par Cinci » lun. 31 juil. 2017, 4:32
Cher Trinité,
Il s'agit du langage métaphorique qui est employé si souvent dans la Bible. Métaphore? Oui.
Bien que le texte dans Sagesse veut dire qu'il y a bien une justice réellement, que c'est la justice de Dieu qui triomphe à la fin. La vertu est féconde, le mal ne donnera pas de fruits. Les oeuvres malicieuses ne subsisteront pas devant Dieu, le méchant ne sera pas récompensé pour sa méchanceté. En ce sens : pas de fruits, pas de rejetons, la descendance supprimée, etc. Le fruit bâtard d'un amour adultère fait renvoi aux oeuvres qui sont produites lorsque les fils d'Israël ont commerce avec la prostituée (cf. métaphore), l'idolâtrie, les faux dieux, le Veau d'or, etc.
Le langage de Jean est également métaphorique dans l'Apocalypse (la grande prostituée, la femme infidèle qui faisait le désespoir d'Osée, langage prophétique).
Pour le saisir, l'on pourrait passer aussi bien par l'Évangile de dimanche dernier et ce commentaire qu'en faisait Marie-Noëlle Thabut. Le dimanche 23 juillet dernier, nous lisions Matthieu 13, 24-43. On s'en rappelle.
Et alors :
Le traducteur l'appelle l'ivraie, en grec c'est zizanion; c'est de là, nous le savons, qu'est venue l'expression "semer la zizanie, la discorde". Alors qu'il est bien difficile de changer la nature du terrain (dans la parabole du semeur), il paraît davantage possible d'intervenir pour supprimer le parasite. Mais l'histoire nous dite que le propriétaire s'y oppose : c'est au maître de la moisson et à lui seul qu'il revient de faire le tri quand il le jugera bon. Traduisez : c'est à Dieu et à personne d'autre qu'il revient de déraciner le mal. "Qui es-tu pour juger un serviteur qui ne t'appartient pas" dit Paul dans la lettre aux Romains (Rm 14,4). Jésus nous invite à accepter comme notre condition de créatures ce mélange permanent de bien et de mal. Il vise peut-être ici la tentation d'élitisme qui prend certaines communautés; certains pharisiens, par exemple, méprisaient parfois ceux qu'ils appelaient le petit peuple du pays, ceux qui avaient bien du mal à respecter toute la loi et les commandements; d'autre part les zélotes partaient parfois en guerre contre ceux qu'ils considéraient comme trop tièdes; on sait maintenant que ce fut l'origine de la révolte juive de 70 ap. J.C.
Un jour viendra pourtant où le maître de la moisson dira que l'heure a sonné de faire le tri. Jésus reprend là, dans l'explication qu'il donne à ses disciples, le style et l'imagerie traditionnelle du thème du jugement dans toute la Bible; il est toujours présenté comme une division en deux camps, les bons d'un côté, les mauvais de l'autre, mais personne ne s'y trompe : personne n'oserait se vanter d'être entièrement bon, personne non plus ne peut être accusé d'être entièrement mauvais! La frontière qui sépare les bons des méchants passe en réalité en chacun de nous! Nous sommes tous des êtres partagés.
Quand Malachie oppose les humbles aux arrogants (Ml 3,19), quand les psaumes parlent des justes et des méchants (Ps 1), quand Jésus oppose bon grain et ivraie, nous sommes tous concernés; tous à la fois humbles et arrogants, justes et méchants, bon grain et ivraie; nous retrouvons exactement la même opposition dans la parabole du jugement dernier également chez saint Matthieu (Mt 25,31-46).
Mais alors comment comprendre concrètement, et comment concilier la brutalité promise aux méchants et la récompense promise aux bons, si nous sommes chacun les deux à la fois? C'est Malachie qui nous donne la réponse : le soleil de justice fera germer tout ce qui est bon, le mal disparaîtra en un clin d'oeil. Le psaume 1 dit la même chose avec une autre image ; le bon grain est moissonné, le mal sera tout simplement emporté par le vent. Jésus traduit : le maître de la moisson qui ne peut supporter de voir déraciner le moindre épi de blé avec l'ivraie (Mt 13,29) ne condamnera pas en nous le bien avec le mal.
Le prophète Malachie emploie l'image d'un soleil purificateur qui brûle tout ce qui est mauvais et fait germer tout ce qui est bon : "Voici que vient le jour brûlant comme un four. Tous les arrogants et les méchants ne seront que paille. Le jour qui vient les embrasera, dit le Seigneur, le tout-puissant. Il ne leur laissera ni racines ni rameaux. Pour vous qui craignez mon nom, le soleil de justice se lèvera portant la guérison dans ses rayons" (Ml 3,19-20). L'image de Malachie est très parlante : devant Dieu, soleil de justice, chaque personne humaine est là, avec ses grandeurs et ses misères, ses péchés et ses grâces: en la libérant de toutes les entraves du mal, Dieu permettra à tout ce qui est bon en elle de s'épanouir.
Tiré de :
M.-N. Thabut, L'intelligence des Écritures. Année A, p. 244
Cher Trinité,
Il s'agit du langage métaphorique qui est employé si souvent dans la Bible. Métaphore? Oui.
