par Cinci » sam. 26 mars 2016, 16:37
Marine Le Pen c'est Marine Le Pen. Je peux comprendre que certains puissent ne pas apprécier sa personnalité ou son aura familiale.
Mais ce que je trouve un peu plus «dérangeant» c'est juste l'idée que des politiciens au Québec, qui tiennent à se présenter comme des gens ayant pourtant des revendications «souverainistes», sont supposément incapables de trouver des éléments communs de discussion avec des souverainistes français ou européens.
La chose ne fait pas de sens.
Marine Le Pen s'en est aperçu. Et là-dessus je dois lui donner raison.
En ce qui me concerne, je trouve une résonance plutôt sinistre à ce genre de petites anecdotes révélatrices. Je pense à cet alignement «comme un seul homme» des responsables politiques dit nationalistes, tous devant alors se comporter publiquement, ici, en fonction des diktats comportementaux de la politique du multi.
Ce que ça signifie pour moi c'est qu'il n'y a plus d'opposition politique réelle au Québec. Nos soi-disant patriotes chantent la même chanson en réalité que le Parti d'en face, qui se compose de libéraux, de néo-libéraux, d'ultra-libéraux et dont la caractéristique commune consiste à placer les intérêts nationaux des citoyens au dernier rang des priorités.
On se retrouve avec des représentants donnant dans la
fausse représentation. C'est comme avec les socialistes en France qui sont tout sauf socialistes, des socialistes qui concoctent des réformes économiques que les conseillers de l'ancien président Pinochet n'auraient pas boudé.
Dans le contexte du Québec, l'affaissement totale d'une ligne politique de défense collective ne peut qu'entraîner des conséquences désastreuses pour les Québécois à terme. Déjà, nous avons droit à un chef de gouvernement le plus méprisant, le plus arrogant envers la francophonie, envers l'histoire du Québec, envers la culture française que le pays n'aura pas connu depuis au moins 150 ans. Et les Québécois sont encore majoritaires au Québec pourtant. Qu'est-ce ce sera dans vingt-cinq ans!
Juste pour donner une petite idée …
C'est même l'ancien chef des «jeunesses libérales» devenu chroniqueur dans les médias depuis, qui fut un temps le dauphin présumé, l'héritier naturel de l'ancien chef du Parti Libéral du Québec Robert Bourassa (donc l'adversaire des nationalistes au Québec), Mario Dumont, qui a commencé de s'inquiéter en avril 2014 de la possibilité très réelle que les Libéraux monopolisent le pouvoir au pays, à raison de l'immigration.
Fini l'alternance démocratique!
- [+] Texte masqué
- «… le Parti Libéral du Québec a repris les rênes du Québec hier. Le Purgatoire n'aura duré que dix-huit mois. […] Pour combien de temps les Libéraux sont-ils maintenant au gouvernement? Grosse question. […] je me suis fait à l'idée qu'à partir du milieu des années 2020, le Parti Libéral était destiné à s'installer au gouvernement pour une très longue période. Quand je dis longue, je parle de ne plus revoir d'autre parti au pouvoir de mon vivant. J'ai 43 ans. […] Le PLQ ne pouvait être plus amoché dans son image qu'en 2012 et il a maintenant un plancher de 50 circonscriptions. Quelques mois plus tard, les voici remariés aux Québécois.
Je sais que le sujet du vote des communautés culturelles est délicat. Ce vote n'est pas complètement monolithique, mais laissons parler les chiffres froidement : le vote non-francophone des communautés culturelles s'exprime en faveur du Parti Libéral dans des proportions renversantes. Compte tenu du vieillissement et de l'immigration, il s'ajoute grosso modo une circonscription libérale chaque année et demie au Québec.
