par Perlum Pimpum » dim. 21 sept. 2025, 5:49
Bonjour Trinité,
Deux amours font deux cités. L'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi conduit au Ciel. L'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu conduit en Enfer.
« Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. » (Lc. XIV, 26-27). « Survinrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, l'envoyèrent appeler. La foule était assise autour de lui, et on lui dit : Voici, ta mère et tes frères sont dehors et te demandent. Et il répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère. » (Mc. III, 31-35).
Il ne s'agit évidemment pas de nier l'attachement naturel du fils à son père, du père à son enfant, de l'ami à ses proches. Ces choses là sont bonnes, fondées sur la nature humaine, conformes donc à la volonté de Dieu. Il s'agit de détruire ce que ces affects pourraient avoir de désordonnés en telle ou telle occurrence. Par exemple si mon père blasphème Dieu, mon amour naturel filial sera contrebalancé par le mépris que ce blasphème m'inspire. Et si Dieu est mon Père, si Dieu m'a adopté, m'a donné la grâce de l'adoption filiale, filiation surnaturelle fondée sur l'infusion de la grâce sanctifiante, mon amour surnaturel pour mon Père céleste s'opposera à mon amour naturel pour mon père dévoyé, ce à proportion que mon père s'opposera à mon Père.
Quand Jésus parle de haïr ses parents et ses proches, c'est en tant que ceci sont haïssables pour s'être détournés de Dieu. « Ne dois-je pas, ô Éternel, avoir de la haine pour ceux qui te haïssent, du dégoût pour ceux qui s'élèvent contre toi ? Oui, je les hais d'une haine parfaite, Ils sont pour moi des ennemis. » (Ps. CXXXIX, 21-22).
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« La haine est opposée à l'amour, nous l'avons vu. C'est pourquoi la haine a raison de mal dans la mesure où l'amour a raison de bien. Or on doit aimer le prochain en considération de ce qu'il tient de Dieu, c'est-à-dire en considération de la nature et de la grâce ; on ne lui doit pas d'amour en considération de ce qu'il tient de lui-même et du diable, c'est-à-dire en considération du péché et du manquement à la justice. C'est pourquoi il est permis de haïr chez son frère le péché et tout ce qui est manquement à la justice divine, mais on ne peut haïr sans péché la nature et la grâce de son frère. Haïr chez son frère la faute et ses manquements au bien, relève de l'amour du prochain, car il y a une même raison pour vouloir du bien à quelqu'un et pour haïr le mal qui est en lui. Ainsi donc, si l'on considère de façon absolue la haine de son frère, elle s'accompagne toujours de péché. » (ST, II-II, q. 34, a. 3, co).
« Dans les pécheurs on peut considérer deux choses : la nature et la faute. Par leur nature, qu'ils tiennent de Dieu, ils sont capables de la béatitude, sur la communication de laquelle est fondée la charité, nous l'avons dit. Et c'est pourquoi, selon leur nature, il faut les aimer de charité. Mais leur faute est contraire à Dieu, et elle est un obstacle à la béatitude. Aussi, selon leur faute qui les oppose à Dieu, ils méritent d'être haïs, quels qu'ils soient, fussent-ils père, mère ou proches, comme on le voit en saint Luc (XIV, 26). Car nous devons haïr les pécheurs en tant qu'ils sont tels, et les aimer en tant qu'ils sont des hommes capables de la béatitude. C'est là véritablement les aimer de charité, à cause de Dieu. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, co).
« Le prophète haïssait les impies, en tant qu'impies, en détestant leur iniquité, qui est leur mal. C'est la haine parfaite dont il dit (Ps CXXXIX, 22) : "je les haïssais d'une haine parfaite." Or, détester le mal d'un être et aimer son bien ont une même motivation. Aussi cette haine parfaite relève-t-elle aussi de la charité. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, ad. 1).
C'est de cette haine parfaite, fille de la charité, qu'il est question dans l'enseignement du Christ (Lc. XIV, 26-27 précité). Elle prend deux formes selon que les saints soient au Ciel ou sur Terre.
Au Ciel, la volonté des élus est totalement unie à celle de Dieu. De sorte que voyant Dieu dans la vision béatifique, ils ont en cette vision la claire vision des décisions divines, et en elles celle des jugements de damnation que Dieu opère. Voyant Dieu damner les damnés en voulant la justice au principe de leur châtiment, ils veulent ce que Dieu veut, veulent que les damnés soient damnés, ce même à que ces damnés soient leurs parents, puisque Dieu le veut en voulant la justice qu'il exerce en ses jugements de damnation.
