par Cinci » jeu. 16 avr. 2015, 2:31
Voici qui règle la question du côté de l'Église catholique en tout cas. Il y a bien un libre-arbitre. L'apôtre Pierre est libre, nous sommes libre.
- Tout serait-il écrit d'avance?
«... la foi chrétienne mise absolument sur le facteur liberté. Cela signifie que Dieu englobe tout. Il connaît tout. Il est le maître de l'histoire. Mais, malgré cela, il l'a conçue de manière à laisser la liberté jouer son rôle. Il est ainsi possible que je m'écarte de son plan sur moi.
Pourriez-vous l'expliquer plus précisément?
C'est très mystérieux et difficile. Même dans le christianisme, la soi-disant doctrine de la prédestination a toujours eu cours. D'après cette doctrine, il est établi que ceux qui vont en enfer et ceux qui vont au ciel y étaient destinés, leur sort est fixé de tout éternité. La foi de l'Église l'a toujours refusé. Car la pensée que, individuellement, je ne peux plus rien faire - si je suis destiné à rôtir en enfer, c'est ainsi, et, de même, si je suis destiné au ciel, c'est également ainsi - n'est certainement pas conforme à la foi.
Dieu a créé une vraie liberté et accepte que ses plans soient contrariés (même si d'une certaine manière il s'arrange pour que du neuf puisse en sortir). D'ailleurs, l'histoire le montre. C'est d'abord le péché d'Adam qui renverse le projet de Dieu. La réponse de Dieu c'est de se donner encore plus fortement, de se donner lui-même dans le Christ. C'est l'exemple majeur mais il y en a beaucoup d'autres.
Le peuple d'Israël devait être une théocratie; sa constitution ne prévoyait pas d'homme à sa tête, mais seulement un juge appliquant le droit de Dieu. Mais les Israélites voulaient un roi comme les autres peuples. Ils ont renversé le plan de Dieu et celui-ci leur a cédé. Il leur donne Saül puis David et fait de la royauté un chemin vers le Christ qui, en mourant sur la croix, devient le roi par qui est renversé toute royauté. Par ces modèles, l'Écriture nous permet de comprendre que Dieu, d'une part, accepte pleinement la liberté et, d'autre part, qu'il est si grand qu'il peut transformer la défaillance et la destruction en nouveau commencement qui dépasse même le premier et apparaît plus grand et meilleur. Dieu sait tout et, cependant, d'autres projets sont possibles. Les plus grands philosophes et théologiens se sont cassé la tête là-dessus. Notre capacité s'arrête là parce que nous ne sommes pas Dieu et que notre horizon est singulièrement limité.
Mais je pense que nous pouvons comprendre ce qui est immédiat. Dieu reste maître de l'histoire. Il est mon maître mais il me laisse la liberté de devenir quelqu'un qui aime, ou qui refuse d'aimer. C'est pourquoi Dieu ne m'a programmé de manière invariable mais il m'a laissé une marge de manoeuvre que nous appelons liberté.»
Source : Joseph Ratzinger, Voici quel est notre Dieu, Plon/Mame, 2001, p.39
Voici qui règle la question du côté de l'Église catholique en tout cas. Il y a bien un libre-arbitre. L'apôtre Pierre est libre, nous sommes libre.
[list] [b]Tout serait-il écrit d'avance?[/b]
«... la foi chrétienne mise absolument sur le facteur liberté. Cela signifie que Dieu englobe tout. Il connaît tout. Il est le maître de l'histoire. Mais, malgré cela, il l'a conçue de manière à laisser la liberté jouer son rôle. Il est ainsi possible que je m'écarte de son plan sur moi.
[i]Pourriez-vous l'expliquer plus précisément?[/i]
C'est très mystérieux et difficile. Même dans le christianisme, la soi-disant doctrine de la prédestination a toujours eu cours. D'après cette doctrine, il est établi que ceux qui vont en enfer et ceux qui vont au ciel y étaient destinés, leur sort est fixé de tout éternité. La foi de l'Église l'a toujours refusé. Car la pensée que, individuellement, je ne peux plus rien faire - si je suis destiné à rôtir en enfer, c'est ainsi, et, de même, si je suis destiné au ciel, c'est également ainsi - n'est certainement pas conforme à la foi.
Dieu a créé une vraie liberté et accepte que ses plans soient contrariés (même si d'une certaine manière il s'arrange pour que du neuf puisse en sortir). D'ailleurs, l'histoire le montre. C'est d'abord le péché d'Adam qui renverse le projet de Dieu. La réponse de Dieu c'est de se donner encore plus fortement, de se donner lui-même dans le Christ. C'est l'exemple majeur mais il y en a beaucoup d'autres.
Le peuple d'Israël devait être une théocratie; sa constitution ne prévoyait pas d'homme à sa tête, mais seulement un juge appliquant le droit de Dieu. Mais les Israélites voulaient un roi comme les autres peuples. Ils ont renversé le plan de Dieu et celui-ci leur a cédé. Il leur donne Saül puis David et fait de la royauté un chemin vers le Christ qui, en mourant sur la croix, devient le roi par qui est renversé toute royauté. Par ces modèles, l'Écriture nous permet de comprendre que Dieu, d'une part, accepte pleinement la liberté et, d'autre part, qu'il est si grand qu'il peut transformer la défaillance et la destruction en nouveau commencement qui dépasse même le premier et apparaît plus grand et meilleur. Dieu sait tout et, cependant, d'autres projets sont possibles. Les plus grands philosophes et théologiens se sont cassé la tête là-dessus. Notre capacité s'arrête là parce que nous ne sommes pas Dieu et que notre horizon est singulièrement limité.
Mais je pense que nous pouvons comprendre ce qui est immédiat. Dieu reste maître de l'histoire. Il est mon maître mais il me laisse la liberté de devenir quelqu'un qui aime, ou qui refuse d'aimer. C'est pourquoi Dieu ne m'a programmé de manière invariable mais il m'a laissé une marge de manoeuvre que nous appelons liberté.»
Source : Joseph Ratzinger, [u]Voici quel est notre Dieu[/u], Plon/Mame, 2001, p.39 [/list]