[…]
Le colosse libérale
Je ne juge pas la situation. Je la constate. […] On sait déjà que, chacun leur tour, ces partis vivront des hauts et bas. Mais il y a un risque réel qu'aucun d'eux ne puisse regrouper le nombre de comtés nécéssaires pour renverser le monument libéral de plus en plus immuable. »
Mario Dumont, Le journal de Montréal, le mardi 8 avril 2014, p.40
Le masochisme identitaire
- [+] Texte masqué
- «Nous vivons dans un monde exaspérant qui croit qu'un homme doit être déraciné pour être libre. Ce monde pousse l'individu à détester son propre pays comme si la haine de soi conduisait à l'amour de l'humanité dans son ensemble. On décerne des certificats de supériorité morale à celui qui dédaigne son peuple. Lui, au moins, serait lucide et prêt à s'ouvrir aux autres. C'est la victoire du masochisme identitaire.
[…]
Patriotes enracinés
Mais ce sont justement des patriotes enracinés qui ont défendu la liberté. De Gaulle et Churchill n'étaient pas des libertaires en culottes courtes chantant un hymne aux droits d'un individu déculturé. La démocratie et la liberté ont été sauvées au XXe siècle par des hommes qu'on traiterait aujourd'hui de grossiers réactionnaires, de nationalistes ultraconservateurs. Aujourd'hui, les Tolérants et Inclusifs autoproclamés refuseraient de leur serrer la main.
[…]
Dépossession
Ceux qui s'enorgueillissent, par scepticisme, de tout déconstruire sont emportés par une furie destructrice. Trop souvent la quête du «changement pour le changement» masque la haine de notre civilisation. Pourquoi ceux qui promettent le paradis sur terre croient-ils nécessaire de vomir le monde dans lequel ils vivent?»
Mathieu Bock-Côté, «Le masochisme identitaire», Le journal de Montréal, [date?]
Le nouveau bréviaire
- [+] Texte masqué
- Je me souviens d'une époque où l'on pouvait fêter la Saint-Jean simplement. La fête nationale n'en avait pas encore le titre, mais elle l'était quand même. […] On suivait le défilé en criant «Le Québec aux Québécois!» Je ne sais pas pourquoi, mais en me rappelant ces moments, j'éprouve toujours un immense sentiment de liberté.
[…]
Quand je regarde les festivités d'aujourd'hui, j'ai l'impression que cette innocence a disparut, qu'elle s'est évaporée. D'abord, on y voir des politiciens vendre leur salade avec la même vulgarité qu'à la Gay Pride. Au moins, après l'émeute de 1968, Pierre Trudeau avait eu la décence de nous laisser fêter en paix, lui qui avait jugé que l'indépendance ne pouvait pas donner le génie à un peuple qui n'en avait aucun. […] Enfin, c'est surtout l'esprit de la fête qui a changé. Comme s'il planait en permanence sur ces simples Québécois fiers de ce qu'ils sont un lourd sentiment de suspicion. Il suffit de relire les déclarations de tous les leaders politiques pour constater cette peur évidente du peuple. […]
Pas un seul qui ne s'est cru obligé de réciter le bréviaire de la «diversité» et de l'«ouverture à l'Autre». Exactement comme à l'époque où l'on demandait la rémission de ses péchés avant que d'en avoir commis un seul. Mieux valait être prévenant!
La palme en cette matière revient au premier ministre Philippe Couillard qui, non content de vanter la «diversité québécoise», ajoute aussitôt – des fois qu'on aurait pas compris – que cette diversité est évidemment de «tous les horizons».
En écoutant toutes ces déclarations de résipiscence, un étranger de passage ne pourrait que se demander quel crime contre l'humanité ont donc commis ces Québécois. Il doit bien s'être passé quelque chose d'affreux pour que l'on s'excuse comme ça à tout moment avant même d'avoir dit quelque chose.
Christian Rioux à Paris, Le Devoir, le 26 juin 2015
Ratatinement
- [+] Texte masqué
- Il faut des moments dramatiques comme peut l'être le décès de l'ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau pour prendre conscience que les temps changent. Ce genre de choc est parfois nécessaire pour découvrir que l'on a tout à coup été transporté à une autre époque. Comme si pendant notre sommeil, les aiguilles s'étaient mise à tourner à toute allure et que l'on se réveillait dans un univers différent dont on ne reconnaissait plus ni les visages ni les codes.
