Lectures en période de jeûne

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Re: Lectures en période de jeûne

par Cinci » lun. 13 avr. 2015, 16:39

gérardh, le 4 février,
mais j'ai avoué que je comprenais mal la question du jeûne.
Salut gérardh,

Alors pour m'aider moi-même à y voir plus clair :
«La vie chrétienne n'est pas de faire comme tout le monde, mais de faire comme Jésus. Le disciple suit son maître partout où il va et il agit comme lui. Si j'accepte le slogan :«Fais comme tout le monde», je suis sûr de quitter Jésus. Il existe une manière efficace de s'égarer, c'est de se conformer au monde, c'est d'agir en fonction de la mentalité et des modèles que notre société propose.

L'abandon du jeûne est un phénomène nouveau dans l'histoire religieuse, car les trois grandes religions monothéistes ont toujours invité à jeûner. Tous les saints ont jeûné. Cet oubli du jeûne a entraîné un affaiblissement de l'Église dont nous subissons aujourd'hui les conséquences [...] Beaucoup de chrétiens accueillent volontiers d'autres chemins essentiels de sanctification : aller à la messe, lire la Bible, se confesser régulièrement, dire le rosaire, mais si on leur parle du jeûne, ils baissent la tête.

Notre jeûne porte du fruit surtout s'il s'associe à la prière, c'est-à-dire lorsqu'il émane d'un vrai dialogue avec Dieu. Jeûne et prière sont indissociables. Ne priez pas sans jeûner et ne jeûnez pas sans prier! Le jeûne n'est pas une performance ascétique, c'est un acte d'amour envers notre Père bien-aimé.

Le jeûne nous surprendra toujours par l'abondance des grâces qu'il produit. La tradition chrétienne, en continuité avec la tradition juive, nous enseigne que le jeûne est très puissant contre Satan. Nous sommes aujourd'hui aux prises avec les forces du mal, comme jamais peut-être auparavant. Vous savez les ravages qu'il fait dans les familles [...] La culture de mort est partout présente. Beaucoup de parents sont brisés parce que leurs enfants empruntent des chemins de mort. A ceux qui viennent me voir, je demande :«Avez-vous jeûné pour votre enfant?» Ils me répondent :«Mais je prie beaucoup, je fais des neuvaines ...» - Vous ne répondez pas à ma question. Est-ce que vous jeûnez? - Non, mais je prie! Je leur rappelle alors que par le jeûne et la prière , on peut arrêter les guerres, et d'abord celles qui sévissent dans notre propre coeur, dans nos familles, dans le coeur de leurs enfants.

Des grâces de conversion, de réconciliation apparemment impossibles sont souvent obtenues par le jeûne. Le jeûne nous permet aussi de percevoir le plan de Dieu pour notre vie. Vous vous posez des questions sur la volonté de Dieu sur vous? Le jeûne va vous rendre sensible au murmure du Saint-Esprit en vous et plus apte à vous laisser conduire, même inconsciemment. [...]


  • Prière, jeûne et partage

    La prière frappe à la porte, le jeûne obtient, la miséricorde reçoit. Prière, miséricorde, jeûne, les trois ne font qu'un et se donne mutuellement la vie.

    En effet, le jeûne est l'âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Donc, celui qui prie doit jeûner; celui qui jeûne doit avoir pitié; qu'il écoute l'homme qui demande et qui, en demandant, souhaite être écouté; il se fait entendre de Dieu, celui qui ne refuse pas d'entendre lorsqu'on le supplie.

    Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne : il doit sympathiser avec l'homme qui a faim, s'il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim. Il doit faire miséricorde, celui qui espère obtenir miséricorde; celui qui veut bénéficier de la bonté doit la pratiquer; celui qui veut qu'on lui donne doit donner. C'est être un solliciteur insolent, que demander pour soi-même ce qu'on refuse à autrui.

