par Cinci » ven. 03 févr. 2012, 23:30
Voici peut-être - pour illustrer, vous permettre de vous exprimer - ce que vous n'aimerez pas tellement non plus :
- Aussi je vous propose de lire la scène du lavement des pieds en la commentant par le grand texte de la lettre de saint Paul aux Philippiens sur la kénose (Ph2,5-9). C'est là que se trouve le mot ekenôsen, en latin exinanivit : il s'est anéanti.
C'est la révélation de l'humilité de Dieu. Et si j'ai choisi cette scène, c'est parce qu'elle nous fournit l'occasion de revenir sur la vérité du fondement, l'humilité de Dieu, l'humilité qui est le signe de la véritable puissance. La toute puissance, la force, qui s'incline devant ce qui est plus petit, le plus faible. La puissance de Dieu n'est en aucune manière la puissance telle que l'on entend dans le monde. En aucune manière. Jamais. C'est la force spirituelle, la puissance spirituelle, qui consiste à s'incliner librement devant ce qui est le plus petit. Ici je déclare mon impuissance à dire mieux les choses. Il faut réaliser au-dedans de soi que la puissance infinie de Dieu, c'est son humilité infinie. Cette puissance dont aucun homme, dont aucun ange n'est capable, même le plus grand. Le plus grand ange qui vous voit et qui voit Dieu, est impuissant, lui, à s'incliner librement et en toute vérité devant ce qui est le plus petit et le plus faible. C'est cela, la puissance de Dieu et il n'y en a pas d'autre. C'est une puissance d'abaissement.
L'incarnation est l'humilité éternelle de Dieu. Voilà pourquoi Jésus est l'esclave ... Il naît pour révéler ce qu'est la puissance de Dieu, qui est la puissance d'être serviteur du plus petit. En dehors de là, il n'est pas de spiritualité. Il n'y a qu'un Dieu Jupiter qui est je ne sais quoi ou quelle cause du cosmos; on dira tout ce que l'on voudra. Cela n'a rien à voir avec Dieu, rien. Et, une fois de plus, je m'interroge en me demandant s'il m'est possible d'avoir une relation d'amour avec un autre Dieu que ce Dieu-là.
Tout à l'heure, à la liturgie, vous lisiez ce qui est écrit :«Dieu tout-puissant et miséricordieux ...» Il faut comprendre ainsi :«Dieu dont la puissance est la miséricorde.» Il n'y a pas une puissance et une miséricorde. N'allez pas faire des commentaires, d'une part, sur la puissance de Dieu : c'est le grand militaire, mais d'autre part, il est vraiment épatant, il est très bon, il est miséricordieux. Le tout-puissant, le Dieu supercosmique, nos contemporains n'en veulent plus. Enfin, c'est très dur parce que nous nous sommes les derniers à comprendre, tellement nous sommes instruits. Mais instruits de quoi ? C'est toute la question. Il est très dur de démolir le Dieu supercosmique. Ne croyez pas que ce soit fait.
Jésus est l'esclave, il entre dans l'esclavage, il est au plus bas, à genoux devant les hommes. C'est cela sa puissance. Allez donc vous mettre à genoux devant quelqu'un. Pour cette puissance d'aimer il faut la toute puissance infinie. C'est cela, la kénôse. La part qui ne peut être ravie à Dieu c'est le regard de Jésus agenouillé devant les apôtres. En Jésus agenouillé devant les apôtres, avec son linge autour des reins et qui frotte les pieds des apôtres, pleins de poussière, et qui les regarde de bas en haut, à ce moment-là, Dieu commence enfin à nous être révélé dans sa vérité. C'est cela, le Dieu de vérité. Le grand service que nous rend l'athéisme, un service immense, c'est de nous faire comprendre qu'il n'y a pas d'autre Dieu possible, ni en philosophie ni en sociologie. Ou cela est vrai, ou c'est l'athéisme qui est la vérité.
Ce n'est pas par des raisonnements qu'on arrive à comprendre cela. Il faut contempler et il faut revivre par le dedans. La puissance d'aimer est un anéantissement total de soi.
Et Jésus dit à Pierre :«Si je ne te lave pas, tu n'auras pas de part avec moi. Car la vie éternelle que je suis venu apporter aux hommes, c'est cette vie-là. C'est cela qui sera la vie éternelle et qui constituera la béatitude». Or, moi, je cherche la béatitude dans un autre genre de puissance. Non seulement moi, mais tout le monde pécheur. Le message que nous avons à livrer au monde est là.
Sous la plume du père Moingt - un de mes confrères qui est professeur à la fois à l'Institut catholique de Paris et à notre maison jésuite de Fourvière, ce qui est quand même un poste important - je relisais ce soir :«Une tenace représentation de Dieu meurt quand il se révèle dans la mort de Jésus pauvre humble, désarmé, silencieux». Il faut faire mourir cette tenace représentation de Dieu. Elle est contradictoire avec la mort de Jésus. Ou alors nous dirons que Jésus est mort pour nos péchés. Mais qu'est-ce que cela veut dire exactement ? Quand les gens vous interrogent, que leur répondez-vous ? Pourquoi Jésus meurt ? En quoi sa mort nous sauve-t-elle ? C'est pourtant le centre de notre foi que nous sommes sauvés par sa mort.
Les extraits sont tirés de
Vivre le christianisme ! Il s'agissait à l'origine d'une série d'enseignements du père, donnés à l'occasion d'une retraite chez les jésuites, en pleine période pascale.
