par Christian » ven. 07 déc. 2007, 18:40
Cher Christophe,
Juste un mot rapide, entre deux boulots alimentaires urgents.
L'intervention politique n'est jamais envisagé que lorsque le changement spontané des comportements privés aboutit à un constat d'échec... A méditer
La méditation sera brève. Vous auriez raison si vous ne méconnaissiez complètement la logique de l’action politique. En économie, l’intervention politique est envisagée précisément
pour éviter le changement spontané des comportements privés (que les gens cessent d’acheter des produits nationaux chers et de moindre qualité pour se porter vers des produits importés, par exemple).
Dans d’autres cas, il faut que les politiciens
préemptent le changement spontané afin d’en réclamer le crédit (toutes ces innombrables mesures visant à protéger le public, comme si les gens étaient si bêtes qu’ils allaient s’empoisonner pour le plaisir). Et enfin, vous faites l’hypothèse que la seule motivation de l’action politique est le bien du public, alors que d’autres intérêts sont manifestement prioritaires.
dira-t-on pour autant que le tabagisme, problème de santé publique, ne peut être combattu que par l'approche psychologique ? Que les pouvoirs publics doivent s'en laver les mains ? Bien évidemment, vous le direz, Christian. Mais tous ceux qui ont un peu de bon sens ne vous suivront pas.
Le bon sens est peut-être la chose du monde la mieux partagée (encore que les raisons d’en douter ne manquent pas), mais dans le domaine que vous citez, il ne nous est pas d’un grand secours.
Pourquoi ? Parce que le bon sens nous dit, d’abord, que le tabac étant nuisible, il convient d’en interdire l’usage. Puis, à réflexion, le bon sens nous dit encore que les fumeurs étant accros à cette drogue, ils ne vont pas facilement s’en passer, que les mafias, saisissant l’occasion d’une interdiction, vont importer ou manufacturer des cigarettes en fraude, empochant les taxes dodues qui revenaient auparavant à l’Etat, plus une prime pour le risque d’illégalité.
Dans le cas du tabac, ce bon sens a prévalu. Dans le cas identique de la marijuana et de la cocaïne, ce même bon sens n’a pas prévalu. Comment alors suivre la logique des gens qui se réclament du bon sens ?
Il est plus cohérent de s’en remettre à quelques principes clairs, éprouvés par la raison et par l’expérience, assurés que nous sommes alors qu’ils donneront des résultats justes (en justice et en justesse), même si dans de rares cas individuels, nous serons déçus. Le mieux est ainsi l’ennemi du bien.
Ma réponse est plus nuancée...
Bien sûr, c’est son vice. En politique, une réponse « nuancée » dépend de l’humeur des gouvernants, de ceux qui tirent les ficelles, de ceux qui contrôlent la rue, des braillards, des médias, bref, de tout sauf de la justice et du Droit.
Quel est le domaine du politique ? Nous connaissons votre réponse : rien. Nous connaissons la réponse de la gauche : tout (ou presque).
Ce ne sont pas les taxes accablantes, ni les brimades, qui ont réduit la consommation de tabac, mais la patiente éducation du public. Le modèle qui s’est imposé dans l’imaginaire de nos contemporains n’est plus celui des films noirs à la Bogart, un homme sur un tabouret de bar allumant une cigarette après une gorgée de whisky, ou un philosophe tirant sur sa pipe, mais plutôt l'image de l’être sain, le sportif, au corps toujours jeune, performant, et jamais pollué. Jogger ou fumer, les gens ont décidé.
Que les hommes de l’Etat
conseillent, si vous voulez absolument leur trouver une raison d’être, d’accord ; qu’ils distribuent des bons et mauvais points, qu’ils blâment, qu’ils citent en exemple, qu’ils offrent des médailles et érigent des statues à ceux et celles qui nous montrent la bonne voie, re-d’accord, à la limite. Mais qu’ils ne contraignent personne. Qu’ils n’interdisent à personne d’emprunter la mauvaise voie. Cette liberté est le respect que l’on doit à des adultes, me semble-t-il. Et c’est à cette condition que ceux qui ne le sont pas encore ont une chance de le devenir.
N’est pas aussi plus chrétien ?
Bien à vous
Christian
« Quelle bonne action avez-vous faite aujourd’hui ? » demande le chef scout à sa patrouille.
« J’ai aidé une vieille dame à traverser la rue », répond l’un des garçons.
« Moi aussi », s’empresse l’autre. « Nous l’avons tous aidée à traverser » précise le troisième.
« Vous avez tous bien fait, les félicite le chef. Mais pourquoi fallait-il être si nombreux pour aider cette dame ? »
« C’est qu’elle ne voulait pas traverser », avoue la patrouille.
Jusqu'où n'iront pas ceux qui agissent pour le bien d'autrui ?
