Quand le FMI fabrique la misère

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Re: Quand le FMI fabrique la misère

par Renaud » lun. 01 oct. 2007, 22:50

Bonjour,
Voici comme prévu D. Strauss-Khan nommé à la tête du FMI, mais il faut savoir ceci:

http://www.googleswiss.com/fr/geneve/f/jf-simple.html

et voir les liens de ce site

Ave Maria

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par Renaud » ven. 21 sept. 2007, 20:31

Bonjour à tous,

Toujours en coup de vent (et hors d'Europe), j'ai hésité à mettre ce message dans l'index: forum Politique, Défense et Relation Internationales, car il y a chavauchement avec ce présent index: Quand le FMI fabrique de la misère. Mais ici l'économie et la finance sont déterminantes (il en est ainsi dans presque toute chose ici bas).

Tout ce que ce témoignage (que certains, ici, pourraient déjà connaître) peut comporter de réalité, ne peut que nous obliger à dévoiler complètement le "gouvernement bancaire" mondial dont le centre de gravité s'exerce à partir des USA (historiquement, c'était à partir de l'Angleterre). Certes, ce qui suit ne signifie pas que tous ceux qui touchent à la banque et à l'économie sont des damnés. Cependant, depuis la chute escatologique, nous touchons là l'un des principaux, sinon le principal "moteur" de l'histoire et de l'actualité. Ne rêvons pas. Bouchez-vous (au moins) le nez !...

Je fais un copié-colé de ce que je viens de recevoir:


Confessions d'un tueur à gages économique, par John Perkins

28 octobre 2005


Retranscription d'une interview de John Perkins, un ancien membre respecté de la communauté bancaire. Dans son livre « confession of an economic hit man » (confessions d'un tueur à gages économique ) il décrit comment, en tant que professionnel très bien payé, il a aidé les Etats-Unis à extorquer des milliards de dollars aux pays pauvres à travers le monde en leur prêtant plus d'argent qu'ils ne pouvaient rembourser pour ensuite prendre le contrôle de leurs économies.


Democracy Now ! , 9 novembre 2004.

Il y a 20 ans, Perkins a commencé à écrire un livre intitulé « la Conscience d'un Tueur à gage Economique »

Perkins écrit, « le livre à l'origine était dédié aux présidents de deux pays, des hommes qui avaient été mes clients et que j'ai respecté et que je tenais en estime - Jaime Roldos, président de l'Equateur, et Omar Torrijos, président du Panama. Les deux sont morts dans des crashs d'avion. Leurs morts n'était pas accidentelles. Ils ont été assassinés parce qu'ils s'opposaient à l'alliance entre les dirigeants des multinationales, les gouvernement et les banques dont l'objectif est de construire l'Empire Global. Nous, les tueurs à gages économiques, n'avons pas réussi à retourner Roldos et Torrijos, alors un autre type de tueurs à gages, les chacals de la CIA, qui étaient toujours dans notre sillage, sont entrés en scène. »

John Perkins écrit aussi : « on m'a convaincu de ne pas écrire le livre. Je l'ai commencé quatre fois au cours des vingt dernières années. A chaque fois, ma décision était motivée par des événements mondiaux : l'invasion du Panama par les Etats-Unis en 1980, la première Guerre du Golfe, la Somalie, et la montée d'Oussama Ben Laden. Cependant, des menaces et des pots de vin m'ont toujours convaincu de m'arrêter. »

Perkins a finalement publié son livre intitulé « Confessions of an economic hit man » [confession d'un tueur à gages économique]. Il est avec nous dans les studios.



AMY GOODMAN : Nous sommes avec John Perkins. Bienvenu à « Democracy Now » [titre de l'émission - NDT]


JOHN PERKINS : Merci, Amy. Je suis heureux d'être avec vous.

AG : Et nous sommes heureux de vous recevoir. Bien, expliquez-nous ce terme « tueur à gages économique », comme vous dites.

JP : En gros, nous étions formés et notre travail consistait à construire l'empire américain. De créer des situations où le maximum de ressources étaient drainées vers ce pays, vers nos multinationales, notre gouvernement, et nous avons été très efficaces. Nous avons construit le plus grand empire de l'histoire du monde. Et nous l'avons fait au cours des 50 ans qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, avec peu de moyens militaires en réalité. En de rares occasions, comme en Irak, les militaires interviennent mais uniquement en dernier recours. Cet empire, contrairement à tout autre empire de l'histoire du monde, a été crée d'abord par la manipulation économique, par la fraude, par la corruption de personnes avec notre mode de vie, et à travers les tueurs à gages économiques. J'en faisais partie.


AG : Et comment en êtes-vous arrivé là ? Pour qui avez-vous travaillé ?

JP : J'ai été recruté lorsque j'étais encore étudiant dans une école de commerce, à la fin des années 60, par l'Agence de Sécurité Nationale [NSA - acronyme anglais, NDT], la plus grande et la moins connue des agences d'espionnage du pays. A la fin, j'ai travaillé pour des compagnies privées. Le premier tueur à gage économique était Kermit Roosevelt, dans les années 50, le petit-fils de Teddy [président des Etats-Unis - NDT] , qui renversa le gouvernement Iranien, un gouvernement démocratiquement élu, le gouvernement de Mossadegh qui avait été désigné « homme de l'année » par le magazine Time. Il a réussi à le faire sans verser de sang - enfin, il y en a eu un peu, mais sans intervention militaire, juste en dépensant des millions de dollars et en remplaçant Mossadegh par le Chah d'Iran. A ce stade, nous avons compris que l'idée d'un tueur à gages économique était une très bonne idée. Nous n'avions plus à nous préoccuper d'un risque de conflit armé avec la Russie en opérant ainsi. Le problème était que Roosevelt était un agent de la CIA. Il était donc un employé du gouvernement. S'il avait été découvert, nous aurions eu de gros ennuis. Cela aurait été très embarrassant. Alors la décision a été prise de faire appel à des organisations comme la CIA et la NSA pour recruter des tueurs à gages économiques comme moi et nous faire travailler pour des sociétés privées, des sociétés de conseil, de construction. Ainsi, si on se faisait prendre, il n'y avait aucun lien avec le gouvernement.


AG : D'accord. Pour qui avez-vous travaillé ?

