"De peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

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Re: "De peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Carhaix » sam. 18 mai 2019, 23:21

Les quatre évangiles retranscrivent cette parole du Christ. Saint Jean renvoie à Isaïe, d'où est tirée cette condamnation des incrédules, dans le passage célèbre du tison appliqué sur la bouche du prophète :

5 Alors je dis : Malheur à moi de ce que je me suis tu, parce que je suis un homme dont les lèvres sont impures, et que j’habite au milieu d’un peuple qui a aussi les lèvres souillées, et j’ai vu le Roi, le Seigneur des armées, de mes propres yeux !

6 En même temps l’un des séraphins vola vers moi, tenant en sa main un charbon de feu qu’il avait pris avec des pincettes de dessus l’autel ;

7 et m’en ayant touché la bouche, il me dit : Ce charbon a touché vos lèvres : votre iniquité sera effacée, et vous serez purifié de votre péché.

8 J’entendis ensuite le Seigneur qui dit : Qui enverrai-je ? et qui ira porter nos paroles ? Me voici, dis-je alors ; envoyez-moi.

9 Le Seigneur me dit : Allez, et dites à ce peuple : Ecoutez ce que je vous dis, et ne le comprenez pas ; voyez ce que je vous fais voir, et ne le discernez point.

10 Aveuglez le cœur de ce peuple, rendez ses oreilles sourdes, et fermez-lui les yeux ; de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’entendent, que son cœur ne comprenne, et qu’il ne se convertisse à moi, et que je ne le guérisse.

11 Eh ! Seigneur ! lui dis-je, jusques à quand durera votre colère ? Jusques à ce, dit-il, que les villes soient désolées et sans citoyens, les maisons sans habitants, et que la terre demeure déserte.

12 Le Seigneur bannira les hommes loin de leur pays, et celle qui avait été délaissée au milieu de la terre, se multipliera.

13 Dieu la décimera encore, et après cela elle reviendra au Seigneur, et elle paraîtra dans sa grandeur comme le térébinthe, et comme un chêne qui étend ses branches bien loin ; et la race qui demeurera dans elle, sera une race sainte.
La fin du chapitre est importante, car il montre que le dessein de Dieu n'est pas de maudire et de condamner, mais de sauver et de combler de bénédictions. Donc en réalité, le premier propos est ironique. La pensée de Dieu est bien : "Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et soit sauvé". Seulement, les hommes résistent, ils n'écoutent pas. Le prophète les tourne alors en dérision, et met dans la bouche de Dieu un propos en apparence absurde : écoutez, et ne comprenez pas, etc., de peur que vous vous convertissiez et soyez sauvés. Est-ce un sémitisme typique ? C'est à situer dans le cadre de l'activité prophétique qui pouvait revêtir plusieurs formes. C'est une façon de secouer le peuple, le réveiller, "l'engueuler" d'une certaine façon, comme pour dire : vous ne voulez pas être sauvés, hé bien ne le soyez pas.

Ce n'est pas sans rappeler certains psaumes qui tournent en dérision les idoles : elles ont des yeux et ne voient pas, une bouche et ne parlent pas, des oreilles et n'entendent pas, des pieds et ne marchent pas, etc. Et que ceux qui les adorent deviennent comme elles (c'est à dire aveugles et incrédules).

L'idolâtrie et l'incrédulité sont ainsi associées. Ceux qui n'écoutent pas la parole de Dieu rendent un culte au monde, et ne sont pas de véritables adorateurs de Dieu.

Le Christ reprend donc Isaïe, et s'inscrit logiquement dans la tradition prophétique, d'autant qu'il est le Messie annoncé par Isaïe. Il reprend à son compte et récapitule tous les reproches adressés par les prophètes au peuple de Dieu, le principal d'entre eux étant l'incrédulité.

Les quatre évangiles reprennent tous le propos, qui s'inscrit dans l'explication de la parabole du Semeur.

Saint Mathieu est le plus complet :
11 Et leur répondant, il leur dit : C’est parce que pour vous autres, il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux ; mais pour eux, il ne leur a pas été donné.

12 Car quiconque a déjà, on lui donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais pour celui qui n’a point, on lui ôtera même ce qu’il a.

13 C’est pourquoi je leur parle en paraboles ; parce qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en écoutant ils n’entendent ni ne comprennent point.

14 Et la prophétie d’Isaïe s’accomplit en eux, lorsqu’il dit : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point.