    Ce que nous avons perdu par le mépris, nous devons le conquérir par le jeûne; immolons nos vies par le jeûne, parce qu'il n'est rien que nous puissions offrir à Dieu de plus important, comme le prouve le prophète lorsqu'il dit : le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé, le coeur qui est broyé et abaissé, Dieu ne le méprise pas. [...] Celui qui ne donnera pas cela n'aura pas d'excuse, parce qu'on a toujours soi-même à offrir.

    Mais pour que ces dons soient agrées, il faut que vienne ensuite la miséricorde. Le jeûne ne porte pas de fruits s'il n'est pas arrosé par la miséricorde; le jeûne se dessèche par la sécheresse de la miséricorde. Ce que la pluie est pour la terre, la miséricorde l'est pour le jeûne. Celui qui jeûne peut bien cultiver son coeur, purifier sa chair, arracher les vices, semer les vertus : s'il n'y verse pas les flots de la miséricorde, il ne recueille pas de fruits.

    - Saint Pierre Chrysologue, Homélie, mardi de la 3e semaine de Carême


[...]»

Source : abbé Pierre Descouvemont, Gagner le combat spirituel, pp.146-150

Re: Lectures en période de jeûne

par Cinci » jeu. 19 mars 2015, 16:46

La paresse fait néant

«Mon démon à moi se nomme "à quoi bon"» - Georges Bernanos
[+] Texte masqué
Le septième péché capital n'est pas celui qu'on dit. Il est bien plus grave en réalité que la paresse, ce défaut presque banal qui nous fait rester au lit quand le réveil sonne ou remettre à demain ce qu'il fallait achevé hier. C'est un vice mystérieux au nom bizarre : l'acédie. Sa définition latine - la tristitia de bono divino - évoque davantage un bon petit cru de la péninsule dégusté sous des treilles de Capoue, qu'un danger mortel. La tristesse du bien divin avance masquée : elle se pare d'une étiquette de pinard et se glisse sous les oripeaux de la paresse comme une vipère déguisée en couleuvre. Sa morsure est indolore. Mais son venin paralyse l'âme dans son élan vers Dieu, insensiblement. Cet assoupissement spirituel est le péché des disciples du Christ à Gethsémani.

L'acédie, tristesse du bien divin

La tristesse du bien divin est une définition énigmatique. Creusons un peu. L'acédie s'oppose en fait à la joie que procure dans l'âme la présence de Dieu, le «bien divin».

Ce péché débranche l'âme de Dieu, nous déconnecte de la prise divine. La joie de sa présence en nous s'éteint progressivement, comme l'éclair d'un phare privé de batteries. Alors une tristesse vicieuse s'empare de l'âme. Si la jalousie est une tristesse qui ne supporte pas le bien d'autrui, l'acédie est une tristesse qui ne supporte plus le bien divin. Plus que l'espérance, elle attaque en nous la charité, refuse la communion avec Dieu, qui est l'effet propre de cette vertu théologale. Il en résulte une chute de tension de l'amour en nous, une langueur spirituelle, un manque de goût pour le face à face de la prière. La vie spirituelle devient aride et sans saveur. La messe rebute, l'oraison dégoutte.

«Quand nous prions, l'acédie nous rappelle quelque affaire indispensable», explique saint Jean Climaque. Quelle mère de famille n'a pas fait l'expérience : au moment précis où, enfin, elle s'agenouille devant l'icône pour prier, elle se souvient d'un coup de téléphone urgent à donner? Marthe Robin osait dire qu'entre la messe en semaine et un temps d'oraison solitaire, il valait mieux choisir l'oraison : la messe peut camoufler l'acédie. Il ne s'agissait nullement pour elle de remettre en question la primauté de la messe - qui est «la source et le sommet de la vie chrétienne», comme le souligne le concile Vatican II -, mais d'interroger notre manière de vivre. En effet, nous pouvons participer à l'Eucharistie tous les jours sans véritable union de coeur avec le Christ : pour le plaisir esthétique de la liturgie, l'intérêt intellectuel de l'homélie, etc. Mais nous ne tenons pas fidèlement, attentivement, dans la prière quotidienne, sans communion intime de foi, d'espérance et d'amour de charité, avec le Seigneur.