Comment ne pas avoir ce sentiment en revoyant Jacques Parizeau monter les marches de l'Assemblée nationale française en janvier 1995? Pour l'occasion, il avait franchi la majestueuse porte Napoléon du Palais Bourbon. De ces hauteurs, on pouvait contempler la place de la Concorde, de l'autre côté de la Seine. De mémoire de Parisien, on ne se souvenait pas que cette porte avait jamais été ouverte. Sauf pour René Lévesque en 1977. Elle ne l'a pas été depuis.
Mais, cette fois, entre 20 gardes républicains, ce n'était pas le premier ministre d'une province qui gravissait les trente marches recouvertes d'un tapis rouge, C'était le premier ministre d'un pays en devenir. […]
Jeudi, trois jours après le décès de Jacques Parizeau, ni l'Élysée ni Matignon n'avaient publié le moindre communiqué. Pas un seul petit mot pour ce grand ami de la France. […] notons l'énorme différence avec le décès de René Lévesque et de Robert Bourrassa qui avaient aussitôt suscité des réactions émues et pour qui une messe avait même été célébrée à Paris. C'est dire dans quel état sont aujourd'hui nos relations avec la France.
Les relations politiques entre la France et le Québec n'ont jamais été aussi mal en point selon l'ancien ministre de Jacques Chirac, Pierre-André Wilzer. «Parizeau n'aurait jamais permis la banalisation à laquelle nous assistons».
Et la France n'est pas un cas isolé. Au Québec, Philippe Couillard en est rendu à se réjouir d'une rencontre informelle de 45 secondes dans un hall de gare avec le pape alors que trois de ses prédécesseurs avaient eu droit, eux, à de véritables tête-à-tête comme le rappelait avec justesse l'ancien chef du protocole Jacques Vallée.
Christian Rioux, Le Devoir, le vendredi 5 juin 2015
Philippe Couillard au Vatican
A quoi riment donc ces quarante-cinq secondes?
Le premier ministre a fait régresser le Québec en se contentant d'un statut diplomatique équivalent à celui d'une grosse ville.
Jacques Vallée,
L'auteur a notamment été, pour le Québec, chef du protocole, commissaire général pour la visite du pape et délégué à Rome
- [+] Texte masqué
- «[…] Voilà tout le temps donné au pape François pour quelques échanges de mots avec le premier ministre du Québec qui, étonnamment, a choisi, lui, de se présenter place Saint-Pierre dans le cadre d'une simple audience générale, qui rassemblait par ailleurs des milliers d'autres personnes, le 27 mai 2015.
[…] reçu en tête-à-tête [Robert Bourassa, en 1970], c'est à dire seul à seul, dans la bibliothèque privée d'un pape, en l'occurence Paul VI. Tous les diplomates à Rome savent que le Vatican apprécie cette manière de faire, parce qu'elle permet au pape d'aborder avec ses visiteurs des sujets qu'il ne pourrait traiter devant des tiers. […]
M. Lévesque me confia [en 1983] qu'à la demande expresse du souverain pontife, l'entretien avait essentiellement porté sur le projet de souveraineté du Québec à propos duquel Jean-Paul II considérait de son devoir de lui poser des questions. Mais le premier ministre m'imposa une consigne du silence que les invités à un tête-à-tête avec le pape sont priés de respecter le temps de son pontificat.
Le premier ministre Lucien Bouchard donna plus tard à sa propre rencontre avec Jean-Paul II une tonalité bien différente. Homme de foi profondément engagé, il voulut voir en Jean-Paul II d 'abord le chef de l'Église et non celui d'un État. Et c'est dans ce sens que d'une manière tout à fait légitime […] il conçut une rencontre avec le pape où il viendrait accompagné de son épouse, de ses deux fils et de l'archevêque de Montréal, rencontre qui serait axée sur la vie spirituelle de sa famille.