15 Car le cœur de ce peuple s’est appesanti, et leurs oreilles sont devenues sourdes, et ils ont fermé leurs yeux ; de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, et que s’étant convertis, je ne les guérisse.

16 Mais pour vous, vos yeux sont heureux de ce qu’ils voient, et vos oreilles de ce qu’elles entendent.

17 Car je vous dis en vérité, que beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité de voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu ; et d’entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.
L'explication aux disciples de la parabole donne tout son sens à ce : "de peur que". Ce sont bien les hommes qui rejettent ou ne fructifient pas la Parole de Dieu, étouffés par leur souci du monde.

Sainr Marc est plus ambiguë :
9 Et il leur disait : Que celui-là l’entende, qui a des oreilles pour entendre.

10 Lorsqu’il fut en particulier, les douze qui le suivaient lui demandèrent le sens de cette parabole ;

11 et il leur dit : Pour vous, il vous est donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont dehors, tout se passe en paraboles ;

12 afin que voyant ils voient et ne voient pas, et qu’écoutant ils écoutent et ne comprennent pas ; de peur qu’ils ne viennent à se convertir, et que leurs péchés ne leur soient pardonnés.

13 Eh quoi ! leur dit-il encore, n’entendez-vous pas cette parabole ? Comment donc pourrez-vous les entendre toutes ?
Mais Marc est un abrégé de Saint Mathieu. Il résume le récit. L'expression "Il vous a été donné" est troublante, faisant penser que la conversion est un effet de la grâce divine, ce qui est vrai. En fait, l'appel à la conversion est adressé à tous. C'est surtout l'expression : "à eux il ne leur a pas été donné" qui pose problème. Mais compte tenu de l'explication complète de saint Mathieu, et de la prophétie reprise d'Isaïe, il faut peut-être comprendre qu'ils ne l'ont pas reçue - la Parole de Dieu - précisément parce qu'ils n'en ont pas voulu. Ce qui revient à ce qu'elle ne leur a pas été donnée.

Dans Saint Luc, le propos est encore plus résumé :
9 Ses disciples lui demandèrent ensuite, ce que voulait dire cette parabole.

10 Et il leur dit : Pour vous, il vous a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour les autres, il ne leur est proposé qu’en paraboles ; afin qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en écoutant ils ne comprennent point.
Dans Saint Jean, il est sorti de son contexte, pour être rappelé par l'évangéliste, au moment où le Christ est à Béthanie, quelques jours avant sa Passion :

37 Mais quoiqu’il eût fait tant de miracles devant eux, ils ne croyaient point en lui ;

38 afin que cette parole du prophète Isaïe fût accomplie : Seigneur ! qui a cru à la parole qu’il a entendue de nous ? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ?
39 C’est pour cela qu’ils ne pouvaient croire, parce qu’Isaïe a dit encore :

40 Il a aveuglé leurs yeux, et il a endurci leur cœur : de peur qu’ils ne voient des yeux, et ne comprennent du cœur ; et qu’ils ne viennent à se convertir, et que je ne les guérisse.

41 Isaïe a dit ces choses, lorsqu’il a vu sa gloire, et qu’il a parlé de lui.

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Cepora » ven. 17 mai 2019, 12:39

Héraclius a écrit : dim. 17 mars 2019, 18:48 Héraclius a écrit :
La prédestination est une doctrine biblique et catholique. Vous pensez sans doute spontanément à la prédestination protestante, calviniste, bref, à l'hérésie prédestinarienne, qui est évidemment erronée, mais la prédestination est une doctrine catholique.
Comment résumeriez-vous ce point de doctrine catholique concernant la prédestination ?

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Fée Violine » lun. 18 mars 2019, 11:44

Cepora a écrit : dim. 17 mars 2019, 21:41
PetiteQuestion a écrit : dim. 17 mars 2019, 19:31 J'ai aussi lu la réponse de Cepora, et reste assez dubitatif...
le texte dit que la Parabole c'est "afin qu'ils ne comprennent pas" et ensuite : "de peur que" semble être le pourquoi de cette parabole mystérieuse, et non une peur des hommes en question (on ne peut pas avoir peur d'être pardonné, le pardon n'est pas quelque chose qui nous tombe dessus contre notre gré )
Je comprends que vous soyez dubitatif. Il est vrai que la locution conjonctive « afin que » exprime un but. Par conséquent, votre compréhension du texte est correcte, et vos interrogations légitimes. La difficulté semble venir de la traduction, que je crois être malheureuse. Ci-dessous le texte latin de la Vulgate, en Marc 4, 12:
ut videntes videant et non videant et audientes audiant et non intellegant nequando convertantur et dimittantur eis peccata
Ici, ut est une conjonction de subordination, suivie du subjonctif videant. Dans cette construction syntaxique, ut est, selon le contexte, soit une conjonction de but « afin que », soit une conjonction de cause « vu que ». Cette dernière me semble être la plus appropriée, mais je n'ai que de très médiocres compétences en latin.