JP : Et bien, le compagnie pour laquelle je travaillais s'appelait Chas. T. Main à Boston, Massachusetts. Nous avions environ 2000 employés, et je suis devenu leur économiste en chef. J'avais 50 personnes sous mes ordres. Mais mon véritable job était de conclure des affaires. J'accordais des prêts à des pays, des prêts énormes, qu'ils ne pouvaient pas rembourser. Une des clauses du prêt - disons 1 milliard de dollars pour un pays comme l'Indonésie ou l'Equateur - était que le pays devait retourner 90% du prêt à des compagnies états-uniennes, pour reconstruire des infrastructures, des compagnies comme Halliburton ou Bechtel. Ce sont de grosses compagnies. Ces compagnies ensuite construisaient des réseaux électriques ou des ports ou des autoroutes qui ne servaient qu'aux quelques familles les plus riches de ces pays. Les pauvres de ces pays se retrouvaient en fin de compte avec une dette incroyable qu'ils ne pouvaient absolument pas payer. Un pays aujourd'hui comme l'Equateur consacre 50% de son budget national juste pour rembourser sa dette. Et il ne peut pas le faire. Ainsi nous les tenons à la gorge. Si nous avons besoin de plus de pétrole, nous allons voir l'Equateur et nous leur disons, « Bon, vous ne pouvez pas nous rembourser, alors donnez à nos compagnies les forêts d'Amazonie qui regorgent de pétrole. » C'est ce que nous faisons aujourd'hui et nous détruisons les forêts amazoniennes, obligeant l'Equateur à nous les donner à cause de cette dette. Ainsi, nous accordons ce gros prêt, et la majeure partie revient aux Etats-Unis. Le pays se retrouve avec une dette plus d'énormes intérêts et il devient notre serviteur, notre esclave. C'est un empire. Ca marche comme ça. C'est un énorme empire. Qui a eu beaucoup de succès.


AG : (...) Vous dites que vous avez longtemps retardé l'écriture de ce livre pour cause de pots de vin et d'autres raisons. Que voulez-vous dire par là ? Qui a tenté de vous acheter ou quels sont les pots de vin que vous avez acceptés ?

JP : Et bien, dans les années 90, j'ai empoché un demi million de dollars pour en pas écrire le livre.


AG : De qui ?

JP : D'une grosse société de construction.


AG : Laquelle ?

JP : C'était la compagnie Stoner-Webster. Légalement, ce n'était pas un pot de vin. J'étais payé comme consultant. C'était tout à fait légal. Mais je n'avais pas de travail, en réalité. Il était entendu, comme je l'explique dans mon livre, que je n'aurais en réalité pas grand chose à faire si j'acceptais cet argent en tant que consultant, alors qu'ils savaient que j'étais en train d'écrire le livre qui, à l'époque, devait s'intituler « la conscience d'un tueur à gage économique ». Il faut dire que c'est une histoire extraordinaire, c'est presque du James Bond.


AG : En tous cas, c'est l'impression que l'on en retire à la lecture du livre

JP : Oui, et ça l'était réellement, vous savez. Lorsque la NSA m'a recruté, ils m'ont fait passer au détecteur de mensonges pendant une journée entière. Ils ont découvert toutes mes faiblesses et m'ont immédiatement séduit. Ils ont utilisé les drogues les plus puissantes de notre culture, le sexe, le pouvoir et l'argent, pour me soumettre. Je venais d'une très vieille famille de la Nouvelle Angleterre, Calviniste, fortement imprégéé de valeurs morales. Vous savez, je crois que je suis plutôt quelqu'un de bien, et je crois que mon histoire montre réellement comment ce système et ses puissantes drogues comme le sexe, l'argent et le pouvoir peuvent exercer une séduction, parce que j'ai été réellement séduit. Et si je n'avais pas mené moi-même cette vie de tueur à gages économique, je crois que j'aurais eu du mal à croire que quelqu'un puisse faire de telles choses. Et c'est la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre, parce que notre pays a vraiment besoin de comprendre. Si les gens de ce pays comprenaient la nature réelle de notre politique étrangère, la nature réelle de notre aide à l'étranger, comment fonctionnent les multinationales, où passe l'argent de nos impôts, je sais qu'ils demanderaient que cela change.


AG : Dans votre livre, vous expliquez comment vous avez participé à la mise en place d'un plan secret destiné à rapatrier des milliards de dollars du pétrole Saoudien vers les Etats-Unis, ce qui a renforcé les liens entre le régime Saoudien et les administrations successives US.

JP : Oui, c'était une époque fascinante. Je me souviens bien, vous étiez probablement trop jeune pour vous en souvenir, mais je me souviens au début des années 70 comment l'OPEP exerçait son pouvoir pour réduire la fourniture de pétrole. Nous avions des files de voitures devant les pompes à essence. Le pays avait peur d'une nouvelle crise comme celle de 1929, une récession. Et ceci était inacceptable. Alors le Département du Trésor m'a embauché avec quelques autres tueurs à gages économiques. Nous sommes allés en Arabie Saoudite.


AG : On vous appelle réellement des tueurs à gages économiques ?

JP : Oui, c'est comme ça que nous nous appellons. Officiellement, j'étais un économiste en chef. Mais nous nous appelions les tueurs à gage économiques. C'était de l'ironie. C'était pour dire que personne ne nous croirait si nous le disions, vous comprenez ? Alors nous sommes allés en Arabie Saoudite au début des années 70. Nous savions que l'Arabie Saoudite était la clé de notre indépendance énergétique, ou le moyen de contrôler la situation. Et nous avons donc monté cet accord où la Maison Royale Saoudienne était d'accord pour nous envoyer la majeure partie de leurs petro-dollars, et les investir aux Etats-Unis. Le Département du Trésor utiliserait les intérêts de ces investissements pour engager des compagnies US pour reconstruire de nouvelles villes en Arabie Saoudite, de nouvelles infrastructures, et c'est que nous avons fait. Et la Maison Royale garantirait le prix du pétrole dans des limites acceptables pour nous, chose qu'ils ont fait pendant tout ce temps. En échange, nous assurions leur maintien au pouvoir tant qu'ils respecteraient l'accord, ce que nous avons fait, et c'est une des raisons pour lesquelles nous sommes entrés en guerre en Irak. En Irak, nous avons essayé la même politique avec Saddam Hussein, mais Saddam n'a pas marché dans la combine. Lorsque les tueurs à gages économiques échouent, l'étape suivante est d'envoyer ce que nous appelons les chacals de la CIA, à savoir des personnes qui tentent de fomenter un coup d'état ou une révolution. Si ça ne marche pas, ils recourent aux assassinats, ou ils essaient. Dans le cas de l'Irak, ils n'ont pas réussi à atteindre Saddam Hussein. Ses gardes du corps étaient trop efficaces. Il avait des sosies. Ils n'ont pas réussi à l'atteindre. Alors la troisième ligne de défense, si les tueurs à gages économiques échouent et si les chacals échouent, c'est d'y envoyer des jeunes hommes et des jeunes femmes pour tuer et se faire tuer. Ce qui est évidemment en train de se passer en Irak.


