Que signifie être ?

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Re: Que signifie être ?

par LumendeLumine » mer. 25 juil. 2007, 22:22

Bonjour Popeye,

je suis d'accord avec votre réponse et je n'ai pas d'autre objection. L'essence de notre désaccord résidait (et réside encore, en fait) dans ce qu'on entend par le mot "définition". Définir, c'est dans le langage commun, dire d'une chose ce qu'elle est, ce qui correspond à votre "définition réelle intrinsèque essentielle". Alors qu'au sujet de l'être, on se limite à donner les caractéristiques de notre connaissance de la chose (c'est une évidence, etc.). Appelez ça une "définition réelle intrinsèque descriptive" si vous voulez, reste que définir une chose par elle-même, ça ne satisfait pas à l'idée qu'on se fait en général d'une définition. Mais comme vous le voyez ce n'est là qu'une question de terminologie.

En prenant une analogie avec la connaissance sensible, je n'ai pas voulu dire que nous avons de l'être seulement une connaissance sensible, mais que notre connaissance de l'être ressemble à la connaissance sensible en ce sens qu'elle est incommunicable. Et comme la "définition", dans mes termes, est quelque chose qui permet de communiquer un concept à autrui qui ne le connaît pas, donc, c'était une façon de montrer qu'il n'y a pas de définition de l'être. Mais encore là, tout dépend de ce qu'on entend par définition.

Une idée concrète, dans le contexte où j'employais cette expression qui ne se veut aucunement normative, c'est la première chose qui vous saute à l'esprit quand vous essayez de vous représenter telle chose. Dans le cas de la couleur rouge, c'est cette image de rouge que vous avez imprimé en vous, qui est certainement quelque chose d'essentiellement sensible. Quand vous pensez à la couleur rouge, vous ne commencez pas par penser à une onde électromagnétique de quelques centaines de nanomètres. C'est tout ce que je voulais dire et c'est assez pour comprendre mon idée.

Voilà voilà. Bonne soirée à vous. :)

Re: Que signifie être ?

par Claire----- » mar. 24 juil. 2007, 22:48

Bonjour Popeye,

Je suis en effet un peu admiratrice de Heidegger mais parce que je le découvre à travers son oeuvre magistrale "Etre et temps". Quand à ses positions politiques je les trouve, comme la plupart d'entre nous contestables :( , toutefois cette oeuvre a été rédigée en 1927, donc bien avant ses "choix"...Et il n'est pas possible d'ignorer ce philosophe sous prétexte de cela, je pense. Si vous souhaitez vous faire une idée de "Etre et temps" l'important et de lire et relire même plusieurs fois l'introduction. Vous pouvez vous procurer le document, qui existe en ligne intégralement traduction de Martineau.


Concernant l'analytique existentiale vouée à la faillite, si vous entendez par là la mort, la non existence, est-ce cela le nihilisme ?... En effet il y a une sorte de pessimisme chez Heidegger, mais là je crains de faire un contre sens, d'ici un mois, je pourrais vous confirmer et même approfondir cette question...C'est sur que Heidegger n'était pas Spinoziste, donc ce n'était pas la philosophie joyeuse ou même chrétienne, pleine d'espoir.
Et moi je tend plutôt en matière d'admiration du côté de Spinoza...
Mais tout ce que je lis de vos post, n'a de cesse de me renvoyer à Heidegger, car il est reconnu comme le spécialiste moderne de la question quel est le sens de l'Etre ? Tout Etre et temps porte sur ce sujet....

Pour l'ontothéologie...J'avoue que le fait de ne pas croire en Dieu fait qu'il s'agit là d'un point qui ne m'a pas interpellée...Mais je n'ai pas lu l'ensemble de Etre et temps. Et ce n'est pas une question qui m'interesse pour le moment : Je cottoie le Dasein, car je dois le confronter avec le sujet...Toutefois dans la version téléchargeable de Etre et temps il me semble avoir lu cela quelque part dans son oeuvre et, contrairement aux apparences, il est par moment très clair (heu c'est quand même l'herméneutique, la méthode employée par Heidegger), je pense que vous devriez trouver votre bonheur...Etre et temps est divisé par chapitres et donc vous verrez sur la gauche de l'oeuvre que vous aurez téléchargé, il vous suffit d'y adjoindre le mot-clé "ontothéologie" et vous devriez trouver qq chose d'en outre très bien écrit..
Désolée de ne pouvoir vous faire une réponse plus éclairante..
Mais vraîment, si je parle de Heidegger c'est qu'il s'agit de faire outre de la personne car il dit et pense des choses fort interessantes, mais je parle de ce que, non pas je connais, ce serait prétentieux et surtout très faux de ma part, mais de quelque chose d'assez monumentale,C'est pour cette raison que je vous en ai parlé, même si ma connaissance est très peu étendue, c'est dans un soucis de donner des pistes intellectuelles (ici c'est un incontournable) pour tenter d'apporter des lumières à l'initiateur de ce post qui pose la question : Que signifie Etre ?

