Le sens de l'Avent

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Méditations pour l'Avent

par Théophane » ven. 03 déc. 2010, 13:16

Voici un lien qui pourrait intéresser certaines personnes. Il s'agit de courtes méditations prêchées par un prêtre de la Prélature de l'Opus Dei. Elles durent dix minutes et nous aident à bien vivre le temps de l'Avent et à mieux nous préparer à la fête de Noël.

http://www.dptn.org/1-actualites/82-vot ... ivite.html

Théophane

Re: Commentaire des dimanches du Temps de l'Avent (A)

par VexillumRegis » sam. 22 déc. 2007, 23:37

Dominica IV Adventus
Quatrième dimanche de l'Avent
Le quatrième dimanche de l’Avent « était, dans les temps antiques, un dimanche sans liturgie, car la célébration des Quatre-Temps se prolongeait jusqu’au dimanche matin. Ce n’est que lorsque la messe des Quatre-Temps fut transférée au samedi matin qu’on composa, pour le dimanche, un formulaire spécial de messe en rassemblant des textes empruntés aux messes des Quatre-Temps (chants du mercredi, Évangile du samedi). La messe d’aujourd’hui se présente ainsi comme une célébration des Quatre-Temps renvoyée au dimanche pour les fidèles qui n’ont pas pu venir à l’Église pendant la semaine. » (Dom Pius PARSCH, Le petit guide dans l’année liturgique, 1957, p. 43). Nous étions donc en présence d’une messe composite et non sans incohérences (1). Le nouveau Missel publié après le concile Vatican II y a porté remède en faisant lire l’évangile de l’Annonciation en ce quatrième dimanche de l’Avent, ce qui semble particulièrement judicieux à quelques jours de la Nativité (2). L’introït (3), le Graduel (4) et la communion (5), qui accompagnaient cet évangile au Mercredi des Quatre-Temps, sont maintenus, de même que l’offertoire (6) emprunté à la fête de l’Annonciation. Grâce au lien thématique qui relie ces chants à l’évangile (et à la première leçon), l’ensemble gagne en cohérence et en beauté.

(1) Il était ainsi étrange de lire au dimanche précédent Noël l’évangile des débuts de la prédication du Précurseur (Lc III, 1-6), alors que les évangiles de l’Annonciation et de la Visitation étaient respectivement lus les mercredi et vendredi des Quatre-Temps, c’est-à-dire les jours précédents. Dans le nouveau Missel, l’évangile des débuts de la prédication de saint Jean-Baptiste a été déplacé au début de l’Avent, au 2ème dimanche de l’année C.

De même l’épître (1 Co IV, 1-5), selon dom Pius PARSCH, avait un rapport étroit avec l’ordination qui avait lieu dans la nuit précédente.

(2) L’Annonce à Joseph est lue en l’année A, l’Annonce à Marie en l’année B, et la Visitation, qui tient le milieu entre l’Annonciation et la Nativité, en l’année C.

(3) [Is XLV, 8 V/ Ps 18, 2] Roráte, cæli, désuper, et nubes pluant iustum : aperiátur terra, et gérminet Salvatórem. V/ Cæli enárrant glóriam Dei : et ópera mánuum eius annúntiat firmaméntum. | Cieux, répandez votre rosée ; que des nuées descende le salut ! Que s’ouvre la terre et qu’elle donne naissance au Sauveur. V/ Les cieux chantent la gloire de Dieu : leur voûte solide proclame la puissance de ses mains.

« La rosée sollicitée du ciel, c’est l’action fécondante du St-Esprit ; la terre, c’est Notre-Dame, fleur de la race, qui s’ouvre au sommet de la tige de Jessé et qui, fécondée sous l’ombre mystérieuse de l’Esprit du Très Haut, va produire son fruit divin : le Verbe faire chair. » - Dom BARON, L’expression du chant grégorien, p. 43.

(4) [Ps 144, 18 V/ 21] Prope est Dóminus ómnibus invocántibus eum : ómnibus, qui ínvocant eum in veritáte. V/ Laudem Dómini loquétur os meum : et benedícat omnis caro nomen sanctum eius. | Le Seigneur n’est pas loin de ceux qui le prient, de tous ceux qui le prient en vérité. V/ Que ma voix proclame les louange du Seigneur, que tout ce qui vit chante son nom très saint !

« Quant au deuxième verset il a sans doute été choisi à cause des mots omnis caro, qui représentent d’abord tous les êtres vivants bénissant le nom du Seigneur, mais on peut (...) aussi y voir une allusion à l’Incarnation qui va s’accomplir. Cette chair, c’est la nature humaine que le Fils de Dieu va assumer, nous entraînant à sa suite dans la grande louange qu’il adresse sans cesse à son Père. » - Y. GIRE, L’année grégorienne, pp. 25-26.

(5) [Is VII, 14] Ecce, Virgo concípiet et páriet fílium : et vocábitur nomen eius Emmánuel. | La Vierge deviendra mère et mettra au monde un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel.

Contemplant dans la lumière de la grâce sacramentelle l’Incarnation qui se prolonge par l’Eucharistie dans tout le Corps Mystique, elle chante la joie de l’Emmanuel, du Dieu avec nous, en même temps que le mystère de Noël, dans lequel à nouveau va s’accomplir mystiquement la parole divine.” - Dom BARON, p. 53.

(6) [Lc I, 28] Ave, María, gratia plena ; Dóminus tecum : benedícta tu in muliéribus, et benedíctus fructus ventris tui. | Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénies entre toutes les femmes ; et le fruit de vos entrailles est béni.

« L’histoire de la prière Ave Maria, si chère à la piété des fidèles, (...) commence par ce splendide offertoire grégorien, qui nous donne le texte de l’Ave dans sa forme primitive, tel qu’il fut en usage durant tout le moyen âge. » - Dom SCHUSTER, Liber Sacramentorum, II, p. 170.


Dom Pius PARSCH voyait dans la messe du quatrième dimanche de l’Avent en quelque sorte la quintessence de tout ce Temps liturgique de préparation à Noël : « Isaïe en effet est Prophète, il se tient encore devant des portes fermées, sur le seuil [à l’introït] ; le Baptiste est prédicateur de pénitence et sa place est sur l’ambon de l’avant-messe [à l’évangile]. Mais Marie incorpore la grâce ; elle nous conduit vers l’autel, sur lequel le Rédempteur descend comme il descendit dans le sein de la Vierge quand l’ange vint la saluer (7) [à l’offertoire et à la communion]» (p. 44). Si ce schéma ne peut plus s’appliquer qu’imparfaitement aujourd’hui (8), on le retrouve résumé dans la deuxième préface de l’Avent, que je reproduis ci-dessous in extenso comme je l’ai fait pour la première :

Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus : per Christum Dóminum nostrum.

Quem prædixérunt cunctórum præcónia prophetárum, Virgo Mater ineffábili dilectióne sustínuit, Ioánnes cécinit affutúrum et adésse monstrávit. Qui suæ nativitátis mystérium tríbuit nos præveníre gaudéntes, ut et in oratióne pervígiles et in suis invéniat láudibus exsultántes.

Et ídeo cum Angelis et Archángelis, cum Thronis et Dominatiónibus, cumque omni milítia cæléstis exércitus, hymnum glóriæ tuæ cánimus, sine fine dicéntes : Sanctus, Sanctus, Sanctus Dóminus Deus Sábaoth...


Il est vraiment juste et digne, c’est notre devoir et notre salut, de vous rendre grâces toujours et en tout lieu, Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant : par Jésus-Christ notre Seigneur.

Il est Celui que les prédictions de tous les prophètes annoncèrent, Celui que la Vierge Marie porta dans un amour ineffable, Celui dont Jean chanta la venue et dont il indiqua la présence. Il nous a accordé d’attendre le mystère de Sa nativité dans la joie, afin qu’Il nous trouve vigilants dans la prière et remplis d’allégresse dans sa louange. (9)

C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec la troupe entière de l’armée céleste, nous chantons une hymne à votre gloire, redisant sans fin : Saint, Saint, Saint le Seigneur Dieu des armées célestes...


(7) La Super Oblata (*) demande que l’Esprit Saint descende sur les dons offerts comme Il est descendu pour féconder le sein immaculé de la Vierge Marie :

Altári tuo, Dómine, superpósita múnera Spíritus ille sanctíficet, qui beátæ Maríæ víscera sua virtúte replévit. | Que votre Esprit, Seigneur, dont la puissance a fécondé le sein de la Bienheureuse Marie, sanctifie les offrandes posées sur votre autel.

Cette oraison ne se trouve pas dans le MR1962 ; c’est une prière que l’on trouve dans d’anciens sacramentaires, dont celui de Bergame.

Il faut remarquer que, dans le rite arménien (voir ici), au moment de l’offertoire, le prêtre récite en faisant trois signes de croix sur les oblats ce verset de l’évangile de l’Annonciation : “Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre” (Lc I, 35).

(8) Saint Jean-Baptiste est présent, quoique à l’arrière-plan, en l’année C dans l’évangile de la Visitation. Par contre, Isaïe (dans la L1) et Marie (dans la P2 et la préface) se trouvent encore davantage mis en valeur.

