par Cinci » mar. 14 juil. 2015, 17:38
Petit survol historique de la question en version Zemmour :
«... toute l'histoire du XIXe siècle après Waterloo peut se résumer à la lente érosion de l'hégémonie française, et son remplacement par son frère siamois germanique. La fin de Napoléon Ier sonna le glas de l'imperium français en Europe; mais ce fut la chute de son neveu [Napoléon III] qui transforma l'ancien prédateur français menaçant en une proie convoitée et craintive.
Depuis sa défaite inattendue de 1870, notre pays a la hantise de se retrouver seul et isolé. Jusqu'alors, ses armées glorieuses et redoutées, celles de Louis XIV ou de Napoléon, ne mordaient la poussière que face à de vastes coallitions européennes. [...]
La France, consciente de sa nouvelle faiblesse, résuma désormais sa diplomatie à une quête effrénée d'alliés, à laquelle elle était prête à tout sacrifier. Elle ruina son épargne (la première du monde) sur l'autel de l'alliance avec la Russie; s'engagea dans l'effroyable hécatombe de la Première Guerre mondiale, dont elle ne se relèvera jamais, pour d'obscures querelles balkaniques, qui n'intéressaient que notre ami le Tsar; les Russes ne furent pas ingrats, leur sacrifice sur le front Est permit le «miracle de la Marne» sur le front Ouest; mais la paix de Brest-Litovsk signée par les bolchéviks faillit donner la victoire aux Allemands au début de l'année 1918. Vinrent alors nos «sauveurs américains» pour payer la dette de La Fayette. Mais les Américains étaient atteint du complexe de monsieur Perrichon, qui déteste celui qui lui a sauvé la vie, et préfère celui à qui il l'a sauvée.
Le président Wilson retint les troupes de Foch et de Pétain qui rêvaient d'entrer triomphalement dans Berlin, à la manière de Davout en 1806, légitimant par la suite la thèse fallacieuse du «couteau dans le dos» parmi les populations allemandes convaincues de ne pas avoir perdu la guerre. Puis le même allié américain (et son acolyte anglais qu'obsédait le souvenir de Napoléon) nous empêcha de récupérer la rive gauche du Rhin, et nous empêcha de ramener l'Allemagne à l'âge des principautés prébismarkiennes, double recul français qui donnait à l'État allemand - comme le comprit avec un instinct très sûr Jacques Bainville dès ses Conséquences politiques de la paix - l'occasion de prendre un jour sa revanche, quel que soit son régime et son chef. La City et Wall Street redressèrent et soutinrent l'Allemagne contre les méchants bellicistes français pendant les années 1920; et les Anglais lièrent les mains françaises lorsque Hitler, ayant remilitarisé la Rhénanie en 1936, pouvait encore être balayé par notre armée. A chaque fois, le souci obsessionnel de ne pas se retrouver seul, de ménager nos alliances, poussa les dirigeants de la IIIe république à prendre des décisions qu'ils savaient contraires à nos intérêts nationaux, nous conduisant à la catastrophe finale.
Après la Seconde Guerre mondiale, on put croire les leçons tirées; ce fut pire.
Le bouclier américain ne nous empêcha nullement de perdre l'Indochine, mais se retourna contre nous à Suez; l'Amérique anima en sous-main la protestation internationale qui, bien exploitée par le FLN, finit par avoir raison de la résistance de De Gaulle. Celui-ci crut trouver en l'Allemand Adenauer un allié fidèle; il rêva à la reconstitution de l'Europe carolingienne pour retrouver le rang perdu à Waterloo; mais le président Kennedy vint lui arracher à Berlin sa conquête allemande. Les députés allemands désavouèrent Adenauer le Rhénan francophile, et se rangèrent derrière les Américains. Dès 1963, alors qu'il avait espéré compenser la perte de l'Algérie par la création du fameux couple «franco-allemand». de Gaulle voyait son pari perdu. Par rétorsion, il quitta les institutions militaires de l'OTAN , se libérant du «protectorat américain» pour se lancer dans une politique d'alliance tous azimuts, avec l'URSS, l'Europe de l'Est (Roumanie) jusqu'en Amérique du Sud («Mexicanos con francos mano en la mano») ou en Amérique du Nord («Vive le Québec libre !») Ce fut le sommet de la volonté gaullienne d'Indépendance nationale. Une miie en oeuvre tardive de la «France seule» chère à Charles Maurras. Mais cette grande politique mondiale, brillante mais fondée sur notre nouvelle force nucléaire, gesticulatoire, n'eut pas de lendemains.