A bientôt,
Claire

PS : je pars qq jours mais ne vous inquiétez pas, vous ne m'avez pas fait fuir, je reviens juste très très bientôt.

Re: Que signifie être ?

par LumendeLumine » mar. 24 juil. 2007, 17:40

Bonjour Popeye,

Vous ne m'avez pas donné réponse satisfaisante à mon objection, quand je dis que si vous ouvrez le dictionnaire sans connaître aucun mot, vous n'allez rien apprendre. Ainsi, si pour avoir un concept d'être, qui est la notion première, il fallait être capable de le définir, on ne pourrait rien savoir, car impossible de renvoyer la notion première à quelque chose de plus premier.

La réponse que vous me donnez, ce que vous soulignez en caractères gras, c'est deux choses: que le caractère inhérent et propre à l'être est l'identité du sujet à la copule et au prédicat; or pour savoir ce que veut dire "identité", il faut savoir ce que veut dire "être"; or selon vous on ne connaît pas ce dont on ignore la définition; donc la définition d'être se suppose antérieure à elle-même, ce qui est pas mal plus absurde qu'un concept qu'on ne peut pas définir.

Et le deuxième élément de réponse que vous donnez, c'est que l'être est une évidence, mais dire d'une chose qu'elle est une évidence, c'est pas donner une définition, si je ne m'abuse.
Plus que bizarre, c'est absurde. Car quoi serait un concept dont on aurait pas de définition réelle (définition stricto sensu) ?! Si vous n'en avez pas de définition réelle, s'en suit inéluctablement qu'en énonçant l' « être » vous ne savez pas ce que vous dites, employant un mot sans en avoir le sens : psitacisme !!
Je sais ce que je dis parce que je vois que les choses sont; mais je ne peux pas définir ce que c'est que d'être parce que c'est la première notion pour mon intelligence. Pour prendre une analogie, vous ne pouvez pas expliquer à un aveugle ce que c'est que la couleur, à part en des termes physiques qui n'ont rien à voir avec l'idée concrète que tout le monde qui peut voir se fait de la couleur, et l'aveugle n'arrivera jamais à s'en faire le même concept que vous. Donc, vous êtes incapable de définir ce que c'est que la couleur rouge, mais vous savez très bien ce que c'est quand même.

Re: Que signifie être ?

par LumendeLumine » mar. 24 juil. 2007, 2:09

Bonjour Popeye et ravi de vous voir ici,

il me semble qu'une définition tautologique, définir un concept par lui-même, c'est tout à fait la même chose que de ne pas donner de définition du tout. Car on sait d'avance, avant de définir un concept, qu'il est lui-même. Donner pour seule définition l'identité du concept avec lui-même (être, c'est être), ça ne nous avance pas du tout. Donc la définition étant vidée de tout contenu utile, autant dire qu'elle n'existe pas.

À bien y réfléchir, Popeye, on n'échappe pas à la conclusion que nous n'avons pas de définition de ce qu'est l'être. Car définir, c'est renvoyer à des notions que l'on connaît déjà. (Si vous ouvrez le dictionnaire sans connaître le sens d'aucun mot, de prime abord, vous n'apprendrez rien.) Or, l'idée d'être est première pour l'intelligence. Donc, impossible de la renvoyer à des notions qui lui seraient de quelque façon antérieure. Donc, impossible de la définir.

Et donc, il semble très bien qu'on puisse avoir concept sans définition d'un concept. Ça me semble bizarre moi aussi, mais c'est l'évidence. Autrement, on n'aurait pas de concept d'être, et comme vous le dites, il vaudrait mieux se taire.

