La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

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Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par cmoi » mer. 02 nov. 2022, 8:38

Trinité a écrit : dim. 30 oct. 2022, 15:00 Merci cher c moi pour cette réponse bien étayée ; :)
Je vous remercie pour votre appréciation et me permettrai d’ajouter certaines choses qui ne viendront pas étayer, mais comme des extensions.

A ceci : « Certes, ici- bas la souffrance peut être injuste, mais pas dans l’au-delà. Et quand elle l’est ici-bas, elle nous permet d‘acquérir du mérite.» J’ajouterai que ce n’est jamais une raison pour en provoquer afin d’obtenir du mérite, que ce soit sur soi-même ou un autre. Et en deviendrait-elle pour cela « juste ».
En revanche, certaines choses sont vues comme des souffrances (et du coup refusées) qui sont en fait des guérisons. Ainsi, le rebouteux qui remet une entorse fait mal, et si le « patient » en refuse cet « accompagnement » et se cabre, il empêche la guérison et parfois aggrave le mal. Ces souffrances-là sont pourtant mieux que « justes » : elles réparent !
Beaucoup s’endurcissent et persévèrent dans le mal pour ne pas les connaitre - à commencer par le repentir qui parfois précède et doit suivre l’aveu, qui seul permet une vraie libération car la réconciliation, et sans quoi la honte ou la culpabilité ont beau être refoulées, elles font un mal et un handicap qui relèvent d’une souffrance d’avertissement, et s’accompagnent de mensonge.

A ceci : « Il y a aussi d'autres façons de nous éprouver (nuits de la foi, tentations, etc.) » je voudrais ajouter la malchance, et d’autres sortes d’épreuves, les défauts que nous avons (physiques, de caractère, de manquer de certaines capacités, etc.) qu’il faut combattre et pour cela accepter. Bref, il arrive que nous éprouvions de notre chef des souffrances qui y soient liées, mais c’est par manque de sagesse uniquement et commettre une injustice envers Dieu.

Un dernier point, important, par rapport à la justice : si la souffrance n’existait pas ici-bas, les damnés pourraient sans doute à juste titre se plaindre de n’en avoir pas été avertis, d’un manque d’équité, d’une trahison. Cela va plus loin que le discours de la parabole du riche et de Lazare.
C’est tout à fait expérimental et cela ne les a pas « retenus » de faire le mal ni de récidiver !

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Fée Violine » lun. 31 oct. 2022, 14:43

Bon voyage et bon anniversaire, Trinité ! :)

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Trinité » dim. 30 oct. 2022, 15:00

Merci cher c moi pour cette réponse bien étayée ; :)

J'en profite pour faire un rapide aparté .

Je pars demain matin à Rome avec ma (dernière...) soeur, de 89 ans pour une semaine , voyage offert pour mes 80 ans, par mes enfants et mes proches...
Je ferai une petite prière pour tous les membres du forum , pour que : l'Esprit Saint nous éclaire dans nos dialogues, dans le respect et les convictions de chacun d'entre nous , et avec le souci de ne pas peiner nos frères... :)

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par cmoi » dim. 30 oct. 2022, 7:10

Cher Trinité,
la réponse à la question de départ étant donnée et ayant atteint le consensus pour ce qui nous concerne « nous », il est temps de l’aborder encore pour ce qui concerne Dieu lui-même et par rapport à lui et son dessein.
Il se trouve que la souffrance existe, qu’elle est la conséquence du péché. Dans la Genèse, quand Dieu énonce ce qui en suppose, il ne la présente pas tout à fait comme étant de sa volonté, mais comme le fruit de règles fixées antérieurement - bien sûr par lui, et qu’il assume. Et il ne viendrait à l’idée de personne de suggérer qu’il bluffe ou les invente.
Nous pouvons penser que Dieu avait le choix d’autres alternatives, aussi bien au moment de la création qu’après la chute, mais ce qu’il en ressort, c’est qu’il était pleinement impliqué et qu’il en a décidé ainsi en accord avec lui-même.
Ne pourrait-on alors considérer que tout ce qui existe est nécessaire, dans le fait qu’à chaque fois qu’il fit quelque chose, Dieu jugea que « c’était bon ». D’une nécessité qui entre dans le mystère de Dieu et n’en ressort qu’en partie, peut-être, mais nécessité. Et comme c‘est par amour que Dieu a créé, y voir de l’amour est « obligé », même s’il faut pour cela nous mettre dans le contexte de son usage.
Si Dieu l’utilise pour ses châtiments, ne lui est-elle pas nécessaire et n’est-ce pas en partie au moins ce pour quoi elle existe ? La Bible défend (prône, n’interdit pas…) l’usage du châtiment corporel dans le cadre de l’éducation d’enfants récalcitrants. Si d’autres méthodes sont meilleures, quel recours sinon quand elles échouent ? Cela étant, dans quels cas avons-nous le droit nous d’en faire usage, sinon quand Dieu nous aurait délégué son autorité ou par légitime défense -car sinon toute agression et cela en serait une, est péché.
Certes, ici- bas la souffrance peut être injuste, mais pas dans l’au-delà. Et quand elle l’est ici-bas, elle nous permet d‘acquérir du mérite.

