par marcb » sam. 23 févr. 2008, 12:53
Chers amis,
Il me semble qu'en fait comprendre la position chrétienne sur la sexualité est impossible si l'on ne fait pas un détour par son anthropologie - je n'y connais moi-même pas grand chose, mais bon... Pour la pensée chrétienne, l'homme est un, en ce sens que spirituel, charnel, affectif, intellectuel ont partie mêlée. Et dans l'échelle des dons, le don de soi dans la sexualité est un sommet très particulier, l'union la plus intime que peuvent réaliser un homme et une femme. Mais pas que cela : c'est aussi la source de la fécondité, la participation à l'acte créateur (la pro-création, ça dit bien ce que ça veut dire). A ce titre, avoir des rapports sexuels ne se situe pas du tout au même niveau que "manger des bonbons entre des repas équilibrés" : on est pas impliqué au même titre dans les deux cas. Manger trop de bonbons peut nuire, mais il n'y a aucune dimension relationnelle propre à cet acte. Alors que la sexualité est éminemment relationnelle : ces deux actes ne sauraient être régis par des règles morales analogues : ils sont sans rapport l'un avec l'autre. Il me semble du coup que cette comparaison, pour métaphorique qu'elle puisse paraître, est en fait dangereuse en ce sens qu'elle brouille le débat en mettant sur le même plan des choses qui n'y sont pas. Prcontre, elle est révélatrice du niveau où se situe l'enjeu, et simplement parvenir à poser le problème en termes clairs pourrait permettre de démêler pas mal l'écheveau.
Pour en revenir à l'anthropologie, il me semble que la position chrétienne considère l'acte conjugal comme ayant une portée ontologique particulière : c'est le lieu où s'accomplit une unité (l'homme et la femme) féconde (l'enfant). Le récit d'Adam et Eve contient l'essentiel : l'homme et la femme, dans la sexualité, réalisent les plans divins, qui sont leur nature profonde, pas moins (!), en tant qu'ils sont corps et qu'ils sont co-créateurs. Par-delà tout les moralismes "bourgeois" et jansénistes, avec ce que le premier peut avoir d'hypocrite, qui ont dû pas mal brouiller les cartes dans l'esprit de pas mal de monde, il faut remettre la sexualité dans l'ordre des réalités. Si Dieu existe, qu'Il nous a créés par amour, pour vivre dans l'amour avec Lui et entre nous, si le récit biblique de la genèse traduit bien une vérité de fond sur l'homme, alors oui, la fidélité conjugale n'est pas qu'affaire de conventions, mais rejoint bien la substance même de notre être. Je crois, mais c'est évident, qu'en la matière le problème de nos sociétés occidentale est le relativisme : à refuser que l'on puisse poser un discours vrai, notamment en matière de morale sexuelle, tout devient permis et la "morale" se trouve réduite au légal, c'est-à-dire non pas au plus petit dénominateur commun, mais à ce qui empêche l'implosion immédiate de la société... quant à ses effets à long terme, qui vivra verra.
L'idée de mariage, de don de soi total qui est une réalisation de l'amour propre à l'amour humain adulte, a un sens spirituel qui se réalise, notamment, par la fidélité. La construction de notre unité intérieur qui veut unifier toutes nos dimensions - pulsions sexuelles, attirance émotionnelle, affective, intelligence, volonté, etc. La sexualité est porteuse de sens, qui est celui d'un don de soi mais qui se situe aussi au niveau de l'accueil de la vie (et la déresponsabilisation à l'échelle sociale en la matière débouche, notamment, sur le crime redoutable de l'avortement massif...). Ainsi, avoir des relations sexuelles dans un cadre qui ne permet pas d'assumer tous les aspects de la réalité sexuelle est un mensonge objectif, une fuite de la réalité - ce n'est pas la manière la plus glamour de présenter les choses, mais bon...