L'acédie, dégoût de l'action

Saint Thomas ajoute une autre définition de l'acédie : le taedieum operandi, le dégoût de l'action. Le pire contresens serait de limiter ce dégoût à la paresse. L'action ne se réduit au travail que dans une perspective marxiste ou libérale. Pour Thomas d'Aquin, l'acte humain ne se comprend pas d'abord à partir de sa source - à savoir la liberté - mais à partir de son objectif. Et par n'importe lequel : la finalité première, ultime.

[...]

L'homme agit toujours pour être heureux (même celui qui se suicide!) : il cherche une plénitude, le bien parfait. Or le seul bien qui sature tous nos désirs est la communion avec Dieu. [...] Pour l'Évangile, donc, pas de neutralité : aucun acte n'est indifférent; toutes nos actions nous rapprochent ou nous éloignent de notre finalité, l'union au Dieu-Trinité, selon qu'elles sont ou non vécues dans la vérité et l'amour. Chacun de nos pas nous dirige vers le Mystère des mystères. Chacun de nos instants terrestres est une promesse de la Vision éternelle.

[...]

Allons plus avant. Le bonheur n'est pas un état comme on le croit souvent, mais un acte. Beaucoup de gens craignent de s'ennuyer au ciel parce qu'ils se représentent la béatitude comme un état passif. Il n'en est rien. Jean-Marie Rouart, académicien et romancier de renom, écrivait dans une tribune littéraire qu'il préférait les distractions de l'enfer au plat pays du paradis. C'est confonde, comme beaucoup, le repos du ciel avec l'absence d'activité. Jésus la définit ainsi : «la vie éternelle, c'est de te connaître, toi le seul vrai Dieu»(Jn 17,3) Or la connaissance comme l'amour est un acte. Le bonheur du ciel est donc dynamique. Loin d'être passive, la personne dans la gloire du ciel sera en permanence active, mais nullement activiste. Voilà aussi pourquoi l'action humaine est si digne : elle ne se contente pas de préparer le bonheur du ciel, elle l'anticipe, elle l'ébauche.

Rien de pire, donc, que le dégoût d'agir.

Or l'acédie n'est pas un simple passage à vide, un spleen qui nous fait soupirer devant les galères de cette «chienne de vie»; c'est, beaucoup plus profondément, un refus de mettre les voiles vers notre port divin, un renoncement au Bonheur et une absence d'écoute des désirs de notre coeur profond. Elle est, dit Evagre le Pontique, le péché le plus pesant de tous : par notre passivité, nous ne stagnons pas, nous nous laissons aspirer vers le bas, le trou noir, au lieu de nous élancer vers le haut.

[...]

Par ailleurs, l'acédique est le contraire de l'ascétique. Il cherche de multiple compensations à son vide intérieur. Le plaisir est un "pare-angoisse" efficace. Le plus accessible étant celui de la table et de l'écran, l'acédique se trouve souvent affalé devant l'écran de télévision, en train de picorer du chocolat ou des cacahouètes. Combien de parents, s'agaçant devant leur adolescent absorbé dans ses jeux vidéos, prennent pour de l'intempérance ce qui est d'abord de l'acédie.

«Pour que l'ennui ne les abrutisse pas définitivement, dit André, un personnage des Trois Soeurs de Tchekov, ils mettent de la diversité dans leur vie avec des potins infâmes, de la vodka, des cartes, de la chicane [...] et les femmes trompent leur mari et les maris mentent et font comme s'ils ne remarquaient rien, n'entendait rien.»

Enfin, l'acédique troque le service de Dieu contre la servitude de l'activisme. Ce "démon" se manifeste sous forme de paresse spirituelle [...] mais est aussi présent dans nos vies sous des formes facilement reconnaissables : dans la peur de se retrouver seul face à soi-même, la peur de soi, la peur du silence, mais aussi et en même temps au travers d'un activisme trépidant. [et parmi les filles de l'acédie] [...] l'agitation intérieure, la quête perpétuelle de la nouveauté comme succédané de l'amour de Dieu et de la joie de servir; l'inconstance, le manque de fermeté dans les résolutions, à quoi s'ajoutent l'indifférence face aux choses de la foi et à la présence du Seigneur, la pusillanimité, la rancoeur si présentes parmi nous aujourd'hui dans l'Église et jusqu'à la méchanceté délibérée.»

pp. 199-205

Source : Pascal Ide, Luc Adrian (coll.), Les 7 péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête, Paris, Mame-Edifa, 2002, 245 p.

