Le dialogue raisonné sur la trinité avec les musulmans par le bienheureux Raymond Lulle (franciscain)

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Re: Le dialogue raisonné sur la trinité avec les musulmans par le bienheureux Raymond Lulle (franciscain)

par kev14 » dim. 01 mars 2026, 0:57

Trop intéressant ce que tu dis sur l'approche de Lulle et la Trinité.
L'idée que la raison humaine peut y accéder, c'est fou !
Ça ouvre des portes pour parler avec d'autres religions. Chez les musulmans beaucoup de choses sont nécessaires tels que les rites et les ablutions. Un bon point de départ pour les dialogues interreligieux, tu devrais check ça !

Re: Le dialogue raisonné sur la trinité avec les musulmans par le bienheureux Raymond Lulle (franciscain)

par nicolascroix » jeu. 15 janv. 2026, 21:26

Je me permet de poster un dernier message si les modérateurs sont d'accord car j'ai trouvé tout ce que j'ai dit en mieux exprimé par quelqu'un d'autre après coup sur un forum de dialogue musulman-chrétiens. Je me permet si c'est possible de partager le lien https://dialogueabraham.forum-pro.fr/

Un philosophe : C.K. – « Pourquoi Dieu devrait-il être trinitaire ? »
A.M. – « La doctrine de la Trinité est la seule réponse satisfaisante aux problèmes posés par le monothéisme et le polythéisme. La Trinité désigne le fait que Dieu est un être tripersonnel. Dans la mesure où il n’y a qu’un seul être, la Trinité est un type de monothéisme. Mais ce n’est pas le même type de monothéisme que celui proposé par le Judaïsme et l’Islam : Dieu n’est pas qu’une seule personne, mais trois personnes. En cela, la Trinité se rapproche du polythéisme, parce que la Trinité admet, comme le polythéisme, une pluralité. Mais la Trinité reste, au sens strict, un monothéisme : Dieu est un être unique tripersonnel. Cette ambivalence lui permet de répondre de manière satisfaisante aux problèmes posés par le monothéisme et le polythéisme.

C.K. – « Quels sont les problèmes du monothéisme et du polythéisme ? »
A.M. – « Le monothéisme et le polythéisme ont chacun leurs avantages et leurs désavantages. En admettant qu’il n’y a qu’un seul Dieu, le monothéisme conserve des qualités essentielles à l’être suprêmement parfait : sa nécessité absolue, son inconditionnalité, qui permettent d’expliquer son existence, et son omnipotence. Si Dieu est unique, il ne dépend de rien d’autre que lui-même, il contient en lui-même toutes les raisons de son être, sa puissance ne peut être contredite par aucune altérité. S’il y avait plusieurs dieux, comme l’admet le polythéisme, chaque dieu dépendrait dans ses manières d’être et d’agir des autres dieux, il devrait composer avec ses semblables. Aucun ne serait absolument tout-puissant. L’avantage du monothéisme, c’est qu’il propose une conception omnipotente du divin. Mais son désavantage, à la différence du polythéisme, c’est que Dieu ne peut avoir en lui-même aucune qualité qui implique une relation, puisqu’il est unique. Dieu ne peut être ni amour, ni bonté, ni justice, ni souveraineté, ni providence, etc. parce que toutes ces qualités impliquent une relation. Or Dieu étant autosuffisant, contenant en lui-même toutes les raisons de son être, il ne peut avoir aucune de ces qualités qui impliquent une dépendance à l’existence d’une autre réalité. Il est donc contradictoire d’affirmer que le Dieu unique, absolument inconditionné, autosuffisant et omnipotent du monothéisme soit aussi un Dieu d’amour, de bonté, de justice, de souveraineté, etc. Evidemment, de son côté, le polythéisme ne connaît pas ce problème, puisqu’il y a plusieurs dieux, mais aucun ne peut prétendre à la toute-puissance et à l’absolue inconditionnalité, ce sont des dieux contingents dont l’existence reste inexpliquée. »

