par ChristianK » lun. 27 mai 2024, 21:55
Fernand Poisson a écrit :
L'argument me semble formellement impeccable, mais il reste à montrer que la croyance en Dieu est utile (non pas que je n'en sois pas personnellement convaincu mais un athée/agnostique serait en droit d'attendre que vous le montriez).
Oui, et je crois qu’on peut rester dans le vague à ce sujet, signifiant « si on juge que c’est utile, ou plus utile » etc. On peut aussi vouloir aller plus loin et prouver que c’est utile, p.ex.concernant la rétribution morale, si exigible par la grande majorité.
Je note aussi que la conclusion d'un tel argument n'est pas que Dieu existe mais plutôt qu'il faut croire que Dieu existe, ce qui pourrait poser problème. Peut-on croire en quelque chose (au sens de la foi, non de l'opinion) dont on n'est pas sûr de l'existence ? Le parallèle avec la fécondité en physique a ses limites : le physicien (ou l'ingénieur, etc.) n'est pas obligé de "croire" en sa théorie (au sens de l'engagement personnel) pour la mettre en pratique même si c'est souvent ce qui se passe dans les faits.
Oui, en physique la croyance sera une opinion, donc accompagnée d’un coefficient de doute. On n’est pas encore dans le domaine de la foi (confiance en la parole d’un autre), encore moins théologale. Il faudra des fondements supplémentaires. Mais on aura une base de croyance pour le Dieu des philos.
Il faut croire que Dieu existe est la position de Kant, justement en raison pratique, sauf qu’au lieu de l’avantage, Kant avance le devoir directement : il faut éviter les tentations de manquer au devoir, et le désespoir de ne jamais être heureux quand on le mérite entrainerait ces tentations.
quelle est la différence entre "adopter la croyance probable que p" et "adopter la croyance que p est plus probable que non-p" ? La difficulté est que, dans le cas présenté par Christiank, les deux probabilités (p et non-p) sont reconnus comme équivalentes et que néanmoins cela n'empêche pas d'adopter la croyance que p. Or je ne vois pas comment on peut croire en même temps (a) que p est aussi probable que non-p ; (b) que p.
En modifiant le point de vue : c’est la raison pratique qui va croire, non la raison théorique; on ne juge pas que la proposition est vraie, mais on juge qu’il est vrai qu’elle est avantageuse.
Prodigal a écrit :
Je ne pense pas qu'il soit possible, et encore moins souhaitable, de juger les croyances religieuses selon leur prétendue probabilité.
1) comme il l'a déjà été dit plus haut dans la discussion, ces probabilités échappent en réalité à toute estimation rigoureuse. Le pari de Pascal ne doit pas dégénérer en PMU! (car pour les courses de chevaux, il est exact que l'on peut procéder à des estimations correctes).
2) le catholicisme repose sur des dogmes improbables (résurrection d'un mort, naissance virginale, etc.). Ce n'est pas une estimation de bon sens qui les fait néanmoins reconnaître pour vrais, mais la Révélation.
Il pourrait cependant (à tort!) sembler raisonnable de les juger selon des critères purement pragmatiques, et considérer que la religion qui s'est montrée la plus utile est la plus vraie. Mais comment juger cette utilité?
Ca fait partie de l’aspect historique de l’apologétique classique, je reconnais que c’est assez fragile.
Mais on reste pour l’instant dans le domaine philosophique, le Dieu des philos.
C’est vrai qu’il s’agit de probabilité non calculable, mais on peut adoucie l’argument en disant « si on estime probable »
Ce que j'ai voulu dire, c'est que le mot "croire" revêt des significations bien différentes.
Croire peut signifier estimer une probabilité comme supérieure à la probabilité du contraire, comme quand je dis "je crois que demain il fera beau". Cette forme de croyance existe, elle est respectable, elle supporte une analyse rationnelle, mais elle n'est pas la foi.
Oui, c’est une croyance, mais on peut aussi avoir foi en un métérologue. Généralement il y aura place pour un doute mais pas toujours, on peut avoir une certitude morale.
Il me semble qu'avoir la foi, ce n'est pas estimer une probabilité, mais être empli de l'Esprit-Saint.
Maintenant, si l'on parle de la croyance qui n'est pas la foi, la croyance comme conjecture, alors il me semble bien que vous avez raison, et qu'on ne peut pas croire à la fois que p est aussi probable que non p, et que néanmoins c'est p qui est vrai, sauf à changer le sens du verbe "croire" en cours de phrase.
Ce que j'ai voulu dire, c'est que le mot "croire" revêt des significations bien différentes.
Croire peut signifier estimer une probabilité comme supérieure à la probabilité du contraire, comme quand je dis "je crois que demain il fera beau". Cette forme de croyance existe, elle est respectable, elle supporte une analyse rationnelle, mais elle n'est pas la foi.
L’idée serait que c’est la raison pratique qui croit dans un cas, la raison théorique qui ne croit pas dans l’autre. Il me semble que c’est chez Kant.
Peut-être aussi que mon scenario est erroné, peut-être qu’on pourrait ou devrait dire que les aspects de la raison pratique doivent intervenir sur le terrain ^propre de la raison théorique en augmentant la probabilité (une sorte d’argument de convenance); alors effectivement les avantages d’une croyance seraient un indice de sa plus grande probabilité théorique, en vertu de leur accord avec la nature des choses, ou nature humaine.