Bien que le texte dans Sagesse veut dire qu'il y a bien une justice réellement, que c'est la justice de Dieu qui triomphe à la fin. La vertu est féconde, le mal ne donnera pas de fruits. Les oeuvres malicieuses ne subsisteront pas devant Dieu, le méchant ne sera pas récompensé pour sa méchanceté. En ce sens : pas de fruits, pas de rejetons, la descendance supprimée, etc. Le fruit bâtard d'un amour adultère fait renvoi aux oeuvres qui sont produites lorsque les fils d'Israël ont commerce avec la prostituée (cf. métaphore), l'idolâtrie, les faux dieux, le Veau d'or, etc.
Le langage de Jean est également métaphorique dans l'Apocalypse (la grande prostituée, la femme infidèle qui faisait le désespoir d'Osée, langage prophétique).
Pour le saisir, l'on pourrait passer aussi bien par l'Évangile de dimanche dernier et ce commentaire qu'en faisait Marie-Noëlle Thabut. Le dimanche 23 juillet dernier, nous lisions Matthieu 13, 24-43. On s'en rappelle.
Et alors :
[color=#0000FF]Le traducteur l'appelle [u]l'ivraie[/u], en grec c'est [i]zizanion[/i]; c'est de là, nous le savons, qu'est venue l'expression "semer la zizanie, la discorde". Alors qu'il est bien difficile de changer la nature du terrain (dans la parabole du semeur), il paraît davantage possible d'intervenir pour supprimer le parasite. Mais l'histoire nous dite que le propriétaire s'y oppose : c'est au maître de la moisson et à lui seul qu'il revient de faire le tri quand il le jugera bon. Traduisez : c'est à Dieu et à personne d'autre qu'il revient de déraciner le mal. "Qui es-tu pour juger un serviteur qui ne t'appartient pas" dit Paul dans la lettre aux Romains ([b]Rm 14,4[/b]). Jésus nous invite à accepter comme notre condition de créatures ce mélange permanent de bien et de mal. Il vise peut-être ici la tentation d'élitisme qui prend certaines communautés; certains pharisiens, par exemple, méprisaient parfois ceux qu'ils appelaient le petit peuple du pays, ceux qui avaient bien du mal à respecter toute la loi et les commandements; d'autre part les zélotes partaient parfois en guerre contre ceux qu'ils considéraient comme trop tièdes; on sait maintenant que ce fut l'origine de la révolte juive de 70 ap. J.C.
Un jour viendra pourtant où le maître de la moisson dira que l'heure a sonné de faire le tri. Jésus reprend là, dans l'explication qu'il donne à ses disciples, le style et l'imagerie traditionnelle du thème du jugement dans toute la Bible; il est toujours présenté comme une division en deux camps, les bons d'un côté, les mauvais de l'autre, mais personne ne s'y trompe : personne n'oserait se vanter d'être entièrement bon, personne non plus ne peut être accusé d'être entièrement mauvais! La frontière qui sépare les bons des méchants passe en réalité en chacun de nous! Nous sommes tous des êtres partagés.
Quand Malachie oppose les humbles aux arrogants ([b]Ml 3,19[/b]), quand les psaumes parlent des justes et des méchants (Ps 1), quand Jésus oppose bon grain et ivraie, nous sommes tous concernés; tous à la fois humbles et arrogants, justes et méchants, bon grain et ivraie; nous retrouvons exactement la même opposition dans la parabole du jugement dernier également chez saint Matthieu (Mt 25,31-46).
Mais alors comment comprendre concrètement, et comment concilier la brutalité promise aux méchants et la récompense promise aux bons, si nous sommes chacun les deux à la fois? C'est Malachie qui nous donne la réponse : le soleil de justice fera germer tout ce qui est bon, le mal disparaîtra en un clin d'oeil. Le psaume 1 dit la même chose avec une autre image ; le bon grain est moissonné, le mal sera tout simplement emporté par le vent. Jésus traduit : le maître de la moisson qui ne peut supporter de voir déraciner le moindre épi de blé avec l'ivraie (Mt 13,29) ne condamnera pas en nous le bien avec le mal.
Le prophète Malachie emploie l'image d'un soleil purificateur qui brûle tout ce qui est mauvais et fait germer tout ce qui est bon : "Voici que vient le jour brûlant comme un four. Tous les arrogants et les méchants ne seront que paille. Le jour qui vient les embrasera, dit le Seigneur, le tout-puissant. Il ne leur laissera ni racines ni rameaux. Pour vous qui craignez mon nom, le soleil de justice se lèvera portant la guérison dans ses rayons" (Ml 3,19-20). L'image de Malachie est très parlante : devant Dieu, soleil de justice, chaque personne humaine est là, avec ses grandeurs et ses misères, ses péchés et ses grâces: en la libérant de toutes les entraves du mal, Dieu permettra à tout ce qui est bon en elle de s'épanouir.
Tiré de :
M.-N. Thabut, [u]L'intelligence des Écritures[/u]. Année A, p. 244 [/color]