Le Devoir, le lundi 1er juin 2015
Autoportrait de l'immigrant en Québécois
- [+] Texte masqué
- «Akos Verboczy est un phénomène. Québécois d'origine hongroise arrivé à Montréal en 1986 à l'âge de 11 ans, il est aujourd'hui souverainiste, partisan de la loi 101 [loi qui fait du français la langue officielle au Québec] et opposé au multiculturalisme. Il raconte son parcours atypique […]
Au début des années 1990, Verboczy fréquente une école secondaire publique très multiethnique de Montréal, où les représentants de la majorité francophone sont absents. Soudain, en 4e secondaire, coup de théâtre : un québécois de souche […] «Au milieu de cette mer où on célébrait à toute occasion la diversité, écrit l'auteur, il était le plus différent de nous». […] «Dans ce milieu culturellement façonné par le conformisme de la culture populaire américaine, marqué par le matérialisme primaire et les modes qu'elle imposait, explique Verboczy, sa présence nous rappelait ostentatoirement l'existence d'un autre modèle culturel qui faisait obstacle à notre quête du rêve américain.»
N'est-ce pas Jean Larose qui disait, je ne sais plus trop où, que l'Autre en Amérique, c'est nous, avec notre rêve français, et social-démocrate, ajouterais-je.
Attitude méprisante
Dès son arrivée à Montréal, on lui apprend pourtant que le français parlé ici n'est pas le vrai français, mais un patois malpropre, dont les locuteurs étaient principalement des assistés sociaux, des incultes et des racistes. […]
Le premier obstacle à l'intégration des immigrants à la société québécoise se trouve justement, explique Verboczy, dans l'attitude méprisante envers la majorité francophone que cultivent les milieux anglophones et immigrants. Dans ces communautés de la prétendue diversité, le consensus veut que, quand on est pas québécois de souche ni idiot, on est contre la loi 101 et on vote non. Et libéral.
Verboczy raconte que, dans son école secondaire, lors d'une insipide journée interculturelle consacrée à la danse, chaque communauté accueillait par des applaudissements le numéro illustrant sa culture. Toutefois, au moment de la conclusion réservée à la danse typiquement québécoise, un concert de huées se fit entendre. Cela fait penser à ce qu'on appelle en France «les territoires perdus de la République».
Les Québécois continue l'essayiste doivent avoir une plus grande confiance dans la force et la richesse de leur culture, ils doivent cesser de se laisser intimider par la mentalité véhiculée par des slogans «Tous immigrants», «une trouvaille à la mode qui dispense les immigrants de s'intégrer, et qui sous-entend que les Québécois, descendants de colons français, ne sont pas vraiment chez eux, que leur culture en fait n'existe pas, donc qu'elle n'a aucune préséance sur les autres».
Verboczy a aimé et adopté le Québec, écrit-il, grâce à Michel Chartrand, à Pierre Falardeau et à Bernard Émond, des modèles d'affirmation.
«On ne peut pas vivre sur un même territoire, être fragmentés en communautés culturelles, en clientèles électorales, avec pour seul lien notre situation de contribuables consommateurs, sans renforcer la suspicion et l'intolérance entre la société d'accueil et les nouveaux arrivants, conclut Verboczy. Non seulement il faut parler une même langue, mais il faut aussi avoir des choses à se dire, avoir des références communes» Qui dit mieux?»
Louis Cornellier, Le Devoir, les samedi et dimanche 30 et 31 janvier 2016
Des Justin Trudeau ou des Stephen Harper ne manqueront pas de courir pour aller faire des salamalecs à des réfugiés syriens ne représentant personne, au roi d'Arabie élu par zéro citoyen ou au premier ministre d'Israël contesté/contestable, mais une représente politique française qui peut drainer 25 à 30% de la votation ne doit pas sortir de la catégorie des «intouchables». On comprendrait bien que des anglo-saxons imbriqués dans leur jeu d'alliance avec Washington et Bruxelles puissent se comporter de telle manière à ne pas froisser la susceptibilité des copains.
Mais des nationalistes du Québec ...
Marine Le Pen c'est Marine Le Pen. Je peux comprendre que certains puissent ne pas apprécier sa personnalité ou son aura familiale.
