Cher Héraclius,
Ergo : il y a des degrés de rationalité dans les religions.
la foi rationnelle serait plus une sorte de confiance placée dans la position la plus belle et la plus probable, à défaut de l'existence d'une explication démontrable et totalisante.
Je refuse tout à fait cette définition de la foi. Je ne crois pas parce que je crois. Vous ne pouvez pas m'obliger à assumer une doctrine protestante que je rejette ; vous pouvez critiquer les raisons qui selon moi fondent ma foi, mais pas dire que par définition la foi n'a pas de fondement, puisque je donne (et le catholicisme donne) une autre définition du terme. Vous pouvez dire « vos fondements sont faux » mais pas dire « vous ne considérez pas la néssécité de fonder votre foi puisqu’elle est foi ».
Encore une fois, l’expression « foi rationnelle » est un oxymoron.
Je trouve la religion chrétienne particulièrement irrationnelle. Ce Dieu d’une bonté parfaite qui crée un homme qui pèche avec une constance et une virulence jamais démenties, qui soumet des innocents aux pires calamités sans jamais en expliquer la raison, qui condamne et pardonne à toute l’humanité pour les crimes ou les vertus d’un seul, qui tient absolument à diffuser son message, mais se contente de le chuchoter tellement faiblement que la « foi » est nécessaire pour y croire, tout cela est irrationnel. Que les chrétiens aient réussi à bâtir une mythologie suffisamment complexe et touffue pour apaiser les soupçons de ceux qui ne demandent qu’à croire, je n’en doute pas, mais cela ne démontre rien.
Les catholiques, les hindouistes ou les taoïstes ont chacun leur vision de la « position la plus belle et la plus probable ». Les plus éminents spécialistes de ces religions pourraient débattre pendant des millénaires sans se mettre d’accord sur les notions les plus fondamentales (n’est-ce pas exactement ce qui se passe ?), pour la bonne et simple raison que leur « vérité » n’a pas d’arguments. Tel livre est-il l’œuvre de Dieu ? Tel homme est-il le fils de Dieu ? Existe-t-il dans une dimension impalpable un Être suprême qui nous écoute ? Se passe-t-il ceci ou cela avant la naissance ou après la mort ? Tout « débat » de ce type est par définition stérile, parce que purement arbitraire, théorique et invérifiable.
Fondamentalement, toutes les fois sont les mêmes. Qu’elle soit catholique, musulmane ou mormone, le mécanisme est identique. Au fond d’eux-mêmes, de nombreux croyants s’en rendent d’ailleurs compte. Mais au lieu de remettre radicalement leur foi en question, ils se contentent de mettre leur intelligence au service de ce qu’on appelle « l’erreur de confirmation » : ils recherchent et retiennent uniquement les informations qui confirment ce qu’ils « savent » déjà. Ainsi, le catholique devient plus catholique, le musulman plus musulman et le mormon plus mormon. Les heures, les efforts et la matière grise consacrés à la question leur font croire, erronément, que leur vérité s'appuient sur des bases solides. Hélas, la vraie quête de la vérité demande bien plus que du temps, des efforts et de l’intelligence. Elle exige de faire table rase de tout ce que l’on pense savoir, ce qui est extrêmement difficile en général, et souvent impossible pour un croyant.
La foi est un ersatz qu’on emploie faute de mieux, et qu’on sanctifie a posteriori pour faire d’une faiblesse un atout. Si Dieu lui-même descendait parmi les hommes en accomplissant d’éblouissants miracles à répétition, personne ne dirait « je crois en Dieu parce que je sens sa présence en mon cœur ». Les gens s’exclameraient : « comme l’a annoncé le pape, Dieu a bloqué la révolution terrestre/éteint le soleil/asséché les océans/etc. pendant 1 heure, voilà une preuve évidente de son existence ». Faute de merles, on mange des grives, et on prétend que c’est du homard.