La traduction de l'AELF s'autorise quelques libertés, mais l'esprit y est :
Ils auront beau regarder de tous leurs yeux, ils ne verront pas ; ils auront beau écouter de toutes leurs oreilles, ils ne comprendront pas ; sinon ils se convertiraient et recevraient le pardon
Il y a aussi la traduction en français courant, qui se veut très accessible :
Ils peuvent bien regarder mais sans vraiment voir, ils peuvent bien entendre mais sans vraiment comprendre, sinon ils reviendraient à Dieu et Dieu leur pardonnerait
Bonjour Cepora,

vous avez raison, il faut déjà regarder ce que dit le texte lui-même, et s'assurer que c'est bien traduit. En fait, le texte est en grec :
ἵνα βλέποντες βλέπωσιν, καὶ μὴ ἴδωσιν: καὶ ἀκούοντες ἀκούωσιν, καὶ μὴ συνιῶσιν: μήποτε ἐπιστρέψωσιν, καὶ ἀφεθῇ αὐτοῖς τὰ ἁμαρτήματα.

(je le mets en alphabet latin pour ceux qui ne lisent pas le grec : "ina blépontes blépôsin, kai mè idôsin ; kai akouontes akouôsin, kai mè suniôsin : mèpoté épistrepsôsin, kai aphétè autois ta amartèmata")

Mais grammaticalement, c'est comme dans le texte latin que vous citez. Le "ut" latin correspond à peu près au "ina" grec. Le "nequando" traduit le "mèpoté" grec : il n'y a là-dedans aucune notion de peur, et ça peut se traduire par "afin que jamais", "ou "de sorte que jamais"(bizarrement la notion temporelle disparaît dans les traductions) : la conséquence ou le but.
Plutôt la conséquence, à mon avis, puisque Dieu ne saurait vouloir que l'homme ne se convertisse pas.

Je pense aussi à la fameuse phrase du Notre Père, qui dit en grec "ne nous fais pas entrer en tentation", et qu'on traduit maintenant par "ne nous laisse pas entrer...".
Et à la phrase de Jésus disant que pour le suivre, nous devons "haïr" nos proches (pour dire qu'on doit le "préférer").
Tout ça pour dire que, certainement, il y a des nuances qui manquent en hébreu et en araméen, qui prêtent à confusion, et qui ont été traduites littéralement dans l'évangile grec.

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Didyme » lun. 18 mars 2019, 2:35

À un autre moment, il prend la comparaison suivante :
Celui qui est délaissé l'est donc en vertu d'un jugement divin et ce n'est pas sans raison que Dieu patiente à l'égard de certains pécheurs, mais parce qu'il leur sera utile, étant donné l'immortalité de l'âme et l'éternité sans fin, de ne pas recevoir trop vite d'assistance en vue de leur salut, mais d'y être menés plus lentement après avoir éprouvé beaucoup de maux. Il arrive que des médecins, alors qu'ils pourraient guérir rapidement quelqu'un, soupçonnent que le venin subsiste secrètement dans le corps et s'arrangent pour ne pas le guérir : ils agissent ainsi parce qu'ils veulent le guérir plus sûrement et ils pensent qu'il vaut mieux maintenir plus longtemps leur patient dans les inflammations et les souffrances pour qu'il puisse récupérer la santé d'une manière plus solide, que de lui redonner trop rapidement des forces apparentes, l'exposant ainsi à des rechutes postérieures et à une amélioration trop hâtive qui serait passagère. Dieu agit de même, lui qui connaît les secrets des cœurs et qui prévoit le futur : il permet peut-être par sa patience et aussi par les évènements extérieurs de faire sortir le mal caché pour purifier celui qui a en lui, à cause de sa négligence, les semences du péché ; en maintenant le pécheur plus longtemps dans ses maux, il fait venir ainsi ces semences à la surface, ce dernier les vomit et, ayant été purifié de sa malice, il peut parvenir ensuite à la régénération.