Re: Lectures en période de jeûne

par Cinci » jeu. 19 mars 2015, 15:22

(suite)

Qu'est-ce que l'envie?
  • «... Tom Ripley n'est qu'un regard de désir. Autant sa parole, son geste, sa volonté sont hésitants, autant son regard est intense, constamment à l'affût. Avant de rencontrer Dickie et Marge, il les observe longuement à la jumelle : il y a de la prudence dans son attitude, mais d'abord une vieille habitude d'observateur qui n'existe qu'à distance et surtout par désir interposé.

    Dès qu'il s'approche de Dickie, Tom se met à envier tout ce qu'il possède : ses habits, sa bague, ses goûts :«Et tu aimes vraiment le jazz? lui demande Dickie.- C'est avec toi que j'ai appris à l'aimer. J'ai appris à aimer tout ce que tu fais dans la vie.» Par-dessus tout c'est Marge que Tom désire.

    Le désir du bien qu'est l'autre

    Ne nous y trompons pas : c'est Dickie que Tom Jalouse, beaucoup plus que ses qualités et ses affaires. D'emblée, son désir a été aimanté par le play-boy. [...] Ce mécanisme que René Girard appelle rivalité mimétique n'explique-t-il pas aussi le secret amour de Tom pour Marge? De fait, Ripley ne désire rien d'autre que ce que Dickie désire. Lors de la scène clé du film, celui-ci, à bout, finit par lui lâcher, alors que les deux protagonistes se retrouvent dans la barque, en pleine Méditerranée : Quand tu t'y mets, t'es une sangsue! Je ne peux pas faire un geste sans que tu fasses le même!»

    Le mépris souverain pour son propre bien

    On ne peut pas "être un autre" sans finir par perdre son identité. Or comment aimer le néant? Tom a-t-il jamais eu d'estime pour lui-même? Cette haine de soi sommeille au fond de toute jalousie : elle est le filigrane discret qui traverse tout le film. Celui-ci s'ouvre sur une scène où Tom parle en voix off :«Si je pouvais revenir en arrière, si je pouvais tout effacer, à commencer par moi-même». Et le film s'achève sur l'image, fort symbolique, du visage de Tom reflété, brisé dans le jeu de miroir d'une armoire, avant de disparaître entre les portes qui se ferment sur un gouffre d'ombre et cette phrase du même Tom :«Si j'avais une gigantesque gomme pour tout effacer, à commencer par moi ...» Un verbe commun unit la première et la dernière parole de Tom : «effacer».

    Un péché capital

    Si Tom ne vit que par l'autre, en revanche il ne vit que pour soi. Centré sur lui, à aucun moment on ne le voit poser un acte de don gratuit. En cela consiste sa faute.

    La jalousie n'est pas seulement un péché, elle est un péché capital. Progressivement apparaît la galerie de monstres engendrés par cette faute très prolifique : les mensonges, les trahisons et les forfaitures se multiplient, bientôt relayés par les meurtres. Le tout sur fond d'autodestruction consentie de Ripley. Ne nous y trompons pas : la mort de Dickie n'est pas l'effet malencontreux de la colère. Même si Tom n'avait pas prémédité ce geste, il portait depuis longtemps une haine homicide dans le coeur. Il est d'ailleurs submergé par sa rage assassine lorsque Dickie ose lui dire :«Quand tu t'y mets, t'es d'un ennui mortel!» Cette vérité qu'il ne cesse de se cacher souligne toute sa différence d'avec ce Dickie si envié. N'est-ce pas cette phrase qui revient l'obséder dans ses cauchemars? [...]