Le point de vue chrétien, me semble-t-il, trouve écho dans nos consciences, mais un écho plus ou moins brouillé par le désordre du péché. Notre unité intérieure est à bâtir et nous pouvons facilement construire des édifices qui ne collent pas parfaitement avec les plans originels - si je puis dire - mais réalise un bâtiment dans lequel on se sent bien. Vivre d'amour vrai, de don de soi total, est une étape crucifiante, un chemin de maturation. A ce titre - mais je ne parle pas en connaissance de cause - la construction du couple et son évolution dans le temps selon la pensée chrétienne me paraissent exemplaires. Le mariage n'est pas inscrit dans nos gènes, et la fidélité ne trouve pas son origine dans nos hormones. Pas plus que le "tu ne tueras pas". La proposition chrétienne en matière d'amour est une chemin de croissance, d'éducation à l'amour - qui est tout sauf une activité instinctive et/ou émotionnelle et en la matière, nos impressions, notre éducation, notre histoirepeuvent être bien mauvais conseillers... ou guides merveilleux ! Je pense que persone ne mettra en doute le fait que l'interdiction du meurtre est un progrès pour l'humanité, et que c'est en même temps une certaine construction : si nous revenions quelques millénaires en arrière, avant même le talion, que trouverions-nous ? La justice est une construction, qui remplace la vengeance. Elle est également un progrès indéniable, je dirais objectif dans le sens de l'accomplissement de l'humain/divin en nous. Je pense qu'en matière de fidélité, on se situe à ce niveau-là : elle réalise un progrès objectif, décisif dans l'ordre du don de soi, de l'amour, qui ne se trouve pas dans notre moi-biologique, pour utiliser la terminologie de Zundel. Mais le relativisme et un certain nombre de philosophes dits du soupçon, et surtout leurs idées qui imprègnent notre société, peuvent brouiller complètement cet enjeu. "L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'amour de l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large." (Rilke)
Je ne crois pas qu'en matière de sexualité on se situe au niveau du distinguo de Saussure entre signifiant et signifié qui établit l'arbitraire du lien entre les deux. La sexualité a un enjeu ontologique, morale, sociale (je n'ai pas su tout abordé cet aspect, mais l'influence de la morale sexuelle sur la structuration de la société serait aussi à envisager), un enjeu relationnelle, familiale, éducatif etc. pour tout dire, anthropologique qui fait qu'on est bien loin d'un domaine sur lequel on puisse plaquer "l'arbitraire saussurien". Quand bien même "on ne voit pas", cela peut simplement signifier que cette question mérite de s'y arrêterbien davantage, après avoir réglé les questions amont, sur le sens de la vie humaine, l'univers et le reste

, pour paraphraser Douglas Adams.
Sur la question des causes de l'homosexualité que vous mentionnez sur les sites de rencontre - des femmes qui cherchent des femmes... et son complémentaire (?) - je ne suis pas convaincu que la pilulle y soit pour grand-chose... en tout cas à titre principal (c'est peut-être historiquement un élément déclencheur ?). A titre personnel, l'idée même d'embrasser un homme - autre que mon père et dans les formes propres à l'affection père/fils

- me révulse assez profondément. Autant dire que l'idée d'aller plus loin avec un autre m'est insoutenable. Je pense que pour que des gens aillent dans ce sens - et dans toutes les directions plus ou moins déviantes - car les positions la LGBT eu autres Grands Censeurs de notre société (certains courants de pensée font de l'identité sexuelle une construction pure dénuée de tout lien avec le biologique) vont bien plus loin. Il y a surtout une question à se poser au niveau de l'éducation (non pas uniquement celle des parents, mais aussi de l'influence de la société sur la personne). A mon avis, ces tendances tiennent plus à la logique d'une société de consommation qu'à la seule contraception - qui est un élément parmis d'autre, même s'il a un caractère décisif à maints égards. Nos sociétés de consommation, où l'on existe par ce que l'on possède/consomme/acquiert, où l'on est plus dans l'ordre de l'avoir que de l'être, où le plaisir sexuel est bien souvent envisagé comme un des buts suprême, où l'idée d'amour comme don de soi est rarement envisagée comme le but de la vie (c'est le moins qu'on puisse dire), où la peur de l'autre est parfois terriblement puissante, me semble former un terreau à toutes les déviances, à toutes les pulsions désordonnées et difficilement contrôlables qui se trouvent en nous. Dans la société du zapping où il faut faire toutes les expériences, où le relativisme ambiant "interdit d'interdire", où l'individualisme règne, où la morale se réduit au "ma liberté s'arrête où commence celle de l'autre", ou tout arrière plan objectif/ontologique a été balayé, où les références morales - à commencer par la religion - sont décriées comme une atteinte à la liberté (mais qu'est-ce que la liberté ? aurait demandé Ponce), que l'on voit s'exprimer la recherche maximum/instinctive/impulsive du plaisir n'a rien de surprenant. L'homme n'est pas une bête et au quotidien, mes collègues sont en général - pas toujours, ceci-dit ! - des gens décents qui ne placent pas généralement le bonheur à l'échelle du seul "physique". Le sentimental a sa part. Mais c'est un peu court, jeunes gens, il faudrait penser bien des choses en somme... Bref, tout ça pour dire que statistiquement, les pulsions auront plus tendance à s'exprimer dans notre société pour un ensemble de raisons implicites. Et puis, bien sûr, il y a l'échelle du personnel, de l'innée, de l'acquis, des "accidents" de la vie : le psychologique a là toute sa place...
