par prodigal » lun. 22 nov. 2021, 11:09
Cher Gaudens,
je pense qu'il faut éviter les procès d'intention. Avant de juger la valeur des écrits de madame Denise Couture il me semble normal de se renseigner un peu, d'une part, et de postuler avec bienveillance que cette personne inconnue de moi ne dit peut-être pas forcément n'importe quoi.
Vous avez pris le soin de citer la phrase qui vous gêne. Je vous en remercie, cela paraît de bonne méthode pour qui souhaite une discussion de bonne foi. La revoici : " La théologie vise désormais une analyse de la façon dont les personnes spirituelles se comprennent elles-mêmes en tant que telles. "
Si cela vous agrée, je veux bien concéder que cette phrase est écrite dans un style qui me déplaît fortement, une sorte de langue de bois cléricale qui n'est pas de mon goût, et j'abhorre en particulier le "désormais" qui veut nous faire croire qu'une révolution extraordinaire s'est produite récemment en théologie, voire que l'ancien serait caduc. Mais peu importe. Encore une fois, évitons les procès d'intention. Admettons la forme, et voyons le fond.
Il y a deux dimensions dans cette phrase que vous avez reproduite. La première n'est pas développée mais esquissée. Une certaine manière de faire de la théologie, sans doute sous la forme d'une scolastique abstraite et desséchante, ne passe plus aujourd'hui, en raison de la déchristianisation. Ce pourrait être l'amorce d'une discussion. A vrai dire, ce point m'intéresse assez peu, je le trouve très idéologique, mais peu importent mes goûts.
La seconde est d'indiquer ce que la théologie peut être d'autre que cette vieille et vaine scolastique implicitement mais fermement rejetée par notre théologienne. Mme Denise Couture nous propose un autre style, inspiré (c'est ce que je comprends) de la phénoménologie, et qui a le mérite de faire sens.
Ce qui caractérise cette "nouvelle manière" c'est, comme vous le relevez, d'être centrée sur le sujet humain, mais pas du tout, contrairement à ce que vous craignez, dans l'oubli de Dieu, mais bien au contraire dans l'étude descriptive de la relation à Dieu. Cette démarche intègre nécessairement les formes de spiritualité non chrétiennes, ne serait-ce que parce que la question se pose, de savoir quelles sont les ressemblances et les différences vécues entre une spiritualité chrétienne et une spiritualité non chrétienne et sur la relation à Dieu que cela implique. Les contenus dogmatiques sont différents, c'est un point acquis (bien qu'il y ait aussi des ressemblances importantes), mais qu'en est-il des intentionnalités? La manière de viser Dieu par la prière est-elle identique chez un chrétien et un musulman (par exemple), ou bien similaire, ou bien totalement différente? Voici un exemple de champ de réflexion théologique qui ne me paraît pas devoir être jeté sur le bûcher par intempérance inquisitoriale.
Ceci dit il y a d'autres points qui peuvent hérisser les poils sensibles dans ce que nous a livrés Cinci, sur le féminisme en particulier, évoqué allusivement. Mais j'ai pour règle de ne traiter qu'une question à la fois, et j'espère vous avoir répondu de mon mieux.
PS : "personne spirituelle" est manifestement employé pour désigner toute personne en chemin vers Dieu abstraction faite de la religion dans laquelle elles font ce parcours. Du point de vue de l'exposé impersonnel des vérités de foi, s'intéresser aux spiritualités non chrétiennes est facultatif. Du point de vue de ce que vit le sujet qui se veut disciple du Christ, cela fait sens.
Cher Gaudens,
je pense qu'il faut éviter les procès d'intention. Avant de juger la valeur des écrits de madame Denise Couture il me semble normal de se renseigner un peu, d'une part, et de postuler avec bienveillance que cette personne inconnue de moi ne dit peut-être pas forcément n'importe quoi.
Vous avez pris le soin de citer la phrase qui vous gêne. Je vous en remercie, cela paraît de bonne méthode pour qui souhaite une discussion de bonne foi. La revoici : " La théologie vise désormais une analyse de la façon dont les personnes spirituelles se comprennent elles-mêmes en tant que telles. "
Si cela vous agrée, je veux bien concéder que cette phrase est écrite dans un style qui me déplaît fortement, une sorte de langue de bois cléricale qui n'est pas de mon goût, et j'abhorre en particulier le "désormais" qui veut nous faire croire qu'une révolution extraordinaire s'est produite récemment en théologie, voire que l'ancien serait caduc. Mais peu importe. Encore une fois, évitons les procès d'intention. Admettons la forme, et voyons le fond.
Il y a deux dimensions dans cette phrase que vous avez reproduite. La première n'est pas développée mais esquissée. Une certaine manière de faire de la théologie, sans doute sous la forme d'une scolastique abstraite et desséchante, ne passe plus aujourd'hui, en raison de la déchristianisation. Ce pourrait être l'amorce d'une discussion. A vrai dire, ce point m'intéresse assez peu, je le trouve très idéologique, mais peu importent mes goûts.
La seconde est d'indiquer ce que la théologie peut être d'autre que cette vieille et vaine scolastique implicitement mais fermement rejetée par notre théologienne. Mme Denise Couture nous propose un autre style, inspiré (c'est ce que je comprends) de la phénoménologie, et qui a le mérite de faire sens.
Ce qui caractérise cette "nouvelle manière" c'est, comme vous le relevez, d'être centrée sur le sujet humain, mais pas du tout, contrairement à ce que vous craignez, dans l'oubli de Dieu, mais bien au contraire dans l'étude descriptive de la relation à Dieu. Cette démarche intègre nécessairement les formes de spiritualité non chrétiennes, ne serait-ce que parce que la question se pose, de savoir quelles sont les ressemblances et les différences vécues entre une spiritualité chrétienne et une spiritualité non chrétienne et sur la relation à Dieu que cela implique. Les contenus dogmatiques sont différents, c'est un point acquis (bien qu'il y ait aussi des ressemblances importantes), mais qu'en est-il des intentionnalités? La manière de viser Dieu par la prière est-elle identique chez un chrétien et un musulman (par exemple), ou bien similaire, ou bien totalement différente? Voici un exemple de champ de réflexion théologique qui ne me paraît pas devoir être jeté sur le bûcher par intempérance inquisitoriale.
Ceci dit il y a d'autres points qui peuvent hérisser les poils sensibles dans ce que nous a livrés Cinci, sur le féminisme en particulier, évoqué allusivement. Mais j'ai pour règle de ne traiter qu'une question à la fois, et j'espère vous avoir répondu de mon mieux.
PS : "personne spirituelle" est manifestement employé pour désigner toute personne en chemin vers Dieu abstraction faite de la religion dans laquelle elles font ce parcours. Du point de vue de l'exposé impersonnel des vérités de foi, s'intéresser aux spiritualités non chrétiennes est facultatif. Du point de vue de ce que vit le sujet qui se veut disciple du Christ, cela fait sens.