Je suppose que l’on pourrait reformuler votre question de départ par rapport à la notion de justice, comme vous venez effectivement de le faire en abordant la question de la souffrance des justes, en ce que les concernant cette souffrance n’aurait vraiment rien de nécessaire, tandis que pour les autres, son côté désagréable les inviterait à se convertir. Nous parlons bien de la vie ici-bas, où le but étant la conversion, non le châtiment strict, elle n’est nécessaire que si nous manquons d’amour et de stimulations « positives » sur nous efficaces.
Je sais bien qu’une vision « puriste » de la doctrine n’y voit aucun mérite en soi, aux souffrances injustes, si n’y entre pas les vertus théologales, mais ce « concept » a une limite. L’Eglise reconnait bien désormais qu’il est possible d’être sauvé sans lui appartenir, à certaines conditions, or difficile d’imaginer que ces souffrances injustes n’y seraient pas pour quelque chose, même, voire surtout, sans baptême.
Pour les saints, il faudrait connaitre « le mot de la fin » concernant la réversibilité des mérites : leurs souffrances iraient-elles jusqu’à pouvoir sauver des mourants dans l’impénitence finale ? (Nous sommes presque ici en train de traiter très concrètement la question d’un enfer pouvant être vide !) Et sinon ?

Si la souffrance n’était pas nécessaire, comment justifier l’enfer ? Elle est de toute évidence liée à la justice. Je crois même qu’elle est plus que nécessaire, qu’elle a une autre qualité plus subtile et je ne parle pas de sa capacité à nous aider à nous convertir ou à avoir une action rédemptrice.

Quand il est dit que c'est la foi qui nous sauve, or elle est une grâce et elle est gratuite, oui cela devrait nous être rassurant et y suffire. C'est à accroître celle-ci que nous devons nous atteler, non à souffrir. La nécessité dont nous parlons ici, c'est une façon d'adorer Dieu à travers son oeuvre, d'en reconnaitre le mystère et de devoir lui faire confiance quant à l'usage qu'il en fera - de la souffrance. N'a-t-il pas répété qu'il n'éprouverait jamais personne au-delà de ses capacités (joug léger, etc.), et que même, à cause de quelques justes, le temps (voire l'intensité) des épreuves sera réduit ?
S'il vous semble qu'il ne vous a pas autant éprouvé que d'autres (ce qui n'a rien de certain, car la souffrance n'est pas le seul facteur), vous n'avez qu'à l'en remercier et vous en réjouir : il prendra le reste en charge, pourvu que vous l'adoriez. Il préfère votre sourire à la grimace d'un qui peine sous une croix qu'il pourrait porter plus "galamment"!

Elle a vraiment un lien avec l’amour. Il y a souffrance quand on s’en éloigne, certes, et elle est négative (même si on peut provisoirement la voir ici-bas de façon très positive et y trouver plein d’avantages, ne pas la ressentir, comme vous l’avez écrit à Perplexe, au point qu'en majorité, les âmes s'accrochent à de faux biens (qui les feront bien plus souffrir mais ils ne s'en sentiront pas responsables !) par peur de les perdre au lieu de se lancer dans l'aventure du grand amour divin) mais il y a aussi souffrance quand on s’en rapproche et qui est d’un autre ordre.
Pas que par humilité ou obéissance, repentir, etc.