Re: Que signifie être ?

par Claire----- » dim. 22 juil. 2007, 23:24

Lol, Giogino,
pour revenir sur Le Dasein et Heidegger, le Dasein, c'est l'êtant exemplaire, en fait l'être est distingué en deux moments: le moment ontologique qui distingue l'être de l'être (l'en soi de l'être, l'essence si on peut dire... et le moment ontique c'est à dire l'étant de l'être, ontique, c'est le participe passé de être, c'est l'être dans son existence, dans le monde (piou en fait c'est difficile à expliquer, simplement...) Heidegger , choisi le Dasein comme point de départ car il préfère ce concept au concept de sujet (trop souvent associé à substance et donc est statique) ou d'homme qui fige cet être particuliersur lequel il s'appuie du fait que "l'essence du Dasein réside dans son existence".
Bon je sais cela c'est très long et compliqué à expliquer.
Tout ceci pour dire, néanmoins que la question de l'être a été dans notre société occidentale et contemporaine revue précisément par Heidegger et qu'il n'est pas possible d'ignorer ce philosophe sur la question de l'être...
Il remet en question l'être formulé par la tradition grecque et par Kant aussi pour en faire une philosophie originale, où il n'est plus question de certitude, mais d'herméneutique au sens de condition de possibilité...
Car l'objet d'être et temps est de poser la question du sens de l'être.
...de poser la question de la signification de l'être pour reprendre le titre de l'intitulé de ce post...que signifie l'être ?
A bientôt,
Claire
Et Lévinas est un commentateur hors pair de Heidegger s'il paraît un peu ardu a certains...c'est normal c'est Heidegger et c'est ça l'herméneutique... chez Heidegger

Re: Que signifie être ?

par giorgino » dim. 22 juil. 2007, 23:02

J 'ai lu passablement de philosophes contemporains , Ricoeur , levinas , Jankélévitch , Morin , Serres , Girard , mais je dois dire que je n' ai jamais un tel charabias !!

Re: Que signifie être ?

par Claire----- » dim. 22 juil. 2007, 17:23

J'oubliais : Si vous souhaitez lire Etre et Temps : Une version intégrale en ligne de Martineau est téléchargeable.
Bonne lecture !
A bientôt

Re: Que signifie être ?

par Claire----- » dim. 22 juil. 2007, 17:14

Ne pas oublier non plus Heidegger Sein und Zeit, Etre et temps, j'espère que ce philosophe ne heurtera aucune sensibilité, cette oeuvre fut rédigée en 1927, bien avant sa prise de position politique.
C'est un chef d'oeuvre (euh je ne l'ai pas lu en entier) Mais il y a le Dasein, un étant exemplaire qu'il utilise pour fonder sa philosophie qui est en gros de dire que la question de l'être de l'être a été oubliée.
Les grecs ont posé la question de l'être de l'etre de l'étant, par exemple lorsque Platon pose la question de la République, c'est l'être de cet étant qu'est la république qu'il pose et à laquelle il répond, mais la question de la signification de se poser cette question qu'est-ce que la république, elle est ignorée.

Et l'herméneutique pour comprendre ce Dasein, cet être privilégié, exemplaire, sera la méthode du philosophe, qui laisse notre propre Dasein (le Dasein devient chez Heidegger l'être de l'étant homme), comprendre cet être...
Je suis en plein sur ce sujet en ce moment si vous souhaitez plus de question ou apporter un éclairage, par exemple sur Kant et le sujet connaissant, cela m'interesserait assez.
En ce moment en fait je fait une dissertation sur le Dasein et le sujet, et je dois nommer les écarts... :s
A bientôt,
Claire

Re: Que signifie être ?

par LumendeLumine » mer. 11 juil. 2007, 15:51

Bonjour Veritatis Splendor,

Je suis pas mal d'accord avec vous, je pense que nous mettons surtout des mots différents sur les mêmes choses. En ce qui me concerne, je ne suis pas assez calé en philosophie pour essayer de déterminer si votre terminologie est acceptable ou non. Donc je vais arrêter de vous embêter avec ça.

Je vais quand même répondre à votre question: pourquoi selon moi l'intuition est inconcevable? Tout simplement parce que se juxtapose à une faculté qui n'a nul besoin d'elle; parce qu'elle prétend faire la jonction entre le sensible et l'intelligible, alors qu'établir cette jonction, c'est précisément ce que fait l'intelligence dans son acte même d'intelliger. Si on veut dire que c'est une faculté distincte de l'intelligence donc, il me semble qu'on se fourre le doigt dans l'oeil. Je peux accepter qu'on dise, par contre, que c'est un autre mot sur l'activité de l'intelligence.