AG : Pouvez-vous nous expliquer comment est mort Torrijos ?

JP : Omar Torrijos, le président du Panama, avait signé un accord sur le Canal du Panama avec Carter. Vous savez que cet accord n'a été approuvé par le Congrès que par une majorité d'une seule voix. C'était un sujet très controversée. Puis Torrijos est allé de l'avant et a commencé à négocier avec les Japonais la construction d'un nouveau canal. Les Japonais voulaient financer et construire un nouveau canal au Panama. Torrijos leur en a parlé, ce qui n'a pas plus du tout à Bechtel Corporation, dont le président était George Schultz, et son conseiller principal était Casper Weinberger. Lorsque Carter a été viré (et il serait intéressant de raconter comment il a été effectivement viré), lorsqu'il a perdu les élections, et que Reagan est arrivé au pouvoir, Schultz est devenu Secrétaire d'Etat et Weinberger est devenu Secrétaire à la Défense et ils étaient très en colère contre Torrijos. Ils ont essayé de l'amener à renégocier le traité du Canal et de laisser tomber les japonais. Il a platement refusé. C'était un homme de principes. Il avait ses défauts, mais c'était un homme de principes. C'était un homme étonnant. Puis il est mort dans un crash d'avion, un magnétophone relié à une bombe avait été placé dans l'appareil. J'y étais. J'avais travaillé avec lui. Je savais que nous, les tueurs à gages économiques, avions échoué. Je savais que les chacals avaient été appelés. Puis son avion a explosé avec un magnétophone piégé. Il ne fait aucun doute pour moi que c'était un travail de la CIA. De nombreux enquêteurs latino-américains sont arrivés à la même conclusion. Bien sûr, nous n'en avons jamais entendu parler chez nous.


AG : Et quand avez-vous changé d'idées ?

JP : J'ai toujours eu un sentiment de culpabilité, depuis le début, mais j'étais séduit. Le pouvoir, le sexe, l'argent exerçaient une forte attirance sur moi. Et bien sûr, je faisais des choses pour lesquelles j'étais félicité. J'étais un économiste en chef. Je faisais des choses qui plaisaient à des gens comme Robert McNamara, et ainsi de suite.


AG : Quels étaient vos relations avec la Banque Mondiale ?

JP : Je travaillais en très étroite collaboration avec la Banque Mondiale. La Banque Mondiale fournit la majeure partie de l'argent utilisé par les tueurs à gages économiques, ainsi que le FMI. Mais après les attentats du 11 Septembre, j'ai changé. Je savais que je devais raconter l'histoire parce que les événements du 11 septembre sont le résultat direct du travail des tueurs à gages économiques. Et la seule manière pour retrouver la sécurité dans ce pays et retrouver une conscience tranquille serait d'utiliser ces mécanismes que nous avons mis en place pour apporter des changements positifs à travers le monde. Je crois réellement que nous pouvons le faire. Je crois que la Banque Mondiale et d'autres institutions peuvent être changées et être amenées à faire ce qu'elles sont censées faire, qui est de reconstruire les zones dévastées de la planète. Aider, aider réellement les pauvres. 24 000 personnes meurent de faim chaque jour. Nous pouvons changer cela.


Source : http://www.democracynow.org

Traduction Viktor Dedaj pour Cuba Solidarity Project

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par Charles » mar. 28 août 2007, 17:34

L'article que je cite est bien écrit, clair, argumenté, pourvu de notes. C'est la seule chose qui compte. La provenance d'un article ne prouve rien de sa valeur. Il n'y a aucun préjugé à avoir.

Penser en vase clos, en se croyant sauf sous le seul motif qu'on prend toujours ses informations à des sources "autorisées" et en s'interdisant d'examiner ce qui vient d'autres sources déclarées à l'avance invalides est le droit chemin vers la sclérose.

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par MB » lun. 27 août 2007, 18:13

Salut Charles

Relis attentivement la formulation de nos phrases, Christian et moi, avant de nous passer cette citation.

Sinon je ne me félicite pas de ce que tu renvoies à un article du Monde diplodocus. Ce torchon n'est rien d'autre qu'un outil de désinformation. Il est tout à fait indigne de toi. Lire ce papier pour se renseigner sur le FMI, c'est exactement comme de lire Charlie-Hebdo pour prendre des nouvelles du Vatican. (d'ailleurs, curieusement, cs deux journaus se recoupent souvent...)

Au fait : à propos du reportage : la BBC a une solide tradition tiers-mondiste depuis une bonne quarantaine d'années. Là encore, regarder cette chaîne pour se renseigner sur la question, c'est un peu comme visionner Arte pour se perfectionner en doctrine chrétienne...

Bien à toi
MB

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par Charles » lun. 27 août 2007, 12:31

MB a écrit :D'abord, le FMI en tant que tel n'est pas une institution libérale stricto sensu.
"En outre, les subventions faussent le bon fonctionnement de l'économie de marché ce qui est contraire à la philosophie du Fonds. Enfin, autre fondement philosophique du FMI, les échanges internationaux doivent se faire librement et les lois et réglementations protectionistes des Etats sont donc directement visées par ces programmes (...) " ("Le FMI", A.Dauvergne)

Voir aussi : http://www.monde-diplomatique.fr/2007/06/MILLET/14861

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par Christian » jeu. 23 août 2007, 14:42

Bonjour à tous, bonjour MB,

Puisque je disposais d’un moment d’insomnie cette nuit, j’ai regardé le petit film de propagande anti-FMI que nous recommandait Charles. Il date de 2001 (tout bruissant encore des attentats du 11 septembre). La situation ghanéenne a pas mal évolué depuis. On pourrait facilement apporter une montagne de réfutations à un reportage si sectaire, mais il suffit de questionner le documentaire lui même.

Charles veut voir dans cette dénonciation du FMI une charge contre le « libéralisme ». Libre à lui de voir ce qu’il veut. Comme vous l’avez si bien souligné, MB, :) le FMI est une institution d’Etats, visant à soutenir des politiques étatiques. Le FMI, comme sa cousine, la Banque Mondiale, peut, ou pas, avoir une action qui s’inscrit dans le canon libéral ; en aucun cas, on ne peut dire que sa vocation est de promouvoir le libéralisme. Le FMI a joyeusement financé des politiques socialistes à l’époque où elles étaient à la mode. Revenu de ses erreurs, il soutient pragmatiquement des politiques de développement qui ont fait leurs preuves.