C.K. – « En quoi la Trinité résout-elle ces difficultés ? »
A.M. – « La Trinité est une forme de monothéisme, elle permet donc de penser un Dieu dont la nécessité est absolue, inconditionnel, omnipotent. Mais à la différence des autres monothéismes, c’est un être en plusieurs personnes. La Trinité permet de donc penser un Dieu unique qui peut entretenir des relations d’altérité, sans qu’il ne dépende pour autant d’une autre réalité que lui-même. Les trois personnes de la Trinité peuvent, entre elles, s’aimer, être bonnes, justes, souveraines, etc., sans que Dieu ne dépende d’une autre réalité que lui-même. La doctrine chrétienne de la Trinité permet donc de se dégager des contradictions internes que connaissent les autres monothéismes, tels que le Judaïsme et l’Islam, sans amoindrir la puissance divine, comme le font les polythéismes. »

C.K. – « Pourquoi devrait-il y avoir trois personnes précisément ? »
A.M. – « Au moyen âge, Richard saint Victor, et aujourd’hui, R. Swinburne, expliquent que s’il n’y avait pas au moins trois personnes, l’amour ne serait pas pleinement accomplit en Dieu. L’amour n’est pas seulement la relation d’une personne envers une autre, comme c’est le cas entre un homme et une femme. L’amour est aussi la relation partagée d’au moins deux personnes envers au moins une tierce, comme c’est le cas entre les parents et un enfant. S’il n’y a pas au moins trois personnes, on ne peut pas concevoir l’idée qu’il y ait un amour partagé en Dieu. Pour que l’amour soit pleinement accomplit dans la nature même Dieu, il faut qu’il y ait en Dieu trois personnes. Et dans la mesure où trois personnes suffisent, il n’y en a pas d’autre, car s’il y en avait plus leur existence serait contingente, sans raison, ce qui est contraire à la nature de Dieu. »

C.K. – « Y a-t-il d’autres preuves de la Trinité ? »
A.M. – « Oui, toute qualité qui implique une relation et qui se trouve en Dieu peut constituer un élément de preuve. L’amour en est un exemple assez explicite. Mais il y a d’autres exemples qui sont un peu plus implicite, où une qualité n’implique qu’indirectement une relation. C’est le cas par exemple de la conscience de soi. Pour qu’il y ait conscience de soi, il faut qu’il y ait eu différenciation entre le moi et le non-moi, autrement dit : l’autre. La différenciation est un élément essentiel dans la conscience de soi. J’ai conscience de moi lorsque je sais ce qui moi et ce qui n’est pas moi. Ma propre conscience n’est pas celle d’autrui. Mais avec quelle conscience Dieu pourrait-il se différencier, s’il n’est qu’une seule personne ? Si Dieu devait se différencier d’autre chose que lui-même, il serait dépendant de cette chose pour acquérir la conscience de lui-même ! Cela ne convient pas à Dieu qui est autosuffisant. Il faut donc que la différenciation s’effectue en Dieu lui-même, autrement dit qu’il y ait plusieurs personnes en Dieu. Plus précisément, il faudrait trois personnes, pour que Dieu connaisse quelles caractéristiques appartiennent en propre à chaque personne et celles qui sont communes à l’être divin en général. Dans la mesure où on différencie ce qui est commun et ce qui est propre par la comparaison, il faut donc qu’il y ait trois personnes, afin que chacune puisse comparer les deux autres et s’informer mutuellement. Des penseurs tels que Martensen et Barlett ont emprunté cette voie, mais il y en a d’autres. »

