par François-Xavier » ven. 24 août 2007, 20:22
Deo gratias a écrit :"Benoît est vivant"...Quelqu'un en aurait-il entendu parler?
Il me semble bien que c'est un livre qui a été écrit par le P. Aldabert de Vogüe, qui est un expert - un exégète ! - de la Ste Règle de Notre Bienheureux Père. C'est celui qu'on m'a indiqué... Il y en a peut être un autre...
Sinon, sur la Règle elle même, ce qui est intéressant, c'est son ancienneté et sa volonté de reprendre et de synthétiser des traditions monastiques antérieures, qui datent justement d'une époque où le moine n'était pas considéré tant comme un clerc que comme un laïc. On voit très bien dans la Règle que S. Benoît considère comme exceptionnel que le moine soit prêtre. Il est possible que Saint Benoît lui même ne l'ait pas été. Ce qui fait dire à beaucoup de moines qui cherchent à vivre dans l'authenticité de leur vocation qu'ls sont en fin de compte beaucoup plus proches des laïcs que du clergé (diacres, prêtres, évêques).
Le monachisme s'est développé en Occident essentiellement à cause de la fin des persécutions... Puisqu'il n'était plus possible pour un baptisé de témoigné du Christ par le sang, il falait continuer à pouvoir le faire par une vie de silence, de recueillement et de pénitence. Et c'est bien l'esprit dans lequel est Saint Benoît, lorsqu'il explique qu'il ne faut absolument rien préférer au Christ (Ch 4,21
nihil amori Christi praeponere et Ch 72, 11
Christo omnino nihil praeponant et ). Le Christ est absolument central dans la Règle, qui est toute "christo-centrée". La première citation fait partie du chapitre 4 (les intruments des bonnes oeuvres). C'est intéressant parce que justement, Saint Benoît ne propose jamais des considérations générales sur la spiritualité : il indique des moyens, des intruments concrets de sanctification, parfois de façon lapidaire. Cette idée de ne préférer "absolument" rien au Christ est aussi rappelé dans l'avant dernier chapitre (72) qui est un ajout plus tardif à la première rédaction de la Règle, parce qu'il a senti à quel point c'est essentiel et insite lourdement sur cet instrument "précis" des bonnes oeuvres.
Bref, on n'est pas dans le galimatias ; c'est fort, c'est dynamique, c'est concret, c'est exigent. Ce n'est pas réservé aux seuls religieux. C'est l'appel du prologue :
Ad te ergo nunc mihi sermo dirigitur, quisquis abrenuntians propriis voluntatibus, Domino Christo vero regi militaturus, oboedientiae fortissima atque praeclara arma sumis.
Cette divine exhortation je te l'adresse maintenant, à toi qui, renonçant à tes propres volontés pour militer sous le vrai Roi, le Christ Notre-Seigneur, prends en mains les armes puissantes et glorieuses de l'obéissance.
La Règle s'adresse donc à tout baptisé, c'est indiqué dès le prologue. Ce n'est donc pas du tout, dans l'esprit de Saint benoît, spécifique pour des religieux.
Et ensuite, ce fort appel à la conversion, à l'espérience de la prière nocturne et à l'eschatologie (le psaume cité, c'est l'invitatoire, et le réveil renvoie directement à la paroaboles des vierges sages) :
Exsurgamus ergo tandem aliquando excitante nos scriptura ac dicente: Hora est iam nos de somno surgere, et apertis oculis nostris ad deificum lumen, attonitis auribus audiamus divina cotidie clamans quid nos admonet vox dicens: Hodie si vocem eius audieritis, nolite obdurare corda vestra.
Levons-nous une fois pour toutes aux accents de l'Ecriture qui nous stimule et nous dit : "Le moment est venu de sortir du sommeil." Et les yeux ouverts à la lumière de Dieu, comprenons enfin la portée de l'oracle divin qui chaque jour vient frapper nos oreilles " : Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, gardez-vous d'endurcir vos cœurs."(Ps 94)
Il y a d'ailleurs un commentateur de la Règle qui explique que le plan lui même de l'ouvrage (l'organisation des chapitres) est tout entier calqué sur la parabole de l'enfant prodigue. Il s'agit de se convertir, et Saint Benoît en indique les moyens : les "glorieuses et puissantes armes de l'obéissance" :
ut ad eum per oboedientiae laborem redeas, a quo per inoboedientiae desidiam recesseras. (prologue, encore :
revenir par le labeur de l'obéissance a Celui dont t'éloignait la lâcheté de la désobéissance.