Mais ce que je trouve un peu plus «dérangeant» c'est juste l'idée que des politiciens au Québec, qui tiennent à se présenter comme des gens ayant pourtant des revendications «souverainistes», sont supposément incapables de trouver des éléments communs de discussion avec des souverainistes français ou européens.
La chose ne fait pas de sens.
Marine Le Pen s'en est aperçu. Et là-dessus je dois lui donner raison.
En ce qui me concerne, je trouve une résonance plutôt sinistre à ce genre de petites anecdotes révélatrices. Je pense à cet alignement «comme un seul homme» des responsables politiques dit nationalistes, tous devant alors se comporter publiquement, ici, en fonction des diktats comportementaux de la politique du multi.
Ce que ça signifie pour moi c'est qu'il n'y a plus d'opposition politique réelle au Québec. Nos soi-disant patriotes chantent la même chanson en réalité que le Parti d'en face, qui se compose de libéraux, de néo-libéraux, d'ultra-libéraux et dont la caractéristique commune consiste à placer les intérêts nationaux des citoyens au dernier rang des priorités.
On se retrouve avec des représentants donnant dans la [i]fausse représentation[/i]. C'est comme avec les socialistes en France qui sont tout sauf socialistes, des socialistes qui concoctent des réformes économiques que les conseillers de l'ancien président Pinochet n'auraient pas boudé.
Dans le contexte du Québec, l'affaissement totale d'une ligne politique de défense collective ne peut qu'entraîner des conséquences désastreuses pour les Québécois à terme. Déjà, nous avons droit à un chef de gouvernement le plus méprisant, le plus arrogant envers la francophonie, envers l'histoire du Québec, envers la culture française que le pays n'aura pas connu depuis au moins 150 ans. Et les Québécois sont encore majoritaires au Québec pourtant. Qu'est-ce ce sera dans vingt-cinq ans!
Juste pour donner une petite idée …
C'est même l'ancien chef des «jeunesses libérales» devenu chroniqueur dans les médias depuis, qui fut un temps le dauphin présumé, l'héritier naturel de l'ancien chef du Parti Libéral du Québec Robert Bourassa (donc l'adversaire des nationalistes au Québec), Mario Dumont, qui a commencé de s'inquiéter en avril 2014 de la possibilité très réelle que les Libéraux monopolisent le pouvoir au pays, à raison de l'immigration. [i]Fini l'alternance démocratique! [/i]
[spoiler]«… le Parti Libéral du Québec a repris les rênes du Québec hier. Le Purgatoire n'aura duré que dix-huit mois. […] Pour combien de temps les Libéraux sont-ils maintenant au gouvernement? Grosse question. […] je me suis fait à l'idée qu'à partir du milieu des années 2020, le Parti Libéral était destiné à s'installer au gouvernement pour une très longue période. Quand je dis longue, je parle de ne plus revoir d'autre parti au pouvoir de mon vivant. J'ai 43 ans. […] Le PLQ ne pouvait être plus amoché dans son image qu'en 2012 et il a maintenant un plancher de 50 circonscriptions. Quelques mois plus tard, les voici remariés aux Québécois.
Je sais que le sujet du vote des communautés culturelles est délicat. Ce vote n'est pas complètement monolithique, mais laissons parler les chiffres froidement : le vote non-francophone des communautés culturelles s'exprime en faveur du Parti Libéral dans des proportions renversantes. Compte tenu du vieillissement et de l'immigration, il s'ajoute [i]grosso modo[/i] une circonscription libérale chaque année et demie au Québec.
[…]
[b]Le colosse libérale[/b]
Je ne juge pas la situation. Je la constate. […] On sait déjà que, chacun leur tour, ces partis vivront des hauts et bas. Mais il y a un risque réel qu'aucun d'eux ne puisse regrouper le nombre de comtés nécéssaires pour renverser le monument libéral de plus en plus immuable. »
Mario Dumont,[i] Le journal de Montréal[/i], le mardi 8 avril 2014, p.40[/spoiler]
[b]Le masochisme identitaire [/b]
[spoiler]«Nous vivons dans un monde exaspérant qui croit qu'un homme doit être déraciné pour être libre. Ce monde pousse l'individu à détester son propre pays comme si la haine de soi conduisait à l'amour de l'humanité dans son ensemble. On décerne des certificats de supériorité morale à celui qui dédaigne son peuple. Lui, au moins, serait lucide et prêt à s'ouvrir aux autres. C'est la victoire du masochisme identitaire.