Sur Terre, les saints n'ont pas la claire vision de Dieu. Aussi, ne sachant pas si nos défunts sont damnés ou sauvés, deux choses. Si Dieu les a damnés, nulle prière d'intercession ne pourra les sauver. Tout ce que nous pouvons alors dire est : « Que ta volonté soit faite » (Mt. VI, 10), « non pas ma volonté mais la tienne » (Lc. XXII, 42). Mais à raison-même de notre incertitude quant à la destinée finale de nos défunts, nous pouvons espérer qu'à raison de notre prière présente nos défunts passés reçoivent à l'article de la mort une puissante grâce de conversion sous l'efficace de laquelle ils soient sauvés. Et puisque notre intercession sera d'autant plus puissante que nous serons vivants en Christ, mus par le feu de la charité divine, nous reste à progresser dans la sainteté, nous dépouillant le plus possible de nous-mêmes, des œuvres mortes de la chair, pour vivre de l'Esprit nous plongeant surnaturellement en Dieu. Bref, si vous aimez vraiment vos proches, que ce soit surnaturellement en Dieu, les haïssant de haine parfaite pour leurs péchés tout en priant pour leur salut (puisqu'ils sont naturellement hommes, appelés à la béatitude surnaturelle par Dieu qui ne prend aucun plaisir à damner ceux qu'il damne : « ce que je désire, ce n'est pas que le méchant meure, c'est qu'il change de conduite et qu'il vive » Ez. XVIII, 23 ; XXXIII, 11). Mais c'est autant que vous aimerez surnaturellement Dieu que vous obtiendrez * gracieusement de Lui qu'il les sauve. De sorte que plus vous serez saint, plus votre prière d'intercession sera entendue, moins vous serez saint, moins vous pourrez faire du bien surnaturel à vos proches. Et ce qui vaut pour nos défunts vaut pour nos proches partageant le cours de notre vie humaine. Vous prétendez aimer vos parents ? Commencez par aimer Dieu de charité !
* Je vous parlerais du mérite de congruo dans un prochain post.
Cordialement.
Bonjour Trinité,
Deux amours font deux cités. L'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi conduit au Ciel. L'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu conduit en Enfer.
« Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple. » (Lc. XIV, 26-27). « Survinrent sa mère et ses frères, qui, se tenant dehors, l'envoyèrent appeler. La foule était assise autour de lui, et on lui dit : Voici, ta mère et tes frères sont dehors et te demandent. Et il répondit : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, et ma mère. » (Mc. III, 31-35).
Il ne s'agit évidemment pas de nier l'attachement naturel du fils à son père, du père à son enfant, de l'ami à ses proches. Ces choses là sont bonnes, fondées sur la nature humaine, conformes donc à la volonté de Dieu. Il s'agit de détruire ce que ces affects pourraient avoir de désordonnés en telle ou telle occurrence. Par exemple si mon père blasphème Dieu, mon amour naturel filial sera contrebalancé par le mépris que ce blasphème m'inspire. Et si Dieu est mon Père, si Dieu m'a adopté, m'a donné la grâce de l'adoption filiale, filiation surnaturelle fondée sur l'infusion de la grâce sanctifiante, mon amour surnaturel pour mon Père céleste s'opposera à mon amour naturel pour mon père dévoyé, ce à proportion que mon père s'opposera à mon Père.
Quand Jésus parle de haïr ses parents et ses proches, c'est en tant que ceci sont haïssables pour s'être détournés de Dieu. « Ne dois-je pas, ô Éternel, avoir de la haine pour ceux qui te haïssent, du dégoût pour ceux qui s'élèvent contre toi ? Oui, je les hais d'une haine parfaite, Ils sont pour moi des ennemis. » (Ps. CXXXIX, 21-22).
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« La haine est opposée à l'amour, nous l'avons vu. C'est pourquoi la haine a raison de mal dans la mesure où l'amour a raison de bien. Or on doit aimer le prochain en considération de ce qu'il tient de Dieu, c'est-à-dire en considération de la nature et de la grâce ; on ne lui doit pas d'amour en considération de ce qu'il tient de lui-même et du diable, c'est-à-dire en considération du péché et du manquement à la justice. C'est pourquoi il est permis de haïr chez son frère le péché et tout ce qui est manquement à la justice divine, mais on ne peut haïr sans péché la nature et la grâce de son frère. Haïr chez son frère la faute et ses manquements au bien, relève de l'amour du prochain, car il y a une même raison pour vouloir du bien à quelqu'un et pour haïr le mal qui est en lui. Ainsi donc, si l'on considère de façon absolue la haine de son frère, elle s'accompagne toujours de péché. » (ST, II-II, q. 34, a. 3, co).