Plus soucieux de propagande que de rigueur intellectuelle, le journaliste de la BBC applique dans son reportage la bonne vieille logique des altermondialistes : Si c’est positif, c’est « démocratique », si c’est négatif, c’est « libéral ». La raison n’y trouve guère son compte, mais lorsqu’on a décidé d’y croire, ça marche (par exemple, avec Charles).

Illustration : un planteur se plaint d’avoir perdu ses terres au profit d’une mine d’or. Il nous explique que le gouvernement l’a exproprié, violant ses droits de propriété. Bel exemple, en effet, de libéralisme !

Analyse de texte

1.
Dans son souci de charger le FMI, le journaliste s’apitoie sur le sort d’un riche patron, chef de tribu, qui employait « des centaines d’ouvriers agricoles ». Notre homme a fait sa fortune (relative) avec des subventions pour les semences et l’engrais qui lui assuraient des marges sur la vente de riz. Plaignons-le. Mais pourquoi les contribuables ghanéens, ou ceux d’Occident qui fournissent cette aide, doivent-il continuer à financer ce patron ? Les ouvriers ont perdu leur emploi, certes. Mais les millions de Ghanéens ont maintenant accès à du riz importé bon marché. L’économie qu’ils font sur la nourriture va dans d’autres consommations, irriguent d’autres industries (lesquelles emploieront les anciens ouvriers agricoles). Les riziculteurs thaïlandais ou indiens ont autant le droit que ceux du Ghana à vendre leur production, non ? Je ne vois pas la thèse morale que défend le journaliste. :|

2.
Dans un article plus haut, j’ai dit que le cours forcé, maintenu très bas, des denrées agricoles constituait une des nombreuses plaies économiques que les Africains s’auto-infligeaient. Il semble qu’au Ghana, c’était l’inverse. Le gouvernement privilégiait l’agriculture. Comme en France. Mais si la France peut entretenir (avec l’argent allemand) une classe agricole parasitaire qui représente 4% de sa population, le pauvre Ghana ne saurait se permettre une telle extravagance. Les 85% de ruraux ne peuvent espérer vivre aux crochets des 15% de citadins. L’aide internationale n’est pas un avenir. Le gouvernement ghanéen joue la vérité des prix. Ni cours forcés, ni subventions. C’est la première condition du développement durable.

3.
Le journaliste déplore la fermeture des marchés agricoles américain et européen (et japonais) aux exportations du Tiers Monde. Bonne réflexion dont il ne tire pas de conséquence. « Trade, not aid » réclament les Africains qui savent que José Bové est l’ennemi des pauvres. Non seulement, la PAC interdit d’acheter leur production à ces agriculteurs, elle les ruine en jetant sur le marché des surplus subventionnés à des prix qu’ils ne peuvent pas concurrencer. Plus « structures de péché », tu peux pas trouver ! :diable: Comme le dit le représentant du FMI que le reportage essaie vainement de vilipender « Les subventions à l’agriculture de l’OCDE dépasse le PIB de toute l’Afrique ». C’est pas un peu scandaleux, ça aussi ? Un scandale auquel le FMI, la Banque Mondiale et l’OMC veulent justement mettre un terme.

4.
L’eau est payante. Elle l’est chez nous aussi. Une des femmes interrogées rappelle que la gestion de la Compagnie Nationale était « désastreuse ». Ne fallait-il pas chercher autre chose ? Justement parce que l’eau est une denrée précieuse, il est bon de l’utiliser de manière responsable. On ne gâche pas ce qu’on paie. Surtout dans le monde rural, où la tentation est d’arroser plus que nécessaire. Il faut maintenant veiller à réinvestir les revenus de la vente de l’eau dans l’extension du réseau. C’est l’intérêt d’une compagnie privée, qui n’est pas obligée de fournir des sinécures à tous les neveux et cousins du ministre.

5.
Les hôpitaux sont payants. Le ticket modérateur existe chez nous aussi. Même raisonnement que ci-dessus.

6.
Le grand problème est la dette. Assurément. Mais pourquoi ? Dans les années 1960, la Corée du Sud était un des pays les plus endettés au monde. Elle n’a eu aucune difficulté à rembourser. L’argent reçu a été sagement investi en infrastructures, éducation, industrie ; cet argent a fait des petits, et tout le monde en a profité, les prêteurs et les emprunteurs. N’est-il pas normal, que dis-je, n’est-il pas sain, que le FMI se soucie que les nouveaux prêts ne connaissent pas le sort des anciens ?

On perçoit de la nostalgie, bien compréhensible, chez tous les bénéficiaires de l’ancienne politique, le riche chef de tribu subventionné, le médecin de l’hôpital, les femmes ‘expertes’ en développement. Mais si ça marchait si bien autrefois, pourquoi donc ne pas continuer ? Pourquoi le Ghana doit-il suivre la cure d’austérité du FMI ?

Réponse, ça marchait bien parce qu’on dépensait allègrement l’argent de l’aide, sans construire un futur soutenable.

Et voilà que la réalité frappe à la porte.

Un jeune activiste pose la question : « Quel est le pays qui s’est développé en suivant les recettes du FMI ? » Réponse : l’Angleterre, la France, les Etats-Unis, la Suisse, bref, toute l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord au 19ème siècle, les « dragons » asiatiques au 20ème siècle… :wow: Quelle autre évidence est nécessaire ?

Le peu de capitalisme que connaissaient ces pays a été suffisant pour les propulser sur la voie de la prospérité. Vérification : aucun pays ne s’est développé en choisissant une option anticapitaliste. On peut le démontrer théoriquement, mais il est facile d’en faire le constat historique.

Le libéral que je suis accepte totalement l'anticapitalisme, si chaque individu fait le choix de la pauvreté pour lui-même. La prospérité économique n’est pas une fin en soi.

En revanche, il est vain de la part les journalistes de la BBC et leurs auditeurs crédules de réclamer cette prospérité tout en refusant la discipline qui y conduit. <:

Cordialement

Christian



The first lesson of economics is scarcity:
There is never enough of anything to satisfy all those who want it.
The first lesson of politics is to disregard the first lesson of economics.