[quote=Fernand Poisson]
L'argument me semble formellement impeccable, mais il reste à montrer que la croyance en Dieu est utile (non pas que je n'en sois pas personnellement convaincu mais un athée/agnostique serait en droit d'attendre que vous le montriez).
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Oui, et je crois qu’on peut rester dans le vague à ce sujet, signifiant « si on juge que c’est utile, ou plus utile » etc. On peut aussi vouloir aller plus loin et prouver que c’est utile, p.ex.concernant la rétribution morale, si exigible par la grande majorité.
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Je note aussi que la conclusion d'un tel argument n'est pas que Dieu existe mais plutôt qu'il faut croire que Dieu existe, ce qui pourrait poser problème. Peut-on croire en quelque chose (au sens de la foi, non de l'opinion) dont on n'est pas sûr de l'existence ? Le parallèle avec la fécondité en physique a ses limites : le physicien (ou l'ingénieur, etc.) n'est pas obligé de "croire" en sa théorie (au sens de l'engagement personnel) pour la mettre en pratique même si c'est souvent ce qui se passe dans les faits.
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Oui, en physique la croyance sera une opinion, donc accompagnée d’un coefficient de doute. On n’est pas encore dans le domaine de la foi (confiance en la parole d’un autre), encore moins théologale. Il faudra des fondements supplémentaires. Mais on aura une base de croyance pour le Dieu des philos.
Il faut croire que Dieu existe est la position de Kant, justement en raison pratique, sauf qu’au lieu de l’avantage, Kant avance le devoir directement : il faut éviter les tentations de manquer au devoir, et le désespoir de ne jamais être heureux quand on le mérite entrainerait ces tentations.
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quelle est la différence entre "adopter la croyance probable que p" et "adopter la croyance que p est plus probable que non-p" ? La difficulté est que, dans le cas présenté par Christiank, les deux probabilités (p et non-p) sont reconnus comme équivalentes et que néanmoins cela n'empêche pas d'adopter la croyance que p. Or je ne vois pas comment on peut croire en même temps (a) que p est aussi probable que non-p ; (b) que p.
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En modifiant le point de vue : c’est la raison pratique qui va croire, non la raison théorique; on ne juge pas que la proposition est vraie, mais on juge qu’il est vrai qu’elle est avantageuse.
[quote=Prodigal]
Je ne pense pas qu'il soit possible, et encore moins souhaitable, de juger les croyances religieuses selon leur prétendue probabilité.
1) comme il l'a déjà été dit plus haut dans la discussion, ces probabilités échappent en réalité à toute estimation rigoureuse. Le pari de Pascal ne doit pas dégénérer en PMU! (car pour les courses de chevaux, il est exact que l'on peut procéder à des estimations correctes).
2) le catholicisme repose sur des dogmes improbables (résurrection d'un mort, naissance virginale, etc.). Ce n'est pas une estimation de bon sens qui les fait néanmoins reconnaître pour vrais, mais la Révélation.
Il pourrait cependant (à tort!) sembler raisonnable de les juger selon des critères purement pragmatiques, et considérer que la religion qui s'est montrée la plus utile est la plus vraie. Mais comment juger cette utilité?
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Ca fait partie de l’aspect historique de l’apologétique classique, je reconnais que c’est assez fragile.
Mais on reste pour l’instant dans le domaine philosophique, le Dieu des philos.
C’est vrai qu’il s’agit de probabilité non calculable, mais on peut adoucie l’argument en disant « si on estime probable »
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Ce que j'ai voulu dire, c'est que le mot "croire" revêt des significations bien différentes.
Croire peut signifier estimer une probabilité comme supérieure à la probabilité du contraire, comme quand je dis "je crois que demain il fera beau". Cette forme de croyance existe, elle est respectable, elle supporte une analyse rationnelle, mais elle n'est pas la foi.
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Oui, c’est une croyance, mais on peut aussi avoir foi en un métérologue. Généralement il y aura place pour un doute mais pas toujours, on peut avoir une certitude morale.
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Il me semble qu'avoir la foi, ce n'est pas estimer une probabilité, mais être empli de l'Esprit-Saint.
Maintenant, si l'on parle de la croyance qui n'est pas la foi, la croyance comme conjecture, alors il me semble bien que vous avez raison, et qu'on ne peut pas croire à la fois que p est aussi probable que non p, et que néanmoins c'est p qui est vrai, sauf à changer le sens du verbe "croire" en cours de phrase.
Ce que j'ai voulu dire, c'est que le mot "croire" revêt des significations bien différentes.
Croire peut signifier estimer une probabilité comme supérieure à la probabilité du contraire, comme quand je dis "je crois que demain il fera beau". Cette forme de croyance existe, elle est respectable, elle supporte une analyse rationnelle, mais elle n'est pas la foi.
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L’idée serait que c’est la raison pratique qui croit dans un cas, la raison théorique qui ne croit pas dans l’autre. Il me semble que c’est chez Kant.
Peut-être aussi que mon scenario est erroné, peut-être qu’on pourrait ou devrait dire que les aspects de la raison pratique doivent intervenir sur le terrain ^propre de la raison théorique en augmentant la probabilité (une sorte d’argument de convenance); alors effectivement les avantages d’une croyance seraient un indice de sa plus grande probabilité théorique, en vertu de leur accord avec la nature des choses, ou nature humaine.