[…]
[b]Patriotes enracinés[/b]
Mais ce sont justement des patriotes enracinés qui ont défendu la liberté. De Gaulle et Churchill n'étaient pas des libertaires en culottes courtes chantant un hymne aux droits d'un individu déculturé. La démocratie et la liberté ont été sauvées au XXe siècle par des hommes qu'on traiterait aujourd'hui de grossiers réactionnaires, de nationalistes ultraconservateurs. Aujourd'hui, les Tolérants et Inclusifs autoproclamés refuseraient de leur serrer la main.
[…]
[b]Dépossession[/b]
Ceux qui s'enorgueillissent, par scepticisme, de tout déconstruire sont emportés par une furie destructrice. Trop souvent la quête du «changement pour le changement» masque la haine de notre civilisation. Pourquoi ceux qui promettent le paradis sur terre croient-ils nécessaire de vomir le monde dans lequel ils vivent?»
Mathieu Bock-Côté, «Le masochisme identitaire», Le journal de Montréal, [date?][/spoiler]
[b]Le nouveau bréviaire[/b]
[spoiler]Je me souviens d'une époque où l'on pouvait fêter la Saint-Jean simplement. La fête nationale n'en avait pas encore le titre, mais elle l'était quand même. […] On suivait le défilé en criant «Le Québec aux Québécois!» Je ne sais pas pourquoi, mais en me rappelant ces moments, j'éprouve toujours un immense sentiment de liberté.
[…]
Quand je regarde les festivités d'aujourd'hui, j'ai l'impression que cette innocence a disparut, qu'elle s'est évaporée. D'abord, on y voir des politiciens vendre leur salade avec la même vulgarité qu'à la [i]Gay Pride[/i]. Au moins, après l'émeute de 1968, Pierre Trudeau avait eu la décence de nous laisser fêter en paix, lui qui avait jugé que l'indépendance ne pouvait pas donner le génie à un peuple qui n'en avait aucun. […] Enfin, c'est surtout l'esprit de la fête qui a changé. Comme s'il planait en permanence sur ces simples Québécois fiers de ce qu'ils sont un lourd sentiment de suspicion. Il suffit de relire les déclarations de tous les leaders politiques pour constater cette peur évidente du peuple. […]
Pas un seul qui ne s'est cru obligé de réciter le bréviaire de la «diversité» et de l'«ouverture à l'Autre». Exactement comme à l'époque où l'on demandait la rémission de ses péchés avant que d'en avoir commis un seul. Mieux valait être prévenant!
La palme en cette matière revient au premier ministre Philippe Couillard qui, non content de vanter la «diversité québécoise», ajoute aussitôt – des fois qu'on aurait pas compris – que cette diversité est évidemment de «tous les horizons».
En écoutant toutes ces déclarations de résipiscence, un étranger de passage ne pourrait que se demander quel crime contre l'humanité ont donc commis ces Québécois. Il doit bien s'être passé quelque chose d'affreux pour que l'on s'excuse comme ça à tout moment avant même d'avoir dit quelque chose.
Christian Rioux à Paris,[i] Le Devoir[/i], le 26 juin 2015[/spoiler]
[b]Ratatinement[/b]
[spoiler]Il faut des moments dramatiques comme peut l'être le décès de l'ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau pour prendre conscience que les temps changent. Ce genre de choc est parfois nécessaire pour découvrir que l'on a tout à coup été transporté à une autre époque. Comme si pendant notre sommeil, les aiguilles s'étaient mise à tourner à toute allure et que l'on se réveillait dans un univers différent dont on ne reconnaissait plus ni les visages ni les codes.