Thomas Sowell

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par MB » mer. 22 août 2007, 22:27

Re-avé

Je donne encore un petit détail, insignifiant, mais qu'il faut dire quand même.

L'enjeu de la discussion, c'était telle politique recommandée par le FMI. On a tout de suite glissé sur le libéralisme, sous-entendant que le FMI est une institution libérale et que les politiques qu'il suggère sont libérales.

Il y a là-dedans du vrai et du faux. D'abord, le FMI en tant que tel n'est pas une institution libérale stricto sensu. Il est avant tout né d'accords internationaux entre des Etats. Ce n'est certes pas Christian qui appellerait cela du libéralisme ! Cependant, il propose des politiques qui peuvent parfois être libérales.
Une institution non libérale peut mener des politiques libérales ; de même que, par exemple, un despote peut tout d'un coup décider de respecter la liberté de conscience de ses sujets. Après, il y a des degrés ; le France est plus libérale que la Chine, mais moins libérale que l'Angleterre, etc. Il faut donc être très prudent lorsqu'on emploie l'adjectif honni, parfois il s'applique à une situation, parfois non ou seulement à l'une de ses facettes, etc. C'est le cas ici.

Amicalement
MB

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par MB » mer. 22 août 2007, 22:19

Bonsoir Boris, je vous cite :

"Pourquoi à partir du moment où on est anti-libéral doit-on être catalogué à gauche ?
A mon sens, les gaucho - bobo sont très anti-cléricaux.

Or Charles a cité la DSE pour contre-argumenter.
Donc on peut très bien être anti-libéral et pas de gauche.
Anti-libéral et avoir le souci positif des pauvres : non pas les assister mais les aider à grandir et à se développer
."


J'ouve une parenthèse dans la discussion.

Sur le fond, vous avez raison : on peut très bien être antilibéral (ou anti-occidental par exemple) sans être à gauche. Par exemple, les nazis ont été antilibéraux (je ne vous accuse pas de nazisme, rassurez-vous), ou, plus récemment, la Nouvelle droite française dans les années 70. De même, bon nombre de catholiques. Tous ces exemples sont assez variés, puisque la Nouvelle droite déteste le christianisme, que les altermondialistes détestent le nazisme et en même temps le christianisme, etc.

Vous avez raison de refuser les amalgames du type "vous aimez les chiens, or Hitler aimait les chiens, etc.". Je les hais moi aussi.

Je remarque simplement que l'argumentaire employé dans le sujet présent ("c'est le FMI qui créée la misère du Tiers monde, ou du moins dans le cas d'espèce") me paraît très fallacieux, pour les raisons que j'ai dites dans les autres posts, et surtout qu'il participe du même esprit que celui qui anime les mouvements "gaucho-bobos", comme vous dites. A savoir : tout est de la faute d' Occident. Je me répète : la face économique de ce raisonnement renvoie à votre argumentaire sur le FMI, la Banque mondiale, etc., et la face, disons, religieuse de celle-ci, à l'argumentaire sur le Pape qui favorise le sida. La mauvaise monnaie chassant la bonne, il me semble que la bêtise de l'argumentaire sur le pape rejaillit aussi sur celle de l'argumentaire sur le FMI.

Je voudrais clore cette parenthèse sur une autre dimension, que je n'aime guère en raison de son côté "tactique", mais dont il faut parler. Dans le vaste combat des idées, aujourd'hui, deux camps s'affrontent. D'un côté, les partisans de la personne humaine (chrétiens, libéraux, humanistes en général), et de l'autre, ses ennemis (socialistes, islamistes, etc.).
Si les chrétiens veulent détruire les libéraux, ils scient la branche sur laquelle ils sont assis. Car lorsque vous aurez supprimé les libéraux, en vous aidant de la participation des socialistes, ceux-ci s'attaqueront aux chrétiens. Et ils ne les rateront pas - car les libéraux ne seront plus là pour défendre leur liberté de conscience...

Amicalement
MB

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par MB » lun. 20 août 2007, 18:11

Bonjour Boris

Votre réponse est assez fine et je me dois d'y répondre point par point. Je vais faire un peu dans le désordre, j'espère que vous ne m'en voudrez pas. Il est possible aussi que la lecture de mon post ne soit pas facile (je suis en Allemagne et ils n'ont pas les memes claviers...).

- En ce qui concerne la position de Charles, je crois qu'il y a malentendu. Rien à dire sur le texte général du CEC qui a été cité. Or deux problèmes se posent : d'une part, on ne doit pas citer juste une phrase, hors contexte, en l'instrumentalisant (c'était, dans le fond, mon reproche originel) ; d'autre part, le texte en question ne donne pas d'outil précis dans la discussion qui est la notre. Le sujet, c'est le débat sur le role du FMI vis-à-vis des pays du Sud, en partant d'un exemple. Je ne vois pas très bien en quoi les recommandations du CEC sont contradictoires avec ce que fait le FMI. Ou bien elles n'ont pas de rapport (l'Eglise n'a jamais prétendu faire de recommandations techniques en matière de politique économique), ou bien, au contraire, elles lui seraient plutot favorables, puisque le FMI a pour but, dans le cas précis, à aider les finances d'un pays à sortir la tete de l'eau, et à permettre la viabilité de son économie. Je vous renvoie à ma démonstration des posts précedents. Si donc je me plains de ce que Charles, pour me répondre, "se contente de citer ce texte", c'est que je n'ai pas vu, dans son post, de contre-démonstration précise de ce que j'avais dit : il s'est contenté d'un rappel à la doctrine qui n'avait rien à faire ici. Je suis patient, il peut prendre son temps.
J'ajoute que le FMI n'est pas responsable de l'action passée des gouvernants locaux (car, rappel de nouveau, c'est cette action qui crée la misère du Tiers Monde, et non le "néo-colonialisme") ; pourquoi donc devrait-on l'accuser des résultats de celle-ci ?

- Je vous cite.
"Je crois que vous parlez de 2 points différents :
- qui doit respecter qui ? Les politiques ou les dirigeants d'entreprise ?
Lorsque l'on parle libéralisme, il s'agit des dirigeants d'entreprises. Or ce ne sont pas les pays occidentaux (= les politiciens)
Par contre lorsque vous parlez des dirigeants du Sud, là il s'agit de politiques."