C.K. – « D’autres preuves qui s’appuient sur la conscience de soi ? »
A.M. – « Oui. Nous trouvons des traces d’un autre argument chez des philosophes tels que saint Augustin et Leibniz, bien qu’il doive sa formulation définitive à Keckermann et Shedd. Là aussi, il commence par une analyse de ce qu’est la conscience. La conscience est toujours conscience de quelque chose, il n’y a pas de conscience vide. Il y a donc un sujet pensant et un objet pensé. Si Dieu se pense lui-même, il y a Dieu en tant que sujet pensant, celui qui pense, et Dieu en tant qu’objet pensé, l’idée qu’il se fait de lui-même. Mais à la différence de la pensée humaine, il n’y a pas, en Dieu, de différence entre la pensée et la réalité. Ce que Dieu pense, existe. Si Dieu pense la lumière comme existante, alors elle existe. « Que la lumière soit ! Et la lumière fut ». Sinon il la penserait simplement comme possible. Si donc Dieu en tant que sujet pense sa représentation et se pense comme existant, puisque effectivement il existe, alors le sujet existe doublement. Il y a, en un unique Dieu, deux sujets pensants, deux consciences, deux personnes. Et de la même façon que précédemment, il doit y avoir trois personnes. Si Dieu est deux consciences, elles doivent être identifiées l’une à l’autre, comme étant le même Dieu. Et pour être identifiées, elles doivent être comparées, c’est-à-dire toutes les deux prises pour objet. Autrement dit, il faut une troisième conscience qui en tant que sujet pensant prenne les deux autres pour objet, afin de les identifier. Ainsi, si Dieu se pense et se contemple lui-même, il est nécessairement trinitaire. »



On retrouve cette idée chez un autre grand penseur, chrétien cette fois-ci, saint Augustin. Celui-ci, dans son traité sur la Trinité, explique que pour que Dieu puisse entrer en relation avec ses créatures, il faut nécessairement qu’Il connaisse Lui-même de toute éternité des relations. Autrement, cela introduirait une nouveauté en Dieu, ce qui est impossible. Continuant sur la même idée, saint Augustin dit que pour que Dieu puisse donner et se donner, il faut qu’Il connaisse de toute éternité ce qu’est le don, il est donc nécessaire qu’Il donne et se donne de toute éternité. Or seule la Trinité permet de conjuguer l’unicité absolue de Dieu avec cette capacité de don et de relation. Sans la Trinité, Dieu est muet et incapable de communiquer en dehors de Lui-même.

Et justement, peut-être est-ce là le propre de la Révélation judéo-chrétienne : non pas tant que Dieu est Unique (cela, les philosophes grecs le découvriront seuls) mais qu’Il entre en relation avec l’Humanité, qu’Il s’intéresse à elle. Or cette relation que Dieu entretient avec l’Humanité, cette parole qu’Il nous adresse, ce don qu’Il nous fait, ne sont possibles que si Dieu connaît en Lui-même la relation, le don, bref l’altérité.



C'est marrant, ça reprends toutes mes recherches sans que j'ai consulté ce message avant, LE CORPS DU CHRIST qui se communique entre ses membres ?
En + il a cité Raymond Lulle comme je l'ai fait.

Re: Le dialogue raisonné sur la trinité avec les musulmans par le bienheureux Raymond Lulle (franciscain)

par nicolascroix » dim. 11 janv. 2026, 13:03

Dieu est grandeur : bonté, puissance, sagesse. Pour nous, la grandeur va avec une extension : ce qui est grand se déploie. En Dieu, cette extension n’est pas spatiale : c’est une plénitude infinie qui se communique.

Le Père veut tout donner : il se donne tout entier au Fils (« que le Père soit glorifié dans le Fils ») ; le Saint-Esprit est ce Don.

Dieu est Amour : il faut celui qui aime, celui qui est aimé, et l’Amour (saint Augustin).
Conclusion : l’engendrement est comme la forme nécessaire de cette extension infinie : le Père se donne lui-même en son Fils.

Pour notre raison, cela se dit en termes logiques, mais Dieu dépasse notre logique : il est immatériel.