Cher Christophe,
Juste un mot rapide, entre deux boulots alimentaires urgents.
[quote]L'intervention politique n'est jamais envisagé que lorsque le changement spontané des comportements privés aboutit à un constat d'échec... A méditer[/quote]La méditation sera brève. Vous auriez raison si vous ne méconnaissiez complètement la logique de l’action politique. En économie, l’intervention politique est envisagée précisément [i]pour éviter le changement spontané[/i] des comportements privés (que les gens cessent d’acheter des produits nationaux chers et de moindre qualité pour se porter vers des produits importés, par exemple).
Dans d’autres cas, il faut que les politiciens [i]préemptent le changement spontané [/i]afin d’en réclamer le crédit (toutes ces innombrables mesures visant à protéger le public, comme si les gens étaient si bêtes qu’ils allaient s’empoisonner pour le plaisir). Et enfin, vous faites l’hypothèse que la seule motivation de l’action politique est le bien du public, alors que d’autres intérêts sont manifestement prioritaires.
[quote]dira-t-on pour autant que le tabagisme, problème de santé publique, ne peut être combattu que par l'approche psychologique ? Que les pouvoirs publics doivent s'en laver les mains ? Bien évidemment, vous le direz, Christian. Mais tous ceux qui ont un peu de bon sens ne vous suivront pas.[/quote]Le bon sens est peut-être la chose du monde la mieux partagée (encore que les raisons d’en douter ne manquent pas), mais dans le domaine que vous citez, il ne nous est pas d’un grand secours.
Pourquoi ? Parce que le bon sens nous dit, d’abord, que le tabac étant nuisible, il convient d’en interdire l’usage. Puis, à réflexion, le bon sens nous dit encore que les fumeurs étant accros à cette drogue, ils ne vont pas facilement s’en passer, que les mafias, saisissant l’occasion d’une interdiction, vont importer ou manufacturer des cigarettes en fraude, empochant les taxes dodues qui revenaient auparavant à l’Etat, plus une prime pour le risque d’illégalité.
Dans le cas du tabac, ce bon sens a prévalu. Dans le cas identique de la marijuana et de la cocaïne, ce même bon sens n’a pas prévalu. Comment alors suivre la logique des gens qui se réclament du bon sens ?
Il est plus cohérent de s’en remettre à quelques principes clairs, éprouvés par la raison et par l’expérience, assurés que nous sommes alors qu’ils donneront des résultats justes (en justice et en justesse), même si dans de rares cas individuels, nous serons déçus. Le mieux est ainsi l’ennemi du bien.
[quote] Ma réponse est plus nuancée...[/quote]Bien sûr, c’est son vice. En politique, une réponse « nuancée » dépend de l’humeur des gouvernants, de ceux qui tirent les ficelles, de ceux qui contrôlent la rue, des braillards, des médias, bref, de tout sauf de la justice et du Droit.
[quote]Quel est le domaine du politique ? Nous connaissons votre réponse : rien. Nous connaissons la réponse de la gauche : tout (ou presque).[/quote]Ce ne sont pas les taxes accablantes, ni les brimades, qui ont réduit la consommation de tabac, mais la patiente éducation du public. Le modèle qui s’est imposé dans l’imaginaire de nos contemporains n’est plus celui des films noirs à la Bogart, un homme sur un tabouret de bar allumant une cigarette après une gorgée de whisky, ou un philosophe tirant sur sa pipe, mais plutôt l'image de l’être sain, le sportif, au corps toujours jeune, performant, et jamais pollué. Jogger ou fumer, les gens ont décidé.
Que les hommes de l’Etat [i][b]conseillent[/b][/i], si vous voulez absolument leur trouver une raison d’être, d’accord ; qu’ils distribuent des bons et mauvais points, qu’ils blâment, qu’ils citent en exemple, qu’ils offrent des médailles et érigent des statues à ceux et celles qui nous montrent la bonne voie, re-d’accord, à la limite. Mais qu’ils ne contraignent personne. Qu’ils n’interdisent à personne d’emprunter la mauvaise voie. Cette liberté est le respect que l’on doit à des adultes, me semble-t-il. Et c’est à cette condition que ceux qui ne le sont pas encore ont une chance de le devenir.
N’est pas aussi plus chrétien ?
Bien à vous
Christian
[centrer][b][color=#BF0040]« Quelle bonne action avez-vous faite aujourd’hui ? » demande le chef scout à sa patrouille.
« J’ai aidé une vieille dame à traverser la rue », répond l’un des garçons.
« Moi aussi », s’empresse l’autre. « Nous l’avons tous aidée à traverser » précise le troisième.
« Vous avez tous bien fait, les félicite le chef. Mais pourquoi fallait-il être si nombreux pour aider cette dame ? »
« C’est qu’elle ne voulait pas traverser », avoue la patrouille.[/color][/b]
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