anachorète moderne a écrit : ↑sam. 08 avr. 2023, 19:48
J'aimerais avoir votre opinion objective ; celle de l'Eglise Catholique.
Voilà, je vous expose mon problème. Je suis quelqu'un qu'on aime bien écraser... Mais je ne sais jamais trop comment réagir.
Aujourd'hui, sur internet, j'ai dû supporter des propos particulièrement malveillants. Sur un site de jeux de billard et de société. Je suis resté " calme " et je n'ai rien répliqué.
J'ai finalement décidé de le signaler quelques heures plus tard, tant pis si je n'obtiens pas "gain de cause". Voilà, j'ai toujours cette crainte d'être trop violent et vindicatif mais aussi, celle d'être passif.
Pouvez-vous me dire ce que vous en pensez ?
L’intitulé de votre fil ressemblait à celui d’un récent fil d’Ombiace sur la légitime défense.
Le contenu n’en diffère pas fondamentalement, mais vous la limitez au niveau du langage ce qui en abolit presque la nécessité, quoique pas pour la dignité ni la vérité.
Le sujet étant celui des relations humaines, et l’Eglise catholique n’étant pas une personne, pas même morale, sinon mystique, elle ne peut avoir d’autre opinion objective que celle de la charité.
C’est donc à chacun d’en mesurer la sienne et cela relève de ce qui s’appelait autrefois l’ascèse (plus que la morale ou l'éthique).
Nous sommes donc sur un terrain plus avancé de dévotion.
Aujourd’hui, on y fait intervenir aussi le psychologique.
Ainsi, quand vous écrivez que vous êtes « quelqu'un qu'on aime bien écraser », vous y entrez en plein et sortez du contexte religieux.
Cela mériterait d’être approfondi un peu mieux que par la conséquence que vous exprimez (« je ne sais jamais trop comment réagir ») et qui pourrait faire aussi partie des causes.
Et en dire quelque chose.
Je vais donc m’en tenir au niveau religieux pour vous répondre, bien que je sois convaincu que c’est insuffisant et vous sera peut-être moins utile.
Car avant cela, vous dites « Je suis resté " calme " et je n'ai rien répliqué. » et « j'ai toujours cette crainte d'être trop violent et vindicatif mais aussi, celle d'être passif. » Ce qui nous incite à vous applaudir et vous dire que vous « tenez » déjà la réponse puisque le bon comportement.
Mais vous ne parlez là que de vos émotions et en effet, l’enseignement des maîtres chrétiens nous dit l’importance de « la garde du cœur ».
Chacun pouvant y mettre d’autres mots, l’idée reste la même : ne pas se laisser guider ni submerger par ses émotions, mais les offrir à Dieu soit en sacrifice et réparation (si négatives), soit en louange , adoration et action de grâce (si positives ) reste la meilleure manière car « spirituelle », mais il en existe d’autres pouvant y contribuer et s’y adjoindre, plus « philosophiques » et pragmatiques, moins « intimes et amicales » selon le degré de « présence Divine » que nous sommes en mesure de partager.
En revanche, vous laissez entendre une petite frustration, voire d’avoir manqué à un devoir, celui de témoigner de la vérité.
Là il faut distinguer selon de quoi il s’agit.
- S’il s’agit de la vérité ou du bien, il y a un devoir de témoigner selon le sentiment qui est le nôtre de ce qu’elle est.
- Soit nous avons raison et cela servira aussi d’édification.
Soit nous avons tort ou sommes « incomplet » et nous pourrons être « corrigé » ou complété.
S’il s‘agit d’une simple querelle d’ego, nous pouvons laisser tomber (prendre une croix), en rappelant simplement la « situation objective » pour que l’autre puisse faire son examen concernant ses émotions et sa subjectivité. Le travail consistera en : absorber le mal d’autrui et le transformer en bien, pour autant qu’il y soit ouvert. La suite pourra prendre bien des figures : pardon, consolation, instruction, accueil/écoute, exhortation,
etc.
Il y a dans les évangiles plusieurs exemples qui montrent comment gérer son attitude :
Quand on reproche à Jésus d’exorciser par le chef des démons : il répond et démontre que non, sans reculer devant l’offense ni s’en formaliser.
Quand il s’en prend aux scribes et pharisiens et qu’on le prie de s’adoucir, lui faisant observer qu’il se remet lui-même en cause : il surenchérit !
Quand un garde le gifle à son procès, il en demande la légitimité – ce qui vaut critique d’illégitimité.
Quand on le loue indûment (« bon maître », ou « heureuses les entrailles ») il corrige le tir sans se mettre en cause.
Quand le grand-prêtre l’interroge directement, il répond au-delà de ce qui est se défendre. Pas quand c’est indirect.
Quand il ne répondra pas à Hérode.
Quand Pilate l’interroge, il arrive qu’il se taise quand sa réponse ne serait pas comprise ou car elle a déjà été faite.
Quand on lui demande un signe, il tourne le dos et s’en va. Il ne donnera pas même celui de « descendre de sa croix ».
Quand on lui demande une guérison, il ne refusera jamais sans une bonne raison et ce sera toujours possible de le faire changer d’avis, si avec foi. Il « donnera » le paradis au « bon larron » qui ne lui en demandait pas autant (ou si, mais sans le savoir).
Il se « moquera » un peu de Nicodème, mais pas de celui qui lui demandera « qui est mon prochain », serait-il hypocrite : il répondra.
A une remarque sensée (repas amical) il racontera une parabole (choisir une mauvaise place) pour faire aller plus loin.
A une remarque stupide (à cause de son mépris pour l’argent) il entérinera le clivage.
Etc. : il n’y a qu’à « suivre le guide » pour se guérir des mauvaises influences d’une éducation défectueuse. Ce sera plus facile pour qui sera parvenu à « garder son cœur », donc après un temps de pratique, et à ne pas l’investir là où cela ne le regarde pas - sachant vers qui doit le porter sa préférence.
Nos émotions doivent nous provenir de la source de nos affections, donc de la vérité plus que de la présence de l'autre, de ce qu'il est et de ce qu'il dit et signifie.
Là, le religieux rejoint le psychologique
Bonne continuation de réflexions…