Risque : confondre grandeur et extension matérielle et croire qu’on brise l’unité de Dieu. Or l’extension ici est spirituelle : diffusion de la même infinité.

Trois voies (appropriations) :
Père : puissance / grandeur (Raymond Lulle) ; Fils : sagesse (saint Thomas) ; Esprit : amour (saint Augustin).
Et l’image attribuée à saint Augustin : vider l’océan avec une cuillère.

Objection : la démarche de Lulle semble contredire que chaque Personne est pleinement parfaite (trois « infinis », Grégoire de Nazianze) ; et parler de « plus grand infini » peut tromper.

Réponse : il n’y a pas trois dieux ni un « infini plus grand » au sens quantitatif : il y a un seul Infinis. La distinction des Personnes n’ajoute pas de quantité, elle exprime l’extension infinie de la même vie divine :
bonté → Amour, puissance → Engendrement, sagesse → Connaissance.

Mais l’analogie est symbolique et imparfaite : Dieu est immatériel ; son extension est celle de l’être et du don, non de l’espace.

Re: Le dialogue raisonné sur la trinité avec les musulmans par le bienheureux Raymond Lulle (franciscain)

par nicolascroix » dim. 11 janv. 2026, 9:26

En même temps, ce ne sont que des signes de la Trinité (ou une approche), tout comme Saint Thomas d'Aquin qui nous dit que le père par sa sagesse se contemple lui même donnant ainsi le fils, puis le père et le fils s'aimant dans une vision commune donne l'amour : le Saint Esprit (je le redis telle que je l'ai retenu sans texte sous la main). Ca serait peut être plus économique (commentaire personnelle) Ca c'est l'école dominicaine qui a insisté plus sur l'unité de Dieu que la trinité dans ses recherches.

L'école Franciscaine, elle met clairement l'accent sur les traces, images et ressemblances de la trinité dans la création (cf Saint Bonaventure). Les franciscains sont dans une recherche à mon avis plus accentué sur la trinité.
Cependant, Raymond de Lulle mélange alégrement foi et raison alors que la foi dépasse la raison, autrement dit Dieu fait bien ce qu'il veut mis à part le mal et c'est le témoignage de notre Seigneur Jésus-Christ qui est le chemin, la vérité, la vie (=bien) qui nous assure de la trinité.
Raymond de Lulle est cependant vénéré comme bienheureux par les franciscains autorisé par Pie 9 sans reconnaissance plus explicite que cela à cause de ce problème vraisemblablement. Pie 9 qui reconnait une grande piété à Raymond de Lulle, c'est ce qui me touche dans son oeuvre, comment tout même les vertus remontent à Dieu afin de faire comme Saint Francois louer le Seigneur toujours et en tout temps, LAUDATE SI MI SIGNORE.

Ainsi, sur la question pourquoi pas plus de 3 personnes : tout dépend d'une relation père-fils ou engendreur/engendré mais rationnellement sans le Christ, elle n'est basée que sur la nature crée car cette relation d'engendrement pourrait être autre. En effet, il pourrait y avoir plus de 3 personnes distinctes sans que ce soit la distinction du père du fils et du saint esprit car alors il n'y aurait pas compétition.
Sur le pure plan rationnel : ce qui est important de retenir c'est que il y a quelque chose ou quelqu'un de parfait et d'unique qui crée le monde, donc ce qui est à la fin illustre ce qui est au début, une intention (voie également prise par Saint Thomas d'analogie). Aussi ce qui est à la fin : le monde permet d'approcher la trinité, j'oserais même dire la rend probable du coup sans qu'on soit sûr sans le Christ.


Les autres courants se rapproche souvent de ces deux doctrines plus ou moins et l'église catholique a pris à l'intérieur ce qu'il y avait de bon et de vrai.

