par ancolie » dim. 17 mars 2019, 19:36
Bonjour,
je suis plus nuancée que vous, Zélie, sur cette histoire.
Des questions demeurent (pour moi en tout cas) : quelle était la nature de ces insultes ? qu'est-ce qui semblait les motiver ? l'agresseur menaçait-il aussi de s'en prendre physiquement à ce couple ?
Disons qu'en règle générale, notre devoir est d'intervenir, avec bon sens et dans la mesure de nos moyens, quand une personne est physiquement agressée sous nos yeux. C'est notre devoir non seulement en tant que chrétien mais en tant que citoyen. Et au-delà de la responsabilité personnelle du citoyen et du sens du devoir, la simple empathie pour celui qui est agressé nous commande de lui venir en aide. C'est évidemment ce qu'il faut faire.
Quand il ne s'agit que d'altercation verbale, le bon sens est d'intervenir calmement pour désamorcer l'affrontement afin d'éviter que le tout dégénère en violence physique. On voit régulièrement dans les 'faits divers' des tragédies qui ont débuté par de simples engueulades et qui se sont transformées en un crescendo de violence pour aboutir à un résultat désastreux. Des gens sont morts, d'autres sont gravement handicapés pour la vie, et d'autres enfin se retrouvent emprisonnés pour de nombreuses années. Des familles sont brisées. Quel gâchis !
J'ai une analogie que certains trouveront peut-être boiteuse, mais c'est l'exemple qui me vient en tête. Quand on se trouve face à un animal, un chien par exemple, qui a de toute évidence un seuil de tolérance bas et un potentiel d'agressivité élevé, on ne lui agite pas le doigt devant le museau en lui reprochant de ne pas être un bon chien, on essaie plutôt de ne pas l'énerver. L'éducation et la désensibilisation de cette bête sera éventuellement à aborder par la suite, si c'est possible, mais dans l'immédiat la question n'est pas là, l'urgence de la situation est d'éviter une agression.
C'est la même chose dans les affrontements humains. Je ne sais pas ce qui s'est dit entre Marin et l'agresseur, mais je crois que lorsqu'on se trouve face à un ado de 17ans qui insulte un couple qu'il ne connaît pas pour le seul motif qu'ils s'embrassent, on peut en déduire que ce jeune homme a un problème avec lui-même, un mal-être, qu'il y a en lui beaucoup de colère . Il cherche un affrontement quelconque pour se défouler, prêt à saisir le premier prétexte, la première occasion qui se présente. C'est un obus qui ne demande qu'à exploser. Il faut désamorcer la situation et ne pas l'envenimer en jouant les moralisateurs.
Ça peut paraître choquant de dire cela, mais celui qui avait le plus besoin d'aide dans ce cas, ce n'est pas le couple (à moins évidemment qu'il ait été menacé physiquement), mais l'ado qui avait besoin d'être protégé de lui-même. Il n'y a finalement pas de gagnant dans cette histoire, telle qu'elle s'est déroulée : le couple n'a pas reçu d'excuses de la part de l'ado (en avait-il réellement besoin ?), ce dernier se touve en prison pour longtemps, Marin est lourdement handicapé pour le reste de sa vie.
Il est possible que Marin, dans l'idéalisme et le zèle de ses vingt ans se soit offusqué et ému des insultes lancées au couple d'amoureux mais n'a pas su voir, peut-être aussi à cause de sa jeunesse, le problème, le réel problème dirais-je, plus grave, qui habitait l'agresseur. Et quand il affirme qu'il referait exactement la même chose si la situation se représentait, je ne m'émeus pas d'admiration. Je crois d'une part, que ce n'est pas très intelligent, mais je crois surtout qu'il a peut-être besoin de se dire cela et de s'en convaincre pour s'éviter de douloureux regrets, un sentiment de culpabilité face à lui-même et à sa famille, voire un certain désespoir face aux lourdes conséquences de son intervention qui n’était peut-être pas au point. Toutes ces déclarations 'd'héroïsme' et les honneurs qui les accompagnent me laissent perplexes. Ça fait les délices des gens, ça fait plaisir, on aime les ‘héros’ , on aime beaucoup s'émouvoir, c'est agréable de s'émouvoir, mais est-ce toujours pertinent ?
