Bonjour Noasman,
J’avoue que vous lire hier au matin m’avait exaspéré, et c’est encore le cas, mais vous n’y êtes pour rien.
Parce que oui, l’appellation d’apocryphe suffisait pour comprendre qu’il s’agissait d’un avis de protestant, mais surtout le reste indiquait qu’il s’agit aussi d’un faux exégète et d’un incompétent, qu’y répondre c’est perdre son temps.
Vous « reprenez » les arguments lus, mais cela ne pouvait pas être spontanément les vôtres si vous aviez lu ces livres.
Néanmoins en effet, vous avez le droit d’entendre des arguments qui contredisent cet « avis » et c’est ce que vous demandez…
Je vais donc « sélectionner » certains points et y répondre, cela devrait suffire pour vous convaincre et que vous compreniez.
1 Les contradictions historiques : même les livres canoniques en ont plein, c’est donc un argument plus que bidon.
De façon « simple », il suffit de comparer les livres de Samuel et des Rois avec ceux des chroniques, et vous aurez 2 versions différentes qui parfois se contredisent d’événements de toute évidence identiques – versions qui d’autres fois sont strictement identiques, ce qui rend la chose passionnante et significative !
- Un exemple simple que vous pourrez facilement vérifier : comparez le chapitre 24 de Samuel II et le 21 de I chroniques, mais il y en a plein d’autres et c’est bien ce qui donne de l’intérêt (et ici il est aussi théologique) à ces textes.
Un autre exemple où l’écart est purement historique : comparez I rois (22 : 49-51) avec II Chroniques (20 : 35-37). Pensez-vous vraiment qu’un tel écart mérite de disqualifier un texte comme parole de Dieu ?
Même dans le pentateuque et dans un seul livre, il y a des contradictions. Certaine sont passionnantes et souvent le signe qu’il y a quelque chose d’important à trouver et comprendre. Ainsi de l’histoire passionnante de Balaam (Nombres, 22-24).
Plus généralement cela s’explique par le fait que ces livres ont eu un rédacteur final tardif, qui a travaillé sur plusieurs sources antérieures d’époques différentes. Il a par conséquent cherché à résoudre les contradictions et en a donné le résultat quand il était sûr de lui, mais quand il n’a pas pu « trancher » il a fait en sorte à ce que les avis opposés soient respectés tout en les harmonisant autant que possible dans l’histoire – à charge pour nous de réussir ou pas où il a échoué !
D’autres fois, l’avis ou la présentation de l’auteur est l’avis d’une tradition qui présente l’histoire sous un jour qui a pu être abusé/déformé volontairement ou pas par des intervenants de l’histoire dont c’était l’intérêt. Quand le rédacteur final a « rectifié », il annonce souvent la couleur pour nous comme quoi par exemple c’est parce que untel mentait, mais d’autres fois cela a pu lui échapper et c’est à nous de le découvrir !
Comprenez-vous mieux les choses et à quel point un tel argument est bidon ?
Pour prendre un des exemples cités, celui de « Daniel dans la fosse aux lions », oui il y a 2 histoires qui se ressemblent, mais rien n’oblige d’en faire une seule (avis de certains exégètes, certes) et c’est à l’envers de ce que le texte allègue. La décrédibilisation qui vient du fait qu’il y en ait 2 (et qui sont « normalement » dès lors différentes) ne pourrait-elle au contraire plaider pour leur véracité à toutes les 2 vu que cette « pratique » était commune ? Répondre négativement c’est entrer déjà dans l’hypothèse, donc dans la recherche du sens, et si c’est la même histoire, on se retrouve dans la même situation que celle de mon second exemple de tout à l’heure, et qui est fait pour attirer l’attention.
Dans une « situation textuelle » semblable, cela aboutirait à refuser le duel de David et Goliath, et historiquement cette « négation » est plus crédible que celle de Daniel – si on « remonte » et identifie les couches rédactionnelles… !
2 Ces livres « contiennent des fables ». (Je remonte à l’envers vos extraits). Il est fréquent de considérer comme « fable » ce qui nous dérange, parce qu’on le juge peu crédible, parfois pour nier le miracle, parfois quand c’est facile parce que c’est faux historiquement, parfois par un a priori de « réalisme ».
Ainsi, condamner « Tobie » parce qu’un ange (Raphaël) y intervient sous la forme d’un homme et tout ce qui s’ensuit, c’est simplement en refuser le fait, car historiquement, l’histoire tient tout à fait la route (même s’il y a quelques rares et petits chaos, c’est un avis plus que recevable). Elle nous apprend même que Sennacherib s’est vengé sur ses déportés d’Israël (1 : 21) quand il a subi une défaite contre Juda, ce qui est un élément intéressant pour cerner son personnage, outre le côté très concret et vivant que l’anecdote de ce livre apporte à l’histoire relatée par les rois et les Chroniques.
