par Héraclius » dim. 05 avr. 2015, 9:56
Il est évident que tous les hommes ne sont pas strictement inexcusables dans leur appréhension du Dieu créateur. On ne peut reprocher à un paysan polythéiste indien de ne pas connaître le Seigneur unique et personnel au même titre que, au hasard, un habitant du Caire.
L'Eglise enseigne infailliblement que l'existence de Dieu est démontrable par la raison (Concile Vatican I, Dei Filius). Mais Saint Thomas d'Aquin précise dans la (Somme Théologique, PP, Q. 2, article 1) :
Réponse :
Une chose peut être évidente de deux façons : soit en elle-même, mais non pas pour nous ; soit à la fois en elle-même et pour nous. En effet, une proposition est évidente par elle-même du fait que le prédicat y est inclus dans l’idée du sujet, comme lorsqu’on dit : L’homme est un animal ; car l’animalité fait partie de l’idée d’homme. Si donc la définition du sujet et celle du prédicat sont connues de tous, cette proposition sera évidente pour tous. C’est ce qui a lieu pour les premiers principes de la démonstration, dont les termes sont trop généraux pour que personne puisse les ignorer, comme être et non-être, tout et partie, etc. Mais s’il arrive chez quelqu’un que la définition du prédicat et celle du sujet soient ignorées, la proposition sera évidente de soi ; mais non pour ceux qui ignorent le sujet et le prédicat de la proposition. C’est pour cette raison, dit Boèce, qu’il y a des conceptions communes de l’esprit qui sont évidentes seulement pour ceux qui savent, comme celle-ci : les choses immatérielles n’ont pas de lieu.
Je dis donc que cette proposition : Dieu existe, est évidente de soi, car le prédicat y est identique au sujet ; Dieu, en effet, est son être même, comme on le verra plus loin. Mais comme nous ne connaissons pas l’essence de Dieu, cette proposition n’est pas évidente pour nous ; elle a besoin d’être démontrée par ce qui est mieux connu de nous, même si cela est, par nature, moins connu, à savoir par les œuvres de Dieu.
Solutions :
1. Nous avons naturellement quelque connaissance générale et confuse de l’existence de Dieu, à savoir en tant que Dieu est la béatitude de l’homme ; car l’homme désire naturellement la béatitude, et ce que naturellement il désire, naturellement aussi il le connaît. Mais ce n’est pas là vraiment connaître que Dieu existe, pas plus que connaître que quelqu’un vient n’est connaître Pierre, même si c’est Pierre qui vient. En effet, beaucoup estiment que la béatitude, ce bien parfait de l’homme, consiste dans les richesses, d’autres dans les plaisirs, d’autres dans quelque autre chose.
2. Il n’est pas sûr que tout homme qui entend prononcer ce mot : Dieu, l’entende d’un être tel qu’on ne puisse pas en concevoir de plus grand, puisque certains ont cru que Dieu est un corps. Mais admettons que tous donnent au mot Dieu la signification qu’on prétend, à savoir celle d’un être tel qu’on n’en puisse concevoir de plus grand : il s’ensuit que chacun pense nécessairement qu’un tel être est dans l’esprit comme appréhendé, mais nullement qu’il existe dans la réalité. Pour pouvoir tirer de là que l’être en question existe réellement, il faudrait supposer qu’il existe en réalité un être tel qu’on ne puisse pas en concevoir de plus grand, ce que refusent précisément ceux qui nient l’existence de Dieu.
3. Que la vérité soit, en général, cela est évident ; mais que la vérité première soit, c’est ce qui n’est pas évident pour nous.
Donc en gros, l'évidence de l'existence de Dieu est un fait qui n'est pas accessible à tout homme, mais à "L'Homme" en général, du moins sur le plan de la démonstration et de la connaissance "rationelle".
Maintenant, il est évident que Dieu se révèle également à l'homme invisiblement par le moyen de la grâce. La Foi est en premier lieu un acte d'Amour, libre et nécessitant le rejet du mal - quand elle est véritable; le catholicisme social, par exemple, ne "compte pas". Le rejet de Dieu est donc à mon avis en grande partie liée à une question morale, et il se trouve que l'homme acceptant le vice rejettera naturellement l'existence de Dieu pour ne pas remettre en cause le mal qu'il fait.
Mais au-delà de cette connaissance de l'âme, du coeur, je dirais ceci : l'existence de Dieu est démontrable, MAIS cette démonstration n'est pas accessible à tous. D'une part, comme le dit St Thomas, pour des raisons de connaissance, mais également pour des raisons de conditionnement sociologique (ça, c'est d'Héraclius xD).