Bien vu, et je vous suis reconnaissant de m'obliger à préciser ma pensée. Encore que je puisse vous reprocher de n'etre pas clair. Quand vous dites : "lorsque l'on parle libéralisme, il s'agit des dirigeants d'entreprises", vous faites erreur. Le libéralisme (parenthèse dans ce fil...), du point de vue économique, n'est pas forcément une doctrine favorable aux patrons. Un patron qui est "arrivé", en général, est proche des hommes de l'Etat, il demande des monopoles, des subventions, des mesures qui lui soient favorables : l'application d'un libéralisme strict est donc pour lui un cauchemar ! En revanche, un patron qui n'en est pas encore là n'a pas les memes positions : il demande qu'on le laisse libre de travailler.
Chose importante : le libéralisme économique n'est que l'une des facettes du libéralisme en général, qui est, rappel de nouveau, essentiellement une doctrine philosophique. Par exemple : de la meme facon que le petit patron veut qu'on le laisse travailler, le journaliste veut qu'on le laisse s'exprimer librement, ou que le bonhomme qui veut qu'on le laisse aller là où il veut. C'est exactement le meme mouvement.
(Je laisse à Christian le soin de développer ce point, il le fera mieux que moi.)

Par contre, pouvez-vous préciser ce que vous voulez dire ici : "Par contre lorsque vous parlez des dirigeants du Sud, là il s'agit de politiques" ? je ne veux pas faire de contresens.

- Je continue à vous citer :
"Je crois que l'on touche au fond du problème du libéralisme :
- au nom du libéralisme vous ne pouvez pas interdire à un entrepreneur d'avoir des clients, in facto aux banques suisses d'avoir les dirigeants du Sud comme client
- au nom de ce même libéralisme vous voulez que les politiciens "du Nord" prennent des mesures à l'encontre de ces dirigeants du Sud et par conséquence de leur électeurs et concitoyens "du Nord"."


Bien vu pour la première phrase. Les banques suisses ont le droit d'avoir des clients génocidaires et prévaricateurs. Il se trouve cependant une petite chose : chacun sait d'où vient l'argent en question. C'est le résultat du vol et de la rapine, et il suffit d'un peu d'effort pour d'en informer. Les banques suisses font donc du recel. Les lois contre le recel sont de tous les pays civilisés ; la Suisse a simplement fait une exception en ce qui concerne les banques, ce qui est odieux.
Pour la deuxiéme phrase, je ne suis pas sur de bien vous lire. Pourquoi les "électeurs et concitoyens du Nord" ? Pouvez-vous etre plus explicite ? Je vois à peu près ce que je dois vous dire, mais je ne veux pas, là non plus, faire de contresens.

Je fatigue un peu, là (les claviers qwert sont vraiment difficiles !) A bientot, donc.
MB

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par Boris » mer. 15 août 2007, 23:07

MB a écrit :aux pays occidentaux, de respecter les populations du Sud (...) elle en impose aussi aux dirigeants du Sud(...)
Je crois que vous parlez de 2 points différents :
- qui doit respecter qui ? Les politiques ou les dirigeants d'entreprise ?

Lorsque l'on parle libéralisme, il s'agit des dirigeants d'entreprises. Or ce ne sont pas les pays occidentaux (= les politiciens)
Par contre lorsque vous parlez des dirigeants du Sud, là il s'agit de politiques.

Je crois que l'on touche au fond du problème du libéralisme :
- au nom du libéralisme vous ne pouvez pas interdire à un entrepreneur d'avoir des clients, in facto aux banques suisses d'avoir les dirigeants du Sud comme client
- au nom de ce même libéralisme vous voulez que les politiciens "du Nord" prennent des mesures à l'encontre de ces dirigeants du Sud et par conséquence de leur électeurs et concitoyens "du Nord".

Il y a une impasse ! Le libéralisme montre ici à quel point il est mauvais. C'est exactement la même démonstration que contre le relativisme par Mgr Schooyans (Cf. "LEXIQUE").
Le serpent se mord la queue mais tente de le masquer.
MB a écrit : Je suis malgré tout un peu triste que tu te sois contenté de citer ce texte
Si la réponse de l'Eglise ne vous convient pas, que vous dire ?
Charles fait une démonstration exemplaire d'humilité et de libre volonté en soumettant la sienne à Dieu et donc à l'Eglise. Plutôt que de donner des arguments de son cru, il donne ceux dont il est sur :
Mon Dieu,
je crois fermement toutes les vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église, parce que vous ne pouvez ni vous tromper, ni nous tromper.
(acte de Foi, cf. CEC Abrégé))

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par Boris » mer. 15 août 2007, 22:55

MB a écrit : Dans le sujet qui nous préoccupe, ce sont les tiers-mondistes, socialistes et autres antilibéraux
Pourquoi à partir du moment où on est anti-libéral doit-on être catalogué à gauche ?
A mon sens, les gaucho - bobo sont très anti-cléricaux.

Or Charles a cité la DSE pour contre-argumenter.
Donc on peut très bien être anti-libéral et pas de gauche.
Anti-libéral et avoir le souci positif des pauvres : non pas les assister mais les aider à grandir et à se développer.

Or ce souci de permettre aux autres d'être autonome ne me semble pas compatible avec le libéralisme tel qu'il est exposé et pratiqué.

Il ne me semble pas que le libéralisme aie le souci de faire grandir les autres mais seulement soi-même en utilisant les autres :
"Si le développement des autres peut m'aider à avoir plus d'argent et de pouvoir, alors je le fait".
Voilà ce que je comprends du libéralisme. Et pourtant je ne suis pas vraiment socialo-gaucho.

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par MB » mer. 15 août 2007, 20:58

Charles a écrit :Des expressions comme "théorie du complot", "ringard", "beauf" ou "états d'âme" en disent plus sur ceux qui les utilisent que sur ce qu'il prétendent décrire en les utilisant. Il s'agit là d'une sorte de pruderie assez étonnante. On ne peut pas dire les rapports de force, la pauvreté, l'humilité ou la conscience morale, on les tient à distance comme des réalités contaminées par on ne sait quelle malséance, comme s'il y avait là quelque chose de honteux, de vaguement scandaleux ou d'interdit. C'est un vocabulaire typique du déracinement social et culturel de la bourgeoisie récente qui travaille à se différencier du peuple mais ne s'est pas encore frottée aux affaires, qui craint déjà le peuple et encore le pouvoir. Il n'y a donc pas de "théorie du complot", il y a les affaires telles qu'elles se traitent, qu'elles se sont toujours traitées et se traiteront toujours. Il n'y a pas de "beaufs" ou de "ringards", il y a le peuple, la pauvreté, la simplicité, tels qu'ils sont. Il n'y a pas "d'états d'âme", il y a la conscience morale par laquelle on peut souverainement agir, penser, s'exprimer dans tel ou tel sens. Ces expressions disent avant tout l'impossibilité de dire ces réalités, impossibilité absolument mythique et qui n'existe que par la crainte, la honte d'être ce que l'on est.
Avé

la réponse à tes accusations figure sur un autre fil :
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 149#p35149
D'ailleurs, tes remarques ad personam sont issues des discussions propres au fil dont je viens de donner la référence. Ce n'est pas très élégant d'instrumentaliser une autre discussion, pour détourner le débat ici en m'accusant de snobisme.
Si jamais j'ai suivi moi-même ces procédés autrefois, je m'aperçois combien il faut que je m'en repente.

