par Christian » jeu. 21 déc. 2006, 14:03
Bonjour in aeternum,
Vous savez, je suis personnellement d’accord avec ce que vous dénoncez : l’indifférence à toute transcendance, le consumérisme crasse, la concupiscence… Si tout le monde partageait nos valeurs, le problème de la vie en société serait résolu. Hélas, ce n’est pas le cas. Que pouvons-nous faire alors ?
Trois possibilités nous sont ouvertes :

S’en battre l’œil,
se replier dans son cocon, refuser même de penser le problème. Beaucoup de nos contemporains choisissent cette option. Mais la démission devant l’injustice et la souffrance n’est pas dans mon caractère. Elle n’est pas non plus une attitude chrétienne.

Puisque nous savons ce qui est bon pour les êtres humains (nous ne serions pas chrétiens en prétendant l’ignorer),
imposer à tous notre vision de la société. Cette option est politique. Je la rejette pour quatre raisons :
• Elle fait appel à la violence contre des gens dont le seul crime est de ne pas penser comme nous. Ils ont tort, bien sûr ; ils sont stupides et ignares, sans aucun doute ; mais enfin arracher des gens à la pratique (entre eux) d’une autre religion, à leur athéisme, à leur homosexualité, à leur communauté, à n’importe quelle activité pacifique, envoyer des gendarmes les contraindre à vivre comme nous (car derrière toute législation, il y a bien l’ombre du gendarme), cet usage de la force contre des innocents ne chatouillerait-il pas notre conscience ? La mienne frémit d’avance.
• Les hommes sont concupiscents, écrivez-vous, et vous avez raison. C’est dans notre nature. Quelle législation pourrait-elle nous laver de ce péché originel ? Placez un flic à chaque coin de rue, vous n’éradiquerez pas le vice, la drogue, la pornographie, la prostitution, le marché noir, mais vous obtiendrez à coup sûr la corruption de ces mêmes policiers et leur hiérarchie.
• Le pire cependant n’est pas cet échec certain d’une politique d’ordre moral. Le pire est que les prohibitions elles-mêmes créent un mal plus grand que celui qu’elles combattent. On le montre par le simple raisonnement et on le vérifie par l’expérience (celle de la drogue, par exemple).
• Et enfin, c’est mon
quarto, la concupiscence que vous repérez chez les êtres humains ne vise-t-elle pas l’exercice lui-même du pouvoir ? la passion de commander les autres n’est-elle pas l’une des plus destructrices ? Un roi n’a sans doute pas l’ambition du pouvoir, il y est destiné, mais il peut avoir (et presque tous l’ont connue) la tentation de l’augmenter. Son entourage l’y poussera. Nous devons donc démotiver les gouvernants en limitant strictement l’action de l’Etat aux banales tâches de police (protection de la personne et des biens). Surtout ne rien leur laisser accomplir de plus glorieux. Car rappelez-vous comment tous ceux qui ont voulu réaliser ‘le Bien’, ‘la Justice’, etc., ont fini par ériger des bûchers et des guillotines. C’est normal. Celui qui se sent missionné pour travailler au bien de l’humanité ne va pas laisser quelques irritants dissidents l’arrêter.
Faire connaître, enseigner, prêcher, ce que nous savons être une meilleure vision de la société, et
vivre nous-mêmes en conformité avec ce projet. Voilà mon engagement personnel. Refuser toute action politique qui obligerait autrui à se plier à un quelconque programme. N’avons-nous pas un exemple, et vous nous l’avez rappelé dans votre contribution : Jésus ? ‘Il travaillait pour le bien des hommes’, écrivez-vous. Or Il a refusé avec obstination tout pouvoir politique.
N’est-il pas curieux que les chrétiens tournent le dos à Celui qui a dit : ‘Je suis le chemin’, ‘Mon Royaume n’est pas de ce monde’, et s’engagent résolument sur le chemin qu’Il ne désignait pas pour construire un royaume qu’Il ne voulait pas ? La preuve de la totale confusion de ces chrétiens est leur dispersion dans tous les partis, de l’ultragauche au Front National, leur soutien à toutes les causes, du pinochétisme au guévarisme.
Décidément, le Christianisme n’a pas sa place là où existe la violence de l’Etat (sinon pour la contester).
Cordialement
Christian
[align=center]
Those who want to be good and do good in all circumstances must never hold power
M.K. Gandhi, The Collected Works of Mahatma Gandhi, 100 volumes,
(New Delhi, publications division of the Ministry of Information, vol. 84, page 89 –
cité dans Anthony J. Parel, Gandhi’s Philosophy and the Quest for Harmony,
Cambridge University Press, 2006, page 60[/align]
Bonjour in aeternum,
Vous savez, je suis personnellement d’accord avec ce que vous dénoncez : l’indifférence à toute transcendance, le consumérisme crasse, la concupiscence… Si tout le monde partageait nos valeurs, le problème de la vie en société serait résolu. Hélas, ce n’est pas le cas. Que pouvons-nous faire alors ?