[...]
En tenant la main de Kohl à Verdun, le 22 septembre 1984, il [Mitterrand] poursuivait et approfondissait la réconciliation franco-allemande engagée par De Gaulle avec Adenauer; mais le rapport de force s'inversa après la réunification allemande. De Gaulle s'était allié à une Allemagne de l'Ouest maritime et francophile, celle que nos rois et notre empereur avaient conquise par la langue et les armes; la France était alors, selon l'expression célèbre du Général, «le jockey et l'Allemagne, le cheval»; Mitterand, lui, devenait par la force des choses l'allié privilégié d'une Allemagne réunifiée qui avait retrouvée sa position centrale et dominante au coeur de l'Europe, en recollant les deux morceaux, l'Allemagne de la mer et l'Allemagne des terres [...] la France était ravalée au rang de cheval et l'Allemagne se dressait en fier jockey.
Dès l'année suivante [après la réunification], Mitterand engageait par ailleurs la France dans la première guerre du Golfe, sous les ordres du grand frère américain [...]
La seule exception serait la coallition continentale nouée entre le Français Chirac, l'allemand Schroeder et le Russe Poutine, contre la seconde guerre du Golfe en 2003; mais ce rêve gaullien d'une Europe de l'Atlantique à l'Oural ne fut qu'un feu de paille vite étaient, jusqu'à ce que Nicolas Sarkozy en 2007 révèle le sens profond de cet obscur travail souterrain : le retour dans les instances militaires intégrées de l'OTAN [...] Sarkozy trompetait son apostasie gaullienne au nom de l'Europe de la défense, chimère française que les autres nations d'Europe appellent OTAN. [...]
Mitterrand et Kohl croyaient accomplir le rêve de Thomas Mann d'une Allemagne européenne en lieu et place d'une Europe allemande. Mais une fois digérée l'ancienne RDA, on se retrouva avec «une Allemagne européenne dans une Europe allemande». L'Allemagne réunifiée retrouvait sa domination naturelle dans un ensemble confédéral, qui minait en revanche les fondements de l'État-nation à la française, dont la souverainté farouche avait toujours été la seule protection contre les tentations et les fascinations de l'engloutissement impérial.»
Source : Zemmour, Le suicide français, p.340
Petit survol historique de la question en version Zemmour :
[quote]«... toute l'histoire du XIXe siècle après Waterloo peut se résumer à la lente érosion de l'hégémonie française, et son remplacement par son frère siamois germanique. La fin de Napoléon Ier sonna le glas de l'imperium français en Europe; mais ce fut la chute de son neveu [Napoléon III] qui transforma l'ancien prédateur français menaçant en une proie convoitée et craintive.
Depuis sa défaite inattendue de 1870, notre pays a la hantise de se retrouver seul et isolé. Jusqu'alors, ses armées glorieuses et redoutées, celles de Louis XIV ou de Napoléon, ne mordaient la poussière que face à de vastes coallitions européennes. [...]
La France, consciente de sa nouvelle faiblesse, résuma désormais sa diplomatie à une quête effrénée d'alliés, à laquelle elle était prête à tout sacrifier. Elle ruina son épargne (la première du monde) sur l'autel de l'alliance avec la Russie; s'engagea dans l'effroyable hécatombe de la Première Guerre mondiale, dont elle ne se relèvera jamais, pour d'obscures querelles balkaniques, qui n'intéressaient que notre ami le Tsar; les Russes ne furent pas ingrats, leur sacrifice sur le front Est permit le «miracle de la Marne» sur le front Ouest; mais la paix de Brest-Litovsk signée par les bolchéviks faillit donner la victoire aux Allemands au début de l'année 1918. Vinrent alors nos «sauveurs américains» pour payer la dette de La Fayette. Mais les Américains étaient atteint du complexe de monsieur Perrichon, qui déteste celui qui lui a sauvé la vie, et préfère celui à qui il l'a sauvée.