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Didyme » lun. 18 mars 2019, 2:19

Réponse tirée du "Traité des principes" d'Origène :
Nous disions, quand nous examinions le cas de Pharaon, que parfois il n'est pas bon pour ceux qui sont soignés de l'être trop rapidement, si, étant tombés par eux-mêmes, dans des difficultés, ils étaient ainsi éloignés plus aisément de ce en quoi ils étaient tombés : car ils méprisent alors le mal, le considérant comme facile à guérir, et une autre fois, ne prenant pas garde à l'éviter, ils y resteront. C'est pourquoi dans des cas semblables, le Dieu éternel qui connaît les secrets, lui qui sait toute chose avant qu'elle ne se produise, diffère dans sa bonté de leur apporté un secours qui serait autrement trop rapide et, pour ainsi dire, il les secourt en ne les secourant pas, car cela leur est utile. Vraisemblablement ceux du dehors, à qui s'appliquait cette parole, le Sauveur voyait, selon le texte proposé, qu'ils ne seraient pas solides dans leur conversion, s'ils entendaient distinctement ce qui leur était dit, et c'est pourquoi le Seigneur a fait en sorte qu'ils n'entendent pas plus clairement les paroles plus profondes, de peur que, trop vite convertis et guéris en obtenant la rémission, méprisant comme bénignes et faciles à guérir les blessures de la malice, ils n' y retombent bien vite. Peut-être, subissant alors la peine des péchés qu'ils ont commis autrefois contre la vertu en l'abandonnant, n'ont-ils pas encore atteint le temps convenable où, après avoir été privés des visites divines et rassasiés par les maux qu'ils ont eux-mêmes semés, ils seront appelés plus tard à une pénitence plus solide, et ne retomberont pas si vite dans les maux où auparavant ils sont tombés, quand ils insultaient la dignité du bien et se livraient au pire.

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Ver » lun. 18 mars 2019, 0:15

Voici ce qu'en dit l'abbé Fillion, exégète de qualité, dans sa traduction de la Vulgate :
Après l’indication préliminaire contenue dans le v. 11, Jésus entre au cœur même de sa réponse, et indique aux Apôtres la vraie cause pour laquelle il enseigne maintenant sous la forme de paraboles. [...]

"Afin que". Divers interprètes, n’osant traduire ainsi, donnent à la conjonction le sens de « en sorte que ». « Non comme cause, mais comme conséquence », écrit entre autres le Card. Cajetan. Mais nous croyons qu’il faut laisser à la conjonction sa signification accoutumée. Elle exprimerait donc ici une intention réelle de Jésus à l’égard des incrédules, le but qu’il se propose en s’exprimant d’une manière plus obscure qu’autrefois. Pourquoi ne le dirions-nous pas à la suite d’auteurs éminents ? Oui, le divin Maître, par les paraboles, veut cacher la lumière à certains yeux, châtier certains esprits orgueilleux. Mais à qui la faute ? Ne retombe-t-elle pas tout entière sur ces yeux qui se sont tout d’abord fermés eux-mêmes de la façon la plus coupable, sur ces esprits qui se sont volontairement endurcis ? Pour eux, les paraboles ont donc un caractère pénal. « L’endurcissement des Juifs a deux causes. La première et la principale, c’est leur volonté perverse et corrompue, qui repousse la lumière ; la seconde, qui découle de la première, c’est le juste jugement de Dieu qui les prive de grâces dont ils se sont rendus indignes »
L'important ici c'est que le passage d'un enseignement explicite à un enseignement par paraboles se fait en réponse à un endurcissement premier de la part des auditeurs de Jésus. C'est la punition de leur incrédulité. Notons aussi que Jésus ne dit pas de leur conversion qu'elle est rendue impossible mais qu'elle devient maintenant plus difficile.

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Carolus » dim. 17 mars 2019, 23:00

PetiteQuestion a écrit :PetiteQuestion :
Il fait référence au passage de Isaïe dans l'ancien-testament, mais dans Isaïe c'est à nouveau Dieu qui aveugle lui même
Est-ce que c’est vraiment Dieu qui aveugle lui-même, cher PetiteQuestion :?:
Is 6, 9-10 Il me dit : « Va dire à ce peuple : Écoutez bien, mais sans comprendre ; regardez bien, mais sans reconnaître. Alourdis le cœur de ce peuple, rends-le dur d’oreille, aveugle ses yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’entendent, que son cœur ne comprenne, qu’il ne se convertisse et ne soit guéri. »
Cette parole de Dieu est la description d’un peuple obstiné.