Re: Le dialogue raisonné sur la trinité avec les musulmans par le bienheureux Raymond Lulle (franciscain)

par bamar » sam. 10 janv. 2026, 10:27

merci beaucoup pour ce message détaillé, vous venez de m'ouvrir les yeux sur beaucoup de choses

Le dialogue raisonné sur la trinité avec les musulmans par le bienheureux Raymond Lulle (franciscain)

par nicolascroix » sam. 10 janv. 2026, 8:30

Une trinité approchable par la raison humaine ? D'après Ramon Lull dans le livre du gentil et des trois sages.

Abstract (résumé du résumé) : Dieu se résume comme amour parfaitement généreux : il se donne sans égoïsme, avec grandeur et humilité. Il n’a aucun de nos défauts et possède, à l’infini, tout ce que nos bontés ont de meilleur. Il a marqué pour remonter à lui la création par le rythme du “un et du trois” (trois natures végétative/animal/spirituel du monde, trois dimensions du réel et de l'amour, corps/âme/esprit...), mais la réalité première est en Dieu : ses processions internes existent avant la création.
Enfin, puisque les réalités en Dieu (bonté, grandeur, éternité, etc.) sont infinies, elles peuvent être une seule essence simple (une même substance) sans être divisées en parties. Cette infinité convient notamment parfaitement à l'éternité, à la bonté, bref à la grandeur.
Donc Dieu est trinitaire, autrement il ne serait pas Dieu. Et on dit Père, Fils, Esprit parce que ces relations (générateur/engendré, aimé/donné) sont les plus proches naturellement et les plus dignes pour exprimer la Trinité.

Le résumé :

Beaucoup de religions pensent Dieu de manière trop abstraite, trop proche du monde, trop humaine, ou au contraire trop impersonnelle (comme une force).
Selon cette thèse, elles manquent quelque chose de crucial : Dieu est Trinité.

Ne pas croire au Dieu trinitaire, c’est rater plusieurs aspects profonds de Dieu : sa bonté, sa grandeur, sa perfection, son amour, son intelligence, sa vie intérieure, etc.

I) Pourquoi Dieu est Trinité
1) Bonté et grandeur

Dieu est le bien suprême. Or, un bien parfaitement grand ne reste pas fermé : il se communique pleinement.

Pourquoi 3 personnes ?

Parce que Dieu peut faire grandir le bien qu’il est sans perte :

le Père se communique totalement au Fils,

et l’amour qui unit le Père et le Fils est lui-même vivant : c’est le Saint-Esprit.

Ainsi, Dieu est pleinement vivant, pleinement bon, pleinement communicatif.

Pourquoi pas plus de 3 personnes ?

Parce qu’une multiplication indéfinie des personnes ne s’accorde pas avec la perfection.

Il convient à Dieu de générer parfaitement : le Père engendre le Fils.

Et il convient aussi qu’il y ait l’Esprit qui fait lien entre Père et Fils : la “génération” est comme comblée.

Si on ajoutait plusieurs “fils” sur le même plan, cela ferait apparaître des contradictions :

compétition,

partage de la filiation,

division de ce qui doit être simple et total.

Le Père est-il imparfait puisqu’il “doit” se communiquer ?

Non.
La Trinité ne vient pas “réparer” un manque : elle est la perfection même de Dieu.

2) Pouvoir, sagesse et amour

On peut distinguer dans l’œuvre de Dieu :

le pouvoir (capacité d’agir),

la sagesse (intelligence, ordre),

l’amour (volonté du bien).

L’idée est que ces “appropriations” (pouvoir, sagesse, amour) fonctionnent mieux si Dieu est trois personnes distinctes.

Le monde reflète souvent une triade (puissance / ordre / finalité), mais chez Dieu c’est élevé à un niveau parfait et vivant :
Dieu veut que tout ce qui est pleinement bon vive en soi, et non comme une chose inerte.