(9) Je remercie Eucher, du forum catholique, qui a bien voulu me traduire d’une manière précise le coeur de la préface.


Mais ce qui frappe l’âme catholique en ce dernier dimanche de l’Avent, c’est sa tonalité mariale affirmée. « Durant l’Avent, l’Eglise se presse, avec une dévotion toute spéciale, autour de l’Immaculée Mère de Dieu, parce que la première, pendant les neuf mois qu’elle porta Jésus dans son sein, elle sanctifia par son amour, par son humilité, par sa totale consécration à Jésus, ce temps de joyeuse attente et de préparation à la naissance du Fils de Dieu. » (Dom SCHUSTER, p. 170) ; et dom Pius PARSCH : « L’Église et l’âme sont assimilées mystiquement à la Mère de Dieu : nous devenons nous aussi des porteurs du Christ, qui doit spirituellement être enfanté en nous le jour de Noël. » (p. 44). La terre de David (L2 ; Rm I, 1-7), fécondée par la rosée céleste, a produit un fruit de salut (A1) ; la souche de Jessé, une fleur immarcescible ; l’étoile du matin succède aux ténèbres, et précède le Soleil de justice qui va baigner le monde de Sa lumière. Comme Marie, « vigilants dans la prière et remplis d’allégresse » (Préface) en ces derniers jours avant la Nativité, l’Eglise nous invite a porter mystiquement le Christ en nos âmes, afin qu’Il puisse y être enfanté au jour de Noël, comme il y est enfanté à chaque communion eucharistique. Ce thème avait fait l’objet, naguère, d’une fête mariale fixée au 18 décembre : L’expectation de l’enfantement de la Sainte Vierge (10).

(10) Voir ici ce qu’en dit dom GUERANGER.


Le mystère de l’Incarnation, que nous nous apprêtons à fêter, et par lequel le Verbe divin a assumé notre humanité pour nous donner part à Sa divinité, n’est cependant que le premier acte de l’économie du salut de la Nouveau Alliance ; il ne doit pas être séparé du mystère de la Rédemption, qui le complète et l’achève, avant le retour du Seigneur dans la gloire. Jésus-Christ est venu dans la chair pour nous délivrer de l’esclavage du péché (Alleluia) (11), et nous conduire, « par sa passion et sa croix, à la gloire de le résurrection » (P1) (12), mystère de salut dont nous recevons le gage dans la sainte communion (P3) (13).

(11) Allelúia, allelúia. V/ Veni, Dómine, et noli tardáre : reláxa facínora plebis tuæ Israël. Allelúia. | Viens, Seigneur, ne tarde plus ! Délivre de ses péchés Israël ton peuple. Alléluia.

(12) Grátiam tuam, quǽsumus, Dómine, méntibus nostris infúnde, ut qui, Angelo nuntiánte, Christi Fílii tui incarnatiónem cognóvimus, per passiónem eius et crucem ad resurrectiónis glóriam perducámur. | [Traduction Dom HALA] Daigne, Seigneur, répandre ta grâce dans nos âmes, afin qu’ayant connu, par la parole de l’Ange, l’Incarnation du Christ, ton Fils, nous arrivions, par sa passion et sa croix, à la gloire de la résurrection.

Cette oraison est bien connue des chrétiens : c’est celle qui conclut la prière de l’Angelus.

(13) Sumpto pígnore redemptiónis ætérnæ, quǽsumus, omnípotens Deus, ut quanto magis dies salutíferæ festivitátis accédit, tanto devótius proficiámus ad Fílii tui digne nativitátis mystérium celebrándum. | [Traduction officielle] Nous avons reçu dans ton sacrement, Seigneur, le gage de la rédemption éternelle ; accorde-nous une ferveur qui grandisse à l’approche de Noël, pour bien fêter la naissance de ton Fils.

Cette oraison semble être une nouveauté du Novus Ordo (**).

Re: Les grandes antiennes "O" de l'Avent

par VexillumRegis » jeu. 20 déc. 2007, 23:16

23 décembre

O Emmanuel, Rex et legifer noster, exspectatio gentium, et Salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine, Deus noster.

O Emmanuel, notre roi et législateur, que tous les peuples attendent comme leur Sauveur, venez nous sauver, Seigneur notre Dieu !


***
Commentaire de Dom Guéranger
O Emmanuel ! Roi de Paix ! vous entrez aujourd'hui dans Jérusalem, la ville de votre choix ; car c'est là que vous avez votre Temple. Bientôt vous y aurez votre Croix et votre Sépulcre ; et le jour viendra où vous établirez auprès d'elle votre redoutable tribunal. Maintenant, vous pénétrez sans bruit et sans éclat dans cette ville de David et de Salomon. Elle n'est que le lieu de votre passage, pour vous rendre à Bethléhem. Toutefois, Marie votre mère, et Joseph son époux, ne la traversent pas sans monter au Temple, pour y rendre au Seigneur leurs vœux et leurs hommages : et alors s'accomplit, pour la première fois, l'oracle du Prophète Aggée qui avait annoncé que la gloire du second Temple serait plus grande que celle du premier. Ce Temple, en effet, se trouve en ce moment posséder une Arche d'Alliance bien autrement précieuse que celle de Moïse, mais surtout incomparable à tout autre sanctuaire par la dignité de Celui qu'elle contient. C'est le Législateur lui-même qui est ici, et non plus simplement la table de pierre sur laquelle la Loi est gravée. Mais bientôt l'Arche vivante du Seigneur descend les degrés du Temple, et se dispose à partir pour Bethléhem, où l'appellent d'autres oracles. Nous adorons, ô Emmanuel ! tous vos pas à travers ce monde, et nous admirons avec quelle fidélité vous observez ce qui a été écrit de vous, afin que rien ne manque aux caractères dont vous devez être doué, ô Messie, pour être reconnu par votre peuple. Mais souvenez-vous que l'heure est près de sonner, que toutes choses se préparent pour votre Nativité, et venez nous sauver ; venez, afin d'être appelé non plus seulement Emmanuel, mais Jésus, c'est-à-dire Sauveur.

Re: Les grandes antiennes "O" de l'Avent

par VexillumRegis » jeu. 20 déc. 2007, 22:58

22 décembre

O Rex gentium, et desideratus earum, lapisque angularis, qui facis utraque unum : veni, et salva hominem, quem de limo formasti.

O Roi des nations, objet de leur désir, clef de voûte qui unissez les peuples opposés, venez sauver l'homme que vous avez façonné d'argile.


***
Commentaire de Dom Guéranger
O Roi des nations ! vous approchez toujours plus de cette Bethléhem où vous devez naître. Le voyage tire à son terme, et votre auguste Mère, qu'un si doux fardeau console et fortifie, va sans cesse conversant avec vous par le chemin. Elle adore votre divine majesté, elle remercie votre miséricorde ; elle se réjouit d'avoir été choisie pour le sublime ministère de Mère à un Dieu. Elle désire et elle appréhende tout à la fois le moment où enfin ses yeux vous contempleront. Comment pourra-t-elle vous rendre les services dignes de votre souveraine grandeur, elle qui s'estime la dernière des créatures ? Comment osera-t-elle vous élever dans ses bras, vous presser contre son cœur, vous allaiter à son sein mortel ? Et pourtant, quand elle vient à songer que l'heure approche où, sans cesser d'être son fils, vous sortirez d'elle et réclamerez tous les soins de sa tendresse, son cœur défaille et l'amour maternel se confondant avec l'amour qu'elle a pour son Dieu, elle est au moment d'expirer dans cette lutte trop inégale de la faible nature humaine contre les plus fortes et les plus puissantes de toutes les affections réunies dans un même cœur. Mais vous la soutenez, ô Désiré des nations ! car vous voulez qu'elle arrive à ce terme bienheureux qui doit donner à la terre son Sauveur, et aux hommes la Pierre angulaire qui les réunira dans une seule famille. Soyez béni dans les merveilles de votre puissance et de votre bonté, ô divin Roi ! et venez bientôt nous sauver, vous souvenant que l'homme vous est cher, puisque vous l'avez pétri de vos mains. Oh ! venez, car votre œuvre est dégénérée ; elle est tombée dans la perdition ; la mort l’a envahie : reprenez-la dans vos mains puissantes, refaites-la; sauvez-la ; car vous l'aimez toujours, et vous ne rougissez pas de votre ouvrage.

Re: Les grandes antiennes "O" de l'Avent

par VexillumRegis » jeu. 20 déc. 2007, 9:53

21 décembre

O Oriens, splendor lucis æternæ, et sol iustitiæ : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis.

O Orient, splendeur de la Lumière éternelle, Soleil de justice, venez, illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres et la nuit de la mort.