Si vous vouliez me convaincre que vous avez une pièce d'or dans la main, que feriez-vous ? Me diriez-vous : « Je vous assure que j'en ai une. Voyez la forme de mon poing fermé, ne donne-t-il pas l'impression de contenir un écu ? Faites-moi confiance, la foi n'est-elle pas merveilleuse ? » Je ne crois pas, pas si vous souhaitiez réellement me convaincre. Votre refus d'ouvrir tout simplement la main et vos appels répétés à la confiance éveillerait ma méfiance de façon bien compréhensible.
L'histoire et la géographie prouvent que les religions se diffusent de deux manières principales : la conquête et l'endoctrinement des enfants. Contrairement à ce que vous sous-entendez, sauf exception, le catholicisme ne s’acquiert ni par l'exercice du libre arbitre ni par l’exercice de la raison. Pourquoi l’Espagne est-elle un pays catholique ? Parce que les Espagnols, après une réflexion libre et rigoureuse, ont déterminé l’identité du vrai Dieu ? Bien sûr que non. Les musulmans ont été boutés dehors par les armées catholiques, voilà tout. Si les musulmans avaient triomphé, les catholiques espagnols d’aujourd’hui prieraient un autre Dieu avec la même ferveur et la même conviction. Des érudits espagnols tiendraient les mêmes discours sur la véracité de leur foi, en remplaçant simplement le mot « Dieu » par « Allah ».
Partout dans le monde, des Héraclius de toutes les confessions s’émerveillent d’avoir raison de croire ce qu’ils croient ; n’est-il pas évident que leur religion est supérieure à toutes les autres ? Le plus fascinant n’est pas que toutes les fois soient fondamentalement identiques, mais qu’en cherchant à expliquer pourquoi leur foi particulière est supérieure aux autres, les croyants de tous les continents et de toutes les époques ne font que se confondre un peu plus encore.
J’ai plus de respect pour la foi du charbonnier que pour celle du savant. Du moins le charbonnier ne cherche-t-il pas à expliquer ce qui ne s’explique pas. Je ne suis pas d’accord avec lui, mais il ne cherche pas à se convaincre lui-même et à convaincre autrui que son absence d’arguments est l’argument ultime, que sa crédulité est la suite logique et le couronnement de la raison.
Mais vous me direz que :
Lorsque Edith Stein, philosophe athée, a fini après des années d'études de la question à reconnaître la crédibilité du Christianisme, elle s'est converti.
Est-ce un argument honnête? Pourquoi ne parlez-vous pas des intellectuels chrétiens qui sont devenus athées ? Des chrétiens devenus bouddhistes ? Des athées devenus scientologues ? Vous évoquez un cas particulier non représentatif parce qu’il vous arrange, en ayant soin de taire tous les autres qui ne vous conviennent pas (« cherry-picking »). Vous savez très bien que votre exemple minutieusement choisi est une exception qui confirme la règle.
C’est dans ce contexte que je dis que
Le christianisme n'est considéré comme « raisonnable » que par les chrétiens, ce qui devrait vous mettre la puce à l'oreille.
La foi ne se propage pas comme une vérité indéniable, comme l’évolution, la rotondité de la Terre ou l’existence des atomes. Vos « vérités » ne vous semblent rationnelles que parce que vous êtes convaincu qu’elles doivent l’être ; pour toute personne qui ne partage pas tous les aprioris et hypothèses catholiques, ces « vérités » n’ont aucune validité.
A tout cela il faut ajouter aussi le fait que Dieu nous ayant conféré le libre-arbitre, il a besoin, pour le coup, de notre approbation pour nous sauver.
Concrètement, Dieu nous dit « faites ce que je vous ordonne, ou vous rôtirez dans les flammes de l’Enfer ». Vous avez une idée bien à vous du libre arbitre et de l’approbation ! C’est un peu comme si je vous disais « Héraclius, dédiez-moi votre vie. Vous n’êtes pas obligé de le faire, mais sachez que si vous ne vous exécutez pas, je vous tourmenterai sur le bûcher. Alors, ai-je votre approbation ? » Et étrangement, le Dieu d'amour juge sa loi tellement importante qu’il est prêt à vous livrer aux flammes si vous n’obéissez pas, mais refuse de faire l’effort de la communiquer aux milliards d’êtres humains qui la méconnaissent.