3) Éternité et perfection

Il serait absurde que l’esprit humain puisse penser une “éternité” ou une “perfection” plus noble (+illimité) que celle de Dieu.
Si c’était possible, cela voudrait dire que l’éternité et la perfection de Dieu seraient limitées et donc finies, ce qui contredit la grandeur divine.

Il faut donc croire à l’illimité de Dieu : Dieu s’accorde avec une éternité et une perfection infinies, qui sont des réalités de l’être.

4) Pouvoir et amour

Si Dieu peut et veut engendrer un Dieu semblable à lui-même (vrai Dieu, éternel, infini en perfection), alors cela manifeste une puissance et un vouloir plus grands que s’il ne le pouvait pas.

On revient donc à l’idée de la grandeur : la perfection s’exprime en se communiquant pleinement.


5) Sagesse et perfection : pourquoi Dieu a créé

Selon ce raisonnement, la cause finale de la création de l’homme est double :

pour que l’homme connaisse Dieu et aime Dieu ;

pour que l’homme participe éternellement à la gloire de Dieu.

Raymond Lulle explique aussi que le monde se répartit en trois natures :

nature animée (êtres vivants sensibles : corps + âme sensitive),

nature sensible (corporelle sans vie),

nature intellectuelle (anges, âmes, incorporel).

Ces trois natures font le monde.
Et parce que le monde porte du “un et du trois”, il signifie l’unité et la trinité de Dieu.

Lulle dit : si Dieu n’était qu’unité sans trinité, alors la trinité qu’on voit dans les créatures ferait croire à tort qu’il y a trinité en Dieu.
Or, selon lui, c’est l’inverse car Dieu a mis son image dans la création qu'il veut parfaite pour remonter à lui : c’est la Trinité divine qui explique pourquoi la création peut avoir des structures “un + trois”.
Pour lui, la Trinité est démontrable.

6) Bonté et charité

En Dieu, le pouvoir agit selon la perfection de la bonté, du savoir et du vouloir divins.
Et plus l’homme ressemble à Dieu, plus il est disposé à la bonté et à la charité envers Dieu, le prochain et lui-même.
Ainsi, la Trinité se manifeste dans la manière dont la charité parfaite doit exister.

7) Bonté, charité et grandeur

Dieu doit nécessairement avoir une charité plus grande envers lui-même (en se connaissant et s’aimant) qu’envers quelque chose d’extérieur (la création).

Si ce n’était pas vrai, cela voudrait dire que sa bonté est aussi grande “hors de lui” qu’“en lui”, ce qui serait contradictoire.

Donc, en Dieu, il doit y avoir une “œuvre” intérieure.
Or, sans pluralité, pas d’œuvre : l’œuvre intérieure manifeste donc une pluralité dans l’unité, c’est-à-dire la Trinité.

Cool Bonté, charité, pouvoir : aimé / aimant / amour

Pour que l’amour soit parfait, il faut qu’il y ait :

quelqu’un qui aime,

quelqu’un qui est aimé,

et l’amour lui-même comme lien vivant.

Dans la Trinité :

le Père aime,

le Fils est aimé (et aime aussi),

l’Esprit est l’amour commun.

C’est “la meilleure efficacité” de la bonté : se donner en d'autres pour se renforcer, sans perdre sa perfection.

Lulle ajoute : Dieu doit avoir la noblesse que la charité créée aurait… si elle pouvait être infinie.

9) Pouvoir et prudence : génération contre corruption

La plus grande impossibilité est : Dieu n’existe pas.
Le non-être s’accorde avec la corruption.

Or la génération (engendrer) est le contraire de la corruption :

génération = affirmation maximale de l’être,

corruption = pente vers le non-être.

Donc, en Dieu, la génération s’oppose à la corruption : cela signifie qu’il y a en Dieu paternité et filiation.

Ensuite, la prudence (Augustin : “l’amour qui distingue ce qui est utile de ce qui est nuisible”) a besoin :

d’égalité face aux inégalités,

de concordance contre la contradiction.