***
Commentaire de Dom Guéranger
Divin Soleil, ô Jésus ! vous venez nous arracher à la nuit éternelle : soyez à jamais béni ! Mais combien vous exercez notre foi, avant de luire à nos yeux dans toute votre splendeur ! Combien vous aimez à voiler vos rayons, jusqu'à l'instant marqué par votre Père céleste, où vous devez épanouir tous vos feux ! Voici que vous traversez la Judée ; vous approchez de Jérusalem ; le voyage de Marie et de Joseph tire à son terme. Sur le chemin, vous rencontrez une multitude d'hommes qui marchent en toutes les directions, et qui se rendent chacun dans sa ville d'origine, pour satisfaire à l'Edit du dénombrement. De tous ces hommes, aucun ne vous a soupçonné si près de lui, ô divin Orient ! Marie, votre Mère, est estimée par eux une femme vulgaire ; tout au plus, s'ils remarquent la majesté et l'incomparable modestie de cette auguste Reine, sentiront-ils vaguement le contraste frappant entre une si souveraine dignité et une condition si humble ; encore ont-ils bientôt oublié cette heureuse rencontre. S'ils voient avec tant d'indifférence la mère, le fils non encore enfanté à la lumière visible, lui donneront-ils une pensée ? Et cependant ce fils, c'est vous-même, ô Soleil de justice ! Augmentez en nous la Foi, mais accroissez aussi l'amour. Si ces hommes vous aimaient, ô libérateur du genre humain, vous vous feriez sentir à eux ; leurs yeux ne vous verraient pas encore, mais du moins leur cœur serait ardent dans leur poitrine, ils vous désireraient, et ils hâteraient votre arrivée par leurs vœux et leurs soupirs. O Jésus qui traversez ainsi ce monde que vous avez fait, et qui ne forcez point l'hommage de vos créatures, nous voulons vous accompagner dans le reste de votre voyage ; nous baisons sur la terre les traces bénies des pas de celle qui vous porte en son sein ; nous ne voulons point vous quitter jusqu'à ce que nous soyons arrivés avec vous à l'heureuse Bethléhem, à cette Maison du Pain, où enfin nos yeux vous verront, ô Splendeur éternelle, notre Seigneur et notre Dieu !

Re: Les grandes antiennes "O" de l'Avent

par VexillumRegis » mer. 19 déc. 2007, 10:30

20 décembre

O Clavis David, et sceptrum domus Israel ; qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis.

O Clef de la cité de David, sceptre du royaume d'Israël, vous ouvrez, et personne alors ne peut fermer ; vous fermez, et personne ne peut ouvrir ; venez, faites sortir du cachot le prisonnier établi dans les ténèbres et la nuit de la mort.

***
Commentaire de Dom Guéranger
O Fils de David, héritier de son trône et de sa puissance, vous parcourez, dans votre marche triomphale, une terre soumise autrefois à votre aïeul, aujourd'hui asservie par les Gentils. Vous reconnaissez de toutes parts, sur la route, tant de lieux témoins des merveilles de la justice et de la miséricorde de Jéhovah votre Père envers son peuple, au temps de cette ancienne Alliance qui tire à sa fin. Bientôt, le nuage virginal qui vous couvre étant ôté, vous entreprendrez de nouveaux voyages sur cette même terre ; vous y passerez en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, et cependant n'ayant pas où reposer votre tête. Du moins, aujourd'hui, le sein maternel vous offre encore un asile doux et tranquille, où vous ne recevez que les témoignages de l'amour le plus tendre et le plus respectueux. Mais, ô Seigneur ! il vous faut sortir de cette heureuse retraite ; il vous faut, Lumière éternelle, luire au milieu des ténèbres ; car le captif que vous êtes venu délivrer languit dans sa prison. Il s'est assis dans l'ombre de la mort, et il y va périr, si vous ne venez promptement en ouvrir les portes avec votre Clef toute-puissante ! Ce captif, ô Jésus, c'est le genre humain, esclave de ses erreurs et de ses vices : venez briser le joug qui l'accable et le dégrade ; ce captif, c'est notre cœur trop souvent asservi à des penchants qu'il désavoue : venez, ô divin Libérateur, affranchir tout ce que vous avez daigné faire libre par votre grâce, et relever en nous la dignité de vos frères.

Re: Les grandes antiennes "O" de l'Avent

par VexillumRegis » mar. 18 déc. 2007, 11:07

19 décembre

O Radix Iesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, iam noli tardare..

O Fils de la race de Jessé, signe dresse devant les peuples, vous devant qui les souverains resteront silencieux, vous que les peuples appelleront au secours, délivrez-nous, venez, ne tardez plus !

***
Commentaire de Dom Guéranger
Vous voici donc en marche, ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L'Arche du Seigneur s'est levée et s'avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. « Qu'ils sont beaux vos pas, ô Fille du Roi, dans l'éclat de votre chaussure » (Ct VII, 2), lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Epoux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l'heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine. Avancez, ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l'homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre Royal ancêtre , nous jurons « de ne point entrer dans notre maison, de ne point monter sur notre couche, de ne point clore nos paupières, de ne point donner le repos à nos tempes, jusqu'à ce que nous ayons trouvé dans nos cœurs une demeure pour le Seigneur que vous portez, une tente pour le Dieu de Jacob. » Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l'Arche sacrée, ô rejeton de Jessé, jusqu'à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, ô Messie ! venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous.

Re: Les grandes antiennes "O" de l'Avent

par VexillumRegis » lun. 17 déc. 2007, 15:52

18 décembre

O Adonai, et Dux domus Israel, qui Moysi in igne flammæ rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in bracchio extento.

O Adonaï, guide du peuple d'Israël, qui êtes apparu à Moïse dans le feu du buisson ardent, et lui avez donné vos commandements sur le mont Sinaï, armez votre bras, et venez nous sauver.

***

Commentaire de Dom Guéranger
O Seigneur suprême ! Adonaï ! venez nous racheter, non plus dans votre puissance, mais dans votre humilité. Autrefois vous vous manifestâtes à Moïse, votre serviteur, au milieu d'une flamme divine ; vous donnâtes la Loi à votre peuple du sein des foudres et des éclairs : maintenant il ne s'agit plus d'effrayer, mais de sauver. C'est pourquoi votre très pure Mère Marie ayant connu, ainsi que son époux Joseph, l'Edit de l'Empereur qui va les obliger d'entreprendre le voyage de Bethléhem, s'occupe des préparatifs de votre heureuse naissance. Elle apprête pour vous, divin Soleil, les humbles langes qui couvriront votre nudité, et vous garantiront de la froidure dans ce monde que vous avez fait, à l'heure où vous paraîtrez, au sein de la nuit et du silence. C'est ainsi que vous nous délivrerez de la servitude de notre orgueil, et que votre bras se fera sentir plus puissant, alors qu'il semblera plus faible et plus immobile aux yeux des hommes. Tout est prêt, ô Jésus ! vos langes vous attendent : partez donc bientôt et venez en Bethléhem, nous racheter des mains de notre ennemi.

- VR -

Les grandes antiennes "O" de l'Avent

par VexillumRegis » lun. 17 déc. 2007, 11:56

17 décembre

O Sapientia, quæ ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia : veni ad docendum nos viam prudentiæ.

O Sagesse, sortie de la bouche du Très-Haut, qui enveloppez toutes choses d'un pôle à l'autre et les disposez avec force et douceur, venez nous enseignez le chemin de la prudence.

***

Commentaire de Dom Guéranger
O Sagesse incréée qui bientôt allez vous rendre visible au monde, qu'il apparaît bien en ce moment que vous disposez toutes choses ! Voici que, par votre divine permission, vient d'émaner un Edit de l'empereur Auguste pour opérer le dénombrement de l'univers. Chacun des citoyens de l'Empire doit se faire enregistrer dans sa ville d'origine. Le prince croit dans son orgueil avoir ébranlé à son profit l'espèce humaine tout entière. Les hommes s'agitent par millions sur le globe, et traversent en tous sens l'immense monde romain; ils pensent obéir à un homme, et c'est à Dieu qu'ils obéissent. Toute cette grande agitation n'a qu'un but : c'est d'amener à Bethléhem un homme et une femme qui ont leur humble demeure dans Nazareth de Galilée ; afin que cette femme inconnue des hommes et chérie du ciel, étant arrivée au terme du neuvième mois depuis la conception de son fils, enfante à Bethléhem ce fils dont le Prophète a dit : « Sa sortie est dès les jours de l'éternité ; ô Bethléhem ! tu n'es pas pas la moindre entre les mille cités de Jacob ; car il sortira aussi de toi. » O Sagesse divine ! que vous êtes forte, pour arriver ainsi à vos fins d'une manière invincible quoique cachée aux hommes ! que vous êtes douce, pour ne faire néanmoins aucune violence à leur liberté! mais aussi, que vous êtes paternelle dans votre prévoyance pour nos besoins ! Vous choisissez Bethléhem pour y naître, parce que Bethléhem signifie la Maison du Pain. Vous nous montrez par là que vous voulez être notre Pain, notre nourriture, notre aliment de vie. Nourris d'un Dieu, nous ne mourrons plus désormais. O Sagesse du Père, Pain vivant descendu du ciel, venez bientôt en nous, afin que nous approchions de vous, et que nous soyons illuminés de votre éclat ; et donnez-nous cette prudence qui conduit au salut.