Il ne s’agit pas d’une prescription. :non:

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par invité1 » dim. 17 mars 2019, 22:37

PetiteQuestion a écrit : dim. 17 mars 2019, 5:18 Marc 4:10-12 :
Lorsqu'il fut en particulier, ceux qui l'entouraient avec les douze l'interrogèrent sur les paraboles. Il leur dit : C'est à vous qu'a été donné le mystère du royaume de Dieu; mais pour ceux qui sont dehors tout se passe en paraboles, afin qu'en voyant ils voient et n'aperçoivent point, et qu'en entendant ils entendent et ne comprennent point, de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés.
L’apôtre Paul a écrit quelque chose de similaire :

« Si notre Évangile est encore voilé, il est voilé pour ceux qui périssent, pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’intelligence, afin qu’ils ne voient pas briller la splendeur de l’Évangile de la gloire de Christ, qui est l’image de Dieu. » (2 Corinthiens 4:3-4).

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par PetiteQuestion » dim. 17 mars 2019, 22:23

Par-contre pour revenir à ce que disait Cepora, ça devient parfaitement vrais dans la "version" des actes des Apôtres au chapitre 28.27 :
Car le coeur de ce peuple est devenu insensible; ils ont endurci leurs oreilles et ils ont fermé leurs yeux, de peur de voir de leurs yeux, d'entendre de leurs oreilles, de comprendre avec leur coeur et de se convertir pour que je les guérisse.

Ici sans le moindre doute c'est eux-même qui ont peur de voir et se ferment volontairement.

Il fait référence au passage de Isaïe dans l'ancien-testament, mais dans Isaïe c'est à nouveau Dieu qui aveugle lui même,
en fait j'ai tendance à penser que c'est une vision de Dieu encore archaïque qu'on les prophètes de l'ancien-testament, et peut-être que Jésus fait référence à ce passage sans changer le "langage ancien", contrairement au passage dans les actes des Apôtres ou le passage est dit de manière nouvelle... simple réflexion...

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par PetiteQuestion » dim. 17 mars 2019, 21:56

Prodigal, je n'avais pas vu ton message, merci pour cette piste de réflexion .

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Cepora » dim. 17 mars 2019, 21:41

PetiteQuestion a écrit : dim. 17 mars 2019, 19:31 J'ai aussi lu la réponse de Cepora, et reste assez dubitatif...
le texte dit que la Parabole c'est "afin qu'ils ne comprennent pas" et ensuite : "de peur que" semble être le pourquoi de cette parabole mystérieuse, et non une peur des hommes en question (on ne peut pas avoir peur d'être pardonné, le pardon n'est pas quelque chose qui nous tombe dessus contre notre gré )
Je comprends que vous soyez dubitatif. Il est vrai que la locution conjonctive « afin que » exprime un but. Par conséquent, votre compréhension du texte est correcte, et vos interrogations légitimes. La difficulté semble venir de la traduction, que je crois être malheureuse. Ci-dessous le texte latin de la Vulgate, en Marc 4, 12:
ut videntes videant et non videant et audientes audiant et non intellegant nequando convertantur et dimittantur eis peccata
Ici, ut est une conjonction de subordination, suivie du subjonctif videant. Dans cette construction syntaxique, ut est, selon le contexte, soit une conjonction de but « afin que », soit une conjonction de cause « vu que ». Cette dernière me semble être la plus appropriée, mais je n'ai que de très médiocres compétences en latin.

La traduction de l'AELF s'autorise quelques libertés, mais l'esprit y est :
Ils auront beau regarder de tous leurs yeux, ils ne verront pas ; ils auront beau écouter de toutes leurs oreilles, ils ne comprendront pas ; sinon ils se convertiraient et recevraient le pardon
Il y a aussi la traduction en français courant, qui se veut très accessible :
Ils peuvent bien regarder mais sans vraiment voir, ils peuvent bien entendre mais sans vraiment comprendre, sinon ils reviendraient à Dieu et Dieu leur pardonnerait

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Carolus » dim. 17 mars 2019, 21:05