Marc
Chers amis,
Il me semble qu'en fait comprendre la position chrétienne sur la sexualité est impossible si l'on ne fait pas un détour par son anthropologie - je n'y connais moi-même pas grand chose, mais bon... Pour la pensée chrétienne, l'homme est un, en ce sens que spirituel, charnel, affectif, intellectuel ont partie mêlée. Et dans l'échelle des dons, le don de soi dans la sexualité est un sommet très particulier, l'union la plus intime que peuvent réaliser un homme et une femme. Mais pas que cela : c'est aussi la source de la fécondité, la participation à l'acte créateur (la pro-création, ça dit bien ce que ça veut dire). A ce titre, avoir des rapports sexuels ne se situe pas du tout au même niveau que "manger des bonbons entre des repas équilibrés" : on est pas impliqué au même titre dans les deux cas. Manger trop de bonbons peut nuire, mais il n'y a aucune dimension relationnelle propre à cet acte. Alors que la sexualité est éminemment relationnelle : ces deux actes ne sauraient être régis par des règles morales analogues : ils sont sans rapport l'un avec l'autre. Il me semble du coup que cette comparaison, pour métaphorique qu'elle puisse paraître, est en fait dangereuse en ce sens qu'elle brouille le débat en mettant sur le même plan des choses qui n'y sont pas. Prcontre, elle est révélatrice du niveau où se situe l'enjeu, et simplement parvenir à poser le problème en termes clairs pourrait permettre de démêler pas mal l'écheveau.
Pour en revenir à l'anthropologie, il me semble que la position chrétienne considère l'acte conjugal comme ayant une portée ontologique particulière : c'est le lieu où s'accomplit une unité (l'homme et la femme) féconde (l'enfant). Le récit d'Adam et Eve contient l'essentiel : l'homme et la femme, dans la sexualité, réalisent les plans divins, qui sont leur nature profonde, pas moins (!), en tant qu'ils sont corps et qu'ils sont co-créateurs. Par-delà tout les moralismes "bourgeois" et jansénistes, avec ce que le premier peut avoir d'hypocrite, qui ont dû pas mal brouiller les cartes dans l'esprit de pas mal de monde, il faut remettre la sexualité dans l'ordre des réalités. Si Dieu existe, qu'Il nous a créés par amour, pour vivre dans l'amour avec Lui et entre nous, si le récit biblique de la genèse traduit bien une vérité de fond sur l'homme, alors oui, la fidélité conjugale n'est pas qu'affaire de conventions, mais rejoint bien la substance même de notre être. Je crois, mais c'est évident, qu'en la matière le problème de nos sociétés occidentale est le relativisme : à refuser que l'on puisse poser un discours vrai, notamment en matière de morale sexuelle, tout devient permis et la "morale" se trouve réduite au légal, c'est-à-dire non pas au plus petit dénominateur commun, mais à ce qui empêche l'implosion immédiate de la société... quant à ses effets à long terme, qui vivra verra.
L'idée de mariage, de don de soi total qui est une réalisation de l'amour propre à l'amour humain adulte, a un sens spirituel qui se réalise, notamment, par la fidélité. La construction de notre unité intérieur qui veut unifier toutes nos dimensions - pulsions sexuelles, attirance émotionnelle, affective, intelligence, volonté, etc. La sexualité est porteuse de sens, qui est celui d'un don de soi mais qui se situe aussi au niveau de l'accueil de la vie (et la déresponsabilisation à l'échelle sociale en la matière débouche, notamment, sur le crime redoutable de l'avortement massif...). Ainsi, avoir des relations sexuelles dans un cadre qui ne permet pas d'assumer tous les aspects de la réalité sexuelle est un mensonge objectif, une fuite de la réalité - ce n'est pas la manière la plus glamour de présenter les choses, mais bon...
