par Altior » sam. 11 sept. 2021, 22:16
Yohan a écrit : ↑sam. 11 sept. 2021, 18:35
Bonjour,
Je m'interroge au sujet du moment à partir duquel la réanimation d'une personne devient impossible.
J'ai travaillé quelques années dans le domaine des urgences. On comptait les minutes. Les premiers dix minutes sont essentielles. On considère que les chances d'obtenir une réanimation baissent de 10% avec chaque minute qui passe sans intervenir, de façon qu'après 10 minutes passées la réanimation est déconseillée, car soit elle n'aboutit pas, soit on parvient à réanimer les fonctions vitales, mais pas le "cerveau supérieur". Il s'agit d'estimations et de valeurs moyennes. Car, par exemple, dans un cas de cancer en phase terminale, on n'essaye même pas la réanimation. Par contre, en cas de mort par hypothermie ou même dans le cas d'une hypothermie associée (un noyé, par exemple), on peut réanimer avec succès bien au delà de 10 minutes. C'est pareil dans le cas d'un électrocuté.
Nous savons que la mort repose sur des faits observables. En effet, ce n'est que sur l'observation de certains éléments, de certaines mesures, que nous pouvons juger de la mort d'une personne. Cependant, ces faits observables, sur lesquels s'appuie le jugement, ont varié en fonction des époques et des connaissances en médecine.
Les critères de diagnostic de mort n'ont pas trop varié. La définition chrétienne n'a jamais changé: la mort est la séparation irréversible de l'esprit par rapport au corps. Pour la médecine, pendant des siècles, la mort était la cessation des fonctions vitales (respiration ET battements du coeur). On parlait de "mort clinique" quand cette cessation était réversible. C'est comme ça que j'ai appris aussi. Mais ça c'était...dans le siècle passé.
De plus en plus, de nos jours (mais ça date de trois dizaines d'années au plus) on définit la mort comme mort du cerveau. Pas même, mais du "cerveau supérieur" (=le cortex). Je suis persuadé qu'on a ici encore une influence du lobby des transplants. Il faut savoir qu'on ne peut transplanter qu'on organe vivant (à quelques exceptions près, comme le cas de la cornée et généralement des organes avasculaires). Alors, on ne peut pas dire franchement qu'on découpe des gens vivants pour prélever leurs organes et on préfère les déclarer morts. Parce qu'on ne pouvait pas les déclarer morts selon les anciens critères, on a changé les critères. Vous voyez, la médecine est très pudique (pour ne pas dire hypocrite). On peut trouver facilement pas mal d'autres exemples. Dans les cas tragique où on doit couper un bébé arrivé à la maturité et en voie de naître pour en faveur de son frère jumeau, on appelle ça "embryotomie", quoiqu'il s'agisse, par définition, d'un foetus, car on ne peut pas parler d'embryon à 9 mois de grossesse.
Autrefois, la mort était décrétée par un croque-mort, qui, mordant le défunt et s'apercevant qu'il ne criait pas de douleur, attestait que la personne mordue était vraiment morte. Mais aujourd'hui, nos connaissances médicales prouvent que cette observation est insuffisante pour décréter la mort d'une personne.
Je ne sais pas comment faisaient les croque-morts, mais les médecin ont depuis longtemps l'habitude d'utiliser au moins deux moyens, dont un estime la fonction respiratoire et l'autre la fonction cardiaque. Par exemple, ils utilisent un miroir (pour voir si la buée se forme) et ils écoutent le coeur à l'aide d'un stéthoscope (ou directement).
Au bout du compte, ce sont nos connaissances en médecine qui, évoluant continuellement, permettent de toujours repousser le moment à partir duquel la réanimation d'une personne devient impossible.
À vrai dire, le progrès indiscutable des connaissances en médecine n'a pas trop permis de repousser le moment duquel vous écrivez. La chose qui a été bien améliorée est le pourcentage de réussites de la réanimation. Dans ce sens, l'invention du défibrillateur a été plus décisive que toute autre trouvaille.