- VR -

Re: Commentaire des dimanches du Temps de l'Avent (A)

par VexillumRegis » sam. 15 déc. 2007, 14:48

Dominica III Adventus
Troisième dimanche de l'Avent
Le troisième dimanche de l’Avent tranche nettement avec les autres dimanches de ce temps liturgique de préparation aux solennités de la Nativité. La couleur rose des ornements adoucie le violet pénitentiel ; l’orgue se fait davantage entendre ; les décorations florales embellissent de nouveau avec une certaine exubérance l’autel et l’ambon. C’est donc, en plein milieu d’une période de relative austérité, une « pause » que la liturgie de l’Eglise nous propose, et l’anticipation encore voilée des fêtes lumineuses de Noël. Quelle est l’origine de cette spécificité du troisième dimanche de l’Avent ? « Primitivement, et encore au temps de saint Grégoire, il n’y avait pas de messe du Quatrième Dimanche de l’Avent. L’office du samedi avait lieu tard dans la soirée et, allongé par les ordinations, il ne s’achevait qu’aux premières heures du dimanche, de sorte que la messe qui le terminait était celle que nous chantons maintenant le samedi [des Quatre-Temps de l’Avent] » (Dom Ludovic BARON, L’expression du chant grégorien, Editions Saint-Rémi, p. 42). L’ordination du samedi des Quatre-Temps de l’Avent était la seule que Rome connût autrefois. C’était donc une date extrêmement importante qui « absorbait » en quelque sorte, si j’ose dire, ce qui constitue aujourd’hui la quatrième dimanche de l’Avent, lequel était alors vacant. De ce fait, le troisième dimanche était le dimanche précédent Noël, ce qui explique son caractère festif particulier : « Cette troisième station préparatoire à Noël était célébrée à Saint-Pierre, avec une splendeur insolite de rites et de processions, qui, dans l’esprit de l’Eglise, devaient comme inaugurer les saintes joies du cycle de la Nativité » (Dom SCHUSTER, Liber Sacramentorum, t. II, p. 137). Ce caractère festif est aujourd’hui beaucoup moins accentué (1), mais la joie reste au coeur de ce dimanche dit de Gaudete (2). Bien qu’elle ne soit pas très présente dans les chants (3), hormis le chant d’entrée, la tonalité joyeuse a été notablement renforcée dans le Missel romain publié après le concile Vatican II, tout particulièrement dans les lectures (4) et la collecte d’entrée (P1) (5).

(1) « La messe stationnale de ce jour, comme précédant immédiatement le cycle de la Nativité, avait, jadis, un caractère nettement festif. (...) Le cérémonial actuel a conservé bien peu de chose de tout ce rituel, de tout ce splendide apparat. » - Dom SCHUSTER, p. 138.

(2) Du premier mot de l’introït, qui donne le ton à toute la messe :

[Ph IV, 4-6 V/ Ps 84, 2] Gaudéte in Dómino semper : íterum dico, gaudéte. Modéstia vestra nota sit ómnibus homínibus : Dóminus enim prope est. Nihil sollíciti sitis : sed in omni oratióne petitiónes vestræ innotéscant apud Deum. V/ Benedixísti, Dómine, terram tuam : avertísti captivitátem Iacob. | Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ! Je vous le répète : soyez joyeux. Votre sérénité dans la vie doit frapper tous les regards, car le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais dans toutes vos prières exposez à Dieu vos besoins. V/ Seigneur, tu as béni ton domaine, tu as délivré Jacob de la captivité.

(3) « Si l’on considère l’ensemble des chants de cette messe, la joie y est beaucoup moins présente que dans ceux du dimanche précédent. » - Y. GIRE, L’année grégorienne, p. 20.

(4) Les deux leçons précédant l’évangile ont toutes ce caractère joyeux, sauf l’épître de l’année A.

(5) Cette oraison est tirée du Rotulus de Ravenne ; elle a été adaptée pour être adressée au Père.

Deus, qui cónspicis pópulum tuum nativitátis domínicæ festivitátem fidéliter exspectáre, præsta, quǽsumus, ut valeámus ad tantæ salútis gáudia perveníre, et ea votis sollémnibus álacri semper lætítia celebráre. [Traduction Dom HALA] Dieu, qui vois ton peuple attendre dans la foi la fête de la Nativité du Seigneur, nous t’en prions, accorde-nous la force de parvenir au bonheur d’un tel salut et de toujours en célébrer la solennité avec un joyeux empressement.


La liturgie nous maintient l’esprit tendu vers l’avènement prochain du Seigneur : Dóminus enim prope est (A1), “la venue du Seigneur est proche” (L2), et, dans les chants, nous supplions le Seigneur de mettre en oeuvre ce que nous attendons avec patience (L2) : Veni, “Viens !” (6). C’est toujours le second avènement dans la gloire dont il est principalement question ici, mais, et ce semble être une nouveauté, la mémoire du premier avènement dans la chair est désormais clairement en perspective dans la collecte (P1) (Deus, qui cónspicis pópulum tuum nativitátis domínicæ festivitátem fidéliter exspectáre...) et la postcommunion (P3) (7).

(6) Les termes veni et véniet se trouvent dans le Répons graduel, l’Alleluia et la communion :

Le Répons graduel

[Ps 79, 2, 3 V/ 2] Qui sedes, Dómine, super Chérubim, éxcita poténtiam tuam, et veni. V/ Qui regis Israël, inténde : qui dedúcis, velut ovem, Ioseph. | Toi, Seigneur, dont le trône est porté par les Chérubins, réveille ta puissance et viens. V/ Ecoute-nous, Pasteur d’Israël, toi qui mènes le peuple de Joseph comme un berger son troupeau.

Les premiers mots demandent explication. Sur le couvercle de l’Arche d’alliance, le couvrant de leurs ailes étendues, se trouvaient deux chérubins en or, tournés l’un vers l’autre. C’est là, entre leurs ailes, que Dieu manifestait sa présence et rendait ses oracles, d’où le nom de propitiatoire qu’on donna à ce lieu sacré entre tous. (...) Dans la liturgie, il va de soi que la prière va directement vers Dieu siégeant dans le ciel au-dessus des anges et qu’elle a pour objet précis la venue du Messie. Israël et Joseph s’entendent de l’Eglise.” - Dom BARON, pp. 34-35.

L’Alleluia

[Ps 79, 3] Allelúia, allelúia. V/ Excita, Dómine, potentiam tuam, et veni, ut salvos fácias nos. Allelúia. | Réveille ta puissance Seigneur, et viens pour nous sauver. Alléluia.

Ce passage du psaume 79 (Excita, Dómine, potentiam tuam, et veni) est très employé durant l’Avent. On le retrouve presque intégralement employé en tête des collectes du jeudi (*) et du vendredi (**) de la première semaine de l’Avent, oraisons utilisées respectivement au 4ème et au 1er dimanches dans le MR1962.

(*) Excita, Dómine, poténtiam tuam, et magna nobis virtúte succúrre, ut, quod nostra peccáta præpédiunt, grátia tuæ propitiatiónis accéleret. | [Traduction Dom HALA] Fais paraître ta puissance, Seigneur, et, avec grande force, viens à notre secours, afin que les obstacles dressés par nos péchés cédent bientôt devant ta grâce miséricordieuse.

(**) Excita, quǽsumus, Dómine, poténtiam tuam, et veni, ut, ab imminéntibus peccatórum nostrórum perículis, te mereámur protegénte éripi, te liberánte salvári. | [Traduction Dom HALA] Réveille ta puissance, Seigneur, et viens, nous t’en prions ; et, des périls menaçants où nos péchés nous jettent, que ta protection nous arrache, que ton secours libérateur nous sauve.

La communion

[Is XXXV, 4] Dícite : pusillánimes, confortámini et nolíte timére : ecce, Deus noster véniet et salvábit nos. | Dites à ceux dont le cœur défaille : « Courage ! n’ayez plus peur ! Voici notre Dieu qui viens : il va nous sauver. »

Le texte de cette antienne se trouve dans notre L1.

(7) Tuam, Dómine, cleméntiam implorámus, ut hæc divína subsídia, a vítiis expiátos, ad festa ventúra nos prǽparent. | [Traduction du missel du Barroux] Nous implorons, Seigneur, votre clémence, afin que ces divins mystères que nous venons de recevoir, en nous purifiant de nos péchés, nous préparent aux fêtes qui approchent.

Cette oraison est à la même place dans le MR1962, comme la Super Oblata :

Devotiónis nostræ tibi, Dómine, quǽsumus, hóstia iúgiter immolétur, quæ et sacri péragat institúta mystérii et salutáre tuum nobis poténter operétur. | [Traduction du missel du Barroux] Que sans cesse, Seigneur, notre dévotion vous immole cette hostie, afin que, produisant l’effet pour lequel vous avez établi ce mystère, elle réalise puissament en nous votre oeuvre de salut.