    Tom s'enferme jusqu'à l'enfer intérieur dans sa jalousie, ses identités d'emprunt, son mensonge, sa compulsion meurtrière. [...] Autant Tom ne cesse de copier, d'imiter des signatures, des voix, des vies qui ne sont pas siennes, autant Dickie ne cesse d'inventer sa vie. Autant Tom est triste, autant Dickie danse, chante, joue, allant jusqu'à embrasser le frigidaire tellement il est brûlant de passion. [...] là où Tom, le «pique-assiette de troisième classe» ne vit qu'au crochet des autres, Dickie l'invite chez lui, lui propose ses affaires, le couvre de cadeaux, etc.

    Le monde du jaloux est un monde froid et sans soleil. [...] Le monde de Dickie, lui, est aussi ensoleillé que les paysages de Calabre, de Rome et de Venise où il aime vivre :«Dickie, il suffit qu'il vous regarde et on se croit au soleil, dit Marge avec une lucidité redoutable. On a chaud, on est heureux. Quand il s'intéresse à vous, on a l'impression d'être unique au monde»

    (pp.159-163)

Re: Lectures en période de jeûne

par Cinci » mar. 10 mars 2015, 1:52

Le bouquin sur les péchés capitaux est non seulement bien fait, clair, pratique mais il suggère en plus des films pour illustrer chacun des péchés. Le talentueux Mr Ripley (thriller d'Anthony Minghella, 1999; Matt Damon, Jude Law) pour illustrer le mécanisme de l'envie. Moi qui n'ai pas vu ce film, c'est bon à savoir. Le descriptif du film et son décodage par les auteurs vaut son pesant de cacahuètes.

Re: Lectures en période de jeûne

par Cinci » dim. 08 mars 2015, 1:52

Deux ouvrages que je recommande :

Pascal Ide, Luc Adrian (coll.) Les sept péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête, Mame-Edifa, 2002, 242 p.

et

Pascal Ide, Connaître ses blessures, Éditions de l'Emmanuel, 1992, 317 p.



  • «Le père Émilien Tardif donne une belle explication d'un passage de Jean que nous connaissons bien : le dialogue de Jésus ressuscité avec Pierre, que précède le repas pris avec ses disciples (Jn 21,4-19). Pierre a trahi Jésus. Il a croisé le regard de Jésus traversant la cour du prétoire et il a lu la miséricorde infinie de celui qui en est l'image (cf Co 1,15) du Père "riche en miséricorde" (Éph 2,4). Il regrette amèrement son péché. Il est pardonné ... Mais, si le péché n'est plus, il demeure la blessure qui est conséquence du péché, la blessure d'avoir trahi son maître bien-aimé. A ses yeux, il est destitué de son rang d'apôtre et a donc perdu sa vocation, toute la raison d'être de sa vie que le Christ lui avait donnée en lui imposant un nouveau nom (Mt 16,18). Quand Pierre se jette à l'eau pour rejoindre Jésus, il ne pense plus à tout cela, tant il est heureux de le revoir. Mais arrivé sur le rivage, il voit le feu allumé par Jésus qui ne peut pas lui rappeler un autre feu, celui de la cour du prétoire auprès duquel il a renié le Seigneur (Jn 18,18). Alors, remontent en lui l'amertume, tristesse, anxiété, tous ces signes dont nous savons qu'ils accompagnent la blessure. Le poisson n'a pas dû très bien passer. ... Par le repas qui, en saint Jean, symbolise les noces de l'agneau et donc l'amour que Dieu porte aux hommes, Jésus prépare et ouvre le coeur du disciple qu'il a élu.