Et puis juste une petite remarque: on ne peut pas vraiment aller à l'encontre de la première donnée "intuitive" que l'être est, les choses sont, etc. À ce sujet il faut rappeler le mot d'Aristote: "Tout ce qu'on dit, il n'est pas nécessaire qu'on le pense". Et de fait, il est tout à fait impensable que l'être ne soit pas, et en plus, si l'intelligence n'est pas faculté de l'être, alors elle n'est faculté de rien, et il vaut mieux se taire. Les empiristes et idéalistes métaphysiques ont des paroles très élaborées, mais au point où ils en sont, peut-on encore dire qu'ils raisonnent? Pas plus qu'on ne peut raisonner sur un cercle-carré.

Re: Que signifie être ?

par Veritatis Splendor » mer. 11 juil. 2007, 14:08

Cher Lumendelumine,

les cours que je vous ai posté valent ce qu'ils valent; ils n'étaient pas desinés à vous convaincre mais à expliciter quelque peu le concept d'intuition comme vous me le demandiez.

Je crois que je me suis fait mal comprendre en distinguant l'intuition du raisonnement. Si j'ai opéré une confusion entre intelligence et raisonnement, je vous donne raison de la corriger; mais pas exactement dans le même sens. L'intuition permet le raisonnement, mais il est vrai que le raisonnement est inclu dans le concept thomiste de l'intelligence. Le problème (et je précise que je ne suis pas thomiste pour ma part) réside au niveau de l'intuition qui n'est pas encore tout à fait l'intelligence; elle demeure dans ma conception au seuil de l'intelligence, et vous ne m'avez pas vraiment expliqué en quoi cela peut être inconcevable selon vous.
Je n'aime pas, moi non plus, que l'on emploie le terme d'être avec un E lorsqu'on parle du fait que les choses sont en général, et je suis d'accord pour dire que l'Être concerne Dieu. Mais, si l'on se fie aux données scientifiques à propos du cerveau et de sa façon d'appréhender le réel, on peut comprendre la liaison irréductible des sens au niveau purement organique et de l'intelligence comme prise de conscience effective du réel qui leur est donné. Si l'intelligence inclut cette prise de conscience (saisir le réel) et le raisonnement qui s'ensuit; elle n'inclut pas en revanche le lien sensible par lequel cela est rendu possible: l'intelligence se distingant précisément du sensoriel. Je me sens donc obligé de réaffirmer le caractère relatif de l'intuition; celle-ci permet de ressentir ce que le réel peut offrir à l'intelligence, ou encore permet d'entrevoir la possibilité de saisir intellectuellement ce que les sens reçoivent passivement du réel.
Peut-être n'admettez-vous pas d'intermédiaire entre le sensible et l'intelligence, mais autrement qu'un intermédiaire, l'intuition est aussi révélation des limites de l'intelligence. L'intelligence peut s'égarer en de faux raisonnements, mais elle s'attache pourtant au même objet (le réel) que celle qui ne s'égare pas; c'est parce que l'intuition a été mal saisie. L'intuition permet de saisir une base de principes à propos du réel, sans la nécessité de faire intervenir un raisonnement; par son caractère de jonction entre le sensoriel et l'intellectif, elle est lieu de vérité qui n'est pas encore assise dans la conscience (c'est par le raisonnement, je persiste, que cette vérité s'approprie de manière plus certaine). Lorsqu'on saisit l'être du réel, c'est parce que l'on fait passer notre intuition au domaine de l'intelligence; mais on peut encore aller à l'encontre de cette donnée intuitive en s'égarant dans un mauvais raisonnement. Voilà pourquoi l'intuition est à prendre en compte dans l'intelligence: elle est le point de départ du vrai, mais peut se résorber dans un travail raisonnant perverti par sa propre satisfaction. L'intuition permet de tenir compte des vérités que nos sens proposent et les thomistes, en ne distingant pas le réel du sensible sont les premiers à se fier à l'intuition par laquelle ils construisent le raisonnement qui aboutit à la certitude de l'être.

Re: Que signifie être ?

par LumendeLumine » mer. 11 juil. 2007, 2:31

Merci pour ces articles Veritatis Splendor. Il faut bien reconnaître que le premier ne dégage pas grand-chose de clair sur Aristote. (Il conclut en rappelant la difficulté qu'il y a à interpréter le Noûs, et sa solution consiste à substituer le modèle par autre chose.) Je pense d'ailleurs qu'il ne faut pas espérer pouvoir dégager une théorie de la connaissance très élaborée de ses écrits. Il y a là les grandes lignes du réalisme thomiste, mais il faut se garder d'interprétations anachroniques. Ainsi, le deuxième article que vous proposez me semble imprudent en affirmant que "l'Être s'offre à nous dans l'intuition". D'abord la majuscule sur le E n'a pas sa place, l'Être c'est Dieu, alors qu'il est question de l'être général. Deuxièmement, je maintiens avec les thomistes modernes, dont Garrigou-Lagrange, que l'être est l'objet propre d'une faculté qui s'appelle l'intelligence, et placer entre l'intelligence et l'être une autre faculté (que les sens), c'est méconnaître fondamentalement ce qu'est l'intelligence et s'exposer à de graves erreurs.