Mais sans pluralité, pas d’égalité ni de concordance.
Donc la prudence “voit” qu’il convient qu’en Dieu il y ait pluralité : la Trinité.

10) Bonté et orgueil : humble don total

L’orgueil s’oppose à la bonté. L’humilité est son contraire.

L’idée à clarifier (comme tu le notes) :
la bonté aime tout les biens : le bien le plus noble, et elle aime aussi le “bien-milieu” (l’Esprit) qui est entre le plus grand (le Père comme principe) et le moindre (le Fils comme engendré).

On dit alors : il y a en Dieu un bien qui se donne entièrement à un bien donné, et de ce don surgit un troisième “bien donné” : cela signifie la Trinité.

11) Grandeur et orgueil : l’humilité divine doit dépasser tout orgueil

Il doit y avoir en Dieu une humilité plus grande que tout orgueil humain possible.
Sinon, l’esprit humain pourrait penser que l’orgueil est “plus grand” que l’humilité de Dieu, ce qui est impossible.

Ainsi Lulle décrit :

un humble (le Père) engendre un autre humble (le Fils) infini en bonté, grandeur, etc.,

et de l’humble engendrant et de l’humble engendré procède un autre humble (l’Esprit),

les trois sont une seule essence.

Objection du “gentil” (non-chrétien)

Si Dieu est si humble, pourquoi laisse-t-il exister l’orgueil (le mal) ?

Deux réponses :

Sans liberté (pouvoir être orgueilleux ou humble), l’homme ne pourrait pas mériter la grâce : ce serait contraire à la sagesse divine.

L’humilité créée peut contraster avec l’orgueil humain, et ainsi rendre honneur à l’humilité incréée.

12) Amour et avarice : largesse infinie

Chez l’homme, amour et avarice sont contraires :

l’amour va avec la largesse,

l’avarice prend et ne donne pas,

elle va avec le désespoir, contre l’espérance.

Dieu est contraire à l’avarice par sa largesse infinie.
Et si Dieu donne une largesse infinie, il doit la donner de sa propre largesse, sinon sa largesse ne serait pas infinie.
Cela renvoie à l’idée d’un don intérieur en Dieu : Trinité.

13) Foi et espérance : il doit y avoir une œuvre en Dieu avant le monde

Si la Trinité n’existait pas, il n’y aurait pas d’œuvre en Dieu lui-même.
Alors l’œuvre la plus haute de Dieu serait seulement la création, ce qui serait absurde : l’œuvre en Dieu doit être plus parfaite que l’œuvre dans les créatures.

Donc il y a une œuvre éternelle en Dieu : la Trinité.

Foi

La foi ne peut pas être plus grande en ce qui n’est pas en Dieu qu’en ce qui est en Dieu.
Croire la Trinité, c’est croire qu’en Dieu :

une personne engendre une autre personne infinie,

et qu’une troisième procède d’elles,
toutes infinies en bonté, grandeur, éternité, etc.

Espérance

S’il n’y avait aucune œuvre en Dieu avant le monde, l’homme pourrait craindre qu’un jour il n’y ait plus rien (que tout finisse).
Mais si Dieu a éternellement en lui-même une œuvre infinie, l’homme peut espérer que le monde et la destinée humaine ont un sens durable, et même une ouverture vers l’éternel.

14) Charité et justice

Charité et justice s’opposent à la mauvaise volonté et à l’injustice.
Si Dieu est Trinité, l’homme peut mieux comprendre comment charité et justice s’accordent, parce qu’il comprend un Dieu où :

l'amour doit être juste dans des relations intra-trinitaires.

15) Prudence et force : l’esprit s’élève

Avec Trinité + unité, l’intelligence peut savoir plus sur Dieu qu’avec l’unité seule.
Comparaison : on sait plus sur l’homme que sur l’animal, plus sur l’animal que sur l’herbe, etc.

L’entendement s’ennoblit par le savoir, tout en restant limité : cela appelle la foi.