Je pense que c’est lié au fait que l’amour est infini alors que nous, non. Nous avons eu un commencement. Quelque chose nous manquera toujours dans notre amour, car l’amour suppose et demande l’égalité.
Il faut l’oser reconnaitre, même si la qualité de l’autre est telle que cela nous le ferait oublier, cet « oubli » est égoïste et ne peut satisfaire l’amoureux. Nous entrons là dans un cercle vertueux, et ce sont nos péchés qui nous empêchent d’y entrer, et nous ne devrions avoir d‘autre hâte que de nous en débarrasser pour y entrer, c’est un puissant moteur issu de la contemplation pour quitter les liens de la concupiscence et d’autres attraits.
(Beaucoup jugent que c’est impossible ici-bas, ils oublient la fameuse parole concernant un aventurier des expéditions polaires : « s’il avait su que c’était impossible, il ne l’aurait jamais fait ». Ils resteront où ils en sont, tant pis… Même dans la religion les grands aventuriers, les grands amants donc, furent d’abord des rêveurs qui se donnèrent les moyens de réaliser leurs rêves. La vraie motivation manque trop souvent ! )

Voilà comment y donner un sens mystique, il me semble… Car l’amour veut la fusion avec l’aimé, et sans arrêt se dépasser. Qui a pu porter les lèvres à cette souffrance (qui peut paraître abstraite à beaucoup, du bluff, imaginaire, légère (ou trop énorme)… mais c’est qu‘ils sont encore pris dans d’autres rets) ne l’oubliera plus et saura la retrouver, il saura traverser et dépasser toutes les autres qui lui seront très inférieures, presque superflues, indifférentes, sans qu’elles aient pour autant perdu leur aspect sensible. Elles sont des « jeux » par lesquels éprouver l’amour qui en triomphera et s’en réjouit d’avance.
Etant donné l’état de fermeture à la grâce de beaucoup de contemporains, l’apostolat le plus effréné a des limites pour exprimer l’amour que nous portons à Dieu et qui a besoin de stimulation, alors il ne reste plus que la souffrance, ou… l’absence totale de tout stimulant qui en est une autre, d’un autre genre.
N'est-il pas normal que l’amour de Jésus pour nous puisse vouloir « varier les plaisirs » !
Bon dimanche et merci d’avoir répondu à ma sollicitation.

PS par rapport à votre besoin d'être "rassuré" , je dirai encore qu'il faudrait plutôt aborder la question sous l'angle de la qualité de la souffrance. Sans du tout entrer dans le sado-maso, n'avez-vous donc jamais éprouvé qu'une souffrance pouvait être agréable, que certaines grandes joies ressemblent fort à une souffrance, et que le même motif de souffrance, avec l'expérience et la maturité, peut sans cesser d'être ce qu'il est ni de devenir plus précis dans ce qui en fait un motif grave par exemple d'injustice, transformer celle-ci et la rendre acceptable d'autant plus qu'elle est inacceptable, de par notre meilleure capacité à l'endurer et la connaitre ? En progressant, nous devrions souffrir de moins en moins pour nous-même, même si nous sommes concernés, et cela seul suffit à l'expliquer sans atténuer la souffrance, mais cela la transforme.
Je devrais plutôt dire "nous" transforme et c'est en quoi il peut être difficile de le comprendre pour ceux qui n'ont pas été transformés, que le profit qui s'en retire compense largement la souffrance !
Certains n'ont pas besoin de souffrance pour être "transformés", et même certaines qualités d'âme ne peuvent se développer que sans souffrance : vous avez bien raison d'évoquer sa parole dans Jean sur "plusieurs demeures". Ainsi entre-t-il pas mal d'humilité dans votre constat personnel...
Il ne faudrait pas dévoyer la notion de mérite rattaché à la souffrance et en éprouver une sainte jalousie n'est pas de mise. La souffrance n'a pas l'exclusivité du mérite et si Dieu y recourt, même si elle lui est certes nécessaire, ce n'est jamais de gaité de coeur (le penser serait l'offenser) par conséquent on peut même considérer qu'il puisse "préférer" celui qu'il aura pu "dispenser" de ce mérite (propos rejoignant ceux de la petite Thérèse ). Il y a aussi d'autres façons de nous éprouver (nuits de la foi, tentations, etc.)