Ensuite, le péché est voulu par Dieu, puisque tous les hommes, sans exception, pèchent. Dieu savait qu'en créant une humanité tellement imparfaite, il en condamnerait une bonne partie à l'enfer. Je ne dis pas qu'il condamnait telle ou telle personne en particulier, mais statistiquement, il savait que de nombreuses personnes dévieraient de la route tracée. Si ce n'est pas le cas, il s'est lourdement trompé, ce qui n'est pas possible.
J'ajoute en passant que Dieu pourrait simplement faire disparaître les pécheurs non repentis, mais ce n’est pas ce qu’il choisit. Il faut qu’ils souffrent (de façon éternelle ou pas, ça dépend des interprétations). Un roi condamnant les coupables à la torture et à la mort révulserait les bonnes âmes chrétiennes, qui n’ont toutefois pas d’objection à ce que leur Dieu d’amour agisse de la sorte. Apparemment, ce qui est juste dans le Ciel peut être abject sur Terre, et comme toujours, la contradiction est cachée à la vue sous une couche de justifications alambiquées. Et les voies du Seigneur ne sont-elles pas notoirement impénétrables ?
Votre réponse sur ce point montre votre incompréhension de la nature de l'argument d'Aristote et des métaphysiciens qui l'on amélioré.
Je comprends le raisonnement, c’est juste qu’il est trop simpliste pour résoudre une question aussi complexe. Depuis des millénaires, des gens échafaudent des théories métaphysiques (j’entends par là : basées sur des causes externes au monde tangible) pour expliquer les mystères de l’univers. Qu’est-ce que ces théories ont enseigné à l’humanité ? Le fait que chaque religion ait sa propre réponse permet d’affirmer : pas grand-chose, voire rien.
Personnellement, je suis prêt à croire qu’un « être » est à l’origine de l’univers (pourquoi pas, c’est une explication parmi d’autres), mais j’attends pour mon prononcer de recevoir des arguments plus solides et moins scolastiques. En l’absence de ces derniers, je continuerai de dire « je ne sais pas », ce qui est effectivement frustrant. Je ne sais pas d’où vient notre univers ; je ne sais pas quel est le sens absolu de mon existence, etc. Vous savez tout cela, grand bien vous fasse.
Concernant le sacrifice du Christ…
Je précise tout de suite que je partage entièrement l'idée de traiter l'autre comme soi-même, que l'amour est merveilleux, etc. Votre interprétation du sacrifice est cependant plus que tirée par les cheveux.
Le péché originel existe parce qu'il existe une forme de solidarité fondamental de l'espèce humaine, qui en quelque sorte a la capacité de « pécher collectivement ». C'est ce que constitue le péché originel, de même que le Christ mort pour tous offre à chaque homme le moyen de s'extraire de ce péché collectif pour participer à la re-sanctification de l'humanité.
Je n'ai strictement rien à voir avec le péché originel ni avec le sacrifice de Jésus. Je n'ai rien à voir non plus avec les crimes d’Hitler ou les bonnes actions de Gandhi. Je n’étais même pas né ! Il s'agit au mieux d'une conception primitive de la justice qui, bien heureusement, n'a plus cours dans le monde civilisé. Une nouvelle fois, vous acceptez de votre Dieu une justice que vous abhorreriez sur Terre. Que direz-vous le jour où on vous jettera dans un cachot pour des fautes commises par un lointain aïeul ?
Du coup, un tiers, le Fils, qui est du reste lui-même Dieu, se propose de payer notre dette. C'est un pote qui vient vous voir, voit que vous ne pouvez pas aider votre voisin, que vous avez pourtant un repentir sincère, et vous donne donc l'argent pour repayer la voiture de votre voisin
Votre exemple n'est pas pertinent. Votre voisin se réjouit certainement de vos remords, mais ce qu'il veut, c'est l'argent. Laissez-moi illustrer la situation de manière plus exacte, quoiqu’un peu longue :
Un grand seigneur, dont tout le monde s’accorde à reconnaître la bonté et la sagesse, a accueilli sur ses terres magnifiques un homme et une femme, Adam et Ève, qui lui doivent tout. Sur ces terres pousse un arbre dont ils ne peuvent cueillir les fruits, sous aucun prétexte.
