par Cinci » sam. 19 déc. 2015, 22:51
La confiance est peut-être la chose la plus difficile pour un chrétien.
Il s'agit d'engager une foi, l'éthymologie le dit bien. Et qui dit foi dit deux choses. Si d'une part, elle implique d'être confiant, elle suppose d'autre part d'être fidèle et fiable( pistos en grec) Car elle est avant tout relation, la foi ne pouvant se déployer dans le vide. Ce qui implique un aspect actif (un sujet confiant) et un autre passif (un sujet fiable). Autrement dit, pour que j'aie la foi, il faut bien que mon vis à vis, l'autre sujet de la relation, soit digne de confiance et que je réponde en étant fiable moi aussi. Dieu est certes un être confiant et fiable, la Bible le dit à tout bout de champ, mais cela est de peu d'utilité tant que je ne l'ai pas éprouvé. C'est là l'objet du combat spirituel.
On a trop moralisé ou légalisé ces luttes en les lestant de pratiques extérieures telles que le jeûne, la pénitence, l'administration de sacrements, en les noircissant de dolorisme, d'une vision de l'homme irrémédiablement déchu mais miraculeusement sauvé de sa déréliction par un Dieu dont on ne comprend pas trop les raisons de nous sauver si ce n'est qu'il est amour (une autre notion qui mériterait d'être dépoussiérée). [...] Suivre Jésus, ce n,est pas se mettre en marche derrière un sherpa qui nous en fera voir de toutes les couleurs et nous donnera des sensations fortes pour notre argent. Car Jésus Christ n'est pas le docteur de la loi qui donne la bonne recette de la vie, ni l'informaticien qui répare un ordinateur défaillant. Suivre Jésus Christ, c'est répondre à un écho lointain que l'on porte en soi,
c'est oser accorder crédit à cet appel languissant du plus profond de l'être.
En termes simples, être chrétien, c'est se mettre en route vers ce monde magnifique dont on porte une trace, ne serait-ce qu'infime, et que Jésus Christ vient rappeler et ranimer. Il le dit d'ailleurs tellement souvent :«Ta foi t'a sauvé», une formule qui a perdu sa saveur à force d'être ânonnée.
Mais ce retour à la maison du Père, pour irrésistible qu'il soit en principe, n'en est pas moins semé d'embûches, et c'est alors que l'on assume le message chrétien avec ses difficultés, ses combats et ses doutes. Ces obstacles ne doivent pas être surmontés, mais être vus pour ce qu'ils sont, acceptés et, peu à peu, dissous. Car la confiance, puisque c'est de cela dont il s'agit, n'est pas affaire de conquête mais d'abandon à ce climat. On ne peut faire confiance à un système, par définition total, contraignant et dénué de miséricorde. Mais on peut acquiescer à une atmosphère, on peut affirmer que la façon chrétienne est entraînante, en deça des justifications rationnelles a posteriori, aussi convaincantes soient-elles.
Dieu nous a aimé en premier; nous, créatures, venons en second. Il suffit de reconnaître ce fait pour comprendre la gratuité de l'amour et l'accepter. Or comment dire oui à cette gratuité si on ne la comprend pas? Comment l'accepter si elle dépasse l'entendement? Tout le problème de la confiance, de la foi, est là.
- Marie dit à l'ange :«Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme?»
Et, répondant, l'ange lui dit :«L'Esprit Saint surviendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendras sous son ombre; et c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.
[...]
Marie dit :«Je suis l'esclave du Seigneur; qu'il m'advienne selon ta parole!»
- Luc 1,34
L'essentiel est que l'homme fasse le premier pas («Ta foi t'a sauvé»). Et
c'est là l'enjeu de la confiance, intimement lié à celui de la liberté. Non pas une liberté de choisir une option parmi tant d'autres, mais simplement accepter ou refuser. Encore une fois, c'est loin d'être facile.
[...]
Partant du constat d'impureté qui fonde l'authenticité de l'homme, rares sont les conversions immédiates, entières et pures. Plus fréquentes sont celles qui partent de besoins bien humains et qui avancent cahin-caha, un pas en avant, deux pas en arrière. Ainsi, celle du fils prodigue. Du fond de sa porcherie où il mangeait des glands avec les cochons,s'imaginait-il que son père était bon, lui pardonnerait et irait plus loin en lui enfilant sa plus belle robe ainsi qu'une bague, et en tuant le veau gras? Que non! Le pauvre bougre avait seulement faim, d'une faim bien humaine. La première étape de sa confiance a été très prosaïque : il a écouté son besoin le plus immédiat, il avait tout bonnement le ventre vide. Le reste a suivi. Mais l'essentiel était cette ouverture, de même que la disponibilité de l'être et le repentir d'avoir fait l'idiot.