Dans ce prologue il y a toute la réflexion et la lumière qui est faite pas seulement sur une certaine "sensibilité" spirituelle, mais carrément sur la spiritualité de l'Eglise. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Saint Benoît nous est connu de par Saint Grégoire le Grand, pape, qui a probablement écrit un livre d'entretiens (
Les Dialogues) avec un de ses diacres de l'Eglise de Rome seulement et uniquement sous le prétexte de "raconter" Saint Benoît. Saint Grégoire le Grand avait le très grand souci de proposer au monde un modèle de vie spirituelle qui présiderait à tout ce qu'il a voulu transformer dans l'Eglise. Et on sait qu'il a fait énormément, à une époque où justement, il n'y avait plus grand chose qui tournait rond dans l'Eglise et la société de l'antiquité romaine tardive. C'est pour cela, je pense, qu'on peut être oblat d'un monastère rattaché à Saint Benoît sans pour autant être "exclusivement" bénédictin. La spiritualité bénédictine, c'est justement de façon profonde l'expression accentuée de la spiritualité de l'Eglise du Christ, en tout temps et tout lieu.
Par ailleurs, je dois vous dire, au delà de ça, le grand bonheur de porter l'habit d'un monastère bénédictin. Tout simplement parce que cela correspond à une très ancienne tradition, mais aussi parce que revêtir le scapulaire, c'est déjà être enveloppé de la prière de ses frères moines. Et si c'est une communauté dynamique, fortement ancrée dans l'amour du Christ et la prière de son Eglise, inutile de vous dire que les fruits spirituels sont à la fois nombreux et directs. C'est l'expérimentation directe de la communion des Saints, que l'on peut mesurer facilement, en participant aux offices : un monastère, c'est simplement la préfiguration de l'Eglise
militante mais aussi
triomphante en prière.
Tenez-nous au courant de vos réflexions. Avant de demander l'oblature, par exemple, il faut trouver un monastère. On est rattaché en direct à un monastère, à un abbé (
militans sub regula vel abbate /
ils se constituent en une milice conventuelle sous une Règle et un Abbé). Ce n'est donc pas à proprement parler un "tiers ordre" bénédictin. Avez-vous une préférence particulière ?
Sinon, au niveau des bouquins, un grand classique facile, c'est "la vie du petit saint Placide", un petit "poche" illustré, par Mère Geneviève Gallois. Ce n'est pas seulement un livre "humoristique", car il retrace des épisodes très vrais et exacts d'un cheminement spirituel bénédictin. Ce qui est drôle c'est que Saint Benoît dans le livre est dessiné sous les traits du
TRP Dom Jean Prou.

[quote="Deo gratias"]"Benoît est vivant"...Quelqu'un en aurait-il entendu parler?[/quote]
Il me semble bien que c'est un livre qui a été écrit par le P. Aldabert de Vogüe, qui est un expert - un exégète ! - de la Ste Règle de Notre Bienheureux Père. C'est celui qu'on m'a indiqué... Il y en a peut être un autre...
Sinon, sur la Règle elle même, ce qui est intéressant, c'est son ancienneté et sa volonté de reprendre et de synthétiser des traditions monastiques antérieures, qui datent justement d'une époque où le moine n'était pas considéré tant comme un clerc que comme un laïc. On voit très bien dans la Règle que S. Benoît considère comme exceptionnel que le moine soit prêtre. Il est possible que Saint Benoît lui même ne l'ait pas été. Ce qui fait dire à beaucoup de moines qui cherchent à vivre dans l'authenticité de leur vocation qu'ls sont en fin de compte beaucoup plus proches des laïcs que du clergé (diacres, prêtres, évêques).
Le monachisme s'est développé en Occident essentiellement à cause de la fin des persécutions... Puisqu'il n'était plus possible pour un baptisé de témoigné du Christ par le sang, il falait continuer à pouvoir le faire par une vie de silence, de recueillement et de pénitence. Et c'est bien l'esprit dans lequel est Saint Benoît, lorsqu'il explique qu'il ne faut absolument rien préférer au Christ (Ch 4,21 [i]nihil amori Christi praeponere[/i] et Ch 72, 11 [i]Christo omnino nihil praeponant[/i] et ). Le Christ est absolument central dans la Règle, qui est toute "christo-centrée". La première citation fait partie du chapitre 4 (les intruments des bonnes oeuvres). C'est intéressant parce que justement, Saint Benoît ne propose jamais des considérations générales sur la spiritualité : il indique des moyens, des intruments concrets de sanctification, parfois de façon lapidaire. Cette idée de ne préférer "absolument" rien au Christ est aussi rappelé dans l'avant dernier chapitre (72) qui est un ajout plus tardif à la première rédaction de la Règle, parce qu'il a senti à quel point c'est essentiel et insite lourdement sur cet instrument "précis" des bonnes oeuvres.