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Trinité » sam. 29 oct. 2022, 22:24

Bonsoir à tous.

Il me semble comme il a été dit par la majorité des intervenants, que la souffrance n'est pas nécessaire mais inévitable.
Comme le souligne Kerygme, DIEU n'est pas masochiste.
Le problème sont les révélations faites par les mystiques et les grands saints , à qui DIEU aurait demandé de souffrir pour racheter les âmes...
Leur mission sur cette terre, serait la résultante de leur engagement pour racheter les âmes, à l'instar du Christ .
Du coup, se pose l'interrogation du sort réservé aux personnes qui souffrent peu dans leur vie, et qui ne sont pas responsables de cet état de fait...

Il y a une phrase de Jésus qui me rassure.
Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon père...à chacun sa croix...

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Trinité » sam. 29 oct. 2022, 21:51

Perplexe a écrit : jeu. 27 oct. 2022, 17:23



Mais il y a ces autres circonstances où il me semble que la souffrance soit nécessaire. Si par exemple notre condition de pécheur ne nous valait aucune souffrance, aurions-nous conscience de celle-ci ? Nous pourrions le savoir intellectuellement sans y mêler d'émotions comme la culpabilité, le besoin de se repentir, de se confesser !
Bonsoir Perplexe.

Il me semble que notre condition de pécheur n'occasionne aucune souffrance...
Du moins, en ce qui me concerne lorsque j'étais loin de Dieu , je n'éprouvais aucune souffrance... aucune notion du bien et du mal...Dieu était aux abonnés absents...
En ce sens, le malin et comme son nom l'indique à cette faculté de cacher le mal que l'on fait par nos actes , et justifie même nos actions mauvaises en nous donnant des explications rationnelles suivant les cas de nos agissements... ;)

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Perplexe » jeu. 27 oct. 2022, 17:23

Jean-Mic a écrit : jeu. 27 oct. 2022, 9:57
Perplexe a écrit : sam. 22 oct. 2022, 8:52Il me semble Jean-Mic que vous associez souffrance, mal et malheur. L'on peut souffrir sans cela.

Je profite pour rappeler que la douleur est liée au corps et la souffrance à l'esprit ou psychisme. La souffrance comporte une grande part de subjectivité, d'où la possibilité de souffrir d'aucun mal ou malheur objectivement.

...
Je vais alors proposer la thèse contraire à la vôtre : la souffrance est nécessaire !

Pourquoi une chose (comme la souffrance) pourrait-elle exister sans qu'elle puisse posséder aucune nécessité pour nous ?
Prenons un exemple dans l'actualité : ce que vivent les parents et les proches de la petite Lola est bien d'une indicible souffrance, non ?

Deux questions se posent alors :
- En quoi cette souffrance est-elle "nécessaire" ?
- Aux parents, que direz-vous ?

Question subsidiaire :
- Dieu les atteindra-t-il dans cette souffrance ? Nous pouvons tous le souhaiter, et prier pour cela. Mais Dieu seul sait la réponse qu'eux y donneront.

Ce qui est certain, je pense que nous serons d'accord là-dessus, c'est que ce n'est pas Dieu qui la leur impose. Mais en cette matière, je redis ce que j'ai laissé entendre plus haut. Nul ne peut (et ne doit) parler de la souffrance autrement qu'en témoignant de ce qu'il a
vécu et de ce qu'il en a (ou pas) tiré, et ... toujours au passé !
J'ai évoqué la souffrance comme nécessaire du fait qu'elle existe ontologiquement et que si elle était superflue, elle aurait disparue. Ensuite, je vous l'accorde, elle n'est pas nécessaire à éprouver au moins en certaines circonstances qui m'apparaissent relever d'un rapport à soi-même déjà en souffrance, selon mon vécu.

Mais il y a ces autres circonstances où il me semble que la souffrance soit nécessaire. Si par exemple notre condition de pécheur ne nous valait aucune souffrance, aurions-nous conscience de celle-ci ? Nous pourrions le savoir intellectuellement sans y mêler d'émotions comme la culpabilité, le besoin de se repentir, de se confesser ! Mes faibles connaissances me laissent penser aussi que Jésus à souffert pour nous racheter. Mais je veux bien qu'on me rectifie si je me trompe.