Le principe de base du réalisme modéré, c'est que l'intelligence humaine a pour objet l'être des choses sensibles. En d'autres termes l'objet de l'intelligence c'est l'être, mais seulement celui que nous présentent les sens.

À supposer qu'il y a une autre faculté humaine qui ait pour objet l'être. Les facultés se distinguent par leur objet. Alors en quoi l'intuition se distinguerait-elle de l'intelligence? Au fond de tout cela je me demande si vous ne confondez pas intelligence et raisonnement, pour opposer au raisonnement que vous appelez "intelligence" la faculté de saisir les choses, pour laquelle il ne vous reste que le terme "intuition". D'une certaine façon, la vraie intelligence englobe ce faux concept d'intuition. Elle "lit à l'intime", intus-legere. C'est elle qui lit dans le donné sensible, qui saisit l'être des choses et en lui tout le royaume de l'intelligible.

Re: Que signifie être ?

par Veritatis Splendor » mer. 11 juil. 2007, 0:48

Cher Lumendelumine, ne me sentant moi-même pas en mesure d'expliciter d'avantage le concept d'intuition dans mes propres mots, j'ai préféré recopier un lien proposant un cours sur le sujet, qui, je l'espère, saura vous éclairer un peu. Le problème pour vous réside, à mon avis, dans le fait que vous ommetiez la part de l'intuiton dans la condition de la connaissance; vous sautez des sens à la connaissance directement, en oubliant que certaines créatures sensibles comme les animaux ne peuvent tirer aucune connaissance formelle du réel, bien que leurs sens existent autant que les nôtres.

http://www.univ-nancy2.fr/poincare/pers ... 2-06-b.pdf

J'ai aussi pris la peine de vous copier ce paragraphe purement didactique (issu d'un autre lien internet):
A - Une doctrine de l'Être et de l'Intuition
La philosophie d'Aristote est un tournant dans la pensée Grec. Tout d'abord, parce qu'elle est une histoire de la philosophie, c'est-à -dire, une actualisation des différents problèmes posés par ses prédécesseurs. Sa pensée reste cependant tributaire du Platonisme.

En effet, Aristote dissocie différents domaine de recherche :

1- La Physique, science du mobile, des corps, du périssable et éphèmère.
2- La Métaphysique, science de l'éternel, de l'universel, du séparé. Science de l'être en tant qu'être.

La Métaphysique est une philosophie première qui recherche l'antérieur à la nature. Car, comme pour Platon, il y a chez Aristote de l'éternel, des essences. Le cercle parfait est et sera toujours. Bref, la philosophie d'Aristote recherche les essences, car l'essence est nécessaire, comme nous allons le voir.

Mais cet antériorité de l'Être n'est pas seulement, comme on pourrait le croire, une antériorité chronologique, une préexistence naturelle. On pourrait ainsi penser que la physique, l'expérience sensible, nous est donnée d'emblée. Mais c'est faux, car l'Être se donne naturellement dans une intuition.

On ne cherche que ce que l'on sait déjà . Confronté à ce problème, Platon posa la théorie de la réminiscence. L'Être aurait imprégnée notre âme avant qu'elle ne se noue au corps. Aristote pose le problème différemment : l'Être s'impose comme vrai, se pose à nous comme une évidence, offerte par l'intuition. Il nous restera alors à découvrir par déduction ce qui nous a été offert par intuition.

Toute connaissance s'offre ainsi naturellement. Les principes, par exemples, sont indémontrables. Ils s'offrent par intuition, mais restent vrais, et surtout, restent les pilliers de la connaissance. Aristote pose ainsi le Principe de Contradiction, loi ontologique socle de toute recherche :

Principe de Contradiction : « Il est impossible que le même appartienne et n'appartienne pas à quelque chose en même temps et sous le même rapport »

Ce qui signifie en gros que deux choses contradictoires ne peuvent être, comme le soutient Héraclite, toutes deux vraies. C'est une évidence, un principe pour toute recherche, mais qui reste indémontrable.