Le point de vue chrétien, me semble-t-il, trouve écho dans nos consciences, mais un écho plus ou moins brouillé par le désordre du péché. Notre unité intérieure est à bâtir et nous pouvons facilement construire des édifices qui ne collent pas parfaitement avec les plans originels - si je puis dire - mais réalise un bâtiment dans lequel on se sent bien. Vivre d'amour vrai, de don de soi total, est une étape crucifiante, un chemin de maturation. A ce titre - mais je ne parle pas en connaissance de cause - la construction du couple et son évolution dans le temps selon la pensée chrétienne me paraissent exemplaires. Le mariage n'est pas inscrit dans nos gènes, et la fidélité ne trouve pas son origine dans nos hormones. Pas plus que le "tu ne tueras pas". La proposition chrétienne en matière d'amour est une chemin de croissance, d'éducation à l'amour - qui est tout sauf une activité instinctive et/ou émotionnelle et en la matière, nos impressions, notre éducation, notre histoirepeuvent être bien mauvais conseillers... ou guides merveilleux ! Je pense que persone ne mettra en doute le fait que l'interdiction du meurtre est un progrès pour l'humanité, et que c'est en même temps une certaine construction : si nous revenions quelques millénaires en arrière, avant même le talion, que trouverions-nous ? La justice est une construction, qui remplace la vengeance. Elle est également un progrès indéniable, je dirais objectif dans le sens de l'accomplissement de l'humain/divin en nous. Je pense qu'en matière de fidélité, on se situe à ce niveau-là : elle réalise un progrès objectif, décisif dans l'ordre du don de soi, de l'amour, qui ne se trouve pas dans notre moi-biologique, pour utiliser la terminologie de Zundel. Mais le relativisme et un certain nombre de philosophes dits du soupçon, et surtout leurs idées qui imprègnent notre société, peuvent brouiller complètement cet enjeu. "L'amour, c'est l'occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l'amour de l'être aimé. C'est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu'appelle le large." (Rilke)
Je ne crois pas qu'en matière de sexualité on se situe au niveau du distinguo de Saussure entre signifiant et signifié qui établit l'arbitraire du lien entre les deux. La sexualité a un enjeu ontologique, morale, sociale (je n'ai pas su tout abordé cet aspect, mais l'influence de la morale sexuelle sur la structuration de la société serait aussi à envisager), un enjeu relationnelle, familiale, éducatif etc. pour tout dire, anthropologique qui fait qu'on est bien loin d'un domaine sur lequel on puisse plaquer "l'arbitraire saussurien". Quand bien même "on ne voit pas", cela peut simplement signifier que cette question mérite de s'y arrêterbien davantage, après avoir réglé les questions amont, sur le sens de la vie humaine, l'univers et le reste ;), pour paraphraser Douglas Adams.
Sur la question des causes de l'homosexualité que vous mentionnez sur les sites de rencontre - des femmes qui cherchent des femmes... et son complémentaire (?) - je ne suis pas convaincu que la pilulle y soit pour grand-chose... en tout cas à titre principal (c'est peut-être historiquement un élément déclencheur ?). A titre personnel, l'idée même d'embrasser un homme - autre que mon père et dans les formes propres à l'affection père/fils ;) - me révulse assez profondément. Autant dire que l'idée d'aller plus loin avec un autre m'est insoutenable. Je pense que pour que des gens aillent dans ce sens - et dans toutes les directions plus ou moins déviantes - car les positions la LGBT eu autres Grands Censeurs de notre société (certains courants de pensée font de l'identité sexuelle une construction pure dénuée de tout lien avec le biologique) vont bien plus loin. Il y a surtout une question à se poser au niveau de l'éducation (non pas uniquement celle des parents, mais aussi de l'influence de la société sur la personne). A mon avis, ces tendances tiennent plus à la logique d'une société de consommation qu'à la seule contraception - qui est un élément parmis d'autre, même s'il a un caractère décisif à maints égards. Nos sociétés de consommation, où l'on existe par ce que l'on possède/consomme/acquiert, où l'on est plus dans l'ordre de l'avoir que de l'être, où le plaisir sexuel est bien souvent envisagé comme un des buts suprême, où l'idée d'amour comme don de soi est rarement envisagée comme le but de la vie (c'est le moins qu'on puisse dire), où la peur de l'autre est parfois terriblement puissante, me semble former un terreau à toutes les déviances, à toutes les pulsions désordonnées et difficilement contrôlables qui se trouvent en nous. Dans la société du zapping où il faut faire toutes les expériences, où le relativisme ambiant "interdit d'interdire", où l'individualisme règne, où la morale se réduit au "ma liberté s'arrête où commence celle de l'autre", ou tout arrière plan objectif/ontologique a été balayé, où les références morales - à commencer par la religion - sont décriées comme une atteinte à la liberté (mais qu'est-ce que la liberté ? aurait demandé Ponce), que l'on voit s'exprimer la recherche maximum/instinctive/impulsive du plaisir n'a rien de surprenant. L'homme n'est pas une bête et au quotidien, mes collègues sont en général - pas toujours, ceci-dit ! - des gens décents qui ne placent pas généralement le bonheur à l'échelle du seul "physique". Le sentimental a sa part. Mais c'est un peu court, jeunes gens, il faudrait penser bien des choses en somme... Bref, tout ça pour dire que statistiquement, les pulsions auront plus tendance à s'exprimer dans notre société pour un ensemble de raisons implicites. Et puis, bien sûr, il y a l'échelle du personnel, de l'innée, de l'acquis, des "accidents" de la vie : le psychologique a là toute sa place...
Marc