Ce qui devait arriver arriva. Incapable de résister à la tentation, le couple cueille les fruits de l’arbre interdit. Le seigneur est furibond. Certes, Adam et Ève n’avaient pas sa force d’âme, sa rectitude absolue, parce qu’il avait refusé de les anoblir pour en faire son égal en tout point, mais le péché est trop grave pour rester impuni. Le seigneur chasse donc le couple du petit paradis où il vivait heureux, le condamnant à l’aridité qui règne au-delà des frontières de son domaine. Surtout, il le condamne à la mort, c.-à-d. à l’anéantissement.
Le seigneur bon et juste considère qui plus est que toute la descendance d’Adam et Ève mérite le même châtiment. Au moment même de sa naissance, chaque enfant est irrémédiablement jugé coupable et condamné à la peine de mort.
Malgré des conditions de vie pénibles, la famille d’Adam et Ève s’agrandit toutefois et peuple la Terre ingrate que lui a réservée le seigneur. Un beau jour, ce dernier décide que le châtiment a assez duré, que les descendants ont assez payé pour un crime commis longtemps avant leur propre naissance. Sa bonté ne connaît décidément pas de limites.
Le seigneur ne veut toutefois pas leur rouvrir simplement la porte de son domaine. Les hommes continueront de vivre sur une Terre peu hospitalière, de souffrir de maux et d’injustices sans raison apparente, mais ils auront la possibilité de se sauver, de regagner le jardin perdu et la vie éternelle. Il leur suffira pour cela de respecter la loi du seigneur.
Le seigneur envisage tout d’abord d’apparaître dans toute sa gloire devant les hommes, ceint de sa couronne étincelante, paré de ses bijoux somptueux, entouré d’une invincible armée. Mais il se ravise. C’est son fils chéri, Jésus, déguisé en humble charpentier, qui ira annoncer la bonne nouvelle.
Jésus est donc envoyé chez les hommes. Il entreprend de leur révéler la vraie parole divine. Il parvient à convaincre quelques membres de la famille, mais la majorité fait la sourde oreille. Certains disent de lui qu’il serait le fils du seigneur tout puissant… Tout cela est décidément trop saugrenu pour être cru par le plus grand nombre.
Finalement, agacés par cet agitateur, des membres de la famille humaine le condamnent à la mort, lui qui était venu pour leur ouvrir les portes du pays de Cocagne. Ils le torturent, avant de le clouer à une croix où, coiffé d’une couronne d’épines, il agonise et meurt.
C’est à Héraclius, conseiller de la cour, qu’incombe la terrible tâche d’annoncer l’acte barbare au seigneur :
Héraclius : Seigneur… C’est affreux... Votre fils chéri a été tué par les hommes auxquels il voulait transmettre votre parole d’Amour…
Le seigneur : Héraclius, te voilà bien morose ! Ressaisis-toi !
Héraclius : Seigneur… vous ne comprenez pas… ils l’ont massacré.
Le seigneur : C’était inévitable !
Héraclius : Mais seigneur, pourquoi n’être pas allé vous-même convaincre les hommes, dans toute votre gloire, ceint de votre couronne étincelante, paré de vos bijoux somptueux, entouré d’une invincible armée? N’eusse pas été plus efficace?
Le seigneur : Sans aucun doute. Ils seraient tombés à genoux et auraient exécuté mes ordres.
Héraclius : Mais alors pourquoi envoyer votre fils ?
Le seigneur : Pour ne convaincre qu’une minorité. Sans désobéissance, que vaut l’obéissance?
Héraclius : Rien, seigneur… Mais ceux qui ont vu votre fils et ont refusé de le suivre, que leur arrivera-t-il ?
Le seigneur : Je suis juste et bon, tu le sais, mais je les jetterai dans les flammes de l’Enfer.
Héraclius : Seigneur, beaucoup d’entre eux auraient accompli votre volonté si vous l’aviez manifestée de façon plus évidente… Et c’est également vous qui avez refusé de donner à cette lignée la noblesse et la vertu qui vous distinguent… Malgré tout le respect que je vous dois, je ne peux m’empêcher de penser que vos actes menaient irrémédiablement à la damnation d’une profusion d’hommes et de femmes.