PetiteQuestion a écrit :PetiteQuestion :
J'ai aussi lu la réponse de Cepora, et reste assez dubitatif...
Cepora mentionne « un passage du livre de Jérémie, chapitre 5 », cher PetiteQuestion. :)
Je 5, 21 Écoutez donc ceci, peuple stupide et sans intelligence ! – Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas !
Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ veut, bien sûr, que nous voyions et entendions !
CEC 981 Le Christ après sa résurrection a envoyé ses apôtres " annoncer à toutes les nations le repentir en son nom en vue de la rémission des péchés " (Lc 24, 47).
Est-ce que tous ceux qui entendent l’annonce de la Bonne Nouvelle veulent se repentir ?
Cepora :
Ils refusent d'entendre, ils refusent de comprendre, de peur de se convertir, de peur de devoir changer de vie.
Malheureusement, il y a ceux qui ne veulent pas se repentir et changer de vie. « Pour ceux qui restent " dehors " (Mc 4, 11), tout demeure énigmatique (cf. Mt 13, 10-15) », selon CEC 546.
Mt 13, 14-15 Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe : Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et moi, je les guérirai.
Il y a ceux qui ne veulent pas voir, car « ils se sont bouché les yeux », n’est-ce pas ? :(

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par PetiteQuestion » dim. 17 mars 2019, 19:31

Héraclius a écrit : dim. 17 mars 2019, 16:39 Une réponse simple qui n'est pas fausse pour autant : les paraboles sont voilées pour que seuls ceux qui sont prêts à faire l'effort de les pénétrer et de les contempler à la lumière du Christ puissent être sauvés. Dieu n'impose pas son salut, il le réserve à ceux qui le désirent vraiment, même si il le propose à tous. Tous entendent la parabole, mais seuls ceux qui sont prêts à prendre le chemin de l'amour recoivent son sens profond dans leur coeur.
Le problème c'est que même ceux qui font l'effort ne comprennent pas, combien de chrétiens la comprennent parmi ceux qui ont cherché ? Et ensuite combien de chrétiens ont cherché à la comprendre ?...
Ca fait un paquet de damnés, il y a 3 élus dans le monde qui ont compris ^ ^

J'ai aussi lu la réponse de Cepora, et reste assez dubitatif...
le texte dit que la Parabole c'est "afin qu'ils ne comprennent pas" et ensuite : "de peur que" semble être le pourquoi de cette parabole mystérieuse, et non une peur des hommes en question (on ne peut pas avoir peur d'être pardonné, le pardon n'est pas quelque chose qui nous tombe dessus contre notre gré )

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par prodigal » dim. 17 mars 2019, 19:20

Je trouve moi aussi ce passage très intrigant. Merci à Petite Question de nous le proposer.
Si j'essaie de réfléchir sans filet, il m'apparaît que cet extrait vise une certaine catégorie de personnes, appelée "ceux qui sont dehors".
Qui sont-ils? Ils ne peuvent être les Gentils ni les peuples non juifs, cela entrerait en totale contradiction avec tous les évangiles.
Le plus simple me paraît être de supposer que ce sont ceux qui demeurent extérieurs à la parole, dont Jésus nous dit aussi que tout se passe en paraboles pour eux.
Ne peut-on déduire que ce sont ceux qui restent prisonniers de la lettre, au détriment de l'esprit? Dès lors, pour eux, une parabole n'est qu'une histoire pour les enfants, qui ne vaut pas un bon gros traité plein de grosses formules!
Et donc, si l'enseignement du Christ se présentait sous la forme d'un bon gros traité plein de grosses formules ces gens "du dehors" se sentiraient chez eux, la révélation serait alors faite pour eux, ils se convertiraient et leurs péchés seraient remis.
Mais ce ne serait pas bon, car la conversion qui est requise est celle d'un cœur qui se repent, empli d'amour et non de vaine science.
Si donc le Christ enseigne en paraboles c'est pour qu'on ne croit pas que ce qui sauve soit la possession de la vaine science qui enfle.

Re: "de peur qu'ils ne se convertissent, et que les péchés ne leur soient pardonnés."

par Héraclius » dim. 17 mars 2019, 18:48

Je ne crois pas que ça soit utile d'approfondir des idées erronées.
La prédestination est une doctrine biblique et catholique. Vous pensez sans doute spontanément à la prédestination protestante, calviniste, bref, à l'hérésie prédestinarienne, qui est évidemment erronée, mais la prédestination est une doctrine catholique.

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