par etienne lorant » ven. 29 juil. 2016, 11:04
La France serait l'un des pays les plus athées au monde - et par conséquent, un des pays les moins exposés à la guerre (?)
Atlantico : S
elon une récente étude internationale de WIN/Gallup, la France serait le 4ème pays le plus athée au monde avec 29% de ses habitants qui se déclarent "athées convaincus" derrière la Chine, le Japon et la République tchèque. Comment expliquer cette caractéristique française ? Est-ce uniquement dû à notre passé révolutionnaire ?
Jean-Sébastien Philippart : Il est certain que la volonté des Lumières de rejeter tout fondement religieux afin d’établir les principes fondamentaux d’une morale non confessionnelle et universelle constitue l’un des traits caractéristiques de l’"esprit" français. A cet égard, la laïcité "à la française" s’est toujours assimilée facilement à un combat en faveur de la liberté de conscience et de connaissance que toute religion semblerait menacer par nature.
Toutefois, il ne faut pas oublier qu’aux yeux d’une partie des Lumières, l’athéisme, certes moins meurtrier que le fanatisme religieux, devait être condamné pour cause d’immoralisme (l’athée n’étant pas jugé digne de foi). Alors que les Lumières défendaient la perfectibilité humaine — et donc admettaient une déchéance toujours possible de l’homme —, c’est au positivisme et au comtisme en particulier que l’esprit français doit l’idée assurée que la religion (l’"état théologique") constitue un moment dépassé par l'"état métaphysique", puis par l’"état positif" émanant des sciences les plus abstraites pour s’emparer ensuite des sciences humaines. Or Jules Ferry, dont on connaît l’importance dans la constitution de l’identité républicaine, fut le promoteur de cette doctrine. Pour lui, la science s’oppose désormais victorieusement à la religion dont les illusions théologiques ne tiennent plus debout. Si, aujourd’hui, le positivisme a été à son tour dénoncé à titre de mythologie (par les mêmes sciences qu’il a lui-même promues), son spectre ne cesse d’être efficient et explique selon moi que le phénomène perdure.
Quels sont les autres facteurs politico-historiques et sociologiques qui nous différencient des pays "comparables" à la France ?
L’explication tourne toujours autour du concept de laïcité que seuls des pays comme la France et les Pays-Bas ont inscrit dans leur constitution. Si la laïcité espagnole a ceci de commun avec le modèle français de présenter une déconfessionnalisation de l’Etat, les conditions dans lesquelles elle s’est opérée vont en donner une autre figure. Dans la mesure en effet où l’Eglise, par souci de réalisme, s’est montrée plutôt conciliante vis-à-vis du processus de sécularisation, elle jouit aujourd’hui encore en Espagne d’une grande liberté organisationnelle et d’expression. Comme l’Italie, l’Espagne reste sous un régime concordataire. Malgré le passé compromettant de l’Eglise de part et d’autre sur le plan politique (accords du Latran, appui au régime franquiste), les deux pays n’ont jamais véritablement remis en cause le rôle de la religion. Le catholicisme demeure la religion d’une grande majorité des italiens, tandis que l’Etat finance les écoles religieuses et maintient l’enseignement religieux dans les écoles publiques. Et face aux plaintes devant l’ostension d’un crucifix dans une classe, le Conseil d’Etat italien a souvent justifié son maintien par la valeur culturelle de l’objet. Il semble donc que l’enjeu soit le rapport au passé, en l’occurrence, à la religion historique. Il y a peut-être en France quelque chose du passé qui ne veut pas passer. Quant au Royaume-Uni, le concept de laïcité y paraît bien étranger. Pour des raisons historiques en effet, le chef d’Etat est gouverneur suprême de l’Eglise d’Angleterre tandis que le Parlement contrôle la doctrine, le culte et nomme le personnel dirigeant. Et paradoxalement, c’est au nom de cette union que l’Angleterre tolère l’expression des autres religions.