Bref, on n'est pas dans le galimatias ; c'est fort, c'est dynamique, c'est concret, c'est exigent. Ce n'est pas réservé aux seuls religieux. C'est l'appel du prologue :
[b][i]Ad te ergo nunc mihi sermo dirigitur, quisquis abrenuntians propriis voluntatibus, Domino Christo vero regi militaturus, oboedientiae fortissima atque praeclara arma sumis.[/i][/b]
[b][i]Cette divine exhortation je te l'adresse maintenant, à toi qui, renonçant à tes propres volontés pour militer sous le vrai Roi, le Christ Notre-Seigneur, prends en mains les armes puissantes et glorieuses de l'obéissance.[/i][/b]
La Règle s'adresse donc à tout baptisé, c'est indiqué dès le prologue. Ce n'est donc pas du tout, dans l'esprit de Saint benoît, spécifique pour des religieux.
Et ensuite, ce fort appel à la conversion, à l'espérience de la prière nocturne et à l'eschatologie (le psaume cité, c'est l'invitatoire, et le réveil renvoie directement à la paroaboles des vierges sages) :
[b][i]Exsurgamus ergo tandem aliquando excitante nos scriptura ac dicente: Hora est iam nos de somno surgere, et apertis oculis nostris ad deificum lumen, attonitis auribus audiamus divina cotidie clamans quid nos admonet vox dicens: Hodie si vocem eius audieritis, nolite obdurare corda vestra. [/i][/b]
[b][i]Levons-nous une fois pour toutes aux accents de l'Ecriture qui nous stimule et nous dit : "Le moment est venu de sortir du sommeil." Et les yeux ouverts à la lumière de Dieu, comprenons enfin la portée de l'oracle divin qui chaque jour vient frapper nos oreilles " : Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, gardez-vous d'endurcir vos cœurs."(Ps 94)[/i][/b]
Il y a d'ailleurs un commentateur de la Règle qui explique que le plan lui même de l'ouvrage (l'organisation des chapitres) est tout entier calqué sur la parabole de l'enfant prodigue. Il s'agit de se convertir, et Saint Benoît en indique les moyens : les "glorieuses et puissantes armes de l'obéissance" : [i]ut ad eum per oboedientiae laborem redeas, a quo per inoboedientiae desidiam recesseras.[/i] (prologue, encore : [i]revenir par le labeur de l'obéissance a Celui dont t'éloignait la lâcheté de la désobéissance.[/i]
Dans ce prologue il y a toute la réflexion et la lumière qui est faite pas seulement sur une certaine "sensibilité" spirituelle, mais carrément sur la spiritualité de l'Eglise. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Saint Benoît nous est connu de par Saint Grégoire le Grand, pape, qui a probablement écrit un livre d'entretiens ([i]Les Dialogues[/i]) avec un de ses diacres de l'Eglise de Rome seulement et uniquement sous le prétexte de "raconter" Saint Benoît. Saint Grégoire le Grand avait le très grand souci de proposer au monde un modèle de vie spirituelle qui présiderait à tout ce qu'il a voulu transformer dans l'Eglise. Et on sait qu'il a fait énormément, à une époque où justement, il n'y avait plus grand chose qui tournait rond dans l'Eglise et la société de l'antiquité romaine tardive. C'est pour cela, je pense, qu'on peut être oblat d'un monastère rattaché à Saint Benoît sans pour autant être "exclusivement" bénédictin. La spiritualité bénédictine, c'est justement de façon profonde l'expression accentuée de la spiritualité de l'Eglise du Christ, en tout temps et tout lieu.
Par ailleurs, je dois vous dire, au delà de ça, le grand bonheur de porter l'habit d'un monastère bénédictin. Tout simplement parce que cela correspond à une très ancienne tradition, mais aussi parce que revêtir le scapulaire, c'est déjà être enveloppé de la prière de ses frères moines. Et si c'est une communauté dynamique, fortement ancrée dans l'amour du Christ et la prière de son Eglise, inutile de vous dire que les fruits spirituels sont à la fois nombreux et directs. C'est l'expérimentation directe de la communion des Saints, que l'on peut mesurer facilement, en participant aux offices : un monastère, c'est simplement la préfiguration de l'Eglise [i]militante[/i] mais aussi [i]triomphante[/i] en prière.
Tenez-nous au courant de vos réflexions. Avant de demander l'oblature, par exemple, il faut trouver un monastère. On est rattaché en direct à un monastère, à un abbé ([i]militans sub regula vel abbate[/i] / [i]ils se constituent en une milice conventuelle sous une Règle et un Abbé[/i]). Ce n'est donc pas à proprement parler un "tiers ordre" bénédictin. Avez-vous une préférence particulière ?
Sinon, au niveau des bouquins, un grand classique facile, c'est "la vie du petit saint Placide", un petit "poche" illustré, par Mère Geneviève Gallois. Ce n'est pas seulement un livre "humoristique", car il retrace des épisodes très vrais et exacts d'un cheminement spirituel bénédictin. Ce qui est drôle c'est que Saint Benoît dans le livre est dessiné sous les traits du [url=http://www.solesmes.com/FR/histoire/successeurs4.php]TRP Dom Jean Prou[/url].
[img]http://www.abbaye-limon-vauhallan.com/histoire/images/meregenvieveplacide.jpg[/img]