Les lectures de ce dimanche nous présentent l’avènement des temps messianiques. Le prophète Isaïe les décrit comme une période de rétablissement de la justice originelle, marquée par des guérisons spectaculaires, et dont la joie est l’une des manifestations : « Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent ! Le pays aride, qu'il exulte et fleurisse, qu'il se couvre de fleurs des champs, qu'il exulte et crie de joie ! (...) Alors s'ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. » (L1 ; Is XXXV, 1...10) (8). Aux disciples de Jean-Baptiste qui Lui demandent, de la part de leur maître, s’Il est « celui qui doit venir », Jésus répond : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (L3 ; Mt XI, 2-11) (9). Par Son avènement dans la chair et par la multitude de Ses miracles et guérisons, le Verbe incarné a inauguré les temps messianiques, le Royaume de Dieu, lequel ne sera pleinement consommé que lorsque nos « pauvres corps » seront transformés à l’image du corps glorieux du Ressuscité revenant dans la gloire (Ph III, 20-21 ; antienne de communion du vendredi de la 1ère semaine de l’Avent) (10).

(8) Cette leçon d’Isaïe, légèrement abrégée, est employée au samedi des Quatre-Temps de l’Avent dans le MR1962.

(9) Cette péricope évangélique est utilisée au 2ème dimanche de l’Avent dans le MR1962.

(10) Ce thème des guérisons du Christ, considérées comme inauguration du Royaume de Dieu et anticipation de la glorification des corps se retrouvent le vendredi de la 1ère semaine de l’Avent (guérison des aveugles ; Mt IX, 27-31) et le lundi de la 2ème semaine (guérison du paralytique ; Lc V, 17-26).

Re: Le sens de l'Avent

par VexillumRegis » mar. 11 déc. 2007, 23:09

Hymne à saint Jean le Précurseur (pour l'Avent)
(Paul Diacre, 720/25–797/801)

Image
Ecce Agnus Dei - Icône roumaine
___________


Ut queant laxis resonáre fibris
mira gestórum fámuli tuórum,
solve pollúti lábii reátum,
sancte Ioánnes.

Pour que tes serviteurs puissent faire résonner
Sur les douces cordes les prodiges de tes actions,
Efface le péché qui souille nos lèvres impures,
Saint Jean !


Antra desérti téneris sub annis,
cívium turmas fúgiens, petísti,
ne levi saltem maculáre vitam
fámine posses.

Dès tes jeunes années, tu as fui la cohue
Des villes pour gagner les cavernes du déserts,
De crainte de souiller ta vie
Par la moindre parole frivole.


Prǽbuit hirtum tégimen camélus
ártubus sacris, stróphium bidéntes,
cui latex haustum, sociáta pastum
mella locústis.

Le chameau fournit un vêtement grossier
A ton corps saint, les agneaux, une ceinture ;
L'eau fut ta boisson, et ta nourriture, le miel
Assorti de sauterelles.


Céteri tantum cecinére vatum
corde præságo iubar affutúrum;
tu quidem mundi scelus auferéntem
índice prodis.

Les autres prophètes annoncèrent seulement
La splendeur à venir, selon les présages de leur coeur ;
Mais toi, tu désignes du doigt celui qui enlève
Le péché du monde.


Non fuit vasti spátium per orbis
sánctior quisquam génitus Ioánne,
qui nefas sæcli méruit lavántem
tíngere lymphis.

Dans le vaste espace de l'univers, aucun
Des engendrés ne fut plus saint que Jean,
Lui qui fut digne de plonger dans les eaux Celui qui lave
Les forfaits du monde.


Láudibus cives célebrant supérni
te, Deus simplex paritérque trine;
súpplices ac nos véniam precámur:
parce redémptis.

Dieu un et triple à la fois,
Les habitants du Ciel te célèbrent par leurs louanges ;
Nous aussi nous venons prier et te supplions
D'avoir pitié de ceux que tu as rachetés.

Re: Commentaire des dimanches du Temps de l'Avent (A)

par errare humanum est » sam. 08 déc. 2007, 12:53

Bonjour,
Vous dites que le Temps de l'Avent est un temps de "joyeuse attente", alors pourquoi la couleur liturgique est le violet?
Alice

Re: Commentaire des dimanches du Temps de l'Avent (A)

par VexillumRegis » sam. 08 déc. 2007, 11:20

Dominica II Adventus
Deuxième dimanche de l'Avent
En ce deuxième dimanche de l’Avent, l’Eglise nous présente la haute figure de saint Jean-Baptiste, qui résume en quelque sorte toute la spiritualité de ce temps liturgique qui précède Noël. Il fut le dernier des prophètes de l’Ancien Testament (le « nouvel Elie », cf. Mt XVII, 12) et le premier des croyants de l’Alliance nouvelle et éternelle - hors Marie et Joseph -, lui qui, encore dans le sein de sa mère, exulta à l’approche de son Seigneur (Lc I, 41). L’Eglise lui confère le titre glorieux de « Précurseur », terme qui vient du latin praecursor, ce qui signifie « celui qui court au devant, qui précède ». C’est là l’attitude spirituelle que nous devons avoir en ce Temps de l’Avent : courir au devant (P1) (1) de Celui qui est venu (A1) (2), qui vient (A3) (3) et qui viendra (Graduel) (4). Dans l’évangile (L3 ; Mt III, 1-12), le Précurseur nous invite à la pénitence et à la conversion : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. (...) Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route » (cf. Alleluia). Cette conversion, c’est Dieu qui nous en fait la grâce en se tournant vers nous pour nous vivifier (A2) (5) ; car comment nous tourner vers Lui (convertere en latin), s’Il ne se tourne d’abord vers nous ? « Nous n’avons aucun mérite qui puisse plaider pour nous » (P2) (6) ; seul le secours divin peut nous sauver en nous détournant des choses vaines de ce monde pour rester entièrement tendus vers les biens célestes que le Seigneur nous promet (P3) (7).

(1) Omnípotens et miséricors Deus, in tui occúrsum Fílii festinántes nulla ópera terréni actus impédiant, sed sapiéntiæ cæléstis erudítio nos fáciat eius esse consórtes. | [Traduction Dom HALA] Dieu tout-puissant et miséricordieux, qu’aucune action terrestre n’empêche notre marche empressée au devant de ton Fils, mais que l’enseignement de la sagesse céleste nous donne de partager son sort.

Cette collecte n’est pas présente dans le MR1962 (elle est tirée du sacramentaire gélasien).

On trouve la même idée, encore plus explicite, dans l’oraison d’entrée du 1er dimanche de l’Avent : Da, quǽsumus, omnípotens Deus, hanc tuis fidélibus voluntátem, ut, Christo tuo veniénti iustis opéribus occurréntes (...)| Nous t’en prions, Dieu tout-puissant, donne à tes fidèles cette volonté qui les fasse accourir, agissant selon la justice, au devant de ton Christ qui vient (...).

(2) [Is XXX, 30 V/ Ps 79, 2] Pópulus Sion, ecce, Dóminus véniet ad salvándas gentes : et audítam fáciet Dóminus glóriam vocis suæ in lætítia cordis vestri. V/ Qui regis Israël, inténde : qui dedúcis, velut ovem, Ioseph. | Peuple de Sion, voici que le Seigneur vient pour sauver les nations. Il va faire retentir sa voix majestueuse, et vous aurez le cœur en joie. V/ Ecoute-moi, Pasteur d’Israël, toi qui mènes le peuple de Joseph comme un berger son troupeau.

« L’introït est tiré d’Isaïe, avec le psaume 79, où l’on prie le Seigneur de se révéler enfin devant les fidèles tribus d’Israël. C’est le psaume des « Apparitions » que l’Eglise répète très souvent durant le cycle de Noël, parce qu’il exprime le désir suprême des patriarches et des justes, que la « Puissance du Très-Haut » vienne racheter l’humanité et dissipe l’empire de Satan » - Dom SCHUSTER, Liber Sacramentorum, t. II, pp. 134-137.

C’est donc le premier avènement dont il est question ici.

(3) [Ba V, 5 ; IV, 36] Ierúsalem, surge et sta in excélso, ei vide iucunditátem, quæ véniet tibi a Deo tuo. | Jérusalem, lève-toi ! Rassemble toi sur la hauteur et contemple le bonheur qui va venir vers toi de la part de ton Dieu.

« Baruch était un disciple de Jérémie qui, se trouvant en captivité à Babylone, envoya un message aux habitants de Jérusalem pour leur annoncer le prochain retour des captifs, les invitant à monter sur la montagne pour les voir venir de loin. Ici encore Jérusalem est la figure de l’Eglise. (...) On notera pour la troisième fois dans cette messe, après l’introït et le Graduel, le mot veniet qui est encore un des mots-clefs de l’Avent » - Y. GIRE, L’année grégorienne, pp. 16-19.

Comme il s’agit d’une antienne de communion, on peut interpréter cette venue dans un sens eucharistique :

« Chacun peut l’entendre pour lui-même et chanter pour toute l’Eglise, au moment où le Pain du ciel qui a toutes les saveurs est donné aux fidèles : Levez-vous et voyez la joie qui vient vers vous de votre Dieu. » - Dom BARON, L’expression du chant grégorien, t. I, pp. 18-30.