J'ai parlé du rapport entre souffrance et sensibilité. La souffrance ressentie nous aide dans notre jugement sur nos actes qui ne sauraient être exclusivement logiques et rationnels.

De même, une souffrance que je qualifie d'utile favorise la purification des passions. J'en ai fait l'expérience dans une situation où, comme pour les parents de Lola, ma souffrance ressentie était tellement emplie de culpabilité, d'impuissance , d'incompréhension, que j'ai vécu un processus de dégagement qui m'a libéré de ma propre souffrance arbitraire que je m'étais construit (un rapport à moi-même en souffrance). C'est pour cela que je parle de souffrance utile et inutile. Celle utile engendre dans mon cas une guérison parce que j'ai souffert que d'autres souffrent à cause d'un drame. Je vous accorde alors que la souffrance se rapportant à nous-mêmes rejoint il me semble une attitude égocentrique où là la souffrance n'est pas nécessaire et même pernicieuse. A vrai dire, merci pour votre questionnement "Dieu les atteindra-t-il" ? Pour ma part c'est à partir de ce drame que je me suis tourné vers Dieu en vivant la crainte de Dieu. Ma vie a alors complètement changé à partir d'une souffrance que je ne pouvais résorber en moi-même.

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par prodigal » jeu. 27 oct. 2022, 11:30

Il suit de là qu'aucune souffrance n'est absolument nécessaire. :D
Mais, pour autant, la souffrance en général est inévitable, et en ce sens nécessaire, puisqu'il est impossible de ne pas souffrir.

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Jean-Mic » jeu. 27 oct. 2022, 9:57

Perplexe a écrit : sam. 22 oct. 2022, 8:52Il me semble Jean-Mic que vous associez souffrance, mal et malheur. L'on peut souffrir sans cela.

Je profite pour rappeler que la douleur est liée au corps et la souffrance à l'esprit ou psychisme. La souffrance comporte une grande part de subjectivité, d'où la possibilité de souffrir d'aucun mal ou malheur objectivement.

...
Je vais alors proposer la thèse contraire à la vôtre : la souffrance est nécessaire !

Pourquoi une chose (comme la souffrance) pourrait-elle exister sans qu'elle puisse posséder aucune nécessité pour nous ?
Prenons un exemple dans l'actualité : ce que vivent les parents et les proches de la petite Lola est bien d'une indicible souffrance, non ?

Deux questions se posent alors :
- En quoi cette souffrance est-elle "nécessaire" ?
- Aux parents, que direz-vous ?

Question subsidiaire :
- Dieu les atteindra-t-il dans cette souffrance ? Nous pouvons tous le souhaiter, et prier pour cela. Mais Dieu seul sait la réponse qu'eux y donneront.

Ce qui est certain, je pense que nous serons d'accord là-dessus, c'est que ce n'est pas Dieu qui la leur impose. Mais en cette matière, je redis ce que j'ai laissé entendre plus haut. Nul ne peut (et ne doit) parler de la souffrance autrement qu'en témoignant de ce qu'il a
vécu et de ce qu'il en a (ou pas) tiré, et ... toujours au passé !

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par cmoi » jeu. 27 oct. 2022, 6:11

Pour reprendre le sujet de départ, il me semble que la réponse théorique est facile :
  • Ce qui est nécessaire pour aller au ciel c’est le mérite
    Comme le mérite peut s’acquérir par des prières, la pratiques des œuvres de miséricorde, etc., bref des choses qui ne supposent a priori aucune souffrance
    La souffrance n’est pas nécessaire.
Néanmoins, en vivant un peu longtemps une vie chrétienne, on tombe sous le couperet de plusieurs annonces de Jésus.
2 suffiront (Jen 15 : 20 ; Jean 16 : 2)
  • « il n’y a pas de serviteur qui soit plus grand que son maître : ceux qui me persécutent, ils vous persécuteront aussi »
    « il viendra un temps où tout un chacun pensera que vous tuer, c’est une offrande de choix à présenter à Dieu. »
Par conséquent en admettant même que nous soit accordée la grâce d’une vie « naturelle » sans douleur ni souffrance, il y en aura du fait du devoir missionnaire du chrétien. Et en provenance en particulier de ceux qui sont « autrement croyants » et même et surtout qui se disent évidemment chrétiens !
N’est-il pas venu pour « apporter le glaive » et diviser (Mathieu, 10 : 34-39) ?