Plus il cherche Dieu, plus il s’accorde avec la force et augmente sa prudence.
Et plus il voit ses limites, plus il fortifie la foi, et “mortifie” l’orgueil de croire tout comprendre.

16) Charité et envie

Si en Dieu une charité engendre une charité égale, et qu’une troisième charité procède d’elles, alors l’envie apparaît encore plus contraire à la charité divine.

17) Force et colère : image de Dieu dans l’homme

L’homme est “un en trois” :

âme,

corps,

union des deux (leur conjonction).

Cela ressemble analogiquement à l’unité et à la trinité.
Et plus l’homme ressemble à Dieu trinitaire, plus il est fort contre la colère.
Rien n’est plus opposé à la colère que Dieu.

Lulle parle donc de “preuve” de la Trinité (au sens plutôt persuasif, pas forcément mathématique).

18) Espérance et mélancolie

Plus l’espérance est grande, plus elle s’oppose à la mélancolie.
L’âme juste désire connaître en Dieu des choses grandes et merveilleuses, et espère leur gloire.
La Trinité comble mieux cette espérance et est la plus contraire à la mélancolie.

II) Comment trois personnes peuvent être une seule essence simple

Si les réalités infinies (bonté, grandeur, éternité, etc.) n’étaient pas simples (une même substance), alors les réalités finies le seraient encore moins.

Or, en Dieu, elles sont infinies :
par leur infinité et par l’infini pouvoir de Dieu, elles peuvent être ensemble une essence simple, sans composition.

Donc : une essence divine unique, en trois personnes, sans “assemblage de pièces”.

III) Pourquoi Trinité = paternité, filiation, procession

Le “gentil” demande : pourquoi dit-on Père, Fils, Esprit, plutôt qu’autre chose ?

Réponse : parce que ces relations (générateur/engendré, aimé/donné) sont ce qu’il y a de plus proche et de plus digne pour signifier la Trinité.

Là où il y a génération et procession, les personnes sont “proches” par nature, bonté, grandeur, etc., puisqu’elles sont une seule essence divine.

IV) Pourquoi le Père est “avant” le Fils (sans dire “avant dans le temps”)

Dans la création, on vient après son père parce qu’on a un commencement et une fin.
Mais en Dieu, perfection et éternité impliquent : pas de commencement, pas de fin.

Donc le Fils et l’Esprit ne peuvent pas “commencer”.
Le Père est “principe” non pas par priorité temporelle, mais par relation :

le Père, se connaissant et s’aimant, engendre un Fils égal à lui-même,

et l’amour commun du Père et du Fils est l’Esprit.

Pourquoi l’Esprit procède de deux personnes ?

Parce que Père et Fils ont la même dignité : l’Esprit serait “moins digne” s’il procédait d’une seule.
Pour que tout s’accorde (les “fleurs” de l’arbre), il convient qu’il procède du Père et du Fils.

Argument du “1 et du 3” dans les créatures

Lulle ajoute : l’être des créatures “s’accorde” mieux aux nombres 1 et 3 qu’à d’autres.

Exemple : un corps est un, mais il a longueur, largeur, profondeur (trois dimensions).
Sans les trois, pas de corps ; et sans corps, pas les trois ensemble.

Donc, si 1 et 3 font le meilleur accord dans les créatures, cela doit être encore plus vrai en Dieu, dont l’être est plus parfait.
Sinon, la créature semblerait “mieux accordée” que Dieu, ce qui est impossible.

Donc : Dieu doit être une seule essence en trois personnes, ni plus ni moins.

Enfin, Lulle dit que juifs et musulmans (et d’autres) ne comprennent pas la Trinité chrétienne et croient souvent que les chrétiens croient une “autre trinité” .
S’ils comprenaient la Trinité telle qu’elle est pensée ici, la force du raisonnement pourrait les conduire à la vérité de la Trinité.


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