(4) [Ps 49, 2-3 V/ 5] Ex Sion species decóris eius : Deus maniféste véniet. V/ Congregáta illi sanctos eius, qui ordinavérunt testaméntum eius super sacrifícia. | De Sion où brille sa beauté, Dieu va paraître au grand jour. V/ Rassemblez-lui ses fidèles, qui ont scellés par des sacrifices leur alliance avec lui.

« Dans ces deux versets nous voyons Dieu venant de Sion, le Temple de Jérusalem où il est présent symbologiquement, pour juger son peuple d’Israël, avec lequel il a fait alliance sur le Sinaï par le sang des victimes offertes en sacrifice. Dans la liturgie il s’agit évidemment du jugement dernier, quand Dieu viendra du ciel dans sa gloire pour juger tous les hommes rachetés par le sang du Christ » - Y. GIRE

« Le répons-graduel est pris au psaume 49, qui, en des couleurs vives et saisissantes, décrit la parousie du divin Juge, venant dans le monde entouré de la multitude de ses saints, pour rendre à chacun selon ses actes. » - Dom SCHUSTER

(5) [Ps 84, 7-8] Deus, tu convérsus vivificábis nos, et plebs tua lætábitur in te : osténde nobis, Dómine, misericórdiam tuam, et salutáre tuum da nobis. | Mon Dieu, tourne-toi vers nous pour nous donner la vie ; et ton peuple en toi trouvera la joie. Fais-nous voir ta miséricorde, Seigneur, et donne-nous ton Sauveur.

(6) Placáre, Dómine, quǽsumus, nostræ précibus humilitátis et hóstiis, et, ubi nulla súppetunt suffrágia meritórum, tuæ nobis indulgéntiæ succúrre præsídiis. | [Traduction Dom LEFEBVRE] Laissez-vous fléchir, Seigneur, par nos humbles prières et par nos offrandes, et puisque nous n’avons aucun mérite qui puisse plaider pour nous, venez vous-même à notre secours.

Cette oraison est présente dans le MR1962 au même 2ème dimanche de l’Avent (*).

(7) Repléti cibo spiritális alimóniæ, súpplices te, Dómine, deprecámur, ut, huius participatióne mystérii, dóceas nos terréna sapiénter perpéndere, et cæléstibus inhærére. | [Traduction Dom LEFEBVRE modifiée] Rassasiés par cet aliment spirituel, nous vous supplions de nous apprendre, Seigneur, dans la participation à ce mystère, à considérer sagement les choses de ce monde et à rester fixés vers les biens du ciel.

Comme la Super Oblata, la postcommunion est aussi utilisée au deuxième dimanche de l’Avent dans le MR1962 (**). La fin a été modifiée de manière très significative : c’est tout l’esprit du concile Vatican 2 qui est résumé dans ce changement de perspective.


Il ne faut pas oublier que l’Avent a un caractère pénitentiel certain (ornements violets, omission du Gloria), quoique cependant nettement moins appuyé que le Carême (l’Alleluia est maintenu). Cette pénitence est clairement orientée vers le Jugement (cf. Graduel) dans la prédication de Jean-Baptiste : « Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. (...) [Le Seigneur] il tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas. » Cependant, ces images de pénitence et de jugement sont tempérées par la joie de la Jérusalem céleste qui illumine l’introït (« Peuple de Sion, voici que le Seigneur vient pour sauver les nations. Il va faire retentir sa voix majestueuse, et vous aurez le cœur en joie ») et l’Alleluia grégorien (8). Car le Seigneur est un Dieu juste et miséricordieux, « Il ne jugera pas d'après les apparences, il ne tranchera pas d'après ce qu'il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays » (L1 ; Is XI, 1-10) (9). Le « Pasteur d’Israël » mènera son troupeau, le peuple des justes, dans la Jérusalem céleste (A1) ; seuls les coeurs coupables méprisant par orgueil toute idée de repentance recevront le salaire mérité de leur égarement : « Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas ».

(8) [Ps 121, 1] Allelúia, allelúia. V/ Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus. Allelúia. | J’étais tout heureux quand on m’a dit : « Nous irons dans la maison du Seigneur » . Alléluia.

Ce psaume a déjà été utilisé dimanche et lundi derniers (thème du rassemblement eschatologique dans la Jérusalem céleste).

« Le verset alleluiatique est emprunté au psaume 121, et, faisant une délicate allusion à la Sancta Hierusalem où se célèbre aujourd’hui la station, il exprime la joie de l’âme à l’aurore de son prochain retour en la Jérusalem céleste. » - Dom SCHUSTER

(9) Cette leçon d’Isaïe est l’une des deux lectures proposées le mardi de la 1ère semaine de l’Avent (la première étant celle lue au 1er dimanche de l’année A). La première partie (Is XI, 1-5) est utilisée au vendredi des Quatre Temps de l’Avent dans le MR1962.


Autre enseignement de ce deuxième dimanche de l’Avent : l’universalité du salut. Certes, la L1 insiste sur l’ascendance davidique du Messie attendu, conformément aux promesses divines (cf. note 3 de notre commentaire de la Solennité du Christ Roi ici) : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines » ; mais elle insiste aussi sur le caractère universel de la Rédemption, qui doit toucher non seulement les nations païennes (« Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure ») mais même l’ensemble du monde vivant : « Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira (...) ». Le Ps (psaume 71) chante lui aussi la domination universelle du roi de justice : « Qu'il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu'au bout de la terre ! ». Saint Paul, dans un langage plus théologique, exprime la même idée : si « le salut vient des Juifs » (Jn IV, 22), selon les propres mots du Seigneur, il doit s’étendre à toutes nations selon la miséricorde de Dieu (L2 ; Rm XV, 4-9) (10). Et Jean le Précurseur, dénonçant l’orgueil des pharisiens et des saducéens, cette « engeance de vipères », formule en des termes frappants une doctrine identique : « Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons Abraham pour père' ; car, je vous le dis : avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham » (L3).

C’est déjà un peu de la lumière de l’Epiphanie que l’Eglise nous laisse entrevoir en ce deuxième dimanche de l’Avent.

(10) Dans la MR1962, l’épître est un peu plus longue (Rm XV, 4-13), car saint Paul cite ce passage d’Isaïe : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines ». Comme ce passage est désormais présent en première lecture dans le nouveau missel, l’épître a été écourtée.

Commentaire des dimanches du Temps de l'Avent (A)

par VexillumRegis » sam. 08 déc. 2007, 10:54

Dominica I Adventus
Premier dimanche de l'Avent
“Le temps de l'Avent a une double caractéristique : c'est à la fois un temps de préparation aux solennités de la Nativité, où l'on commémore le premier avènement du Fils de Dieu parmi les hommes, et un temps où, par ce mémorial, les âmes se tournent vers l'attente du second avènement du Christ à la fin des temps. Pour ces deux raisons, le temps de l'Avent se présente comme un temps de pieuse et joyeuse attente”. C’est ainsi que les Normes universelles de l’Année liturgique du Missel 2002 résume le temps de l’Avent par lequel s’ouvre l’année liturgique (*). La première partie de l’Avent, dans la continuité des derniers dimanches du Temps ordinaire, nous incitent à nous tourner dans l’espérance vers la Parousie. Mais à l’approche de Noël, c’est le mémorial de l’Incarnation qui prédomine, tout particulièrement à partir du 17 décembre (1). La première préface de l’Avent, très dense, résume parfaitement l’esprit de ce temps liturgique, et mérite à ce titre d’être reproduite in extenso :

Vere dignum et iustum est, æquum et salútare, nos tibi semper et ubíque grátias ágere : Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus : per Christum Dóminum nostrum.

Qui, primo advéntu in humilitáte carnis assúmptæ, dispositiónis antíquæ munus implévit, nobísque salútis perpétuæ trámitem reserávit : ut, cum secúndo vénerit in suæ glória maiestátis, manifésto demum múnere capiámus, quod vigilántes nunc audémus expectáre promíssum.

Et ídeo cum Angelis et Archángelis, cum Thronis et Dominatiónibus, cumque omni milítia cæléstis exércitus, hymnum glóriæ tuæ cánimus, sine fine dicéntes : Sanctus, Sanctus, Sanctus ...

Il est vraiment juste et digne, c’est notre devoir et notre salut, de vous rendre grâces toujours et en tout lieu, Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant : par Jésus-Christ notre Seigneur.

Lui qui, lors de Son premier avènement dans l’humilité de la chair assumée, accomplit l’éternel dessein de Votre volonté et nous rouvrit le chemin du salut éternel ; de telle sorte que, quand Il viendra de nouveau dans la gloire de Sa majesté, nous puissions posséder enfin les biens célestes que vous nous avez promis et que nous osons maintenant attendre en veillant. (2)

C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec la troupe entière de l’armée céleste, nous chantons une hymne à votre gloire, redisant sans fin : Saint, Saint, Saint le Seigneur Dieu des armées célestes...

(*) http://www.ceremoniaire.net/depuis1969/ ... ual_1.html

(1) Dom HALA note cependant que la collecte du vendredi de la 2ème semaine de l’Avent “est la dernière à montrer une orientation nettement eschatologique” (La spiritualité de l’Avent à travers les collectes, Editions de Solesmes, 2004, p. 81). Il faut rappeler que le Missel de Paul VI (contrairement au Missel de 1962) propose pour chaque jour de l’Avent un formulaire et des lectures propres, ce qui constitue sans aucun doute un enrichissement notable et tout à fait heureux.