A suivre sur :
http://www.atlantico.fr/decryptage/pour ... 37160.html
La France serait l'un des pays les plus athées au monde - et par conséquent, un des pays les moins exposés à la guerre (?)
Atlantico : S[b]elon une récente étude internationale de WIN/Gallup, la France serait le 4ème pays le plus athée au monde avec 29% de ses habitants qui se déclarent "athées convaincus" derrière la Chine, le Japon et la République tchèque. [/b]Comment expliquer cette caractéristique française ? Est-ce uniquement dû à notre passé révolutionnaire ?
Jean-Sébastien Philippart : Il est certain que la volonté des Lumières de rejeter tout fondement religieux afin d’établir les principes fondamentaux d’une morale non confessionnelle et universelle constitue l’un des traits caractéristiques de l’"esprit" français. A cet égard, la laïcité "à la française" s’est toujours assimilée facilement à un combat en faveur de la liberté de conscience et de connaissance que toute religion semblerait menacer par nature.
Toutefois, il ne faut pas oublier qu’aux yeux d’une partie des Lumières, l’athéisme, certes moins meurtrier que le fanatisme religieux, devait être condamné pour cause d’immoralisme (l’athée n’étant pas jugé digne de foi). Alors que les Lumières défendaient la perfectibilité humaine — et donc admettaient une déchéance toujours possible de l’homme —, c’est au positivisme et au comtisme en particulier que l’esprit français doit l’idée assurée que la religion (l’"état théologique") constitue un moment dépassé par l'"état métaphysique", puis par l’"état positif" émanant des sciences les plus abstraites pour s’emparer ensuite des sciences humaines. Or Jules Ferry, dont on connaît l’importance dans la constitution de l’identité républicaine, fut le promoteur de cette doctrine. Pour lui, la science s’oppose désormais victorieusement à la religion dont les illusions théologiques ne tiennent plus debout. Si, aujourd’hui, le positivisme a été à son tour dénoncé à titre de mythologie (par les mêmes sciences qu’il a lui-même promues), son spectre ne cesse d’être efficient et explique selon moi que le phénomène perdure.
[b]Quels sont les autres facteurs politico-historiques et sociologiques qui nous différencient des pays "comparables" à la France ?
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L’explication tourne toujours autour du concept de laïcité que seuls des pays comme la France et les Pays-Bas ont inscrit dans leur constitution. Si la laïcité espagnole a ceci de commun avec le modèle français de présenter une déconfessionnalisation de l’Etat, les conditions dans lesquelles elle s’est opérée vont en donner une autre figure. Dans la mesure en effet où l’Eglise, par souci de réalisme, s’est montrée plutôt conciliante vis-à-vis du processus de sécularisation, elle jouit aujourd’hui encore en Espagne d’une grande liberté organisationnelle et d’expression. Comme l’Italie, l’Espagne reste sous un régime concordataire. Malgré le passé compromettant de l’Eglise de part et d’autre sur le plan politique (accords du Latran, appui au régime franquiste), les deux pays n’ont jamais véritablement remis en cause le rôle de la religion. Le catholicisme demeure la religion d’une grande majorité des italiens, tandis que l’Etat finance les écoles religieuses et maintient l’enseignement religieux dans les écoles publiques. Et face aux plaintes devant l’ostension d’un crucifix dans une classe, le Conseil d’Etat italien a souvent justifié son maintien par la valeur culturelle de l’objet. Il semble donc que l’enjeu soit le rapport au passé, en l’occurrence, à la religion historique. Il y a peut-être en France quelque chose du passé qui ne veut pas passer. Quant au Royaume-Uni, le concept de laïcité y paraît bien étranger. Pour des raisons historiques en effet, le chef d’Etat est gouverneur suprême de l’Eglise d’Angleterre tandis que le Parlement contrôle la doctrine, le culte et nomme le personnel dirigeant. Et paradoxalement, c’est au nom de cette union que l’Angleterre tolère l’expression des autres religions.
A suivre sur :
[url]http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-athees-sont-plus-nombreux-en-france-qu-ailleurs-jean-sebastien-philippart-737160.html[/url]