Tout comme d’autres ici, j’y suis allé de mon petit couplet sur la souffrance non nécessaire mais inévitable, et de l’attention à celle d’autrui. Il n’empêche que :
Certaines pratiques sado-maso le révèlent, la souffrance permet d’optimiser le délice. La joie :plaisir de bouger, par exemple par le sport, est de courte durée : vient ensuite la souffrance. Mais en s’entrainant et assumant cette souffrance, avec le temps, on finit par prolonger la durée de la joie/plaisir et surtout l’intensifier.
N’est-ce pas là un avant-goût de ce qui attend au ciel ceux qui auront « assumé » ces souffrances « pour le Christ » ? N’est-ce pas pourquoi les saints les recherchaient et ne devons-nous devenir des saints ?

La souffrance est donc bien enviable, désirable, heureuse et source de joie chrétienne ! (Mathjeu, 5: 11-12)
Les saints s’inquiétaient d’en éprouver moins, comme d’un signe d’abandon par Jésus…
Et si Jésus leur « en donne », n’est-ce pas pour qu’au ciel, leur délice soit suractivé et intensifié ?

Je ne suis pas certain que ces douleurs/souffrances provoquées par une vie naturelle méritent la compassion, je veux dire une compassion qui relève de la charité et qui ne soit pas plutôt, comme Kérygme l’effleure, se mettre à leur place et penser à soi, voire « regimber sous l’aiguillon ».
D’ailleurs la vraie compassion de charité suppose d’apporter une aide et très souvent elle est impossible ou inutile et stérile (souffrir de la souffrance de l’autre ne le soulage en rien, au contraire, nous savoir heureux et sans souffrance lui ferait plus de bien). Il nous faut en premier accepter cette impuissance dans toutes ses conséquences, et ne pas nous débarrasser de la souffrance de l’autre en lui offrant un narcotique.
Quand il s ‘agit d’autrui sans doute cela peut-il relever d’une bonne intention, mais à condition de respecter sa volonté.
Or Jésus n’y a pas consenti et a refusé le narcotique, et il est notre modèle.
Il ne s’agit pas de refuser par exemple une péridurale (quoique…), mais je pense que derrière cette attitude contemporaine peut se cacher bien des choses dont certaines peu chrétiennes.
[+] Texte masqué
J’ai été opéré de la cataracte 2 fois (2 yeux !). Ce qui se fait sous anesthésie locale et qui suffit largement : on ne sent rien ! Mais pour éviter « le stress » du patient, et qu’il ait un comportement perturbant, on le shoote quand même « un peu beaucoup » pour « qu’il se sente bien » (on se croirait dans une fumerie d’opium).
Cela permet à un anesthésiste de toucher au passage une coquette somme, car sans quoi on n’aurait besoin de lui qu’en cas rarissime de problème.
J’ai refusé mais on m’a fait comprendre que … Je n’ai pu obtenir (liberté quand même… j’ai dû insister comme quoi ceci et cela et dû être assez convainquant ) qu’une réduction de la dose. Et je me suis demandé pourquoi on ne me permettait pas de rentrer chez moi juste après (vivant seul et n’ayant voulu déranger personne pour venir me chercher).
La seconde fois, l’anesthésiste étant plus pugnace, j’ai cru qu’en feignant que j’étais déjà très cool et très bien je le convaincrai mieux. Il a cru que j’appréhendais et m’a donné la dose habituelle…. Et j’ai été « vaseux » pendant plusieurs jours, ce qui m’a fort déplu et contrarié, sans parler de ce produit inoculé que j’ai ressenti comme un viol. Je n’aurais pu en effet « rentrer chez moi de suite ». Et j'ai dû user de mes connaissances en naturopathie pour résorber le mal