(2) Je remercie Monsieur l’Abbé Bernard Pellabeuf, qui a aimablement traduit le coeur de la préface via le forum catholique (je me suis appuyé sur cette traduction mais l’ai largement modifiée pour expliciter la concision assez obscure du texte latin).

Le premier avènement du Seigneur dans “l’humilité de la chair” qu’il a assumée est discrètement rappelée dans la Messe du premier dimanche de l’Avent par l’utilisation du psaume 84 dans le chant de communion (A3) (3) et l’Alleluia (4). Ce psaume, l’un des principaux du Temps de l’Avent (il est utilisé comme psaume responsorial au 2ème dimanche de ce temps en l’année B), contient en son verset 12 une prophétie très claire de l’Incarnation : “La Vérité germera de la terre, et du ciel se penchera la justice” (traduction AELF) (5). Le verset qui suit est celui que nous chantons à la communion : “Le Seigneur donnera sa bénédiction, et notre terre produira son fruit”. Ce fruit de la terre, c’est bien entendu Jésus-Christ en Son Incarnation, comme on le chante dans le célèbre introït Rorate Caeli du 4ème dimanche de l’Avent. Mais dans le cadre de la communion, ce fruit de la terre peut aussi bien s’entendre de la Sainte Eucharitie (6). Car, il ne faut pas l’oublier, il y a un “avent eucharistique”, qui fait partie intégrante de cet avènement de grâce, ou avènement intermédiaire (medius adventus) dont les grands spirituels médiévaux se plaisèrent à développer l’idée (cf. mes deux précédents messages sur Le sens de l’Avent ici et ici). Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la vertu de Sa bénédiction céleste, “descend” sur l’autel sous les espèces du pain et du vin consacrés, et Il se donne aux coeurs purs dans Sa sainte Humanité et dans Sa Divinité toute-puissante. Par la vertu de la Très Sainte Communion, Dieu nait en quelque sorte une seconde fois dans le sanctuaire malpropre de notre âme, comme il est né il y a plus de deux mille ans dans l’humble crêche de Bethléem. La célébration eucharistique est à la fois le mémorial du premier avènement du Seigneur dans l’humilité de notre chair, et le gage de Son retour dans “la gloire de Sa majesté” (préface).

(3) [Ps 84, 8] Allelúia, allelúia. V/ Osténde nobis, Dómine, misericórdiam tuam : et salutáre tuum da nobis. Allelúia. | Fais-nous voir ta miséricorde, Seigneur, et donne-nous ton Sauveur. Alleluia.

(4) [Ps 84, 13] Dóminus dabit benignitátem : et terra nostra dabit fructum suum. | Le Seigneur donnera sa bénédiction, et notre terre produira son fruit.

La communion constitue très clairement une réponse à la supplication que l’Eglise fait entendre dans l’Alleluia.

(5) “Dans cette nativité du Christ, selon la prophétie de David, la vérité a germé de la terre, la justice a regardé du haut du ciel (Ps 84, 12) ; dans cette nativité s’est réalisée la parole d’Isaïe : Que la terre produise et qu’elle germe un Sauveur ; qu’en même temps se lève la justice ! (Is XLV, 8). La terre de notre nature humaine, maudite dans le premier prévaricateur, a produit par cet enfantement unique de la bienheureuse Vierge un rejeton béni et exempt du vice de sa race.” - Saint Léon, Sermon 4 pour Noël, 3.

“La vérité est née de la terre, c’est le Christ qui est né d’une femme. La vérité est née de la terre, c’est le Fils de Dieu issu de la chair. Qu’est-ce que la vérité ? Le Fils de Dieu. Qu’est-ce que la terre ? La chair. Cherche d’où est le Christ, et tu verras que la vérité est née de la terre. Mais cette vérité née de la terre était avant- la terre, et c’est par elle que le ciel et la terre ont été faits. Mais afin que la justice regardât du ciel, c’est-à-dire, afin que les hommes fussent justifiés par la grâce divine, la vérité est née de la vierge Marie, afin de pouvoir offrir pour tous ceux qui devront être sanctifiés le sacrifice auguste, le sacrifice de sa passion, le sacrifice de la croix. - Saint Augustin, Discours sur le psaume LXXXIV, 13.

(6) Le Père Michel Gitton interprète ainsi, par anticipation, les prières d’offertoire sur le pain et sur le vin :

“Tu es béni, Dieu de l’univers (il s’agit, comme dans le Sanctus, du Dieu Sabaoth, Dieu des armées célestes), toi qui nous donnes ce pain fruit de la Terre (il s’agit bien sûr de la Terre d’Israël, qui nous a donné le Messie) et du travail des hommes (ce travail de fructification qu’encouragent les paraboles : Mt 24, 45-46 ; Lc 19, 23), il deviendra le pain de vie (allusion évidente à Jean chapitre 6), puis Tu es béni Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce vin, fruit de la vigne (la Sainte Vigne de David dont est issu Jésus, la mention en étant faite déjà dans une très ancienne prière chrétienne, la Didachè) et du travail des hommes, il deviendra le vin du Royaume éternel (allusion à Mt 26, 29 ; le « Royaume éternel » est une expression tirée de 2 Pi 1, 11).” - Abbé Michel GITTON, Initiation à la liturgie romaine, Ad Solem, 2003, p. 72.

Mais en ce premier dimanche de l’Avent, la liturgie de l’Eglise porte résolument nos regards vers le second avènement du Seigneur, dans une parfaite continuité d’ailleurs avec la fin du Temps ordinaire et la solennité du Christ Roi de l’univers. Dès la collecte, nous sommes invités à nous tourner, non pas passivement, mais activement, en “agissant selon la justice”, vers le “Christ qui vient” (7). C’est à l’attente vigilante, dans l’espérance, que nous sommes invités, car ceux qui comptent sur la venue du Seigneur ne seront pas déçus (8). Le Seigneur prévient Lui-même Ses disciples : “Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra. (...) Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra.” (L3 ; Mt XXIV, 37-44). Saint Paul nous exorte lui aussi à “sortir de notre sommeil”, car “le jour est tout proche” (L2 ; Rm XIII, 11-14). Le champ lexical de la lumière utilisé par Paul s’applique bien entendu, dans ce contexte, au jour du second avènement (Ap XXII, 5), mais nous rappelle aussi, dans le contexte de l’Avent, que “la lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, est venue dans le monde” (Prologue de l’évangile de Jean). Quant à Isaïe (L1 ; Is II, 1-5) et au psaume responsorial (Ps ; psaume 121), ils traitent plus précisément du rassemblement eschatologique dans la Jérusalem céleste (comme au XXIème dimanche du Temps ordinaire en l’année C), et de la paix universelle qui s’en suivra : “Il sera le juge des nations, l'arbitre de la multitude des peuples. De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, et de leurs lances, des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on ne s'entraînera plus pour la guerre.” (L1) (9).

(7) Da, quǽsumus, omnípotens Deus, hanc tuis fidélibus voluntátem, ut, Christo tuo veniénti iustis opéribus occurréntes, eius déxteræ sociáti, regnum mereántur possidére cæléste. | [traduction Dom HALA] Nous t’en prions, Dieu tout-puissant, donne à tes fidèles cette volonté qui les fasse accourir, agissant selon la justice, au devant de ton Christ qui vient, afin que, prenant place à sa droite, ils méritent de posséder le royaume éternel.

Cette oraison n’est pas présente dans le MR1962. Il s’agit d’une ancienne postcommunion du sacramentaire gélasien. Elle a été légèrement modifié. L’idée de course vers le Christ (occurréntes) est clairement inspirée de saint Paul (Ph III, 12 ; 2 Tm IV,7-8).

La Super Oblata est quant à elle issue du sacramentaire de Vérone où elle est utilisée au mois de juillet (**).

Súscipe, quǽsumus, Dómine, múnera quæ de tuis offérimus colláta benefíciis, et, quod nostræ devotióni concédis éffici temporáli, tuæ nobis fiat prǽmium redemptiónis ætérnæ. | Agréez, Seigneur, nous vous en prions, l’offrande de ces dons reçus de Votre largesse, et accordez-nous que cette oeuvre passagère de notre piété soit pour nous le gage du salut éternel.

(**) http://wdtprs.com/blog/2006/12/1st-sund ... -oblata-2/

D’après l’Abbé Zuhlsdorf, la postcommunion est une nouvelle composition, mais serait inspirée de deux oraisons du sacramentaire de Vérone (***).

Prosint nobis, quǽsumus, Dómine, frequentáta mystéria, quibus nos, inter prætereúntia ambulántes, iam nunc instítuis amáre cæléstia et inhærére mansúris. | Que ces mystères que nous avons reçus nous soient profitables, Seigneur, nous vous en prions ; par eux, vous avez établi que, en pérégrinant dans ce monde qui passe, nous aimions maintenant les réalités célestes et nous attachions à ce qui demeure.