J'ai vécu divers aspects de cette histoire dans des circonstances différentes.
En premier lieu, mon conjoint a subi il y a vingt ans un violent traumatisme crânien avec séquelles permanentes visibles et invisibles. Les séquelles invisibles sont souvent plus nombreuses et beaucoup plus complexes que les visibles. Comme l'a dit la mère de Marin, elles sont les plus compliquées à faire comprendre et à gérer. Elles sont très variables d'un individu à l'autre dépendant de la gravité du trauma et des régions du cerveau qui ont été atteintes : désorganisation, incapacité de planification, atteintes cognitives diverses, diminution de l'intellect, problèmes de jugement et de logique, difficulté d'analyse et de compréhension, émotivité labile, paranoïa, agressivité, impulsivité incontrôlée, perte des 'filtres' et des codes sociaux, comportements inappropriés etc.
Le prix à payer quotidiennement pour un trauma crânien sévère est considérable. On ne peut le comprendre vraiment qu'en l'ayant vécu. Il a été et est encore considérable pour mon conjoint d'abord, mais aussi pour moi, pour ses enfants, sa famille, tous ses proches et pour la société en général. Je n'ai aucune amertume. Dans le cas de mon conjoint, il ne s'agissait pas d'une bagarre ou d'une agression, mais d'un banal accident de la route comme il y en a souvent. C'est la vie. La seule chose à faire est de l'accepter, de faire face, de s'adapter et de continuer à aimer la vie. Mais je ne sais pas si je serais tout aussi en paix avec cette situation si mon conjoint s'était mis dans le trouble en jouant les moralisateurs et redresseurs de tort dans une altercation verbale avec un inconnu. Il y a aussi un certain orgueil à agir de la sorte, ne l'oublions pas.
En second lieu, après son trauma crânien et à cause de celui-ci, mon conjoint s'est transformé lui-même en un agresseur potentiel, étant incapable de prendre du recul face à un problème ou une situation irritante ou déstabilisante et ayant un contrôle déficient de lui-même. Son agressivité (c'était aussi de la peur et de l'insécurité) ne s'est pas manifestée contre moi mais contre des tiers. Il y a eu certains incidents. J'ai conversé avec quelques personnes impliquées dans ces incidents. Il y a un de mes voisins, qui face à une agression imminente a gardé son calme et a réussi, grâce à une attitude posée et rassurante, à l'apaiser et à éviter le pire. Il y a aussi un homme dans la soixantaine, un solide gaillard que je ne connaissais pas, aux allures de bon grand-papa, qui m'a dit avoir bien compris que mon conjoint avait un 'problème' . Il a eu lui aussi une attitude apaisante, qui a désamorcé la crise, tout en étant prêt à se défendre si besoin. Depuis, au fil des ans, avec la rééducation, beaucoup d'amour et les soins appropriés, mon conjoint a réappris à vivre en paix en société. De mon côté, je suis infiniment reconnaissante envers ces gens équilibrés qui ne se sont pas dressés sur leurs ergots, ne se sont pas scandalisés, n'ont pas fait la morale à mon conjoint mais ont su sortir d'eux-mêmes et de l’indignation qu’affectionnent tant les bien-pensants pour jeter un réel regard sur 'l'autre' et gérer la situation convenablement. Ils n'ont pas reçu de médaille, n'ont pas fait les manchettes télévisées, mais ce sont eux, mes héros. Par leur comportement intelligent et empathique, ils se sont évité des ennuis à eux-mêmes et ont évité à mon conjoint de se retrouver face à la justice pour agression.
L'honneur véritable n'est pas celui dont on nous revêt avec tambours et trompettes, c'est celui qu'on porte en soi .
Dans l’histoire de Marin, l’ado agresseur n’était pas un traumatisé crânien ou un garçon mentalement handicapé, bien sûr, mais il était très certainement, à cet âge, un jeune écorché de la vie, dont on doit se défendre et se protéger, et ensuite contrôler, mais qu’il est improductif de provoquer.