Une personne qui connait bien son corps et maîtrise ses émotions en toute quiétude, bref une personne normale, n’a nullement besoin de cette aide qui lui fait en fait du mal !
Et quand bien même j’aurais « souffert », j’aurais de beaucoup préféré souffrir et me rapprocher ainsi de Jésus ! Un dentiste un peu sadique avait senti cela chez moi (vu le temps que je mettais à venir le consulter quand j’avais eu des douleurs dont il connaissait par profession l’intensité et les réactions habituelles) et du coup avait joué à me « tester ». Je l’ai gardé comme attitré longtemps, mais il a fini par se calmer et cela m’a fait penser à « faire mille pas avec celui qui en demande 10 » et j’en ai pu apprécier le résultat.
Par ailleurs, une bonne partie de nos souffrances proviennent de nous, de notre manque d’éveil spirituel.
Et nous nous accrochons à elles (singeant le saint) par ce qu’elles nous protègent d’une sorte d’épreuve de vérité, et nous refusons d’en être débarrassés et nous y accrochons.
Cette attitude certes inconsciente ne mérite pas la compassion, mais l’audacieuse agression (oui) de la correction fraternelle. De la manière même dont Jésus en usa à maintes reprises dans les évangiles et en en sachant les conséquences !
Bien sûr, une personne qui n’est pas « en demande » n’ira pas chez le psy, mais l’attitude chrétienne n’est pas alors de « la laisser tranquille » à moins qu’elle le demande (mais cela peut remettre en cause la relation si elle n'est pas "nécessaire" par obligation (collègue, famille...)), or entrer de sa part en conflit n’est pas le demander, mais révéler la justesse d’une analyse critique.
(Bien sûr, il y a toujours la possibilité aussi de l'erreur ou du mensonge, et la vérité ne triomphe pas toujours si aisément... )
Si cela se fait entre 2 personnes ainsi souffrantes mais dont la justification des maux s’oppose, cela peut aller loin et être interminable, cela l’est déjà avec une personne désintéressée, charitable et habile, car il y a des résistances au changement qui pourtant serait guérisseur.
Quand la résistance est trop forte, la préconisation du Christ est sans appel (bien qu’il faille faire mille pas avec qui nous en demande 10…) : il faut traiter cette personne comme le publicain, autrement dit l’abandonner à son sort et ne plus s’en préoccuper.
De fait, sa souffrance est malsaine et nous perdons notre temps avec elle.
Perplexe a écrit : mar. 25 oct. 2022, 9:46 C'est alors plutôt le rapport négatif à soi-même qui fait souffrir que l'histoire douloureuse que l'on puisse porter.
C'est en effet quelque chose comme cela... Sachant que vous avez probablement voulu écrire, et je le précise pour que le sens de mon appropriation soit clair : "C'est alors le rapport négatif à soi-même qui fait souffrir plutôt que l'histoire douloureuse que l'on peut porter quelle qu'elle soit". Ou "quelle que soit l'histoire douloureuse que l'on puisse porter, c'est alors plutôt..." il arrive que plusieurs idées se télescopent trop vite et aboutissent à cette synthèse formellement incorrecte mais si éloquente...

Pensons à Luc (4-42) :
« Les foules le cherchèrent et allèrent jusqu’à lui, l’encerclant pour qu’il ne puisse leur échapper mais reste auprès d’elles. »
La veille il venait de guérir tous les souffrants qui se présentaient. Il n’y en avait par conséquent plus, ou que de ces « mauvaises souffrances ». Ces foules qui voulaient le garder sous la main, probable qu’elles étaient de celles à dire « mon seigneur à moi » mais à ne pas faire ce qu’il disait et appliquer son enseignement. Sans quoi elles n’auraient plus eu besoin de lui.
Et elles lui reprocheront sans doute d’être un théologien sans charité, ou fou, excessif !

Nous retrouvons cela chez Jean avec ces foules qui « voulaient le faire roi » et qui provoquèrent sa fuite (multiplication des pains, chapitre 6). Souvent Jésus fuira… et on l’en maudira sûrement ! Encore cette histoire de « signe », comme s’ils n’en avaient pas suffisamment ! Ceux de Nazareth ne voulurent-ils pas le tuer de ce qu’il n’aura pas fait pour eux assez de miracles..
Or c’était parce qu’ils manquaient de foi !

Conclusion : la réponse à la question ici posée se trouve bien dans la foi et permet d'en mesurer l'aloi.

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Toi le tout petit » mer. 26 oct. 2022, 23:00

  • Un incontournable de notre condition humaine...

