par anachorète moderne » sam. 08 juil. 2023, 6:16
Bonjour à tous,
Je dois dire que je suis toujours surpris de voir quasiment tout le monde prôner le désintéressement, particulièrement dans les milieux spirituels, mais aussi dans les milieux " athées " où l'on valorisera son incrédulité par un soi-disant désintéressement que les croyants n'ont pas.
C.S Lewis disait que " servir de façon désintéressée n'est pas la finalité de la vie du chrétien ". Bon, je ne pense pas qu'il était catholique mais je dois dire que j'adhère à ce qu'il dit.
Pour revenir à des sources plus catholiques, je connais les notions de craintes serviles et filiales ou encore de contrition imparfaite et parfaite.
Dans un sens, je comprends bien que quand on aime, on n'est plus dans le don que dans le calcul. Mais dans un autre, quand on aime on désire être plus proche de Dieu... Or si la récompense c'est Dieu lui-même, comment ne peut-on pas désirer ce bien ? " Loin des yeux loin du coeur " ; on désire contempler Dieu quand on l'aime. J'en ai parlé à mon père spi et il est assez d'accord avec moi. Il a aussi ajouté qu'il était peut-être " mal dégrossi " à ce sujet, mais qu'il était plutôt d'accord avec moi.
D'ailleurs il ne nie nullement les récompenses qu'il y aura au ciel... contrairement à beaucoup de ceux qui prônent le désintéressement et qui en arrivent parfois à nier cela, ou ironiquement à dire que seuls les désintéressés méritent ces récompenses.
Bon donc je vais terminer par quelques passage du livre de Pierre Descouvemont " Dieu de Justice ou de miséricorde ? " P 173, 174
La crainte du jugement de Dieu est très présente chez les pères du désert. Quand le démon " lui suggérait les douceurs de la volupté ", Antoine, le père des moines, " se représentait la menace du feu et le tourment du ver [...] L'abbé évagre disait : " souviens-toi toujours de ta sortie et n'oublie pas le jugement éternel, et il n'y aura pas de dissonance dans ton âme. " La crainte du jugement de Dieu est également très présente dans l'enseignement des pères de l'église. Saint Jean Chrysostome détaille les bienfaits qu'elle procure : " Quant à l'enfer, quoi de plus grave ? Mais rien n'est plus utile que sa crainte. Car la crainte de l'enfer nous apporte la couronne du royaume. " Elle chasse nos passions mauvaises et nous aide à développer nos vertus. " Aussi qui vit ne vit pas dans la crainte ne peut bien se conduire et qui vit dans la crainte ne peut pécher. "
S'en suivent des passages où l'on mentionne Saint François d'Assises et Saint Jean de la Croix.
Toujours dans le même livre, p 177 à 179
3.L'amour parfait n'élimine pas complètement la crainte de Dieu. Nous venons de voir que les saints ont toujours estimé normal de ne pas éliminer de leur coeur cette bonne " crainte du Seigneur " si souvent recommandée par l'écriture. Mais alors, comment l'apôtre Jean peut-il affirmer dans sa première lettre que " le parfait amour bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment " ? Nous devons, écrit-il encore, " avoir pleine assurance devant Dieu ", car " si notre coeur venait à nous condamner, Dieu est plus grand que notre coeur. " Et Saint Paul nous rappelle, nous l'avons vu, que nous n'avons pas reçu " un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte, mais un esprit de fils adoptifs qui nous fait écrier " Abba ! Père ! " Que faut-il penser ? Dans leur itinéraire spirituel, les chrétiens pourraient-ils parvenir à une certaine étape où ils auraient le droit et même le devoir de ne plus du tout craindre les châtiments éventuels de Dieu ? Dans le commentaire qu'il fait de la première lettre de saint Jean, Saint Augustin nous suggère une réponse. Il y a, dit-il, une certaine forme de crainte de Dieu qui est une première étape de la vie chrétienne. Elle aide le pécheur à se convertir. Par peur d'être entraîné en enfer, le pécheur se détourne du mal et commencer à mener une vie plus conforme à l'évangile. Le pasteur africain lui donne souvent le nom de crainte servile, mais il ne pense pas que cette attitude soit mauvaise. Bien au contraire ! Cette première forme de crainte de Dieu, écrit-il, " prépare en quelque sorte la place à la charité ". En ce sens, elle est, comme le dit l'écriture, " le commencement de la sagesse " et " mène à la vie " ( Pr 19,23 ), car elle pousse le pécheur à se convertir et à éviter ainsi la mort éternelle. Mais, continue Saint Augustin, il est souhaitable que notre pratique du bien soit motivée par cet amour fervent du Seigneur dont parle l'apôtre Jean et " qui bannit la crainte ". A vrai dire, dans cette seconde étape de sa vie spirituelle, le chrétien a le coeur encore habité par une certaine crainte de Dieu, mais c'est une crainte chaste, dit Augustin. Ce n'est plus la peur d'être damné, mais la peur de perdre Dieu, un peu à la manière de l'épouse fidèle qui s'inquiète à l'idée que son mari pourrait ne pas revenir chez elle par suite d'un accident qui lui serait arrivé sur la route.