Bonjour,
je suis plus nuancée que vous, Zélie, sur cette histoire.
Des questions demeurent (pour moi en tout cas) : quelle était la nature de ces insultes ? qu'est-ce qui semblait les motiver ? l'agresseur menaçait-il aussi de s'en prendre physiquement à ce couple ?
Disons qu'en règle générale, notre devoir est d'intervenir, avec bon sens et dans la mesure de nos moyens, quand une personne est physiquement agressée sous nos yeux. C'est notre devoir non seulement en tant que chrétien mais en tant que citoyen. Et au-delà de la responsabilité personnelle du citoyen et du sens du devoir, la simple empathie pour celui qui est agressé nous commande de lui venir en aide. C'est évidemment ce qu'il faut faire.
Quand il ne s'agit que d'altercation verbale, le bon sens est d'intervenir calmement pour désamorcer l'affrontement afin d'éviter que le tout dégénère en violence physique. On voit régulièrement dans les 'faits divers' des tragédies qui ont débuté par de simples engueulades et qui se sont transformées en un crescendo de violence pour aboutir à un résultat désastreux. Des gens sont morts, d'autres sont gravement handicapés pour la vie, et d'autres enfin se retrouvent emprisonnés pour de nombreuses années. Des familles sont brisées. Quel gâchis !
J'ai une analogie que certains trouveront peut-être boiteuse, mais c'est l'exemple qui me vient en tête. Quand on se trouve face à un animal, un chien par exemple, qui a de toute évidence un seuil de tolérance bas et un potentiel d'agressivité élevé, on ne lui agite pas le doigt devant le museau en lui reprochant de ne pas être un bon chien, on essaie plutôt de ne pas l'énerver. L'éducation et la désensibilisation de cette bête sera éventuellement à aborder par la suite, si c'est possible, mais dans l'immédiat la question n'est pas là, l'urgence de la situation est d'éviter une agression.
C'est la même chose dans les affrontements humains. Je ne sais pas ce qui s'est dit entre Marin et l'agresseur, mais je crois que lorsqu'on se trouve face à un ado de 17ans qui insulte un couple qu'il ne connaît pas pour le seul motif qu'ils s'embrassent, on peut en déduire que ce jeune homme a un problème avec lui-même, un mal-être, qu'il y a en lui beaucoup de colère . Il cherche un affrontement quelconque pour se défouler, prêt à saisir le premier prétexte, la première occasion qui se présente. C'est un obus qui ne demande qu'à exploser. Il faut désamorcer la situation et ne pas l'envenimer en jouant les moralisateurs.
Ça peut paraître choquant de dire cela, mais celui qui avait le plus besoin d'aide dans ce cas, ce n'est pas le couple (à moins évidemment qu'il ait été menacé physiquement), mais l'ado qui avait besoin d'être protégé de lui-même. Il n'y a finalement pas de gagnant dans cette histoire, telle qu'elle s'est déroulée : le couple n'a pas reçu d'excuses de la part de l'ado (en avait-il réellement besoin ?), ce dernier se touve en prison pour longtemps, Marin est lourdement handicapé pour le reste de sa vie.
Il est possible que Marin, dans l'idéalisme et le zèle de ses vingt ans se soit offusqué et ému des insultes lancées au couple d'amoureux mais n'a pas su voir, peut-être aussi à cause de sa jeunesse, le problème, le réel problème dirais-je, plus grave, qui habitait l'agresseur. Et quand il affirme qu'il referait exactement la même chose si la situation se représentait, je ne m'émeus pas d'admiration. Je crois d'une part, que ce n'est pas très intelligent, mais je crois surtout qu'il a peut-être besoin de se dire cela et de s'en convaincre pour s'éviter de douloureux regrets, un sentiment de culpabilité face à lui-même et à sa famille, voire un certain désespoir face aux lourdes conséquences de son intervention qui n’était peut-être pas au point. Toutes ces déclarations 'd'héroïsme' et les honneurs qui les accompagnent me laissent perplexes. Ça fait les délices des gens, ça fait plaisir, on aime les ‘héros’ , on aime beaucoup s'émouvoir, c'est agréable de s'émouvoir, mais est-ce toujours pertinent ?