Le seigneur : « Irrémédiablement », voilà un bien grand mot ! Je leur ai laissé le choix, et ils ont choisi.
Héraclius : Mais si, conformément à votre volonté, les hommes sont imparfaits, et si vous envoyez par-dessus le marché à ces hommes imparfaits des signaux ambigus, n’était-il pas évident qu’une grande partie des hommes finiraient dans les flammes de l’Enfer ?
Le seigneur : Héraclius, Héraclius… Suis-je bon et juste ?
Héraclius (après quelques instants d’hésitation) : ...Oui, seigneur, bien sûr.
Le seigneur : Si tu ne comprends pas ce que fait ton seigneur, est-ce la faute de ton seigneur?
Héraclius (ragaillardi) : Jamais, seigneur ! C’est simplement que mon jugement est trop bouleversé par la grandeur de vos actions pour en comprendre le sens.
Le seigneur : Voilà qui est mieux, Héraclius. N’oublie jamais : si ton seigneur répand ses bienfaits, c'est qu'il est bon et juste. S’il sème au contraire la mort, la terreur et l’injustice, c'est qu'il est bon et juste. Te souviens-tu de ce bébé difforme dont la mère est morte en couche après une longue hémorragie, et qui est lui-même mort quelques jours plus tard dans les bras de son père effondré ? Pourquoi l’ai-je fait naître?
Héraclius (radieux) : Seigneur, parce que vous êtes bon et juste !
Le seigneur : Ne l’oublie jamais, Héraclius, sans quoi je t'expédie tout droit dans la Géhenne avec tout l'amour dont je suis capable.
Héraclius (se rembrunissant) : Une chose me trouble pourtant encore.
Le seigneur : Parle, Héraclius.
Héraclius : Tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Votre fils devait être accueilli à bras ouverts, et il a au contraire été supplicié.
Le seigneur : Sa souffrance et sa mort étaient nécessaires. Les hommes devaient tuer mon fils, de préférence avec une exquise cruauté, pour que je puisse leur pardonner d’être les descendants d’Adam et Ève et les accueillir à nouveau en mon royaume.
Héraclius (se pinçant pour se réveiller) : Pardon?
Le seigneur : Adam et Ève m’ont offensé, ils avaient une dette envers moi. Leurs descendants, les hommes, devaient m’offrir un sacrifice pour mériter mon pardon. Or, Jésus est devenu un homme et s’est sacrifié pour moi. La dette a été payée.
Héraclius : Donc, si je comprends bien, vous aviez besoin de sang humain, de n'importe quel humain ?
Le seigneur : En quelque sorte, oui, même si ce n’était pas absolument nécessaire. Après tout, je pardonne à qui je veux, quand je veux. Je suis le seigneur. Disons que j’étais arrivé à un moment de ma vie où la vision de mon propre fils ensanglanté sur une croix ne pouvait que revigorer ma proverbiale bonté.
Héraclius : Si vous le dites, seigneur. Permettez-moi de résumer, pour être sûr que tout soit bien clair : vous pouviez annoncer vous-même aux hommes qu’ils devraient à l’avenir obéir à vos commandements, mais vous avez préféré envoyer votre fils que personne ne connaissait et qui ne payait pas de mine, et que naturellement seule une minorité a cru. Vous avez organisé un autosacrifice commis par des hommes qui n’y voyaient non pas le remboursement d’une dette, mais l’exécution d’un agitateur, pour vous convaincre vous-mêmes de sauver les hommes en question, en sachant pertinemment que vous en expédieriez une bonne partie dans la Géhenne. Cerise sur le gâteau, ces hommes que vous vouliez pardonner avaient en réalité déjà expié un péché commis avant même leur naissance.
Le seigneur : Dit comme ça, c’est sans doute difficile à croire et quelque peu embrouillé pour un simple mortel, mais c’est bien ainsi que je le conçois.
Héraclius : Amen, seigneur, Amen.
Je me rends compte que j'ai été très long. Ce message sera mon chant du cygne.