Livre qui pourrait presque être classé comme prophétique au regard de sa fin avec le cantique de Tobie – de même que le début de celui de Daniel pourrait lui valoir d’être lui « historique ».
N'est-il pas normal que l’Ecriture Sainte soit remplie de miracles et de phénomènes surnaturels, vu ce qui fait son objet et sans oublier qu’il s‘agit d’un condensé qui précisément les a sélectionnés ?
C’est le contraire qui serait anormal !
Nier le miracle de la traversée de la mer Rouge, c’est remettre en cause quasiment l’identité d’Israël et délicat pour un croyant (certains n’hésitent pas pourtant !). Mais nier alors d’autres miracles comme celui-là, cela reste à portée en prétendant que ce n’est pas historique.
D’autant qu’il se trouve que pour d’autres livres (Esther mais surtout Judith) le côté non historique apparait fort et donc semble exclure la réalité du caractère surnaturel (mais il n’y a pas à proprement parler de miracle dans ces livres, sinon celui de la foi d’intervenants, alors qu’un auteur ait extrapolé de certains faits réels pour « construire » une histoire édifiante et significative, en s’appuyant sur les références historiques de son époque et en changeant quelques données, pourquoi pas et pourquoi ne serait-ce pas à ce titre dans le canon de l’Eglise car cette « invention » est en soi historique et éloquente ? )
Pour répondre à cette objection d’historicité, il y a les livres d’Esdras et de Néhémie, dont le cadre historique est on ne peut plus certain, et qui pourtant contiennent des éléments qui obligent à prendre historiquement une option (il y en a plusieurs d’égale vraisemblance, mais aucune sans « incompatibilité » avec une partie du texte ) car « brut de texte » il y a trop malgré tout d’incohérence. Mon avis, c’est que cela oblige à réfléchir beaucoup sur ces textes et y retient une attention qui sinon s’en échapperait sans en avoir retenu d’autres aspects fort riches et essentiels pour la foi, ceux qui donc font qu’ils sont « parole de Dieu ».
3 Enfin, en ce qui concerne l’aspect doctrinal, j’y ai déjà un peu répondu précédemment, mais je vais compléter.
D’abord, la bible ne porte pas toujours de jugement moral sur les faits exposés. C’est même ce qui en fait tout l’intérêt. Condamner un texte parce que « le suicide est justifié et raconté avec des détails fabuleux (2 Macc 14.41-46; Exode 20.13) » est dans ce contexte totalement absurde et il n’y est pas « justifié ».
Un exemple ? Dans la Genèse ! la façon dont Siméon et Lévi (fils de Jacob) vengèrent le viol de leur sœur Dina qui depuis voulait épouser son violeur qui l’avait séduite. Lequel (je vais bientôt pour finir par parler de « portes ») est inévitablement remémoré par l’anecdote où Amnon (fils de David) viole sa demi-sœur Thamar, réalisant ainsi la prophétie de Nathan en ce que c’est le châtiment de David pour son adultère.
En plus, cet extrait des Maccabées correspond dans ce texte à une de ces « portes » par lesquelles un livre renvoie à d’autres livres de l’écriture sainte et invite à la réflexion.
Il y a ainsi dans les textes canoniques pleins de passages qui entrent en résonance avec celui-ci, or loin de rendre ce dernier « artificiel », cela donne plutôt à ce qui le serait sa vraisemblable réalité et pourquoi il a été cité. Je fatigue alors je ne vais pas entrer dans les détails, mais Saül a demandé à son écuyer de le tuer pour éviter de l’être par « ces incirconcis », et d’autres fois un homme l’a demandé ou s’est tué pour qu’il ne soit pas dit qu’il l’aura été par une femme ! Relisez sinon, concernant les « détail fabuleux » la mort de Joram (II chroniques 21) et vous comprendrez qu’ils donnent à réfléchir avec un tel rapprochement, sous oublier toutes les fois pas si nombreuses où « une tour » est intervenue (aussi avec incendie !) dans une mort qui en comparaison fut ou aurait été indigne, etc.
Je m’arrête là. Je suis conscient de n’avoir pas fait que vous apporter des explications, mais aussi de vous avoir rendu perplexe, voire donné le vertige : oui, c’est loin d’être simple de bien comprendre l’Ecriture Sainte, et c’est pourquoi l’Eglise longtemps ne recommanda pas sa lecture à tous, et encore aujourd’hui il est recommandé de le faire après formation ou avec compétence - le contraire de ce que prônent les protestants, et on voit où cela les mène….