Voici peut-être - pour illustrer, vous permettre de vous exprimer - ce que vous n'aimerez pas tellement non plus :
[color=#808000][list]Aussi je vous propose de lire la scène du lavement des pieds en la commentant par le grand texte de la lettre de saint Paul aux Philippiens sur la kénose (Ph2,5-9). C'est là que se trouve le mot [i]ekenôsen[/i], en latin [i]exinanivit[/i] : il s'est anéanti.
C'est la révélation de l'humilité de Dieu. Et si j'ai choisi cette scène, c'est parce qu'elle nous fournit l'occasion de revenir sur la vérité du fondement, l'humilité de Dieu, l'humilité qui est le signe de la véritable puissance. La toute puissance, la force, qui s'incline devant ce qui est plus petit, le plus faible. [b]La puissance de Dieu n'est en aucune manière la puissance telle que l'on entend dans le monde. En aucune manière. Jamais[/b]. C'est la force spirituelle, la puissance spirituelle, qui consiste à s'incliner librement devant ce qui est le plus petit. Ici je déclare mon impuissance à dire mieux les choses. Il faut réaliser au-dedans de soi que la puissance infinie de Dieu, c'est son humilité infinie. Cette puissance dont aucun homme, dont aucun ange n'est capable, même le plus grand. Le plus grand ange qui vous voit et qui voit Dieu, est impuissant, lui, à s'incliner librement et en toute vérité devant ce qui est le plus petit et le plus faible. C'est cela, la puissance de Dieu et il n'y en a pas d'autre. C'est une puissance d'abaissement.
L'incarnation est l'humilité éternelle de Dieu. Voilà pourquoi Jésus est l'esclave ... Il naît pour révéler ce qu'est la puissance de Dieu, [u]qui est la puissance d'être serviteur du plus petit[/u]. En dehors de là, il n'est pas de spiritualité. Il n'y a qu'un Dieu Jupiter qui est je ne sais quoi ou quelle cause du cosmos; on dira tout ce que l'on voudra. Cela n'a rien à voir avec Dieu, rien. Et, une fois de plus, je m'interroge en me demandant s'il m'est possible d'avoir une relation d'amour avec un autre Dieu que ce Dieu-là.
Tout à l'heure, à la liturgie, vous lisiez ce qui est écrit :«Dieu tout-puissant et miséricordieux ...» Il faut comprendre ainsi :«Dieu dont la puissance est la miséricorde.» Il n'y a pas une puissance et une miséricorde. N'allez pas faire des commentaires, d'une part, sur la puissance de Dieu : c'est le grand militaire, mais d'autre part, il est vraiment épatant, il est très bon, il est miséricordieux. Le tout-puissant, le Dieu supercosmique, nos contemporains n'en veulent plus. Enfin, c'est très dur parce que nous nous sommes les derniers à comprendre, tellement nous sommes instruits. Mais instruits de quoi ? C'est toute la question. Il est très dur de démolir le Dieu supercosmique. Ne croyez pas que ce soit fait.
Jésus est l'esclave, il entre dans l'esclavage, il est au plus bas, à genoux devant les hommes. C'est cela sa puissance. Allez donc vous mettre à genoux devant quelqu'un. Pour cette puissance d'aimer il faut la toute puissance infinie. C'est cela, la kénôse. La part qui ne peut être ravie à Dieu c'est le regard de Jésus agenouillé devant les apôtres. En Jésus agenouillé devant les apôtres, avec son linge autour des reins et qui frotte les pieds des apôtres, pleins de poussière, et qui les regarde de bas en haut, à ce moment-là, Dieu commence enfin à nous être révélé dans sa vérité. C'est cela, le Dieu de vérité. Le grand service que nous rend l'athéisme, un service immense, c'est de nous faire comprendre qu'il n'y a pas d'autre Dieu possible, ni en philosophie ni en sociologie. Ou cela est vrai, ou c'est l'athéisme qui est la vérité.
Ce n'est pas par des raisonnements qu'on arrive à comprendre cela. Il faut contempler et il faut revivre par le dedans. La puissance d'aimer est un anéantissement total de soi.
Et Jésus dit à Pierre :«Si je ne te lave pas, tu n'auras pas de part avec moi. Car la vie éternelle que je suis venu apporter aux hommes, c'est cette vie-là. C'est cela qui sera la vie éternelle et qui constituera la béatitude». [b]Or, moi, je cherche la béatitude dans un autre genre de puissance. Non seulement moi, mais tout le monde pécheur.[/b] Le message que nous avons à livrer au monde est là.
Sous la plume du père Moingt - un de mes confrères qui est professeur à la fois à l'Institut catholique de Paris et à notre maison jésuite de Fourvière, ce qui est quand même un poste important - je relisais ce soir :«Une tenace représentation de Dieu meurt quand il se révèle dans la mort de Jésus pauvre humble, désarmé, silencieux». Il faut faire mourir cette tenace représentation de Dieu. Elle est contradictoire avec la mort de Jésus. Ou alors nous dirons que Jésus est mort pour nos péchés. Mais qu'est-ce que cela veut dire exactement ? Quand les gens vous interrogent, que leur répondez-vous ? Pourquoi Jésus meurt ? En quoi sa mort nous sauve-t-elle ? C'est pourtant le centre de notre foi que nous sommes sauvés par sa mort.[/list][/color]
Les extraits sont tirés de[i] Vivre le christianisme[/i] ! Il s'agissait à l'origine d'une série d'enseignements du père, donnés à l'occasion d'une retraite chez les jésuites, en pleine période pascale.