Je m'aperçois aussi que tu n'as toujours pas répondu à mes argumentations. Par ailleurs, depuis que tu connais mes interventions sur ce forum, tu devrais savoir que c'est la conscience morale qui m'impose de me fatiguer assez pour y participer. C'est pas pour me vanter, mais pour le coup on ne peut rien me reprocher.
Dans le sujet qui nous préoccupe, ce sont les tiers-mondistes, socialistes et autres antilibéraux qui méprisent le peuple : ils croient qu'il n'est capable de rien si un Etat ne lui tape dessus.

Allez, bises

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par Charles » mer. 15 août 2007, 20:42

Des expressions comme "théorie du complot", "ringard", "beauf" ou "états d'âme" en disent plus sur ceux qui les utilisent que sur ce qu'ils prétendent décrire en les utilisant. Il s'agit là d'une sorte de pruderie assez étonnante : on ne peut pas dire les rapports de force, la pauvreté, l'humilité ou la conscience morale, on les tient à distance comme des réalités contaminées par on ne sait quelle malséance, comme s'il y avait là quelque chose de honteux, de vaguement scandaleux ou d'interdit. C'est un vocabulaire typique du déracinement social et culturel de la bourgeoisie récente qui travaille à se différencier du peuple mais ne s'est pas encore frottée aux affaires, qui craint déjà le peuple et encore le pouvoir. Il n'y a donc pas de "théorie du complot", il y a les affaires telles qu'elles se traitent, qu'elles se sont toujours traitées et se traiteront toujours. Il n'y a pas de "beaufs" ou de "ringards", il y a le peuple, la pauvreté, la simplicité, tels qu'ils sont. Il n'y a pas "d'états d'âme", il y a la conscience morale par laquelle on peut souverainement agir, penser, s'exprimer dans tel ou tel sens. Ces expressions disent avant tout l'impossibilité de dire ces réalités, impossibilité absolument mythique et qui n'existe que par la crainte, la honte d'être ce que l'on est.

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par MB » mer. 15 août 2007, 20:27

Salut Charles

Pas grand-chose à redire au compendium que tu as cité, sauf que je n'y vois rien de contradictoire avec mon argumentation.
La mondialisation, dit justement le CEC, impose à tous des devoirs : aux pays occidentaux, de respecter les populations du Sud (par exemple, en supprimant le protectionnisme qui les empêche d'exporter leurs produits). Mais, et c'est le point fondamental que tu oublies, elle en impose aussi aux dirigeants du Sud : en particulier le devoir de ne pas piller les richesses de leurs pays, de ne pas trafiquer leurs comptes nationaux pour emberlificoter leurs créanciers, de ne pas laisser s'installer partout la corruption et les divers moyens qu'ils peuvent trouver d'asphyxier la liberté économique dans leurs pays.

Tu auras beau aider les pays du Tiers Monde, faire des belles déclarations, parler d'amour évangélique, tant que les conditions précédentes n'auront pas été réalisées, cela ne servira à rien. Pire encore : cela enfoncera les habitants du Sud dans leur misère. S'il n'avait pas été sûr que l'Occident lui apporterait, sans broncher, une aide internationale qu'il pourrait alors détourner, Mengistu n'aurait pas provoqué la famine en Ethiopie.

- Je suis malgré tout un peu triste que tu te sois contenté de citer ce texte. Car tu n'as pas répondu à mon argumentation. J'attends.

A bientôt
MB

Re: Quand le FMI fabrique la misère

par Charles » mer. 15 août 2007, 18:54

Compendium de la DSE :

182 Le principe de la destination universelle des biens requiert d'accorder une sollicitude particulière aux pauvres, à ceux qui se trouvent dans des situations de marginalité et, en tout cas, aux personnes dont les conditions de vie entravent une croissance appropriée. À ce propos il faut réaffirmer, dans toute sa force, l'option préférentielle pour les pauvres: 384 « C'est là une option, ou une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l'Église. Elle concerne la vie de chaque chrétien, en tant qu'il imite la vie du Christ, mais elle s'applique également à nos responsabilités sociales et donc à notre façon de vivre, aux décisions que nous avons à prendre de manière cohérente au sujet de la propriété et de l'usage des biens. Mais aujourd'hui, étant donné la dimension mondiale qu'a prise la question sociale, cet amour préférentiel, de même que les décisions qu'il nous inspire, ne peut pas ne pas embrasser les multitudes immenses des affamés, des mendiants, des sans-abri, des personnes sans assistance médicale et, par-dessus tout, sans espérance d'un avenir meilleur ».385

183 La misère humaine est le signe évident de la condition de faiblesse de l'homme et de son besoin de salut.386 Le Christ Sauveur a eu pitié d'elle, lui qui s'est identifié à ceux qu'il appelait les « plus petits de mes frères » (Mt 25, 40.45): « C'est à ce qu'ils auront fait pour les pauvres que Jésus-Christ reconnaîtra ses élus. Lorsque “la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres” (Mt 11, 5), c'est le signe de la présence du Christ ».387

Jésus dit: « Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours » (Mt 26, 11; cf. Mc 14, 7; Jn 12, 8), non pas pour opposer au service des pauvres l'attention qui lui est accordée. Si, d'une part, le réalisme chrétien apprécie les efforts louables faits pour vaincre la pauvreté, de l'autre il met en garde contre les positions idéologiques et contre les messianismes qui alimentent l'illusion d'éliminer totalement de ce monde le problème de la pauvreté. Cela n'adviendra qu'au retour du Christ, quand il sera de nouveau avec nous pour toujours. Entre-temps, les pauvres nous sont confiés et c'est sur cette responsabilité que nous serons jugés à la fin (cf. Mt 25, 31-46): « Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères ».