Comment ne pas avoir ce sentiment en revoyant Jacques Parizeau monter les marches de l'Assemblée nationale française en janvier 1995? Pour l'occasion, il avait franchi la majestueuse porte Napoléon du Palais Bourbon. De ces hauteurs, on pouvait contempler la place de la Concorde, de l'autre côté de la Seine. De mémoire de Parisien, on ne se souvenait pas que cette porte avait jamais été ouverte. Sauf pour René Lévesque en 1977. Elle ne l'a pas été depuis.
Mais, cette fois, entre 20 gardes républicains, ce n'était pas le premier ministre d'une province qui gravissait les trente marches recouvertes d'un tapis rouge, C'était le premier ministre d'un pays en devenir. […]
Jeudi, trois jours après le décès de Jacques Parizeau, ni l'Élysée ni Matignon n'avaient publié le moindre communiqué. Pas un seul petit mot pour ce grand ami de la France. […] notons l'énorme différence avec le décès de René Lévesque et de Robert Bourrassa qui avaient aussitôt suscité des réactions émues et pour qui une messe avait même été célébrée à Paris. C'est dire dans quel état sont aujourd'hui nos relations avec la France.
Les relations politiques entre la France et le Québec n'ont jamais été aussi mal en point selon l'ancien ministre de Jacques Chirac, Pierre-André Wilzer. «Parizeau n'aurait jamais permis la banalisation à laquelle nous assistons».
Et la France n'est pas un cas isolé. Au Québec, Philippe Couillard en est rendu à se réjouir d'une rencontre informelle de [b]45 secondes[/b] dans un hall de gare avec le pape alors que trois de ses prédécesseurs avaient eu droit, eux, à de véritables tête-à-tête comme le rappelait avec justesse l'ancien chef du protocole Jacques Vallée.
Christian Rioux, [i]Le Devoir[/i], le vendredi 5 juin 2015[/spoiler]
[b]Philippe Couillard au Vatican[/b]
A quoi riment donc ces quarante-cinq secondes?
Le premier ministre a fait régresser le Québec en se contentant d'un statut diplomatique équivalent à celui d'une grosse ville.
Jacques Vallée,
[size=85]L'auteur a notamment été, pour le Québec, chef du protocole, commissaire général pour la visite du pape et délégué à Rome[/size]
[spoiler]«[…] Voilà tout le temps donné au pape François pour quelques échanges de mots avec le premier ministre du Québec qui, étonnamment, a choisi, lui, de se présenter place Saint-Pierre dans le cadre d'une simple audience générale, qui rassemblait par ailleurs des milliers d'autres personnes, le 27 mai 2015.
[…] reçu en tête-à-tête [[b]Robert Bourassa, en 1970[/b]], c'est à dire seul à seul, dans la bibliothèque privée d'un pape, en l'occurence Paul VI. Tous les diplomates à Rome savent que le Vatican apprécie cette manière de faire, parce qu'elle permet au pape d'aborder avec ses visiteurs des sujets qu'il ne pourrait traiter devant des tiers. […]
M. Lévesque me confia [en 1983] qu'à la demande expresse du souverain pontife, l'entretien avait essentiellement porté sur le projet de souveraineté du Québec à propos duquel Jean-Paul II considérait de son devoir de lui poser des questions. Mais le premier ministre m'imposa une consigne du silence que les invités à un tête-à-tête avec le pape sont priés de respecter le temps de son pontificat.
Le premier ministre Lucien Bouchard donna plus tard à sa propre rencontre avec Jean-Paul II une tonalité bien différente. Homme de foi profondément engagé, il voulut voir en Jean-Paul II d 'abord le chef de l'Église et non celui d'un État. Et c'est dans ce sens que d'une manière tout à fait légitime […] il conçut une rencontre avec le pape où il viendrait accompagné de son épouse, de ses deux fils et de l'archevêque de Montréal, rencontre qui serait axée sur la vie spirituelle de sa famille.