    Il peut maintenant opérer la guérison. Il appelle Pierre par son nom, celui qu'il lui a donné : il lui reconnaît sa dignité. Les dons de Dieu sont sans repentance. La guérison prend du temps : Pierre passe du je t'aime bien au je t'aime de charité. La triple demande d'amour de Jésus est certes confirmation du pardon déjà donné; surtout elle est guérison du triple reniement. Seul, en effet, l'amour guérit définitivement. Jésus montre à Pierre qu'il est toujours capable d'aimer. Plus, il l'assure en sa fécondité pastorale : Pais mes agneaux. A l'image du bon berger, ressuscité dont les plaies glorieuses chantent l'amour livré jusqu'à l'extrême (Jn 13,1), Pierre est le pasteur dont les blessures intérieures proclament l'amour salvateur accueilli. La blessure guérie par le Christ devient dès lors source de vie pour les frères de Pierre, et pour l'Église qu'il a mission de paître. » (Connaître ses blessures, p. 312)

Re: Lectures en période de jeûne

par poche » jeu. 05 mars 2015, 9:30

San Isidoro de Sevilla nos expone brevemente el significado del canto del aleluya en la liturgia:

(en espagnol)
[+] Texte masqué
Los Laudes, es decir cantar el alleluia, es cántico de los hebreos, cuya explicación se resuelve con el significado de dos palabras, es a saber: "alabanza a Dios", de su misterio cuenta Juan en el Apocalipsis que, por revelación del Espíritu, haber visto él y oído la voz del celestial ejército de los ángeles como estrépito de muchas aguas y como estallido de grandes truenos, que decían "alleluia" (Ap 29,6).

Por lo que nadie debe dudar que, mientras se celebra este misterio de alabanza, si con fe verdadera y devoción se realiza, estar unido con los ángeles. El alleluia, lo que mismo que el amén, nunca se traduce del hebreo en otras lenguas, no porque no sea posible la traducción, sino que, como enseñan los doctores, se mantienen estos vocablos en su lengua original a causa de su mayor autoridad.

En las regiones del África, no en todo tiempo, sino únicamente los domingos y cincuenta días después de la resurrección del Señor se canta el alleluia, para significar la futura resurrección y la alegría pascual. Entre nosotros, según una antigua tradición hispana, a excepción de los días de ayuno y de Cuaresma, todo el año se canta el alleluia, porque está escrito: Constantemente permanece su alabanza en mis labios (Sal 33,2).

Que al final del oficio de los salmos y lecciones se concluya con el canto del alleluia, se hace puesta la mirada en la esperanza futura y con ello quiere dar a entender la Iglesia que, después del anuncio del reino de los cielos, que en la vida presente se predica al mundo por medio de ambos Testamentos, nuestras acciones no tienen valor de salvación si no se hacen en alabanza de Dios, tal como está escrito: Bienaventurados los que habitan en tu casa; por los siglos de los siglos te alabarán (Sal 83,5). De aquí que, el Libro de los Salmos se concluya con alabanzas, para mostrar la alabanza eterna, acabado este siglo 1.


St Isidore nous explique brièvement le sens des "Alléluias" dans la liturgie :

Les louanges, c'est-à-dire le chant de l'Alléluia, est un cantique des Hébreux dont l'explication est résolue avec le sens de deux mots, «louange à Dieu." Son mystère est raconté par Jean dans l'Apocalypse, par la révélation de l'Esprit d'avoir vu et entendu la voix de l'armée céleste des anges, le bruit de grandes eaux, et comme l'éclatement de forts tonnerres qui disent "Alléluia".

Donc, personne ne devrait douter que tout ce mystère de louange est célébré et si la vraie foi et la dévotion sont présentes, sera uni avec les anges. L'Alléluia, de même que l'Amen, n'ont jamais été traduits de l'hébreu dans d'autres langues, non parce que la traduction est impossible, mais parce qu'enseigné par les maitres, ces termes sont maintenus dans leur langue d'origine en raison de sa plus grande autorité.

Dans les régions de l'Afrique, pas en tout temps, mais seulement le dimanche et les 50 jours après la résurrection du Seigneur, l'alléluia est chanté pour signifier la résurrection future et la joie de Pâques. Quant à nous, comme une vieille tradition espagnole, à l'exception des jours de jeûne et de Carême, toute l'année, l'alléluia est chanté, parce que, comme il est écrit, "Ta louange reste constamment sur mes lèvres" (Ps 33,2).