Le président Wilson retint les troupes de Foch et de Pétain qui rêvaient d'entrer triomphalement dans Berlin, à la manière de Davout en 1806, légitimant par la suite la thèse fallacieuse du «couteau dans le dos» parmi les populations allemandes convaincues de ne pas avoir perdu la guerre. Puis le même allié américain (et son acolyte anglais qu'obsédait le souvenir de Napoléon) nous empêcha de récupérer la rive gauche du Rhin, et nous empêcha de ramener l'Allemagne à l'âge des principautés prébismarkiennes, double recul français qui donnait à l'État allemand - comme le comprit avec un instinct très sûr Jacques Bainville dès ses [i]Conséquences politiques de la paix[/i] - l'occasion de prendre un jour sa revanche, quel que soit son régime et son chef. La City et Wall Street redressèrent et soutinrent l'Allemagne contre les méchants bellicistes français pendant les années 1920; et les Anglais lièrent les mains françaises lorsque Hitler, ayant remilitarisé la Rhénanie en 1936, pouvait encore être balayé par notre armée. A chaque fois, le souci obsessionnel de ne pas se retrouver seul, de ménager nos alliances, poussa les dirigeants de la IIIe république à prendre des décisions qu'ils savaient contraires à nos intérêts nationaux, nous conduisant à la catastrophe finale.
Après la Seconde Guerre mondiale, on put croire les leçons tirées; ce fut pire.
Le bouclier américain ne nous empêcha nullement de perdre l'Indochine, mais se retourna contre nous à Suez; l'Amérique anima en sous-main la protestation internationale qui, bien exploitée par le FLN, finit par avoir raison de la résistance de De Gaulle. Celui-ci crut trouver en l'Allemand Adenauer un allié fidèle; il rêva à la reconstitution de l'Europe carolingienne pour retrouver le rang perdu à Waterloo; mais le président Kennedy vint lui arracher à Berlin sa conquête allemande. Les députés allemands désavouèrent Adenauer le Rhénan francophile, et se rangèrent derrière les Américains. Dès 1963, alors qu'il avait espéré compenser la perte de l'Algérie par la création du fameux couple «franco-allemand». de Gaulle voyait son pari perdu. Par rétorsion, il quitta les institutions militaires de l'OTAN , se libérant du «protectorat américain» pour se lancer dans une politique d'alliance tous azimuts, avec l'URSS, l'Europe de l'Est (Roumanie) jusqu'en Amérique du Sud («Mexicanos con francos mano en la mano») ou en Amérique du Nord («Vive le Québec libre !») Ce fut le sommet de la volonté gaullienne d'Indépendance nationale. Une miie en oeuvre tardive de la «France seule» chère à Charles Maurras. Mais cette grande politique mondiale, brillante mais fondée sur notre nouvelle force nucléaire, gesticulatoire, n'eut pas de lendemains.
[...]
En tenant la main de Kohl à Verdun, le 22 septembre 1984, il [Mitterrand] poursuivait et approfondissait la réconciliation franco-allemande engagée par De Gaulle avec Adenauer; mais le rapport de force s'inversa après la réunification allemande. De Gaulle s'était allié à une Allemagne de l'Ouest maritime et francophile, celle que nos rois et notre empereur avaient conquise par la langue et les armes; la France était alors, selon l'expression célèbre du Général, «le jockey et l'Allemagne, le cheval»; Mitterand, lui, devenait par la force des choses l'allié privilégié d'une Allemagne réunifiée qui avait retrouvée sa position centrale et dominante au coeur de l'Europe, en recollant les deux morceaux, l'Allemagne de la mer et l'Allemagne des terres [...] la France était ravalée au rang de cheval et l'Allemagne se dressait en fier jockey.
Dès l'année suivante [après la réunification], Mitterand engageait par ailleurs la France dans la première guerre du Golfe, sous les ordres du grand frère américain [...]
La seule exception serait la coallition continentale nouée entre le Français Chirac, l'allemand Schroeder et le Russe Poutine, contre la seconde guerre du Golfe en 2003; mais ce rêve gaullien d'une Europe de l'Atlantique à l'Oural ne fut qu'un feu de paille vite étaient, jusqu'à ce que Nicolas Sarkozy en 2007 révèle le sens profond de cet obscur travail souterrain : le retour dans les instances militaires intégrées de l'OTAN [...] Sarkozy trompetait son apostasie gaullienne au nom de l'Europe de la défense, chimère française que les autres nations d'Europe appellent OTAN. [...]
Mitterrand et Kohl croyaient accomplir le rêve de Thomas Mann d'une Allemagne [i]européenne[/i] en lieu et place d'une Europe allemande. Mais une fois digérée l'ancienne RDA, on se retrouva avec «une Allemagne européenne dans une Europe allemande». L'Allemagne réunifiée retrouvait sa domination naturelle dans un ensemble confédéral, [b]qui minait en revanche les fondements de l'État-nation à la française[/b], dont la souverainté farouche avait toujours été la seule protection contre les tentations et les fascinations de l'engloutissement impérial.»
Source : Zemmour, [u]Le suicide français[/u], p.340 [/quote]