    Notre société contemporaine a raison de vouloir éliminer la souffrance, ou du moins la soulager : c’est ce qu’a fait le bon samaritain de l’Evangile, il est le modèle choisi par Jésus pour concrétiser l’amour du prochain. Aimer les autres, c’est en particulier soulager leurs souffrances. Mais il faut être réaliste, cela ne supprimera pas la souffrance. Elle une composante de notre condition et nous sommes ou nous serons tous confrontés à la souffrance avant de connaître la mort. Comment vivre cela ?

    Jésus n’y échappe pas...

    L’Evangile de Jean est impressionnant sur ce point : Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a envoyé son Fils pour qu’Il aime jusqu’au bout. « J’aime le Père… je vous ai aimés… ». Et Jésus n’a pas évité ce qui nous angoisse tant : la souffrance et la mort. Au lieu de les supprimer, il les a « fécondées » en en faisant le lieu de son plus grand amour, pour le Père et pour nous. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique (n. 2606) commente ainsi le dernier « grand cri » de Jésus quand « Il expire en livrant son esprit » : « Toutes les détresses de l'humanité de tous les temps, esclave du péché et de la mort, toutes les demandes et les intercessions de l'histoire du salut sont recueillies dans ce Cri du Verbe incarné.

    Le Père lui répond...

    Voici que le Père les accueille et, au-delà de toute espérance, les exauce en ressuscitant son Fils » et en nous unissant à Lui dans l’espérance de notre propre résurrection. Dans sa souffrance et dans sa mort vécues jusqu’à l’extrême de l’amour pour son Père et chacun de nous, Jésus présente au Père toutes les détresses de l’humanité. Ces détresses, présentées par le Christ, sont accueillies par le Père qui les retourne en don de l’Esprit dès aujourd’hui et en promesse de résurrection pour demain. C’est là notre espérance, c’est là aussi notre mission […] de s’unir au Christ pour présenter au Père « toutes les détresses de l’humanité » et obtenir que l’Esprit renouvelle la face de la terre.

    https://jardinierdedieu.fr/article-il-a ... 18846.html

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par nicolas-p » mar. 25 oct. 2022, 9:48

la souffrance est elle nécessaire?:
voici un article

https://www.cairn.info/revue-lumen-vita ... ge-283.htm

conclusion: : la souffrance est-elle une porte pour le ciel ? oui et non

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Perplexe » mar. 25 oct. 2022, 9:46

Pour faire écho à votre approche de la souffrance, cmoi, j'ai parlé ce matin dans un autre sujet de mon expérience de la catharsis et qui rejoint totalement votre idée qu'il n'y a pas que le chemin des mots (psychothérapie) pour changer son rapport à la souffrance.

Un traumatisme conduit à être "hors de soi" selon ce qu'en disent les personnes traumatisées. J'ai constaté que la catharsis fulgurante que j'ai vécue était "un retour à soi-même" et que mes expériences de l'extase, quant à elles, signifiaient la capacité à être "hors de soi-même" mais d'une manière saine.

C'est la démonstration qu'il n'est pas nécessaire de recourir à la psychothérapie et l'expression de sa propre souffrance pour en quelque sorte expliquer des faits et s'en soigner.

C'est alors plutôt le rapport négatif à soi-même qui fait souffrir que l'histoire douloureuse que l'on puisse porter. Avec le processus dont je parle cela se passe sans mot, c'est une émotion puissante qui surgit en nous.

Si effectivement la douleur (du corps) avec le temps fait souffrir et que réciproquement la souffrance, par la somatisation, met le corps en douleur.

Kergyme apporte également un argument intéressant quant à l'écoute de la souffrance de l'autre sans nécessairement chercher à la rationaliser.

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Toi le tout petit » mar. 25 oct. 2022, 9:29

Tout à fait, Kerygme,

De plus, l'expérience des uns n'est pas l'expérience des autres.

En effet, cette incompréhension dont vous faites mention, ne fait que rajouter de la souffrance à la souffrance.

Re: La souffrance est-elle nécessaire pour accéder au paradis ?

par Kerygme » mar. 25 oct. 2022, 8:24

Un petit complément, plus pragmatique, qu'il ne faut pas perdre de vue quand on est confronté à la souffrance d'autrui : devant elle on s'efface, on se fait simplement présence réconfortante.

Car devant cette souffrance la plupart des personnes réagissent - avec bienveillance - en voulant proposer leurs solutions, ce qui n'est souvent que source d'une souffrance supplémentaire : celle d'être incompris dans sa propre souffrance.

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