192 La solidarité confère un relief particulier à la socialité intrinsèque de la personne humaine, à l'égalité de tous en dignité et en droits, au cheminement commun des hommes et des peuples vers une unité toujours plus convaincue. Jamais autant qu'aujourd'hui il n'a existé une conscience aussi diffuse du lien d'interdépendance entre les hommes et les peuples, qui se manifeste à tous les niveaux.413 La multiplication très rapide des voies et des moyens de communication « en temps réel », comme le sont les voies et les moyens télématiques, les extraordinaires progrès de l'informatique, le volume croissant des échanges commerciaux et des informations, témoignent de ce que, pour la première fois depuis le début de l'histoire de l'humanité, il est désormais possible, au moins techniquement, d'établir des relations entre personnes très éloignées ou inconnues.

Par ailleurs, face au phénomène de l'interdépendance et de son expansion constante, de très fortes disparités persistent dans le monde entier entre pays développés et pays en voie de développement, lesquelles sont alimentées aussi par différentes formes d'exploitation, d'oppression et de corruption qui influent de manière négative sur la vie interne et internationale de nombreux États. Le processus d'accélération de l'interdépendance entre les personnes et les peuples doit être accompagné d'un engagement sur le plan éthico-social tout aussi intensifié, pour éviter les conséquences néfastes d'une situation d'injustice de dimensions planétaires, destinée à se répercuter très négativement aussi dans les pays actuellement les plus favorisés.

193 Les nouvelles relations d'interdépendance entre les hommes et les peuples qui sont, de fait, des formes de solidarité, doivent se transformer en relations tendant à une véritable solidarité éthico-sociale, qui est l'exigence morale inhérente à toutes les relations humaines. La solidarité se présente donc sous deux aspects complémentaires: celui de principe social 415 et celui de vertu morale.416

La solidarité doit être saisie avant tout dans sa valeur de principe social ordonnateur des institutions, en vertu duquel les « structures de péché » 417 qui dominent les rapports entre les personnes et les peuples doivent être dépassées et transformées en structures de solidarité, à travers l'élaboration ou la modification opportune de lois, de règles du marché ou la création d'institutions.

La solidarité est également une véritable vertu morale, et non pas « un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines. Au contraire, c'est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun; c'est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous ».418 La solidarité s'élève au rang de vertu sociale fondamentale parce qu'elle se situe dans la dimension de la justice, vertu orientée par excellence au bien commun et dans l'engagement à « se dépenser pour le bien du prochain en étant prêt, au sens évangélique du terme, à “se perdre” pour l'autre au lieu de l'exploiter, et à “le servir” au lieu de l'opprimer à son propre profit (cf. Mt 10, 40-42; 20, 25; Mc 10, 42-45; Lc 22, 25-27) »

194 Le message de la doctrine sociale sur la solidarité met en évidence le fait qu'il existe des liens étroits entre solidarité et bien commun, solidarité et destination universelle des biens, solidarité et égalité entre les hommes et les peuples, solidarité et paix dans le monde.420 Le terme « solidarité », largement employé par le Magistère,421 exprime en synthèse l'exigence de reconnaître dans l'ensemble des liens qui unissent les hommes et les groupes sociaux entre eux, l'espace offert à la liberté humaine pour pourvoir à la croissance commune, partagée par tous. L'effort dans cette direction se traduit par l'apport positif à ne pas faire manquer à la cause commune et par la recherche des points d'entente possible, même là où prévaut une logique de division et de fragmentation, dans la disponibilité à se dépenser pour le bien de l'autre au-delà de tout individualisme et particularisme.

348 Le marché libre ne peut être jugé sans tenir compte des fins qu'il poursuit et des valeurs qu'il transmet au niveau social. De fait, le marché ne peut pas trouver en lui-même le principe de sa propre légitimation. Il revient à la conscience individuelle et à la responsabilité publique d'établir un juste rapport entre les fins et les moyens.728 Le profit individuel de l'agent économique, bien que légitime, ne doit jamais devenir l'unique objectif. À côté de celui-ci, il en existe un autre, tout aussi fondamental et supérieur, celui de l'utilité sociale, qui doit être réalisé non pas en opposition, mais en cohérence avec la logique du marché. Quand il remplit les importantes fonctions rappelées ci-dessus, le marché libre sert le bien commun et le développement intégral de l'homme, tandis que l'inversion du rapport entre les moyens et les fins peut le faire dégénérer en une institution inhumaine et aliénante, avec des répercussions incontrôlables.

349 La doctrine sociale de l'Église, tout en reconnaissant au marché la fonction d'instrument irremplaçable de régulation au sein du système économique, met en évidence la nécessité de l'ancrer dans des finalités morales qui assurent et en même temps circonscrivent d'une manière adéquate l'espace de son autonomie.729 On ne peut souscrire à l'idée de pouvoir confier au seul marché la fourniture de toutes les catégories de biens, car une telle idée est basée sur une vision réductrice de la personne et de la société.730 Face au risque concret d'une « idolâtrie » du marché, la doctrine sociale de l'Église en souligne les limites, que l'on peut facilement relever dans l'incapacité constatée où il se trouve de satisfaire les exigences humaines importantes pour lesquelles il faut « des biens qui, par leur nature, ne sont et ne peuvent être de simples marchandises »,731 biens non négociables selon la règle de « l'échange des équivalents » et la logique du contrat, typiques du marché.

366 L'extension de la mondialisation doit être accompagnée d'une prise de conscience plus mûre, de la part des organisations de la société civile, des nouveaux devoirs auxquels elles sont appelées au niveau mondial. Grâce aussi à une action déterminée de ces organisations, il sera possible de situer l'actuel processus de croissance de l'économie et de la finance à l'échelle planétaire dans un horizon garantissant un respect effectif des droits de l'homme et des peuples, ainsi qu'une répartition équitable des ressources, à l'intérieur de chaque pays et entre les différents pays: « La liberté des échanges n'est équitable que soumise aux exigences de la justice sociale ».756

Une attention particulière doit être accordée aux spécificités locales et aux diversités culturelles, qui risquent d'être compromises par les processus économiques et financiers en cours: « La mondialisation ne doit pas être un nouveau type de colonialisme. Elle doit respecter la diversité des cultures qui, au sein de l'harmonie universelle des peuples, constituent une clé d'interprétation de la vie. En particulier, elle ne doit pas priver les pauvres de ce qui leur reste de plus précieux, y compris leurs croyances et leurs pratiques religieuses, étant donné que les convictions religieuses authentiques expriment la manifestation la plus vraie de la liberté humaine ».

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