(***) http://wdtprs.com/blog/2006/12/1st-sund ... mmunion-2/

Je remercie vivement A. Jore pour son aide précieuse dans la traduction de ces oraisons.

(8) “Univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur” (Aucun de ceux qui mettent en vous leur espoir ne sera déçu) : ce passage du psaume 24 est présent dans l’Introït, le graduel et l’offertoire, cas vraisemblablement unique dans le répertoire grégorien. Le psaume 24 est, avec le psaume 84, l’un des principaux du Temps de l’Avent (il est utilisé comme psaume responsorial au premier dimanche de l’Avent en l’année C).

L’introït

[Ps 24, 1-3 V/ 4] Ad te levávi ánimam meam : Deus meus, in te confíde, non erubéscam : neque irrídeant me inimíci mei : étenim univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur. V/ Vias tuas, Dómine, demónstra mihi : et sémitas tuas édoce me. | J’élève mon âme vers Toi, ô mon Dieu ! En Toi je mets ma confiance : que je n’aie pas à en rougir et que mes ennemis ne puissent pas se moquer de moi, car ceux qui comptent sur ta venue ne seront pas déçus. V/ Montre-moi ton chemin, Seigneur, et apprends-moi à le suivre.

Le Répons graduel

[Ps 24, 3 V/ 4] Univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur, Dómine. V/ Vias tuas, Dómine, notas fac mihi : et sémitas tuas édoce me. | Ceux qui comptent sur ta venue, Seigneur, ne seront pas déçus. V/ Montre-moi ton chemin, Seigneur, et apprends-moi à le suivre.

Offertoire

[Ps 24, 1-3] Ad te levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam : neque irrídeant me inimíci mei : étenim univérsi, qui te exspéctant, non confundéntur. | J’élève mon âme vers Toi, ô mon Dieu ! En Toi je mets ma confiance : que je n’aie pas à en rougir et que mes ennemis ne puissent pas se moquer de moi, car ceux qui comptent sur ta venue ne seront pas déçus.

(9) Malherbe s’est inspiré de ces vers messianiques pour décrire dans des vers sublimes le rétablissement de la paix royale attendue d’Henri IV :

“La terreur de son nom rendra nos villes fortes,
On n'en gardera plus ni les murs ni les portes,
Les veilles cesseront aux sommets de nos tours :
Le fer mieux employé cultivera la terre,
Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre,
Si ce n'est pour danser n'orra plus de tambours.

(...)

Tu nous rendras alors nos douces destinées :
Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années,
Qui pour les plus heureux n'ont produit que des pleurs :
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs.”

(Prière pour le Roi allant en Limousin, v. 61-66 ; 79-84)

Re: Le sens de l'Avent

par VexillumRegis » mar. 04 déc. 2007, 23:15

Rythme du Jugement dernier (pour l'Avent)
(Saint Hilaire de Poitiers, 310/15–366/68)

Image
Le Jugement dernier - Stefan Lochner - Vers 1435


Ecce vénio cito, et merces mea mecum est, dicit Dóminus : dare unicuíque secúndum ópera sua.
Voici que je viens bientôt, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon son oeuvre.
- Antienne des Vêpres du 1er dimanche de l'Avent -

___________


Répons à insérer entre chaque distique : In tremendo Die Iudicii / Au Jour terrible du Jugement.

Apparebit repentina dies magna Domini,
Fur obscura velut nocte improvisos occupans.

Il paraîtra soudain, le grand jour du Seigneur,
Tel un voleur surgissant à l'improviste dans la nuit obscure.


Brevis totus tum parebit prisci luxus saeculi,
Totum simul cum clarebit praeterisse saeculum.

Toutes les splendeurs du monde périmé sembleront alors bien minces,
Car il sera évident que l'univers entier a passé d'un coup.


Clangor tubae per quaternas terrae plagas concinens,
Vivos una mortuosque Christo ciet obviam.

Retentissant dans les quatre régions de la terre, le son de la trompette
Convoquera les vivants et les morts tous ensemble devant le Christ.


De caelesti judexarce, majestate fulgidus,
Claris angelorum choris comitatus aderit.

Dans une majesté fulgurante, le Juge descendra
Du haut du ciel, escorté par les choeurs lumineux des anges.


Erubescet orbis lunae, sol et obscurabitur,
Stellae cadent pallescentes, mundi tremet ambitus.

Le disque de la lune deviendra rouge et le soleil s'obscurcira,
Les étoiles livides pâliront, l'orbe du monde tremblera.


Flamma ignis anteibit justi vultum Iudicis,
Caelos, terras, et profundi fluctus maris devorans.

Une flamme de feu précèdera le visage du juste Juge,
Dévorant les cieux, les terres et les flots de la mer profonde.


Gloriosus rex sedebit in sublimi solio,
Angelorum tremebunda circumstabunt agmina.

Le Roi glorieux siègera sur son trône sublime ;
Les cohortes redoutables des Anges l'entoureront ;


Hujus omnes ad electi colligentur dexteram,
Pravi pavent a sinistris velut hoedi fetidi.

Tous les élus seront rassemblés à sa droite ;
Les méchants se tiendront terrifiés à sa gauche, comme des boucs puants.


Ite, dicet Rex a dextris, regnum caeli sumite,
Pater vobis quod paravit ante omne saeculum.

« Allez, dira le Roi à ceux de sa droite, accédez au Royaume des cieux
Que votre Père a préparé pour vous dès avant les siècles ;


« Karitate qui fraterna me juvistis pauperem,
Karitatis nunc mercedem reportate divites. »

Vous qui avez secouru ma pauvreté avec une charité fraternelle
Riches désormaix, recevez le prix de votre charité.»


Laeti dicent : « Quando, Christe, pauperem te vidimus,
Te, Rex magne, vel egentem miserati iuvimus ? »

Les bienheureux diront : « Quand donc, ô Christ, t'avons-nous vu pauvre ?
Ou bien quand donc, ô grand Roi, avons-nous secouru avec pitié ton indigence ?»


Magnus illis dicet Iudex : « Cum iuvistis pauperes,
Panem, domum, vestem dantes, me iuvistis humilem.

Le grand Juge leur dira : « Quand vous avez secouru les pauvres ;
En leur donnant du pain, un abris, des vêtements, c'est ma misère que vous avez secourue.»


Nec tardabit a sinistris loqui justus Arbiter :
« In Gehennae, maledicti, flammas hinc discedite.

Et le juste Juge ne tardera pas à parler à ceux de sa gauche :
« Reculez d'ici, maudits, dans les flammes de la Géhenne.


Obsecrantem me audire despexistis mendicum,
Nudo vestem non dedistis, neglexistis languidum. »

Vous avez dédaigné de m'entendre lorsque je mendiais en suppliant.
Vous n'avez pas donné de vêtements à celui qui était nu, vous ne vous êtes pas soucié du malade.»


Peccatores dicent : « Christe, quando te vel pauperem
Te, Rex magne, vel infirmum contemnentes sprevimus ? »

Les pécheurs diront : « O Christ, quand donc t'avons-nous méprisé,
Grand Roi, en te repoussant pauvre ou infirme ?»


Quibus contra Iudex altus : « Mendicanti quamdiu
Opem ferre neglexistis, me sprevistis improbium.»

Le haut Juge leur répondra : « Toutes les fois que vous avez dédaigné
D'assister un mendiant, vous m'avez méprisé de honteuse façon.»


Retro ruent tunc injusti in ignes perpetuos,
Vermis quorum non moritur, ignis nec restringuitur.

Les méchants seront alors précipités dans le feu éternel
Où le ver ne meurt, où la flamme ne s'éteint.


Satan atro cum ministris quo tenetur carcere ;
Fletus ubi mugitusque, strident omnes dentibus.

Satan et ses ministres règnent sur la noire geôle,
Où, au milieu des sanglots et des hurlements, tous grincent des dents.


Tunc fideles ad caelestem sustollentur patriam,
Choros inter angelorum regni petent gaudia.

Alors les élus seront élévés à la patrie céleste
Et au milieu des choeurs des anges, ils atteindront le Royaume de Félicité.


Urbis summae Jerusalem introibunt gloriam,
Vera lucis atque pacis in qua fulget visio,

Ils pénètreront dans la gloire de la sublime cité de Jérusalem,
Dans la resplendissante vision de la vraie lumière et de la paix,


Xristum regem, iam paterna claritate splendidum,
Ubi celsa beatorum contemplantur agmina.

Où les hautes cohortes des bienheureux contemplent
Le Christ-Roi resplendissant de l'éclat de son Père.


Ydri fraudes ergo cave, infirmantes subleva,
Aurum temne, fuge luxus, si vis astra petere.

Crains donc les embûches du Serpent, secours les malades,
Méprise l'or, fuis le luxe, si tu veux atteindre aux étoiles ;


Zona clara castitatis lumbos nunc praecingere,
In occursum magni regis fer ardentes lampades.

Ceins tes reins de la brillant ceinture de la chasteté
Et viens au-devant du grand Roi en portant des lampes allumées.

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