[quote=Yohan post_id=440018 time=1631378143 user_id=18106]
Bonjour,
Je m'interroge au sujet du moment à partir duquel la réanimation d'une personne devient impossible. [/quote]
J'ai travaillé quelques années dans le domaine des urgences. On comptait les minutes. Les premiers dix minutes sont essentielles. On considère que les chances d'obtenir une réanimation baissent de 10% avec chaque minute qui passe sans intervenir, de façon qu'après 10 minutes passées la réanimation est déconseillée, car soit elle n'aboutit pas, soit on parvient à réanimer les fonctions vitales, mais pas le "cerveau supérieur". Il s'agit d'estimations et de valeurs moyennes. Car, par exemple, dans un cas de cancer en phase terminale, on n'essaye même pas la réanimation. Par contre, en cas de mort par hypothermie ou même dans le cas d'une hypothermie associée (un noyé, par exemple), on peut réanimer avec succès bien au delà de 10 minutes. C'est pareil dans le cas d'un électrocuté.
[quote]Nous savons que la mort repose sur des faits observables. En effet, ce n'est que sur l'observation de certains éléments, de certaines mesures, que nous pouvons juger de la mort d'une personne. Cependant, ces faits observables, sur lesquels s'appuie le jugement, ont varié en fonction des époques et des connaissances en médecine. [/quote]
Les critères de diagnostic de mort n'ont pas trop varié. La définition chrétienne n'a jamais changé: la mort est la séparation irréversible de l'esprit par rapport au corps. Pour la médecine, pendant des siècles, la mort était la cessation des fonctions vitales (respiration ET battements du coeur). On parlait de "mort clinique" quand cette cessation était réversible. C'est comme ça que j'ai appris aussi. Mais ça c'était...dans le siècle passé.
De plus en plus, de nos jours (mais ça date de trois dizaines d'années au plus) on définit la mort comme mort du cerveau. Pas même, mais du "cerveau supérieur" (=le cortex). Je suis persuadé qu'on a ici encore une influence du lobby des transplants. Il faut savoir qu'on ne peut transplanter qu'on organe vivant (à quelques exceptions près, comme le cas de la cornée et généralement des organes avasculaires). Alors, on ne peut pas dire franchement qu'on découpe des gens vivants pour prélever leurs organes et on préfère les déclarer morts. Parce qu'on ne pouvait pas les déclarer morts selon les anciens critères, on a changé les critères. Vous voyez, la médecine est très pudique (pour ne pas dire hypocrite). On peut trouver facilement pas mal d'autres exemples. Dans les cas tragique où on doit couper un bébé arrivé à la maturité et en voie de naître pour en faveur de son frère jumeau, on appelle ça "embryotomie", quoiqu'il s'agisse, par définition, d'un foetus, car on ne peut pas parler d'embryon à 9 mois de grossesse.
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Autrefois, la mort était décrétée par un croque-mort, qui, mordant le défunt et s'apercevant qu'il ne criait pas de douleur, attestait que la personne mordue était vraiment morte. Mais aujourd'hui, nos connaissances médicales prouvent que cette observation est insuffisante pour décréter la mort d'une personne. [/quote]
Je ne sais pas comment faisaient les croque-morts, mais les médecin ont depuis longtemps l'habitude d'utiliser au moins deux moyens, dont un estime la fonction respiratoire et l'autre la fonction cardiaque. Par exemple, ils utilisent un miroir (pour voir si la buée se forme) et ils écoutent le coeur à l'aide d'un stéthoscope (ou directement).
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Au bout du compte, ce sont nos connaissances en médecine qui, évoluant continuellement, permettent de toujours repousser le moment à partir duquel la réanimation d'une personne devient impossible.
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À vrai dire, le progrès indiscutable des connaissances en médecine n'a pas trop permis de repousser le moment duquel vous écrivez. La chose qui a été bien améliorée est le pourcentage de réussites de la réanimation. Dans ce sens, l'invention du défibrillateur a été plus décisive que toute autre trouvaille.