A et -A ne peuvent être en même temps. A cela, il faut rajouter qu'il ne peut y avoir d'intermédiaire (selon le principe du Tiers Exclu), sinon cette proposition n'a plus de sens. Aristote est ainsi l'initiateur de la logique.

Ainsi, Aristote use du Syllogisme. Voyons un exemple connu:

Les Prémisses :
Majeur : Tous les hommes sont mortels.
Mineur : Or Socrate est un homme.

Conclusion :
Donc Socrate est mortel.


Or ici, les Prémisses (orthographe correcte) ne sont pas démontrés, et pas démontrables. Mais ce sont des évidences que l'intuition nous offre, posant le sol nécessaire à la connaissance.

Le Principe est le Corrélat de l'Intuition et tous deux suppose l'Être et son rayonnement naturel.

Ainsi, la connaissance recherche l'Être, qui lui-même permet la connaissance. Il nous est ainsi possible de mettre à jour l'universel, l'éternel. Mais cette quête des essences se heurte à un problème particulier.

Re: Que signifie être ?

par LumendeLumine » mar. 10 juil. 2007, 18:08

Bonjour Veritatis Splendor,

je pense que je ne comprends à peu près rien à votre explication. D'abord je ne vois pas la nécessité d'une intuition, là où les principes naturels de la connaissance sont (1) les sens et (2) l'intelligence. Ce qui nous pousse à nous servir de ces facultés, c'est simplement la curiosité naturelle, le désir inné, naturel, invincible, de connaître.

On arrive à mettre des mots sur le réel quand on arrive à s'en former des concepts, puisque les mots sont simplement les symboles des concepts. Or la formation des concepts est l'activité de l'intelligence à partir des sens. Encore là, nul besoin de faire appel à d'autres principes que les sens et l'intelligence.

Quant à arriver à dire d'une chose "c'est", encore une fois c'est l'intelligence dans sa plus simple expression qui nous le permet. Pas besoin de raisonner, je suis d'accord; raisonner, c'est faire intervenir des concepts que l'on connaît déjà pour en éclaircir d'autres. Or l'idée qu'une chose "est" est absolument simple et première. Donc, pas de raisonnement là-dedans. C'est une évidence pour l'intelligence. Mais, comme ailleurs, je ne vois pas le rôle que jouerait une "intuition" là-dedans.

Re: Que signifie être ?

par Veritatis Splendor » mar. 10 juil. 2007, 4:16

Cher Lumendelumine,

cette intuition dont je parle représente le point de départ du raisonnement. L'expérience nous présente la possibilité du réel, c'est dans cette possibilité que se situe l'intuition: une découverte sensorielle a la limite du dicible. La découverte de la possibilité du réel passe par nos sens mais se concrétise dans sa formulation langagière; entre la découverte purement sensorielle et sa formulation langagière (ébauche du raisonnement), il y a l'intuition. On ne sait pas si cette intuition pourra nous mener à la concrétisation langagière du réel à proprement parler ("c'est cela"), mais on sait qu'elle correspond à la prise de conscience du réel ("c'est"). Par notre intuition, nous sommes en mesure de relier la réalité à notre intelligence, en liant cette réalité à notre esprit par le raisonnement.
Pour savoir que les choses sont, il est inutile de raisonner; c'est une constation de fait que nous vivons quoiqu'il en soit; l'intuition se situe dans la possibilité que revêt cet être des choses: elle peut mener dans le raisonnement à un égarement total, lorsqu'on aboutirait à croire que les choses ne sont pas, mais elle peut mener au vrai, lorsqu'on aboutit à la conclusion de Dieu (analogie de l'être).

Re: Que signifie être ?

par LumendeLumine » lun. 09 juil. 2007, 18:02

Bonjour Veritatis Splendor.
Mais cela implique, il ne faut pas l'oublier, la part primordiale d'intuition comme point de départ de ce raisonnement.
Quelle intuition exactement?
On finit par questionner la notion d'être de manière approfondie à partir d'une intuition première, liée à notre expérience, qui nous fait signifier que les choses SONT, et de là nous parvenons à comprendre cette analogie de l'Être qui nous fait remonter à Dieu
Là aussi je ne sais pas trop ce que vous voulez dire par "une intuition qui nous fait signifier que les choses sont", ni comment elle serait "liée à l'expérience". Moi ce que je dis c'est que si nous pouvons affirmer que les choses sont, c'est que notre intelligence est en mesure de faire le travail d'abstraction nécessaire à partir de l'expérience.

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