Trois possibilités nous sont ouvertes :
:arrow: S’en battre l’œil, [b]se replier dans son cocon[/b], refuser même de penser le problème. Beaucoup de nos contemporains choisissent cette option. Mais la démission devant l’injustice et la souffrance n’est pas dans mon caractère. Elle n’est pas non plus une attitude chrétienne.
:arrow: Puisque nous savons ce qui est bon pour les êtres humains (nous ne serions pas chrétiens en prétendant l’ignorer), [b]imposer à tous [i]notre [/i]vision de la société[/b]. Cette option est politique. Je la rejette pour quatre raisons :
• Elle fait appel à la violence contre des gens dont le seul crime est de ne pas penser comme nous. Ils ont tort, bien sûr ; ils sont stupides et ignares, sans aucun doute ; mais enfin arracher des gens à la pratique (entre eux) d’une autre religion, à leur athéisme, à leur homosexualité, à leur communauté, à n’importe quelle activité pacifique, envoyer des gendarmes les contraindre à vivre comme nous (car derrière toute législation, il y a bien l’ombre du gendarme), cet usage de la force contre des innocents ne chatouillerait-il pas notre conscience ? La mienne frémit d’avance.
• Les hommes sont concupiscents, écrivez-vous, et vous avez raison. C’est dans notre nature. Quelle législation pourrait-elle nous laver de ce péché originel ? Placez un flic à chaque coin de rue, vous n’éradiquerez pas le vice, la drogue, la pornographie, la prostitution, le marché noir, mais vous obtiendrez à coup sûr la corruption de ces mêmes policiers et leur hiérarchie.
• Le pire cependant n’est pas cet échec certain d’une politique d’ordre moral. Le pire est que les prohibitions elles-mêmes créent un mal plus grand que celui qu’elles combattent. On le montre par le simple raisonnement et on le vérifie par l’expérience (celle de la drogue, par exemple).
• Et enfin, c’est mon [i]quarto[/i], la concupiscence que vous repérez chez les êtres humains ne vise-t-elle pas l’exercice lui-même du pouvoir ? la passion de commander les autres n’est-elle pas l’une des plus destructrices ? Un roi n’a sans doute pas l’ambition du pouvoir, il y est destiné, mais il peut avoir (et presque tous l’ont connue) la tentation de l’augmenter. Son entourage l’y poussera. Nous devons donc démotiver les gouvernants en limitant strictement l’action de l’Etat aux banales tâches de police (protection de la personne et des biens). Surtout ne rien leur laisser accomplir de plus glorieux. Car rappelez-vous comment tous ceux qui ont voulu réaliser ‘le Bien’, ‘la Justice’, etc., ont fini par ériger des bûchers et des guillotines. C’est normal. Celui qui se sent missionné pour travailler au bien de l’humanité ne va pas laisser quelques irritants dissidents l’arrêter.
:arrow: [b]Faire connaître, enseigner[/b], prêcher, ce que nous savons être une meilleure vision de la société, et [b]vivre nous-mêmes en conformité avec ce projet[/b]. Voilà mon engagement personnel. Refuser toute action politique qui obligerait autrui à se plier à un quelconque programme. N’avons-nous pas un exemple, et vous nous l’avez rappelé dans votre contribution : Jésus ? ‘Il travaillait pour le bien des hommes’, écrivez-vous. Or Il a refusé avec obstination tout pouvoir politique.
N’est-il pas curieux que les chrétiens tournent le dos à Celui qui a dit : ‘Je suis le chemin’, ‘Mon Royaume n’est pas de ce monde’, et s’engagent résolument sur le chemin qu’Il ne désignait pas pour construire un royaume qu’Il ne voulait pas ? La preuve de la totale confusion de ces chrétiens est leur dispersion dans tous les partis, de l’ultragauche au Front National, leur soutien à toutes les causes, du pinochétisme au guévarisme.
Décidément, le Christianisme n’a pas sa place là où existe la violence de l’Etat (sinon pour la contester).
Cordialement
Christian
[align=center][color=brown][b]Those who want to be good and do good in all circumstances must never hold power[/b][/color]
[size=75]M.K. Gandhi, [i]The Collected Works of Mahatma Gandhi[/i], 100 volumes,
(New Delhi, publications division of the Ministry of Information, vol. 84, page 89 –
cité dans Anthony J. Parel, [i]Gandhi’s Philosophy and the Quest for Harmony[/i],
Cambridge University Press, 2006, page 60[/size][/align]