[i]Le Devoir[/i], le lundi 1er juin 2015[/spoiler]
Autoportrait de l'immigrant en Québécois
[spoiler]«Akos Verboczy est un phénomène. Québécois d'origine hongroise arrivé à Montréal en 1986 à l'âge de 11 ans, il est aujourd'hui souverainiste, partisan de la loi 101 [loi qui fait du français la langue officielle au Québec] et opposé au multiculturalisme. Il raconte son parcours atypique […]
Au début des années 1990, Verboczy fréquente une école secondaire publique très multiethnique de Montréal, où les représentants de la majorité francophone sont absents. Soudain, en 4e secondaire, coup de théâtre : un québécois de souche […] «Au milieu de cette mer où on célébrait à toute occasion la diversité, écrit l'auteur, il était le plus différent de nous». […] «Dans ce milieu culturellement façonné par le conformisme de la culture populaire américaine, marqué par le matérialisme primaire et les modes qu'elle imposait, explique Verboczy, sa présence nous rappelait ostentatoirement l'existence d'un autre modèle culturel qui faisait obstacle à notre quête du rêve américain.»
N'est-ce pas Jean Larose qui disait, je ne sais plus trop où, que l'Autre en Amérique, c'est nous, avec notre rêve français, et social-démocrate, ajouterais-je.
[b]Attitude méprisante [/b]
Dès son arrivée à Montréal, on lui apprend pourtant que [i]le français parlé ici n'est pas le vrai français, mais un patois malpropre, dont les locuteurs étaient principalement des assistés sociaux, des incultes et des racistes[/i]. […]
Le premier obstacle à l'intégration des immigrants à la société québécoise se trouve justement, explique Verboczy, dans l'attitude méprisante envers la majorité francophone que cultivent les milieux anglophones et immigrants. Dans ces communautés de la prétendue diversité, le consensus veut que, [i]quand on est pas québécois de souche ni idiot, on est contre la loi 101 et on vote non[/i]. Et libéral.
Verboczy raconte que, dans son école secondaire, lors d'une insipide journée interculturelle consacrée à la danse, chaque communauté accueillait par des applaudissements le numéro illustrant sa culture. Toutefois, au moment de la conclusion réservée à la danse typiquement québécoise, un concert de huées se fit entendre. Cela fait penser à ce qu'on appelle en France «les territoires perdus de la République».
Les Québécois continue l'essayiste doivent avoir une plus grande confiance dans la force et la richesse de leur culture, ils doivent cesser de se laisser intimider par la mentalité véhiculée par des slogans «Tous immigrants», «une trouvaille à la mode qui dispense les immigrants de s'intégrer, et qui sous-entend que les Québécois, descendants de colons français, ne sont pas vraiment chez eux, que leur culture en fait n'existe pas, donc qu'elle n'a aucune préséance sur les autres».
Verboczy a aimé et adopté le Québec, écrit-il, grâce à Michel Chartrand, à Pierre Falardeau et à Bernard Émond, des modèles d'affirmation.
«On ne peut pas vivre sur un même territoire, être fragmentés en communautés culturelles, en clientèles électorales, avec pour seul lien notre situation de contribuables consommateurs, sans renforcer la suspicion et l'intolérance entre la société d'accueil et les nouveaux arrivants, conclut Verboczy. Non seulement il faut parler une même langue, mais il faut aussi avoir des choses à se dire, avoir des références communes» Qui dit mieux?»
Louis Cornellier,[i] Le Devoir[/i], les samedi et dimanche 30 et 31 janvier 2016[/spoiler]
Des Justin Trudeau ou des Stephen Harper ne manqueront pas de courir pour aller faire des salamalecs à des réfugiés syriens ne représentant personne, au roi d'Arabie élu par zéro citoyen ou au premier ministre d'Israël contesté/contestable, mais une représente politique française qui peut drainer 25 à 30% de la votation ne doit pas sortir de la catégorie des «intouchables». On comprendrait bien que des anglo-saxons imbriqués dans leur jeu d'alliance avec Washington et Bruxelles puissent se comporter de telle manière à ne pas froisser la susceptibilité des copains. [i]Mais des nationalistes du Québec[/i] ...