« Dans les pécheurs on peut considérer deux choses : la nature et la faute. Par leur nature, qu'ils tiennent de Dieu, ils sont capables de la béatitude, sur la communication de laquelle est fondée la charité, nous l'avons dit. Et c'est pourquoi, selon leur nature, il faut les aimer de charité. Mais leur faute est contraire à Dieu, et elle est un obstacle à la béatitude. Aussi, selon leur faute qui les oppose à Dieu, ils méritent d'être haïs, quels qu'ils soient, fussent-ils père, mère ou proches, comme on le voit en saint Luc (XIV, 26). Car nous devons haïr les pécheurs en tant qu'ils sont tels, et les aimer en tant qu'ils sont des hommes capables de la béatitude. C'est là véritablement les aimer de charité, à cause de Dieu. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, co).
« Le prophète haïssait les impies, en tant qu'impies, en détestant leur iniquité, qui est leur mal. C'est la haine parfaite dont il dit (Ps CXXXIX, 22) : "je les haïssais d'une haine parfaite." Or, détester le mal d'un être et aimer son bien ont une même motivation. Aussi cette haine parfaite relève-t-elle aussi de la charité. » (ST, II-II, q. 25, a. 6, ad. 1).[/spoiler]
C'est de cette haine parfaite, fille de la charité, qu'il est question dans l'enseignement du Christ (Lc. XIV, 26-27 précité). Elle prend deux formes selon que les saints soient au Ciel ou sur Terre.
Au Ciel, la volonté des élus est totalement unie à celle de Dieu. De sorte que voyant Dieu dans la vision béatifique, ils ont en cette vision la claire vision des décisions divines, et en elles celle des jugements de damnation que Dieu opère. Voyant Dieu damner les damnés en voulant la justice au principe de leur châtiment, ils veulent ce que Dieu veut, veulent que les damnés soient damnés, ce même à que ces damnés soient leurs parents, puisque Dieu le veut en voulant la justice qu'il exerce en ses jugements de damnation.
Sur Terre, les saints n'ont pas la claire vision de Dieu. Aussi, ne sachant pas si nos défunts sont damnés ou sauvés, deux choses. Si Dieu les a damnés, nulle prière d'intercession ne pourra les sauver. Tout ce que nous pouvons alors dire est : « Que ta volonté soit faite » (Mt. VI, 10), « non pas ma volonté mais la tienne » (Lc. XXII, 42). Mais à raison-même de notre incertitude quant à la destinée finale de nos défunts, nous pouvons espérer qu'à raison de notre prière présente nos défunts passés reçoivent à l'article de la mort une puissante grâce de conversion sous l'efficace de laquelle ils soient sauvés. Et puisque notre intercession sera d'autant plus puissante que nous serons vivants en Christ, mus par le feu de la charité divine, nous reste à progresser dans la sainteté, nous dépouillant le plus possible de nous-mêmes, des œuvres mortes de la chair, pour vivre de l'Esprit nous plongeant surnaturellement en Dieu. Bref, si vous aimez vraiment vos proches, que ce soit surnaturellement en Dieu, les haïssant de haine parfaite pour leurs péchés tout en priant pour leur salut (puisqu'ils sont naturellement hommes, appelés à la béatitude surnaturelle par Dieu qui ne prend aucun plaisir à damner ceux qu'il damne : « ce que je désire, ce n'est pas que le méchant meure, c'est qu'il change de conduite et qu'il vive » Ez. XVIII, 23 ; XXXIII, 11). Mais c'est autant que vous aimerez surnaturellement Dieu que vous obtiendrez * gracieusement de Lui qu'il les sauve. De sorte que plus vous serez saint, plus votre prière d'intercession sera entendue, moins vous serez saint, moins vous pourrez faire du bien surnaturel à vos proches. Et ce qui vaut pour nos défunts vaut pour nos proches partageant le cours de notre vie humaine. Vous prétendez aimer vos parents ? Commencez par aimer Dieu de charité !
[size=90]* Je vous parlerais du [b]mérite de congruo[/b] dans un prochain post.[/size]
Cordialement.