Que la fin de l'office des psaumes et des leçons puisse être conclue par le chant de l'Alleluia signifie que nous sommes à la recherche de l'avenir et de l'espoir signifié par l'Église d'après l'annonce du royaume des cieux qui, dans la vie présente, est prêchée dans le monde à travers les deux Testaments. Nos actions n'ont aucune valeur pour le salut si ce n'est fait dans la louange de Dieu, comme il est écrit: "Heureux les habitants de ta maison, ils te louent sans cesse" (Ps 83,5) Par conséquent, le Livre des Psaumes est conclu avec louange, pour montrer la louange éternelle, à la fin du 1er siècle.

[Traduction sous toutes réserves, voir texte original à afficher ci-haut au besoin]

Re: Lectures en période de jeûne

par poche » mer. 25 févr. 2015, 9:26

(en espagnol)
[+] Texte masqué
El simbolismo del ayuno cuaresmal según san Isidoro de Sevilla.

San Isidoro en su obra De los oficios eclesiásticos 1 expone los fundamentos básicos de la Cuaresma, su origen, su simbolismo y su razón de ser:

Según las Santas Escrituras, las témporas de ayuno son cuatro y en ellas, mediante la abstinencia y los gemidos penitenciales, se implora al Señor; y si bien es conveniente orar y practicar la abstinencia todos los días, es muy oportuno entregarse más intensamente a los ayunos y penitencias en estas mencionadas témporas.
Le symbolisme du carême selon saint Isidore;
Saint Isidore dans ses oeuvres Des travaux ecclésiastiques 1 énonce les principes de base du Carême, son origine, son symbolisme et sa justification:

Selon les Écritures, les temps de jeûne sont au nombre de quatre. En eux, par l'abstinence et gémissements de pénitence, ils implorent le Seigneur; et s'il est souhaitable de prier et de s'abstenir chaque jour, il est opportun de se livrer au jeûne et à la pénitence plus intensément en ces temps qui ont été mentionnés.

Re: Lectures en période de jeûne

par poche » dim. 22 févr. 2015, 9:27

(en espagnol)
[+] Texte masqué
16. Nada en demasía. Pues todo lo que se ejecuta con moderación y mesura es saludable; en cambio, lo que se realiza con exceso y sin medida resulta pernicioso y contraproducente. Así, pues, hay que observar en toda obra moderación y mesura, pues todo lo que excede es peligroso, como el agua, que, cuando llueve en demasía, no sólo no procura utilidad alguna, sino que además ofrece peligro.
Rien de trop. Tout ce qui est de la modération et de la retenue est sain; au contraire, ce qui est fait avec excès et sans mesure est nuisible et contre-productif. Ainsi, on observe qu'en tout la modération et la retenue sont bonnes, que ce qui est en excédent est dangereux, comme l'eau, qui, quand il pleut trop, non seulement n'est plus utile, mais devient dangereuse.

Re: Lectures en période de jeûne

par poche » sam. 21 févr. 2015, 9:12

(en espagnol)
[+] Texte masqué
La excesiva debilidad del cuerpo quebranta, asimismo, el vigor del alma y logra que flaquee también su natural ingenio, ni puede ésta llevar a término bien alguno a causa de su debilidad.
St Isidore dit que l'excessive faiblesse du corps rompt également la force de l'âme et mène aussi son esprit naturel à faiblir; il ne peut pas conduire à une bonne fin à cause de sa faiblesse.
http://www.hispanomozarabe.es/

Re: Lectures en période de jeûne

par poche » sam. 14 févr. 2015, 12:54

(en espagnol)
[+] Texte masqué
Si prevalece la excesiva flaqueza de la carne, nadie puede alcanzar la perfección. Pues, aunque uno tenga deseos de santidad, con todo, no le es posible consumar la obra meritoria que en su intención desea realizar.
Ici, St Isidore écrit que si la faiblesse excessive de la chair prévaut, alors vous ne serez jamais capable d'atteindre la perfection. Bien que le désir de sainteté soit présent, il ne serait pas possible de respecter le travail méritoire que vous avez l'intention de réaliser.
http://www.hispanomozarabe.es/