Bonjour à tous,
Je dois dire que je suis toujours surpris de voir quasiment tout le monde prôner le désintéressement, particulièrement dans les milieux spirituels, mais aussi dans les milieux " athées " où l'on valorisera son incrédulité par un soi-disant désintéressement que les croyants n'ont pas.
C.S Lewis disait que " servir de façon désintéressée n'est pas la finalité de la vie du chrétien ". Bon, je ne pense pas qu'il était catholique mais je dois dire que j'adhère à ce qu'il dit.
Pour revenir à des sources plus catholiques, je connais les notions de craintes serviles et filiales ou encore de contrition imparfaite et parfaite.
Dans un sens, je comprends bien que quand on aime, on n'est plus dans le don que dans le calcul. Mais dans un autre, quand on aime on désire être plus proche de Dieu... Or si la récompense c'est Dieu lui-même, comment ne peut-on pas désirer ce bien ? " Loin des yeux loin du coeur " ; on désire contempler Dieu quand on l'aime. J'en ai parlé à mon père spi et il est assez d'accord avec moi. Il a aussi ajouté qu'il était peut-être " mal dégrossi " à ce sujet, mais qu'il était plutôt d'accord avec moi.
D'ailleurs il ne nie nullement les récompenses qu'il y aura au ciel... contrairement à beaucoup de ceux qui prônent le désintéressement et qui en arrivent parfois à nier cela, ou ironiquement à dire que seuls les désintéressés méritent ces récompenses. <:
Bon donc je vais terminer par quelques passage du livre de Pierre Descouvemont " Dieu de Justice ou de miséricorde ? " P 173, 174
[b] La crainte du jugement de Dieu est très présente chez les pères du désert. Quand le démon " lui suggérait les douceurs de la volupté ", Antoine, le père des moines, " se représentait la menace du feu et le tourment du ver [...] L'abbé évagre disait : " souviens-toi toujours de ta sortie et n'oublie pas le jugement éternel, et il n'y aura pas de dissonance dans ton âme. " La crainte du jugement de Dieu est également très présente dans l'enseignement des pères de l'église. Saint Jean Chrysostome détaille les bienfaits qu'elle procure : " Quant à l'enfer, quoi de plus grave ? Mais rien n'est plus utile que sa crainte. Car la crainte de l'enfer nous apporte la couronne du royaume. " Elle chasse nos passions mauvaises et nous aide à développer nos vertus. " Aussi qui vit ne vit pas dans la crainte ne peut bien se conduire et qui vit dans la crainte ne peut pécher. " [/b]
S'en suivent des passages où l'on mentionne Saint François d'Assises et Saint Jean de la Croix.
Toujours dans le même livre, p 177 à 179
[b] 3.L'amour parfait n'élimine pas complètement la crainte de Dieu. Nous venons de voir que les saints ont toujours estimé normal de ne pas éliminer de leur coeur cette bonne " crainte du Seigneur " si souvent recommandée par l'écriture. Mais alors, comment l'apôtre Jean peut-il affirmer dans sa première lettre que " le parfait amour bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment " ? Nous devons, écrit-il encore, " avoir pleine assurance devant Dieu ", car " si notre coeur venait à nous condamner, Dieu est plus grand que notre coeur. " Et Saint Paul nous rappelle, nous l'avons vu, que nous n'avons pas reçu " un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte, mais un esprit de fils adoptifs qui nous fait écrier " Abba ! Père ! " Que faut-il penser ? Dans leur itinéraire spirituel, les chrétiens pourraient-ils parvenir à une certaine étape où ils auraient le droit et même le devoir de ne plus du tout craindre les châtiments éventuels de Dieu ? Dans le commentaire qu'il fait de la première lettre de saint Jean, Saint Augustin nous suggère une réponse. Il y a, dit-il, une certaine forme de crainte de Dieu qui est une première étape de la vie chrétienne. Elle aide le pécheur à se convertir. Par peur d'être entraîné en enfer, le pécheur se détourne du mal et commencer à mener une vie plus conforme à l'évangile. Le pasteur africain lui donne souvent le nom de crainte servile, mais il ne pense pas que cette attitude soit mauvaise. Bien au contraire ! Cette première forme de crainte de Dieu, écrit-il, " prépare en quelque sorte la place à la charité ". En ce sens, elle est, comme le dit l'écriture, " le commencement de la sagesse " et " mène à la vie " ( Pr 19,23 ), car elle pousse le pécheur à se convertir et à éviter ainsi la mort éternelle. Mais, continue Saint Augustin, il est souhaitable que notre pratique du bien soit motivée par cet amour fervent du Seigneur dont parle l'apôtre Jean et " qui bannit la crainte ". A vrai dire, dans cette seconde étape de sa vie spirituelle, le chrétien a le coeur encore habité par une certaine crainte de Dieu, mais c'est une crainte chaste, dit Augustin. Ce n'est plus la peur d'être damné, mais la peur de perdre Dieu, un peu à la manière de l'épouse fidèle qui s'inquiète à l'idée que son mari pourrait ne pas revenir chez elle par suite d'un accident qui lui serait arrivé sur la route. [/b]