La profondeur divine de l'existence, pp. 110-116
La confiance est peut-être la chose la plus difficile pour un chrétien. [b]Il s'agit d'engager une foi[/b], l'éthymologie le dit bien. Et qui dit foi dit deux choses. Si d'une part, elle implique d'être confiant, elle suppose d'autre part d'être fidèle et fiable( pistos en grec) Car elle est avant tout relation, la foi ne pouvant se déployer dans le vide. Ce qui implique un aspect actif (un sujet confiant) et un autre passif (un sujet fiable). Autrement dit, pour que j'aie la foi, il faut bien que mon vis à vis, l'autre sujet de la relation, soit digne de confiance et que je réponde en étant fiable moi aussi. Dieu est certes un être confiant et fiable, la Bible le dit à tout bout de champ, mais cela est de peu d'utilité tant que je ne l'ai pas éprouvé. C'est là l'objet du combat spirituel.
On a trop moralisé ou légalisé ces luttes en les lestant de pratiques extérieures telles que le jeûne, la pénitence, l'administration de sacrements, en les noircissant de dolorisme, d'une vision de l'homme irrémédiablement déchu mais miraculeusement sauvé de sa déréliction par un Dieu dont on ne comprend pas trop les raisons de nous sauver si ce n'est qu'il est amour (une autre notion qui mériterait d'être dépoussiérée). [...] Suivre Jésus, ce n,est pas se mettre en marche derrière un sherpa qui nous en fera voir de toutes les couleurs et nous donnera des sensations fortes pour notre argent. Car Jésus Christ n'est pas le docteur de la loi qui donne la bonne recette de la vie, ni l'informaticien qui répare un ordinateur défaillant. Suivre Jésus Christ, c'est répondre à un écho lointain que l'on porte en soi,[b] c'est oser accorder crédit à cet appel languissant du plus profond de l'être[/b].
En termes simples, être chrétien, c'est se mettre en route vers ce monde magnifique dont on porte une trace, ne serait-ce qu'infime, et que Jésus Christ vient rappeler et ranimer. Il le dit d'ailleurs tellement souvent :«Ta foi t'a sauvé», une formule qui a perdu sa saveur à force d'être ânonnée.
Mais ce retour à la maison du Père, pour irrésistible qu'il soit en principe, n'en est pas moins semé d'embûches, et c'est alors que l'on assume le message chrétien avec ses difficultés, ses combats et ses doutes. Ces obstacles ne doivent pas être surmontés, mais être vus pour ce qu'ils sont, acceptés et, peu à peu, dissous. Car la confiance, puisque c'est de cela dont il s'agit, n'est pas affaire de conquête mais d'abandon à ce climat. On ne peut faire confiance à un système, par définition total, contraignant et dénué de miséricorde. Mais on peut acquiescer à une atmosphère, on peut affirmer que la façon chrétienne est entraînante, en deça des justifications rationnelles a posteriori, aussi convaincantes soient-elles.
Dieu nous a aimé en premier; nous, créatures, venons en second. Il suffit de reconnaître ce fait pour comprendre la gratuité de l'amour et l'accepter. Or comment dire oui à cette gratuité si on ne la comprend pas? Comment l'accepter si elle dépasse l'entendement? Tout le problème de la confiance, de la foi, est là.
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[size=85]Marie dit à l'ange :«Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme?»
Et, répondant, l'ange lui dit :«L'Esprit Saint surviendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendras sous son ombre; et c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.
[...]
Marie dit :«Je suis l'esclave du Seigneur; qu'il m'advienne selon ta parole!»
-[b] Luc 1,34[/b] [/size][/list]
L'essentiel est que l'homme fasse le premier pas («Ta foi t'a sauvé»). Et [b]c'est là l'enjeu de la confiance, intimement lié à celui de la liberté[/b]. Non pas une liberté de choisir une option parmi tant d'autres, mais simplement accepter ou refuser. Encore une fois, c'est loin d'être facile.
[...]
Partant du constat d'impureté qui fonde l'authenticité de l'homme, rares sont les conversions immédiates, entières et pures. Plus fréquentes sont celles qui partent de besoins bien humains et qui avancent cahin-caha, un pas en avant, deux pas en arrière. Ainsi, celle du fils prodigue. Du fond de sa porcherie où il mangeait des glands avec les cochons,s'imaginait-il que son père était bon, lui pardonnerait et irait plus loin en lui enfilant sa plus belle robe ainsi qu'une bague, et en tuant le veau gras? Que non! Le pauvre bougre avait seulement faim, d'une faim bien humaine. La première étape de sa confiance a été très prosaïque : il a écouté son besoin le plus immédiat, il avait tout bonnement le ventre vide. Le reste a suivi. Mais l'essentiel était cette ouverture, de même que la disponibilité de l'être et le repentir d'avoir fait l'idiot.
[i]
La profondeur divine de l'existence[/i], pp. 110-116