Olivier JC a écrit : ↑lun. 30 juin 2025, 8:36
Vous pouvez tourner le problème dans tous les sens, l'existence du mal donne nécessairement plus d'éclat au bien que s'il n'existait pas.
Ce que vous nous présentez là comme une évidence flagrante est sans doute vrai dans le monde physique (voir une déchetterie ou un bidonville à côté d’un quartier résidentiel), plus douteux quand il s’agit de morale (car cela suppose que la beauté du bien soit appréciée à sa juste valeur) mais carrément discutable quand Dieu entre dans la comparaison.
Votre idée a ceci de bien (y avez-vous songé ?) qu’elle s’oppose à celle de la disparition de l’enfer, mais ceci de mal qu’elle pourrait essayer chez certains de justifier la trahison de Judas par le sacrifice du Christ – un peu ce que nous avance Ombiace sur un autre fil en ce moment, au nom de la « subjectivité » – pour ne pas parler de relativisme !
Mieux vaut repartir de Dieu lui-même, à l’origine, quand tout était beau puisqu’il n’y avait que lui. Et encore juste après la création, car il n’a pu que la faire à son image : parfaite. Dès lors, pensez-vous vraiment que l’apparition du mal ait donné plus d’éclat au bien qui existait quand seul il existait ?
Je pense le contraire, car il apparut qu’il prenait la place d’un bien !
Et ceci avant même de savoir s’il sera ou non pardonné. Car le bien s’auto suffit, pas le mal. Dont la présence nuit à une certaine douceur et discrétion, délicatesse, qui est le propre du bien et qui à ce contact se transforme en compassion et miséricorde, mais cette forme nouvelle n’ajoute rien à ce qui était sans le mal, elle en est une réaction « normale ».
Il faudrait sans quoi considérer que le bien s’‘est contracté ailleurs que là où s’est trouvé le mal, mais que resté identique il « brilla plus » : cela reste une supposition pour éviter de voir un échec, la supposition d’un mauvais voyant victime d’un effet d’optique ! Ce serait accorder au mal une légitimité qu’il n’a pas.
Ceci dit, je serais prêt à vous suivre s’il ne s’agissait que du bien et du mal de la création, ou des créatures, dans un contexte de soumission au choix divin d’accorder la liberté à certaines de ses créatures, « relativisant » en quelque sorte le bien selon la volonté de chacune, car ce bien peut être distinct et séparé du sien, mais dès lors que Dieu entre dans les paramètres, le saut qualitatif et ontologique rend ce mal si ridicule et petit qu’il n’y a rien de nécessaire à l’effacer – où serait sans quoi la beauté de la miséricorde ? - et qu’il ne pollue rien : Dieu est trop grand, et c’est là un mystère qui nous échappe.
Car contrairement à ce que pensent ceux qui croient défendre la Gloire de Dieu en « justifiant l’enfer » comme un de ses ressorts (ce qui n’est pas faux pour autant) il y a bien plus de gloire pour le bien qu’est Dieu à ne pas en être affecté - ce qui est tout aussi vrai et qui nous échappe si nous nous focalisons et ne considérons que sa miséricorde.
Quand vous écrivez donc :
Olivier JC a écrit : ↑lun. 30 juin 2025, 8:36
Mais encore faut-il qu'il y ait péché pour qu'il puisse y avoir de la Gloire à préserver la créature du péché...
Il me semble que ce soit limiter de trop Dieu à sa seule miséricorde, laquelle n’est qu’une des émanations de ce qu’il est et point la seule à briller ! Pour paraphraser un certain président : elle n’en a pas le monopole… et si elle brille tant, c’est parce qu‘elle efface le péché, le surpasse, non parce qu’elle se range à côté et le laisse s’exprimer, non plus parce qu’elle brille plus que les autres émanations divines.
La miséricorde n’est pas le seul bien ! Ce qui importe c’est la disparition du mal, pas de lui conserver un droit pour servir de faire valoir. Après le jugement dernier, même en enfer il n’y aura plus de mal - que des damnés, et ce que nous appellerions « mal » ne pourrait être que la justice divine (ou l’expression même de la vie elle-même) et sera donc un bien.
(Les images d‘Epinal où des démons qui ne sauraient que faire le mal et donc pécher torturent les damnés en se servant des péchés qu’ils commirent sont à bannir du possible.)
Autre mention pour réflexion : il n’y aurait sans quoi pas eu besoin du sacrifice du Christ.
Cet aspect omni triomphant du bien vient de ce qu’à l’origine, rien d’autres n’existât et qu’à partir d’un certain jour, se révélera la permanence de ce fait sous des apparences contraires qui auront disparues, car en ce qui pouvait commettre et donner de l’existence au mal, il n’y avait que du bien : le « mal » ne sera plus qu’un reliquat, le résultat de la liberté de ceux qui l’auront commis et qui les qualifiera dans une démarche d’impossible auto destruction puisqu’en eux-mêmes, ils n’ont été et ne seront jamais que ce que Dieu vit en les créant : « que cela était bon ».
En lui-même, le mal réside dans la liberté de celui qui le commet or cette liberté est bonne, elle permet le mérite.