par etienne lorant » jeu. 04 févr. 2016, 16:29
Les Suisses envisagent de proposer au référendum un système d’allocation universelle. Les citoyens suisses auraient ainsi droit à un revenu unique de 2 000 euros chaque mois qui remplacerait les aides solidaires. Comment un tel système peut-il fonctionner ?
Vincent Touzé: Le projet de loi s’ouvre à tous résidents suisses, cela va donc même au-delà de la citoyenneté. L’idée est d’introduire dans la Constitution fédérale un revenu de base inconditionnel, tandis que la loi réglerait le financement et le montant du revenu. Le referendum ne détermine pas encore le montant.
Cela pose donc plusieurs questions : puisque c’est inconditionnel, le revenu serait-il versé quel que soit l’âge ou la profession ? Le montant est sujet à questionnement: 2 000 euros par mois, cela semble énorme, voire utopiste. Bien sûr l’économie suisse se porte très bien : le chômage est inférieur à 3%, le PIB par habitant est de 60.000 euros par habitant, la croissance pour 2014 est estimée à 2.1%. Par comparaison, la France n’a un PIB par habitant que de 30.000 euros. Néanmoins, le pouvoir d’achat est plus faible en Suisse. La question reste maintenant le financement d’un tel projet : si c’est 2 000 euros par mois, soit 24 000 euros par an, on est autour de 40% du PIB. Pour financer cela, il faudra faire un prélèvement de 40 % du PIB avec des impôts qui ne financent que cela. Par ailleurs, on vous donne certes 2 000 euros mais tout devient payant : assurance maladie, assurance chômage privée… Il résulte des inconvénients, dès lors que l’on fait appel à des systèmes privés, à l'instar de la hausse des frais.
En quoi ce système pourrait-il être avantageux ? Serait-il la meilleure façon de créer une société plus juste ?
L’avantage certain d’un tel système est bien sûr l’assurance de ne pas perdre d’aide en travaillant. Avec ce type d’aide, en bas de l’échelle des revenus, dès lors que vous travaillez, comme vous ne perdez pas en prestation, cela peut avoir un effet non pénalisant sur l’activité. Prenez par exemple les débats qu’il y a eu en France sur le RMI,. Quelqu’un qui est au RMI et qui accepte de travailler à mi-temps au SMIC, va perdre son RMI. La prestation étant conditionnelle, cela posait problème. Dans les années 1990, le grand débat avait lieu à propos de la courbe en U des taux marginaux d’imposition. Par exemple, si vous gagniez un demi-SMIC à 500 euros, alors que vous aviez 500 euros d’allocations, en acceptant ce travail, votre revenu ne changeait pas. Ceci limitait logiquement la reprise de l'activité. Nous avons donc privilégié en France le système RSA. Par ailleurs, avec l’allocation universelle, le coût d’administration est nul, nous n’avons pas besoin de vérifier le revenu des gens c’est beaucoup plus simple. Avec le RSA par exemple, il faut un minimum de surveillance, car celui-ci finit par disparaître, à partir de 1200 euros. Le revenu RSA activité a permis de redonner de l’efficacité sans le coût de l’allocation universelle. Enfin, il garantit un revenu à tous indépendant de la productivité de chacun. Il y a un effet distributif évident, notamment pour les plus pauvres. On assiste donc à une baisse certaine de la pauvreté, mais cela s’accompagne de certaines critiques. Avec un très bon revenu, sans travailler, n’y aurait-il pas un problème d’efficacité du système ? Les individus seraient surement tentés de ne pas travailler ou de travailler dans un milieu qu’ils aiment sans que cela ne profite à l’économie suisse. Il y a un aspect très libéral très critiquée ici.
http://www.atlantico.fr/decryptage/2-00 ... 00040.html
Les Suisses envisagent de proposer au référendum un système d’allocation universelle. Les citoyens suisses auraient ainsi droit à un revenu unique de 2 000 euros chaque mois qui remplacerait les aides solidaires. Comment un tel système peut-il fonctionner ?
Vincent Touzé: Le projet de loi s’ouvre à tous résidents suisses, cela va donc même au-delà de la citoyenneté. L’idée est d’introduire dans la Constitution fédérale un revenu de base inconditionnel, tandis que la loi réglerait le financement et le montant du revenu. Le referendum ne détermine pas encore le montant.
Cela pose donc plusieurs questions : puisque c’est inconditionnel, le revenu serait-il versé quel que soit l’âge ou la profession ? Le montant est sujet à questionnement: 2 000 euros par mois, cela semble énorme, voire utopiste. Bien sûr l’économie suisse se porte très bien : le chômage est inférieur à 3%, le PIB par habitant est de 60.000 euros par habitant, la croissance pour 2014 est estimée à 2.1%. Par comparaison, la France n’a un PIB par habitant que de 30.000 euros. Néanmoins, le pouvoir d’achat est plus faible en Suisse. La question reste maintenant le financement d’un tel projet : si c’est 2 000 euros par mois, soit 24 000 euros par an, on est autour de 40% du PIB. Pour financer cela, il faudra faire un prélèvement de 40 % du PIB avec des impôts qui ne financent que cela. Par ailleurs, on vous donne certes 2 000 euros mais tout devient payant : assurance maladie, assurance chômage privée… Il résulte des inconvénients, dès lors que l’on fait appel à des systèmes privés, à l'instar de la hausse des frais.
En quoi ce système pourrait-il être avantageux ? Serait-il la meilleure façon de créer une société plus juste ?
L’avantage certain d’un tel système est bien sûr l’assurance de ne pas perdre d’aide en travaillant. Avec ce type d’aide, en bas de l’échelle des revenus, dès lors que vous travaillez, comme vous ne perdez pas en prestation, cela peut avoir un effet non pénalisant sur l’activité. Prenez par exemple les débats qu’il y a eu en France sur le RMI,. Quelqu’un qui est au RMI et qui accepte de travailler à mi-temps au SMIC, va perdre son RMI. La prestation étant conditionnelle, cela posait problème. Dans les années 1990, le grand débat avait lieu à propos de la courbe en U des taux marginaux d’imposition. Par exemple, si vous gagniez un demi-SMIC à 500 euros, alors que vous aviez 500 euros d’allocations, en acceptant ce travail, votre revenu ne changeait pas. Ceci limitait logiquement la reprise de l'activité. Nous avons donc privilégié en France le système RSA. Par ailleurs, avec l’allocation universelle, le coût d’administration est nul, nous n’avons pas besoin de vérifier le revenu des gens c’est beaucoup plus simple. Avec le RSA par exemple, il faut un minimum de surveillance, car celui-ci finit par disparaître, à partir de 1200 euros. Le revenu RSA activité a permis de redonner de l’efficacité sans le coût de l’allocation universelle. Enfin, il garantit un revenu à tous indépendant de la productivité de chacun. Il y a un effet distributif évident, notamment pour les plus pauvres. On assiste donc à une baisse certaine de la pauvreté, mais cela s’accompagne de certaines critiques. Avec un très bon revenu, sans travailler, n’y aurait-il pas un problème d’efficacité du système ? Les individus seraient surement tentés de ne pas travailler ou de travailler dans un milieu qu’ils aiment sans que cela ne profite à l’économie suisse. Il y a un aspect très libéral très critiquée ici.
[url]http://www.atlantico.fr/decryptage/2-000-euros-mensuels-pour-tous-pourquoi-allocation-universelle-qui-compenserait-fin-toutes-autres-est-idee-moins-folle-qu-parait-900040.html[/url]