Re: Lectures en période de jeûne

par poche » ven. 13 févr. 2015, 9:14

(en espagnol)
[+] Texte masqué
No hay que aplicar al cuerpo excesiva austeridad, no sea que, por estar el cuerpo sobrecargado con el peso de la abstinencia, luego ni pueda obrar el mal ni se decida a practicar el bien. Por tanto, hay que moderar el trato del cuerpo con inteligente discreción, a saber, que no se agote por completo y que no goce demasiada libertad.
Ici St Isidore dit de : "Ne pas appliquer d'austérité excessive sur le corps, de peur que celui-ci, étant surchargé par le poids de l'abstinence, ne puisse plus décider ni de faire le mal, ni de faire le bien. Par conséquent, nous devons modérer le traitement du corps intelligemment, pour que le corps ne soit pas en manque complet et ne bénéficie pas de trop de liberté."
http://www.hispanomozarabe.es/

Re: Lectures en période de jeûne

par poche » jeu. 12 févr. 2015, 8:49

(en espagnol)
[+] Texte masqué
Porque todo el día imagina banquetes en su mente quien por la tarde se prepara delicias para satisfacer su gula.

St Isidore a écrit que c'est parce que, pendant la journée, l'esprit ne pense qu'à la nourriture délicieuse qui sera préparée le soir pour satisfaire sa gourmandise.

Re: Lectures en période de jeûne

par poche » mer. 11 févr. 2015, 9:19

(en espagnol)
[+] Texte masqué
Se desprecia el ayuno que al atardecer se compensa con placeres, ya que dice el profeta Isaías: He aquí que en el día de vuestro ayuno se halla vuestro deleite (Is 58,3), pues deleite significan los placeres. Y así como el reclamar la deuda, los pleitos, las rivalidades y los golpes, también los placeres reprueba el profeta en día de ayuno.
Ici St Isidore développe sa critique antérieure de ceux qui jeûnent sans véritable esprit de pénitence. Il condamne le jeûne pendant la journée qui est compensé par les plaisirs de nuit. Comme le dit le prophète Isaïe; "Oui, mais le jour où vous jeûnez, vous savez bien faire vos affaires" (Is 58:3). Dans ce cas, "affaires" signifie plaisirs. Le prophète condamne également le recouvrement des créances, les rivalités, les coups, mais aussi les plaisirs pendant la journée de jeûne.

Re: Lectures en période de jeûne

par poche » dim. 08 févr. 2015, 7:50

(en espagnol)
[+] Texte masqué
Se desprecia el ayuno que al atardecer se repara con abundante comida, pues no hay que valorar la abstinencia cuando luego ha seguido el hartazgo.
Ici, St Isidore exprime sa désapprobation de ceux qui jeûnent pendant la journée et mangent comme des cochons durant la nuit. Bien que St Isidore ait vécu antérieurement à l'arrivée de la religion islamique, cette pratique de jeûner toute la journée et et manger abondamment la nuit (l'Iftar) serait quelque chose qu'il condamnerait.

Re: Lecture en période de jeûne

par poche » ven. 06 févr. 2015, 8:35

Saint Isidore (en espagnol) :
[+] Texte masqué
Los que por deseo de execrar la comida y no por voto de abstinencia se privan de alimento de carnes, ellos más bien son dignos de execración, por cuanto rechazan una criatura puesta por Dios al servicio del hombre. En efecto, para los fieles, nada se considera manchado y nada impuro, conforme al testimonio del apóstol Pablo: Todo es limpio para los limpios, mas para los contaminados e infieles nada hay limpio, porque están contaminadas tanto su mente como su corazón. (Tit 1,15).
St Isidore dit que ceux qui par haine de la nourriture et non par voeu d'abstinence renoncent à manger de la viande, sont plus dignes de condamnation, parce qu'ils rejettent une créature placée par Dieu au service de l'homme. En effet, pour les fidèles, rien n'est considéré comme contaminé et rien d'impur, selon le témoignage de l'Apôtre Paul: "Tout est pur pour les purs ; mais pour ceux qui sont souillés et qui refusent de croire, rien n’est pur : leur intelligence, aussi bien que leur conscience, est souillée" (Tit 1,15).

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