J'ai vécu divers aspects de cette histoire dans des circonstances différentes.
En premier lieu, mon conjoint a subi il y a vingt ans un violent traumatisme crânien avec séquelles permanentes visibles et invisibles. Les séquelles invisibles sont souvent plus nombreuses et beaucoup plus complexes que les visibles. Comme l'a dit la mère de Marin, elles sont les plus compliquées à faire comprendre et à gérer. Elles sont très variables d'un individu à l'autre dépendant de la gravité du trauma et des régions du cerveau qui ont été atteintes : désorganisation, incapacité de planification, atteintes cognitives diverses, diminution de l'intellect, problèmes de jugement et de logique, difficulté d'analyse et de compréhension, émotivité labile, paranoïa, agressivité, impulsivité incontrôlée, perte des 'filtres' et des codes sociaux, comportements inappropriés etc.
Le prix à payer quotidiennement pour un trauma crânien sévère est considérable. On ne peut le comprendre vraiment qu'en l'ayant vécu. Il a été et est encore considérable pour mon conjoint d'abord, mais aussi pour moi, pour ses enfants, sa famille, tous ses proches et pour la société en général. Je n'ai aucune amertume. Dans le cas de mon conjoint, il ne s'agissait pas d'une bagarre ou d'une agression, mais d'un banal accident de la route comme il y en a souvent. C'est la vie. La seule chose à faire est de l'accepter, de faire face, de s'adapter et de continuer à aimer la vie. Mais je ne sais pas si je serais tout aussi en paix avec cette situation si mon conjoint s'était mis dans le trouble en jouant les moralisateurs et redresseurs de tort dans une altercation verbale avec un inconnu. Il y a aussi un certain orgueil à agir de la sorte, ne l'oublions pas.
En second lieu, après son trauma crânien et à cause de celui-ci, mon conjoint s'est transformé lui-même en un agresseur potentiel, étant incapable de prendre du recul face à un problème ou une situation irritante ou déstabilisante et ayant un contrôle déficient de lui-même. Son agressivité (c'était aussi de la peur et de l'insécurité) ne s'est pas manifestée contre moi mais contre des tiers. Il y a eu certains incidents. J'ai conversé avec quelques personnes impliquées dans ces incidents. Il y a un de mes voisins, qui face à une agression imminente a gardé son calme et a réussi, grâce à une attitude posée et rassurante, à l'apaiser et à éviter le pire. Il y a aussi un homme dans la soixantaine, un solide gaillard que je ne connaissais pas, aux allures de bon grand-papa, qui m'a dit avoir bien compris que mon conjoint avait un 'problème' . Il a eu lui aussi une attitude apaisante, qui a désamorcé la crise, tout en étant prêt à se défendre si besoin. Depuis, au fil des ans, avec la rééducation, beaucoup d'amour et les soins appropriés, mon conjoint a réappris à vivre en paix en société. De mon côté, je suis infiniment reconnaissante envers ces gens équilibrés qui ne se sont pas dressés sur leurs ergots, ne se sont pas scandalisés, n'ont pas fait la morale à mon conjoint mais ont su sortir d'eux-mêmes et de l’indignation qu’affectionnent tant les bien-pensants pour jeter un réel regard sur 'l'autre' et gérer la situation convenablement. Ils n'ont pas reçu de médaille, n'ont pas fait les manchettes télévisées, mais ce sont eux, mes héros. Par leur comportement intelligent et empathique, ils se sont évité des ennuis à eux-mêmes et ont évité à mon conjoint de se retrouver face à la justice pour agression.
L'honneur véritable n'est pas celui dont on nous revêt avec tambours et trompettes, c'est celui qu'on porte en soi .
Dans l’histoire de Marin, l’ado agresseur n’était pas un traumatisé crânien ou un garçon mentalement handicapé, bien sûr, mais il était très certainement, à cet âge, un jeune écorché de la vie, dont on doit se défendre et se protéger, et ensuite contrôler, mais qu’il est improductif de provoquer.