celles-ci le veuillent ou non. Elle se passe donc fort bien de notre consentement et n'a besoin d'aucun libre-arbitre pour opérer. De cette lumière, Jean dit : "[i]à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, [b]ni de la volonté de l'homme[/b], mais de Dieu[/i]" (Jean 1:12-13). Ainsi donc, le salut "[i]ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde[/i]" (Romains 9:16).
Avant que le Saint-Esprit n'instille la foi en l'homme, celui-ci est mort dans ses péchés et ses transgressions. Or un mort ne peut rien faire de bon, et certainement pas naître à nouveau. Seul l'Esprit, qui comme le vent souffle où bon lui semble, est en mesure de le ressusciter. Et lorsque cela survient, le mort en question ne saurait ni s'opposer ni consentir à sa nouvelle naissance. De plus, comme la vie qui lui est donnée est éternelle, il ne saurait mourir à nouveau après avoir été régénéré. Voilà, c'est aussi simple que cela. Dieu nous a "[i]prédestinés dans son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté[/i]" (Éphésiens 1:5). Notre rédemption ne dépend pas de nous, elle n'a strictement rien à voir avec nos états d'âme.
[quote]À quoi sert la théologie si le salut est assuré ?[/quote]
Eh bien, la théologie nous aide à approfondir notre relation avec Dieu et avec nos frères, afin que nous abondions toujours plus en charité.
[quote]Si le libre-arbitre n'existe pas pour les choix fondamentaux du Salut, quelle est son utilité réelle ? Ne servirait-il qu'à des anecdotes quotidiennes, comme le fait de choisir telle ou telle profession ?[/quote]
Calvin faisait cette distinction entre les choix liés au salut (illusoires) et les choix ordinaires (bien réels). En ce qui me concerne, je ne la fais pas. Selon ma perspective, l'homme est certes libre de faire ce qu'il veut, mais il n'a pas la liberté de vouloir ce qu'il veut, qu'il s'agisse de concevoir des aspirations spirituelles ou des désirs parfaitement anecdotiques, comme celui qui nous pousse à ajouter une cuillère de sucre dans notre tasse de thé.
Bien à vous,
Colas.