Dieu vous bénisse,
Héraclius -
Il est évident que tous les hommes ne sont pas strictement inexcusables dans leur appréhension du Dieu créateur. On ne peut reprocher à un paysan polythéiste indien de ne pas connaître le Seigneur unique et personnel au même titre que, au hasard, un habitant du Caire.
L'Eglise enseigne infailliblement que l'existence de Dieu est démontrable par la raison (Concile Vatican I, [i]Dei Filius[/i]). Mais Saint Thomas d'Aquin précise dans la ([i]Somme Théologique[/i], PP, Q. 2, article 1) :
[b]Réponse :
Une chose peut être évidente de deux façons : soit en elle-même, mais non pas pour nous ; soit à la fois en elle-même et pour nous. En effet, une proposition est évidente par elle-même du fait que le prédicat y est inclus dans l’idée du sujet, comme lorsqu’on dit : L’homme est un animal ; car l’animalité fait partie de l’idée d’homme. Si donc la définition du sujet et celle du prédicat sont connues de tous, cette proposition sera évidente pour tous. C’est ce qui a lieu pour les premiers principes de la démonstration, dont les termes sont trop généraux pour que personne puisse les ignorer, comme être et non-être, tout et partie, etc. Mais s’il arrive chez quelqu’un que la définition du prédicat et celle du sujet soient ignorées, la proposition sera évidente de soi ; mais non pour ceux qui ignorent le sujet et le prédicat de la proposition. C’est pour cette raison, dit Boèce, qu’il y a des conceptions communes de l’esprit qui sont évidentes seulement pour ceux qui savent, comme celle-ci : les choses immatérielles n’ont pas de lieu.
Je dis donc que cette proposition : Dieu existe, est évidente de soi, car le prédicat y est identique au sujet ; Dieu, en effet, est son être même, comme on le verra plus loin. Mais comme nous ne connaissons pas l’essence de Dieu, cette proposition n’est pas évidente pour nous ; elle a besoin d’être démontrée par ce qui est mieux connu de nous, même si cela est, par nature, moins connu, à savoir par les œuvres de Dieu.
Solutions :
1. Nous avons naturellement quelque connaissance générale et confuse de l’existence de Dieu, à savoir en tant que Dieu est la béatitude de l’homme ; car l’homme désire naturellement la béatitude, et ce que naturellement il désire, naturellement aussi il le connaît. Mais ce n’est pas là vraiment connaître que Dieu existe, pas plus que connaître que quelqu’un vient n’est connaître Pierre, même si c’est Pierre qui vient. En effet, beaucoup estiment que la béatitude, ce bien parfait de l’homme, consiste dans les richesses, d’autres dans les plaisirs, d’autres dans quelque autre chose.
2. Il n’est pas sûr que tout homme qui entend prononcer ce mot : Dieu, l’entende d’un être tel qu’on ne puisse pas en concevoir de plus grand, puisque certains ont cru que Dieu est un corps. Mais admettons que tous donnent au mot Dieu la signification qu’on prétend, à savoir celle d’un être tel qu’on n’en puisse concevoir de plus grand : il s’ensuit que chacun pense nécessairement qu’un tel être est dans l’esprit comme appréhendé, mais nullement qu’il existe dans la réalité. Pour pouvoir tirer de là que l’être en question existe réellement, il faudrait supposer qu’il existe en réalité un être tel qu’on ne puisse pas en concevoir de plus grand, ce que refusent précisément ceux qui nient l’existence de Dieu.
3. Que la vérité soit, en général, cela est évident ; mais que la vérité première soit, c’est ce qui n’est pas évident pour nous.[/b]
Donc en gros, l'évidence de l'existence de Dieu est un fait qui n'est pas accessible à tout homme, mais à "L'Homme" en général, du moins sur le plan de la démonstration et de la connaissance "rationelle".
Maintenant, il est évident que Dieu se révèle également à l'homme invisiblement par le moyen de la grâce. La Foi est en premier lieu un acte d'Amour, libre et nécessitant le rejet du mal - quand elle est véritable; le catholicisme social, par exemple, ne "compte pas". Le rejet de Dieu est donc à mon avis en grande partie liée à une question morale, et il se trouve que l'homme acceptant le vice rejettera naturellement l'existence de Dieu pour ne pas remettre en cause le mal qu'il fait.
Mais au-delà de cette connaissance de l'âme, du coeur, je dirais ceci : l'existence de Dieu est démontrable, MAIS cette démonstration n'est pas accessible à tous. D'une part, comme le dit St Thomas, pour des raisons de connaissance, mais également pour des raisons de conditionnement sociologique (ça, c'est d'Héraclius xD).
Dieu vous bénisse,
Héraclius -